Le marketing a parfois ça de bon qu’il n’y va pas par quatre chemins ! En présentant la dernière itération du Santa Cruz Tallboy, la marque californienne a osé le qualifier de vélo de Cross des descendeurs ! Intéressant, puisque à la base, l’Enduro était justement présenté comme le meilleur des deux mondes. 

Voilà donc un axe tout trouvé pour passer à l’essai un de ces petits vélos Trail/All Mountain sexy à souhait. En quoi serait-il séduisant pour les pilotes que nous sommes ? Qu’a-t-il d’un vélo à plus fort débattement ? Mérite-t-il donc notre attention ?! Réponse avec le Santa Cruz Tallboy, à l’essai Endurotribe…

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Prologue…

On ne va pas se le cacher : les petits vélos, à la base, ce n’est pas la tasse de thé de la rédaction Endurotribe. Au tableau récapitulatif, on en compte peu. Notamment parce que jusqu’à peu, les expériences à leur guidon nous ont laissé perplexe. Ok, c’est léger, ça pédale et ça se porte bien, mais côté pilotage, ça laissait sur sa faim.

C’est que pour bon nombre de marques, le vélo de Trail en 120/130mm était encore un vélo de Cross bodybuildé : taillé et suspendu pour pédaler avant tout. Or, en bons enduristes, on ne rechigne jamais à l’effort quel qu’il soit, tant qu’il est au service du pilotage. Enchaîner plusieurs milliers de mètres de dénivelé positifs, d’accord, seulement si les mètres de négatif en valent la peine et ne sont pas gâchés par la monture. Jusqu’à présent, c’est clairement les vélos All Mountain et Enduro qui font la part belle à cette approche.

Ne nous méprenons donc pas ! Je n’entends pas ici juger du Santa Cruz Tallboy vis-à-vis de l’ensemble de sa concurrence directe. Ni me prononcer sur sa pertinence en tant que vélo XC/Trail/randonneur pour lequel on peut le prendre. Ce n’est pas mon domaine. Par contre, dire s’il a ou non, des gènes de vélo paré à piloter, tel qu’on peut l’entendre chez nous, ça oui ! Alors, le Santa Cruz Tallboy, qu’a-t-il vraiment d’un grand ?! 

 

 

Santa Cruz Tallboy 4 CC XO1 Reserve

  • Usage Trail/All Mountain
  • Roues en 29 pouces
  • 120/130mm, RS Pike & Fox Float DPS
  • Triangle avant & arrière carbone CC
  • Reach 470mm en L, offset court 44mm
  • Roues Santa Cruz Reserve, 27mm

 

Mamma mia !

En la matière, la première impression au guidon du Santa Cruz Tallboy est prometteuse.Ça marche ce petit vélo” sont mes premières notes à son sujet. C’est qu’en matière de suspension, arrière notamment, il y a quelque chose de très intéressant : c’est sensible. La roue arrière lit le terrain de belle manière, ça ne tape jamais vraiment, le tout avec un beau maintien. Ça me rappelle forcément ce petit côté tapis volant des autres vélos de la marque, sans pour autant flotter.

Quand on le sollicite davantage pour lever la roue avant, sauter, tourner… Le Santa Cruz Tallboy a vite du répondant. En matière de dynamique au boitier de pédalier, il n’y a pas de débattement inutile. On en vient donc vite à compter sur ses mensurations… Généreuses !  On ne s’y sent pas haut perché. En courbe, quand il faut charger pour gripper, on sent qu’il y a du potentiel. La roue avant est presque là où il faut. Ça parait juste un poil bas par moment, sans pour autant gâcher le tableau.

Un joli tableau aussi parce qu’en matière de rendu, le Santa Cruz Tallboy ne parait pas aussi raide que d’autres. Assis sur la selle, à la pédale, je suis même surpris de sa capacité à avaler le terrain avec si peu de débattement. Et quand le terrain est défoncé, il réussi là où d’autres ont franchement plus de mal : à la fois rigide/précis, sans vibrer ni être raide à en flinguer son pilote. Très beau compromis !

