Il y a de ça quatre ans maintenant, le SB5.5C – prédécesseur du Yeti SB150 – quittait la rédac’ avec le statut de référence du moment. Un titre qu’il a longtemps gardé dans nos esprits, jusqu’à ce que le temps et la concurrence fasse son oeuvre. Entre autres, jusqu’à ce que son successeur, le Yeti SB150, fasse son apparition. Dans la lignée, mais avec une géométrie et des specs au goût du jour, la question semblait évidente : est-il le digne héritier ?! 

Pour y répondre, il nous aura fallu un petit moment. Après un début d’essai avorté l’an passé, pour raison de santé, me revoilà au guidon du Yeti SB150. Un essai à classer parmi ceux qui ne sont pas si évidents… Pourquoi ?! Parce qu’à son guidon, tout parait si facile, presque trop ! D’entrée de jeu, l’impression est bonne mais comme pour tout : affirmer c’est bien, préciser et justifier, c’est mieux ! Verdict… 

 


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Au sommaire de cet article :

 

 

Yeti SB150 T1

  • Usage Enduro
  • Roues en 29 pouces
  • 150/170 mm, Fox 38 & X2 Factory
  • Triangle avant & arrière carbone
  • Reach 480 mm en L, offset court 44 mm
  • Roues DT Swiss EX1700, 30 mm

  • Maxxis Assegai & Minion DHR II, 2.5/2.4 Exo+
  • Shimano XT, 203/203mm & 4 pistons
  • 5 modèles, 4 tailles, 5899 € à 10200 €
  • 15,26 kg, Taille L, sans pédales, tubeless + préventif
  • Dispo novembre 2020
  • Fiche du vélo sur www.yeticycles.com

 

Trop facile ?!

Les premiers tours de roues en compagnie du Yeti SB150 sont clairs. Tout est très simple. Une liaison à la pédale ? Quel que soit le terrain : l’assise et le rendement sont bons. Première portion descendante ? Le terrain est filtré comme rarement, c’est canapé ! Premiers virages ?! Qu’importe la technique, le Yeti SB150 sait en tirer parti et surtout, garder la vitesse, quelle qu’elle soit.

Dans tous les cas, je retrouve cette suspension arrière qui a décidément un truc à part. J’avais déjà longuement tenté, à l’essai du SB5.5C, d’en expliquer la singularité. L’exercice est toujours compliqué mais revenir sur un Yeti est l’occasion de préciser et cette fois-ci, j’ai le sentiment de tenir quelque chose d’intéressant. La boucle est bouclée ?! 

Pour l’heure, je constate simplement que sans pinailler sur les réglages, le Yeti SB150 est de toute façon simple à manier, à placer, à contrôler. Agile et tranquille… Et ça, il en est capable, quelle que soit la vitesse à laquelle on évolue ! Il n’est pas du genre à embarquer ou freiner son pilote. Il accompagne ce que l’on a décidé d’entreprendre, tout simplement, presque trop simplement…

 

 

D’où ça vient ?

Pour ce qui est de l’ergonomie, la question est vite répondue. Il suffit de jeter un oeil à la géométrie. Le Yeti SB150 fait usage d’un tube de selle redressé et raccourci. C’est tendance, et ça se sent. Malgré les chiffres généreux, ça paraitrait presque tailler petit quand on est assis, pas quand on est debout. Quoi qu’il en soit, la roue arrière ne souffre pas d’un appui trop important, la roue avant, même avec un bel empattement, ne décolle pas au premier coup de pédale énergique, et le dos n’est pas cassé en deux lorsqu’il faut dérouler à la pédale. On y est centré !

Mais pour ce qui est de la facilité intrinsèque du Yeti SB150, il faut chercher un peu plus. Notamment du côté des courbes de cinématique. Le Switch Infinity, le système propre aux Yeti, est particulier…

L’inflexion de l’anti-squat et du ratio explique une chose : le fait que le vélo soit à l’aise quelle que soit la vitesse ou la technique de pilotage employée. À basse vitesse et ou si l’on compte sur le vélo pour faire le job, c’est le début de course que l’on sollicite. Ça se tient tout seul, ça avale, et c’est dynamique au coup de pédale. Si l’on hausse le rythme et que l’on s’active, c’est la suite qui entre en compte, offre du répondant, et donne de l’âme au vélo qui continue d’avaler sans broncher.

