Ça n’a échappé à personne : en matière de matériel et d’essai, Endurotribe aime faire les choses différemment ! Il y a peu, le magazine recrutait un lecteur en vue de la Mission Bluegrass : 2 jours au nord du Lac de Côme, pour s’infiltrer chez la marque italienne de casques et protections.

Au programme : le process de conception et de suivi des produits, les projets en cours de développement et une session de mise à l’épreuve sur les pentes du coin. Premier d’une série à venir : voici les Bluegrass Rogue & Rogue Core MIPS, nouveaux casques jet de la marque.

Pour en parler, c’est Vincent – from Marseillan (34) – qui s’y colle en ma compagnie… Globetrotter, médecin du sport en devenir et amoureux de beau matos : on ne pouvait pas rêver mieux pour cette Mission Bluegrass ! Voici donc présentation, prise en main et un peu plus, du dernier de la bande…

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes – Photos : Bluegrass / Ulysse Daessle


 

Au sommaire de cet article :

 

Le process

Pour nous présenter son dernier né, le Rogue, l’équipe Bluegrass a eu la bonne idée d’aller au delà du discours marketing habituel qui compte le nombre d’aérations et met le casque sur la balance avant d’aller plus loin. Ils y tiennent, mais c’est surtout la manière d’y parvenir qui fait la force de l’équipe.

Ici, la méthode de conception d’un casque est un savoir faire bien gardé depuis 20 ans, un processus continuellement développé entre l’atelier de design et le laboratoire d’essai, qu’un pas seulement sépare dans les locaux de la marque. Qui plus est, comme le note Vincent…

“Le fait d’avoir pu produire il y a quelques années encore, des casques au sein même de l’usine en Italie, fait que tu sens bien la maîtrise de tous les procédés de fabrication, du premier dessin jusqu’au produit fini. On sent qu’il y a une réelle expérience : chacun a son rôle, la machine est rodée, mais c’est un vrai travail d’équipe. Les mecs sont soudés, a l’écoute, et toujours les oreilles grandes ouvertes.”

Vincent, lecteur Endurotribe en Mission Bluegrass

Il n’a pas tort. Par le passé, j’ai eu l’opportunité de pousser les portes d’autres marques réputées du milieu. J’y ai vu de très belles choses, notamment de quoi apprécier à sa juste valeur ce qui fait la particularité du process Bluegrass.

Cette articulation particulière au niveau de la modélisation 3D a un intérêt certain dans le process : le nombre d’itérations possibles entre le design et la sécurité. Un point clé pour optimiser les deux et aller au delà de ce qu’un process classique peut permettre en un temps donné. Sur le marché du cycle, qui évolue très vite, c’est un atout qui permet malgré tout de ne pas perdre de vue l’essentiel : la protection ! Un aspect auquel Vincent tient particulièrement…

“La sécurité des casques en Enduro, c’est super important. Les mecs sont de plus en plus rapides sur les trails, les impacts sont solides, et ça, Bluegrass l’a compris. Les impacts rotationnels sont pour moi les plus dangereux, entraînant des fractures cervicales hautes souvent instables et compliquées a traiter. Un des gros points forts ici est de disposer d’un gros labo permettant de tester la résistance des casques. En multipliant les itérations, les ingénieurs assurent un niveau de sécurité 5 étoiles. Tout y passe : les contraintes longitudinales, rotationnelles, le MIPS, les mentonnières. C’est la folie ! Tous les casques testés sont rentrés dans une data base, et toutes les données sont analysées méticuleusement.”

Pour cause, la marque s’attèle à un traitement statistique de l’ensemble des mesures obtenues tout au long de la vie du casque : des tous premiers essais jusqu’à son retrait du marché… D’elle même, la norme européenne fixe une valeur limite à ne pas dépasser le jour du test. Bluegrass s’assure, via la loi normale, que l’ensemble des casques mis sur le marché sont en dessous, et pas qu’un peu !

 

 

Bluegrass Rogue & Rogue Core MIPS

  • Destiné au All Mountain & Enduro
  • 16 ventilations
  • Boucle Fidlock
  • Système MIPS-C2
  • Serrage 360°
  • 3 tailles, S (52-56cm) / M (56-58cm)& L (58-61cm)

 

Le casque

Ces détails sur le processus de conception du Bluegrass Rogue ont plusieurs intérêts. Ils justifient, notamment, les progrès que chaque nouveau casque incarne au sein de la gamme. Dans ces circonstances, il faut en moyenne un an à la marque pour produire un nouveau modèle. Chaque nouveau projet est donc une opportunité d’apprendre et de progresser, encore et toujours, tandis que chaque aspect est issus d’un choix guidé par les résultats d’essai, et d’optimisation…

 

 

Premières impressions

Voilà pour les présentations. Place à l’action ! C’est qu’à l’occasion de cette visite, on ne s’est pas contenté de discuter. On a roulé ! L’aventure dans les montagnes entre Morbegno et Tirano, on y reviendra dans un article Évasion, dédié à la beautés des lieux. Pour l’heure, on se focalise sur ce que les 3000m de D-, 45km et 12h passées en montagne nous ont appris au sujet du Bluegrass Rogue.