 

 

À quoi c’est dû ?

Pour étayer ces premières impressions, coup d’oeil à certains détails de conception du Santa Cruz Tallboy. En premier lieu, ses courbes cinématiques…

Côté cadre, je n’en ai pas la certitude, mais mes expériences passées au guidon des autres modèles de la gamme me permettent un certain rapprochement. En matière de rigidité/raideur, je parierais que les ingénieurs de la marque se soient basé sur les valeurs des Blur et Highball plutôt que sur celles des Hightower et Chameleon. Et sincèrement, comme avec le Heckler et le 5010 récemment, j’aurai tendance à suggérer que ce soit la voie à prendre pour l’ensemble de la gamme !

Rigidité/raideur des petits frères de XC, côtes des grands frères de All Mountain et Enduro… C’est peut-être comme ça qu’il faut définir le Santa Cruz Tallboy au sein de la gamme californienne. Et c’est ça qui en fait un personnage à part entière dans la fratrie. Sur le papier, ce n’est qu’en hauteur de boitier – 9mm plus bas – et en empattement avant – 17mm plus court – qu’il se distingue. Et ça explique les premières impressions à l’usage…

 

 

Comment ça se règle ?!

Courbe de ratio très linéaire, courbe de raideur peu creusée. Il ne faut pas aller chercher plus loin pour saisir que le Santa Cruz Tallboy est dans la lignée des derniers vélos de la marque : facile à régler. On peut volontiers jouer de 25 à 35% de SAG, sans avoir à être très précis, pour en tirer partie. Côté détentes, idem, la mi-plage semble bien positionnée, et chacun pourra à loisir adapter à ses préférences.

Tout juste peut-on envisager deux choses si l’on veut être tatillon. En premier lieu, le kit de mise à jour DebonAir dans la Pike, s’il n’est pas livré d’origine. Son double effet Kiss Cool + de maintien / – de raideur permet de gagner un peu de stack en dynamique, et d’accorder la raideur de l’avant avec celle remarquable de l’arrière. Ensuite, opter pour 140mm à l’avant. Ça relève légèrement le boitier mais on a de la marge, et ça donne quelques précieux millimètres d’empattement avant. Là, c’en devient un régal d’onctuosité, genre mousse au chocolat !

Restent les ajustements de géométrie dont dispose le Santa Cruz Tallboy : angles/hauteur de boitier et longueur des bases. Le premier permet habilement au vélo de se situer entre deux mondes : XC ou Gravity. Boitier haut/angle redressé permet de combler les plus pédaleurs, boitier bas/angles couché ceux qui se sentent plus l’âme de pilotes. Ici, j’ai donc clairement préféré la seconde option, qui plus est avec fourche en 140mm. Côté bases, l’âme du vélo est de toute façon joueuse pour lever des manuals et tirer des bunny-up, même en bases longues. J’ai donc préféré cette option, pour avoir un vélo le plus stable à haute vitesse, et quand ça brasse… Dans tous les cas, c’est fonctionnel, bien dimensionné, et ça fonctionne. Chacun peut donc en jouer librement. 

RéglagesAvantArrière
SAG25 à 30%30 à 35%
Détente2/3 ouvertemi-plage à 2/3 ouverte
CompressionsOuverteouverte
Token / SpacersSans + mise à jour DebonAirD'origine

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes. SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaules à l’aplomb du guidon.

 

 

Comment ça se pilote…

Une fois n’est pas coutume, c’est à la pédale, que l’on ouvre cette partie de l’essai. Notamment parce que c’est là où l’on attend ces petits vélos plus légers que nos habituels All Mountain et Enduro…

 

Quand ça monte...

Et là, sans détour, il y a effectivement de quoi s’inspirer, ou du moins, de belles choses à retenir. Forcément, le Santa Cruz Tallboy se fait remarquer par son poids. Quoi que sincèrement, une fois sur le dos, là où il ne monte plus, la différence ne soit pas flagrante par rapport à plus gros et lourd. J’espérais sincèrement plus de gain !