Dans tous les cas, cette dualité entre en jeu sur fond d’une raideur très contrôlée et plus constante que chez la concurrence. C’est elle qui explique que le confort et la stabilité soient au rendez-vous, sans pour autant pervertir la lecture du terrain et le maintien. Sur ce plan, le Yeti SB150 place le compromis à un sommet et évite de sur-solliciter son cadre en carbone. Au final, on profite d’ailleurs de la précision de la fibre noire, sans y perdre en confort. Bien joué !

 

 

Comment ça se règle ?

Aussi singulière soit-elle, cette cinématique a la bonne idée d’être saine et simple – une fois de plus – à régler. Il suffit de se concentrer sur les fondamentaux, dont le SAG et les préconisations de la marque…

 

Le SAG

S’appliquer permet de tirer pleinement partie du point d’inflexion des courbes et avoir le meilleur des deux mondes. Le compromis semble se situer autour de 32% +/- 1%. Mais puisque le point d’inflexion est très étendu, il est aussi possible d’en jouer. Peu de SAG donne un vélo très dynamique, beaucoup et l’on a un canapé. Logique ! Et si jamais : vélo qui s’affaisse signifie trop de SAG, et vélo compliqué à faire cabrer équivaut à pas assez. C’est sain, et c’est là qu’il faut jouer.

 

Les préconisations

Pour le reste, j’ai d’abord volontairement ignoré les réglages préconisés par la marque sur son configurateur. j’ai procédé à l’aveugle, pour déterminer mes propres réglages de SAG, détentes et compressions. Au final, je suis quasi totalement retombé sur ce que la marque suggère. En matière de SAG, comme de détentes, légèrement plus rapides devant que derrière, pour garder la bonne assiette du vélo.

Seul désaccord : les compressions. Yeti préconise de les freiner davantage. D’accord, si le terrain est lisse et les appuis biens marqués comme on se l’imagine dans les forêts de trembles du Colorado. Mais ça mérite d’ouvrir un peu si le terrain est plus défoncé et les traces moins académiques comme souvent le cas en Europe. Grosso modo : il suffit de le savoir, et d’ajuster à la volée, en fonction du terrain. 

 

RéglagesAvantArrière
SAG30%32%
Détente2/3 ouvertemi-plage
CompressionsDe ouverte à mi-plage, en fonction du terrainDe ouverte à mi-plage, en fonction du terrain
Token / SpacersD'origineD'origine

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes. SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaules à l’aplomb du guidon.

 

 

Comment ça se pilote…

C’est donc là que la magie opère au guidon du Yeti SB150. Ça se pilote un peu comme on en a envie, ou du moins en fonction de l’humeur du jour. Plutôt pépère, ou à l’attaque ?! 

 

Au train

En liaison, la courbe de raideur très faible et très plate autour du SAG offre un trait de caractère très précieux au Yeti SB150. Assis sur la selle, même si le sol est un champ de patates, que la pente est forte et que l’on est sur le plus grand pignon, ce vélo est un vrai tracteur ! Il avale tout ce qui passe, ses roues suivent le terrain et aucun coup de pied aux fesses ne vient perturber la progression. On reste assis, bien posé, et on avance, coup de pédale après coup de pédale.

 

À la relance

Pour autant, se lever et relancer, que ce soit à plat ou en sortie de virage, offre un autre visage du Yeti SB150 : il rend, et pas qu’un peu. Vous voyez Richie Rude qui écrase les pédales ?! On peut dire ce que l’on veut de la nature de ses performances, mais pas de doute > le vélo s’y prête et ne fait pas de gâchis. Ça se tient bien, et ça va de l’avant. D’autant qu’ici aussi, la faible raideur fait son oeuvre : pas grave si c’est défoncé au sol > pédale mon gars ! Le vélo s’occupe du reste…

 

À la cool ?

Le reste du temps, on peut prendre parti de laisser faire le vélo, laisser filer. Rouler serein et se consacrer à l’essentiel. Dans ce cas, on profite de l’inertie des grandes roues de 29, et de la très belle prestation des suspensions. L’assiette du vélo est saine et stable, il n’y à qu’à suivre.

Lorsqu’un virage se présente, freiner légèrement plus tôt, positionner le vélo, se poser dessus, et laisser tourner, quitte à sortir le pied pour le style. Il fait le reste, notamment tenir la trajectoire et isoler le bonhomme de ce qui se passe au sol…

 

À l'attaque !