 

Confort

Tout d’abord, en matière de confort. La concavité de la coque est une réalité sensible. Sur le marché, elle permet de placer le Bluegrass Rogue en face de nos références en la matière jusqu’ici : les Poc Trabec et Tectal. En elle même, la forme fait penser à ce que l’on perçoit à l’intérieur d’un Smith, avec moins de points de pression encore…

Ça dépend bien entendu de la forme du crâne de chacun, mais ici, le Bluegrass Rogue nous laisse tout simplement l’impression que le casque ne touche la tête que par le serrage à 360°, qui descend assez bas sur le front sans y créer de zone de pression. D’ailleurs…

“Le système de serrage à 360° évite les points d’appui classiques, notamment au niveau du front. Ça permet de réduire la taille de la mousse, et éviter de la gorger de sueur ! et l’intérieur m’a évité certains points de contact qui parfois me provoquent des céphalées”

 

Ventilation

Est-ce que la ventilation du casque participe à cette impression de confort ?! C’est possible. On l’a en tout cas mise à l’épreuve la veille de notre périple alpin, à l’occasion d’un petit warm-up sur les hauteurs de l’usine Bluegrass. Températures estivales mais taux d’humidité maximal alors que la pluie venait de cesser.

C’est bien simple, on n’a pas quitté les masques entre deux runs alors que dans pareil cas de figure, il n’est pas rare de devoir les ventiler pour éviter la formation de buée à l’arrêt. Ça mérite forcément d’essayer avec d’autres masques, et dans d’autres circonstances pour confirmer, mais ça reste un bon début confirmé le lendemain, dans des conditions plus sèches et chaudes.

“Sur le terrain, le Bluegrass Rogue est confortable et s’oublie assez vite. On a passé 8h sur le vélo, avec un plateau de charcuterie et une bière au passage, et on avait encore le casque sur la caboche !”

 

Stabilité

C’est peut-être aussi sa stabilité qui joue dans cette bonne impression. La forme creuse y participe forcément, mais ce n’est pas tout. Le serrage à 360° semble se répartir de manière très homogène sur toute la circonférence. Ça permet de faire usage du serrage sans craindre de monter en tension. Et ça, malgré la présence du Mips bien perceptible quand on fait bouger le Bluegrass Rogue à la main…

“Quand on pose le casque sur la tête, on sent tout de suite qu’il ne bronche pas, même en descente. La visière est courte, plus courte que la tendance actuelle à mes yeux, ça peut surprendre au début !”

Signe qui ne trompe pas à ce sujet : l’usage d’un masque, placé sous la visière. Même avec ce porte-à-faux, le Bluegrass Rogue se fait oublier. Le masque semble plus proche du front. Est-ce dû à la visière plus courte et/ou design particulier de la coque sur sa face avant, la répartition des masses autour du crâne ?! Dans tous les cas, un très bon progrès, et une référence sur le marché, un ton au dessus des Specialized Ambush, Fox Speedframe ou Met Roam connus pour ça jusqu’ici.

 

Compatibilité

En parlant d’usage d’un masque, revenons sur certains détails pratiques. Naturellement, le bandeau du masque vient se glisser sous les ailettes de la visière. À l’arrière…

“Un petit décroché vient finir le travail pour permettre que l’ensemble casque/masque ne soit pas mobile ! On apprécie !”

Et c’est tout aussi réussi avec le dispositif pour loger les lunettes sur la visière. Ici aussi, la faible longueur de cette dernière, qui “saute aux yeux” au premier regard, trouve une justification : les lunettes ne font pas porte-à-faux.

Pour les ranger, il suffit d’un peu de méthode : on relève la visière, on passe les deux branches, on les replie, et on rabat la visière. Les branches prises en sandwich entre la visière et la coque maintiennent fermement l’ensemble, rien ne bouge.

Le dispositif a un intérêt : il est plus stable et confortable que de glisser les branches des lunettes dans les aérations. Il évite aussi de salir ou embuer les lunettes placées derrière le crâne. Il faut simplement qu’elles soient repliables, comme c’est généralement le cas. Lors de l’essai, des Oakley Sutro, 100% S3 et Cébé Upshift ont montré leur compatibilités totales.

 

 

Qu’en penser ?!

Voilà donc pour ce que l’on peut d’ores et déjà rapporter du premier volet de cette Mission Bluegrass. Pour des passionnés de matériel et d’innovation comme nous, c’est forcément un régal d’avoir accès aux détails du process de conception/production d’un produit. Ça permet de saisir les choix, initiatives, et résultats qui font le produit fini.

Ici, de manière plus large dans la gamme Met/Bluegrass, on comprend le rôle que le Bluegrass Rogue joue pour challenger et élargir le spectre d’un savoir faire très particulier. Et logiquement, par petites touches, il fait progresser les deux marques et leurs modèles respectifs. C’est que le Bluegrass Rogue pose certaines bases et repères dont il est forcément bon de s’inspirer désormais.

Son ratio confort/sentiment de sécurité/ventilation/stabilité est tout simplement très bon. Et ça, en incarnant le casque que la marque veut garder accessible à la majorité des bourses en restant sous la barre des 150€ pour le plus haut de gamme. Une belle ambition, à saisir à travers la gamme que voici…

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