Qu’importe, il a effectivement deux traits de caractère que l’on peut espérer que les gros vélos (re)trouvent à l’avenir. Les deux se manifestent avec la fatigue, quand le coup de pédale devient carré. Ici, on n’a pas le sentiment d’avoir à relancer le vélo à chaque coup de jarret.

Et même si l’on n’est plus trop coordonné, il garde son assiette. Faible débattement = très bonne assise. On peut véritablement se poser sur la selle, et déployer toute sa puissance, ou au contraire, trialiser. Seuls les meilleurs All Mountain et Enduro le concurrencent sur ce point.

Mieux, c’est le Santa Cruz Tallboy qui concurrence les gros vélos sur leur terrain. Quand c’est défoncé, ils peuvent avoir l’avantage d’avaler le terrain en mode tracteur là où d’autres buttent dans le moindre obstacle. Ici, même avec peu de course, le Santa Cruz Tallboy a ça d’un grand ! 

 

Quand ça tourne...

De quoi donc, arriver à bon port pour enquiller ce qui suit, la descente, et ses belles courbes. Là, c’est clairement l’assiette, les côtes et la sensibilité du Santa Cruz Tallboy qui s’expriment. Si certains des plus gros vélos de la marque peuvent avoir tendance à s’asseoir, voir même à se tanquer quand on pousse dessus en courbe, ici, on peut volontiers tourner dans l’instant, du coup de rein.

Le Santa Cruz Tallboy ne se tasse pas, il reste dans un spectre qui permet de pousser du boitier, tirer du cintre, et compter sur sa belle prestation latérale pour faire voler la poussière, les cailloux et tout ce qui traîne sur la trajectoire idéale. Clairement un trait de caractère qui peut faire penser à de plus gros vélos, dont on peut faire plonger le boitier quand bon nous semble… Il a donc ça, aussi, d’un grand ! 

 

Quand ça brasse...

Mais alors, le Santa Cruz Tallboy aurait-il tout d’un grand au point de tous les enterrer ?! N’abusons pas non plus. Il y a forcément un domaine dans lequel il touche à ses limites : quand ça brasse !

Mais ici encore, pas de n’importe quelle manière. On pourrait l’imaginer tout de suite aux fraises, mais il sait plutôt bien se défendre. Quelque part, sa sensibilité et son bon soutien me rappellent ce que certains plus gros vélos offrent en faisant usage d’un ressort hélicoïdal. Ça touche donc bien le terrain, et ça ne tape jamais vraiment. Au point qu’en montagne, on pourrait s’y méprendre et penser qu’il soit dans son élément.

Ça se complique simplement quand les trous, obstacles et mouvements de terrain à absorber dépassent une certaine dimension. On ne peut pas inventer le débattement que le Santa Cruz Tallboy n’a pas. Un petit vélo de la sorte ne permet tout simplement pas de se relâcher, laisser filer, se poser sur la selle sans avoir une totale maîtrise du terrain. La pierre cachée dans les fourrés, la racine planquée au détour d’une courbe, le trou de marmotte pas vu en regardant loin devant… Outch ! C’est là qu’il faut avoir du gainage, un bagage technique, et ne pas se démonter : engager !

Et quand bien même, il faut alors savoir gérer le matériel. Les pneus de petite section – même si ce sont des Exo – qui restent à la merci du terrain – et les petits freins – les G2, leurs petits disques en 180mm et plaquettes organiquesdeviennent facteurs limitants. Ne pas se relâcher, engager, mettre à profit son bagage technique, sa forme physique et sa capacité à gérer finement les capacités du matériel en fonction du terrain…

 

 

Pour qui ? Pour quoi faire ?!