C’est là que ça devient fou ! Quand on cherche à accélérer, le Yeti SB150 n’a pas de limite. On touche clairement les nôtres avant les siennes, et sans qu’il ne nous y ait poussé. Pour ceux que la vitesse grise, il y a largement de quoi faire.

Notamment parce qu’à haute vitesse, le vélo continue à jouer les gardes du corps. On roule comme dans une bulle. Les seuls signes avant-coureur proviennent des pneus et des roues. Ce sont les seuls dont on atteint la limite un peu trop vite. Le Yeti SB150 mérite mieux !

 

Entre les deux ?!

Mais avant de franchir le mur du son ou se mettre sur orbite, il y a un entre deux à exploiter. Entre à la cool et à l’attaque, c’est là que le Yeti SB150 est au dessus du lot. La palette est large, très large !

On peut tout aussi bien tourner en se posant sur la selle pied sorti, qu’en pumpant ou en jouant du nose turn. On peut tout aussi bien relancer en wheeling qu’en sprintant. On peut tout aussi bien choisir de sauter par dessus le chaos avant de retomber dedans, ou garder les roues au sol et laisser les suspensions travailler…

Lui n’a pas nécessairement de préférence ou n’impose pas une meilleure solution qu’une autre. La seule difficulté est de choisir et de se décider, le moment venu. Parce que contrairement à d’autres, ce n’est pas lui qui décidera pour nous. Et c’est en ça qu’il est unique, se démarque, et/ou se place au dessus du lot, c’est selon.

 

 

Pour qui ? Pour quoi faire ?!

Entre ce que je viens d’écrire, et l’idée que le Yeti SB150 soit un passe-partout, il n’y a qu’un pas. Je pourrais facilement le mettre dans la case des vélos polyvalents, mais ce serait faire un raccourci. Oui, il l’est, mais pas de n’importe quelle manière !

Il l’est parce qu’il peut convenir à différents styles de pilotages, différents tempéraments, différentes vitesses intrinsèques. Il permet différentes approches et ça, c’est suffisamment rare pour être plébiscité. La seule restriction étant de s’adonner à l’Enduro avec un grand E ! Au coeur de la meule !

C’est le premier vélo auquel je suis tenté de mettre pratique de prédilection aussi bien pour les cases Rallye Enduro, Navettes et station que Vélo de montage au comparateur d’essai Endurotribe. Ces trois là, et pas les autres. Ça veut bien dire ce que ça veut dire.

Notamment que la compétition peut clairement entrer en ligne de compte, mais pas que. Oui, il peut aller vite, très vite, mais il n’a pas besoin qu’on dispose d’une super licence pour en comprendre le mode d’emploi. Il peut être tout aussi efficace ailleurs, autrement, c’est à nous d’en décider !

 

 

Vis-à-vis de la concurrence ?!

Le piège, à écrire qu’il s’agit d’un des tous meilleurs vélos du marché, c’est de vouloir le comparer à tous ses concurrents, pour s’en assurer. Je me prête volontiers à ce jeu en commentaires de cet article. Reste qu’ici, je retiens une liste, non exhaustive, des vélos qui permettent avant tout de peaufiner le portrait du Yeti SB150…

Vis-à-vis du Commençal Meta AM

À commencer par l’autre vélo dont j’ai écrit beaucoup de bien récemment, le Meta AM dernière génération. Les deux partagent cette idée d’un vélo “facile” qui préserve leur pilote des tumultes et leur suggère l’essentiel. Ils y parviennent simplement de manière un peu différente.

Le Yeti SB150 travaille un peu plus loin dans le débattement, là où l’Andorran sait être plus économe, à lecture de terrain/confort et adhérence équivalents. Le Yeti profite également de sa raideur très contenue pour soulager le carbone de son cadre, là où le Commençal répartie davantage le travail sur toute la longueur des chaines de raideur.

Enfin, on pourrait penser le Meta AM plus pataud compte tenu de son triangle avant plus généreusement dimensionné. Mais au final, c’est le rapport bases/empattements qui entre en ligne de compte. Le Yeti est un peu plus fade, là où le Commençal semble un peu plus caractériel.

 

Vis-à-vis du Lapierre Spicy

En parlant de caractère justement, c’est la comparaison vis-à-vis du Lapierre Spicy qui permet de se convaincre de la sagesse du Yeti SB150. Avec son point de pivot qui se rapproche très vite du boitier et son triangle arrière complaisant, le Spicy est une monture qui a plus de caractère, mais qui demande aussi un peu plus d’attention pour être domptée.

Le Yeti SB150 est naturellement plus facile à mettre en oeuvre, et à laisser filer s’il faut. Le Spicy en est capable, mais demande un peu plus d’attention pour y parvenir, notamment pour tout accorder. Et puis, au passage, ça permet de constater que oui, les géométries modernes qui recentrent le pilote, telles que celles du Yeti SB150, ont bien leurs intérêts.

 

Vis-à-vis du Mondraker Foxy

Géométrie moderne ? Cadre carbone bien maitrisé ?! On parlerait pas un peu du Mondraker Foxy par hasard ?! Comme le Commençal, il permet de montrer que le Yeti fonctionne un peu plus loin dans le débattement, sans que ce soit rédhibitoire.

Notamment parce qu’à l’usage, le Yeti SB150 ne montre aucun signe qui puisse suggérer un temps d’adaptation nécessaire comme c’est le cas au guidon du Foxy. Ses mensurations restent finalement raisonnables. 

Côté cadre, c’est l’occasion aussi de caractériser le carbone Turq du Yeti SB150. Précis, mais pas raide. Peut-être légèrement plus que le Mondraker au départ, mais il ne me semble pas verrouiller comme l’Espagnol, ensuite. D’où, aussi, les tempéraments différents : plus sanguin chez le latin…

 

Vis-à-vis du YT Capra

En parlant de tempérament et de facilité, on peut aussi parler du YT Capra. L’Allemand a pour lui d’être facile à prendre en main. Pas sur-dimensionné mais taillé d’une certaine manière, à son guidon le message est clair : assis toi sur la roue arrière et accroche toi, ça va dépoter ! L’exemple même du vélo qui te dicte la manière de le piloter. L’exact opposé.

Quelque part, ça s’accorde bien avec sa suspension arrière elle aussi un peu l’opposée de celle du Yeti : parmi les plus raide du marché. Ce qui fait qu’on le veuille ou non, la lecture du terrain est prononcée et ça rend bien, mais le Yeti est un ton au dessus en matière de confort et quand il faut rouler, longtemps…

 

Vis-à-vis du Santa Cruz Hightower

Pour boucler la boucle à propos de raideur de suspension et de cadre, finissons par le Hightower. Le Yeti SB150 a ce côté tapis volant quand on laisse filer. C’est d’ailleurs à ça que je reconnais qu’il puisse se piloter comme un Santa.

Par contre, à la pédale quand c’est défoncé, le jour et la nuit s’en mêlent. Le Yeti SB150 est un tracteur là où le Hightower demande de l’application et du dynamisme pour compenser la suspension qui fige.

Enfin, le cadre Yeti est moins raide, et ça saute même aux yeux en le roulant avec des roues carbone… De la marque californienne ! De ce point de vue donc, pour l’heure, deux approches différentes, pour deux rendus différents. L’un peu se piloter comme l’autre, mais pas l’inverse…

 

 

En conclusion

Quoi qu’il en soit, c’est l’heure de conclure. Je l’ai écrit, détaillé, et précisé : le Yeti SB150 se place dans la lignée de son prédécesseur, clairement une référence, si ce n’est LA, référence du moment. La sempiternelle question est donc vite répondue : pourquoi voudrais-je le garder ? Elle répond d’ailleurs à celle qui vient naturellement avec : Vaut-il son prix ?! 

“À mes yeux, le Yeti SB150 est l’archétype du vélo d’Enduro, avec un grand E. Ce fameux vélo capable de rouler tous les week-ends, que ce soit à la pédale, en montagne, en navettes, en station ou en compétition. À la seule condition de le nourrir du terrain pour lequel il est fait : du vrai, du beau, du technique ! Pour le reste, d’autres vélos, destinés à d’autres pratiques, existent. Lui, c’est le coeur de la meule qui l’intéresse, pas la croute ! Dans ce domaine, il est presque imbattable. Capable de piocher chez différents styles et différentes inspirations, quelle que soit la vitesse du bonhomme, il y parvient en assumant un concept unique qui fait son identité, aussi bien visuelle qu’à l’usage. On ne peut pas faire plus assumé, cohérent, et polyvalent, pourtant…”

 

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraîchir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparées à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > par rapport aux autres, qu’en penses-tu..? Rendez-vous sur la page du Comparateur d’essais VTT Endurotribe pour en savoir plus >  http://www.endurotribe.com/comparateur-essais-vtt-2016/

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