Ça, plus les traits de caractère du Santa Cruz Tallboy me font effectivement dire que le slogan de la marque est bien trouvé. Vu sous cet angle, les meilleurs descendeur du Syndicate ont effectivement toutes les qualités pour tirer partie d’un tel petit vélo. Et quelque part, on peut penser qu’il nous procure, à un rythme bien plus raisonnable, des sensations similaires d’engagement et de jouer avec la limite que sur un V10 en plein run de Coupe du Monde.

Reste qu’on est pas tous pilote de niveau international. Je pense néanmoins que certains peuvent trouver chaussure à leur pied sur le Santa Cruz Tallboy. En premier lieu, ces enduristes et descendeurs montagnards à la base, qui se voient, par la force des choses, exilés dans des contrées sans véritables montagnes. Plus besoin d’autant de débattement, mais toujours envie de mettre le même bagage technique à profit pour s’amuser > la sensibilité, les côtes et le poids du Tallboy sont idéaux pour réussir à s’intégrer sans renier ses origines !

Ça, et une certaine pratique du vélo de montagne me viennent à l’esprit. En la matière, au guidon du Tallboy, j’ai simplement ajusté mes itinéraires d’une certaine manière. Plutôt que de viser un sommet pour en tirer les plus forts dénivelés négatifs, j’en ai fait le tour, pour réduire la pente, mais cumuler davantage à la longue. Ça m’a d’ailleurs rappelé la Transvésubienne, et convaincu que quelque part, l’Enduriste qui veut s’y essayer sans sacrifier son bagage et ses valeurs avec un vélo trop léger, y trouverait un certain bonheur avec le Santa Cruz Tallboy.

 

 

En conclusion…

Vu sous cet angle, il est facile de conclure au sujet du Santa Cruz Tallboy. Notamment pour répondre à la question fatidique : pourquoi voudrais-je le garder ?

“Tout simplement parce que le Santa Cruz Tallboy me réconcilie avec cette catégorie de vélos [TRAIL]. Mieux, il concrétise tout le potentiel que je leur prêtais. C’est bien suspendu, c’est bien taillé, c’est bien dimensionné… Il a ce qu’il faut pour exprimer mon tempérament de pilote même quand le terrain ou la pratique s’éloignent des standards idéaux. Il aurait donc le mérite d’élargir le spectre, ça vaut des points !”

 

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraîchir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparées à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > par rapport aux autres, qu’en penses-tu..? Rendez-vous sur la page du Comparateur d’essais VTT Endurotribe pour en savoir plus >  http://www.endurotribe.com/comparateur-essais-vtt-2016/

 

 

Épilogue… 

Quoi qu’il en soit, l’essai du Santa Cruz Tallboy a un mérite au delà de se prononcer seulement sur le sort de ce vélo. Il permet aussi d’évoquer ce que l’on peut souhaiter au marché et à l’offre des vélos de Trail qui se renouvelle actuellement. N’y allons pas par quatre chemins : le Santa Cruz Tallboy ose démontrer aux cyclistes conservateurs qu’une vision plus moderne existe. Et techniquement, on voit qu’elle est fortement inspirée de ce que les plus gros vélos apportent facilement.

Il permet également de bousculer les All Mountain et Enduro qui ont tendance à prendre de l’embonpoint ces derniers temps. Oui, ils le font en gagnant en robustesse, en fiabilité, en performance et en capacité à faciliter la tâche du pilote. Il n’empêche qu’on voit clairement en quoi, au coup de pédale et en matière de rigidité/raideur, ils doivent désormais progresser. Le challenge est toujours bien présent ! 

En attendant, le Santa Cruz Tallboy répond à la question à l’origine de cet essai : Qu’a-t-il d’un grand ? Sa sensibilité/lecture du terrain, sa faible raideur en suspension, ses côtes qui plus est si on les encouragent avec une fourche 10mm plus haute, sa capacité à avaler le terrain jusqu’à un certain point. Il ne lui manque que quelques capacités supplémentaires en matière et quelque part, on attend désormais que ce soit de lui que s’inspirent les prochaines mises à jour des vélos à plus fort débattement de la marque 😉

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