Les années se suivent et se ressemblent… ou pas ! Bien que les Rocky Sports squattent toujours nos colonnes, voici leur récit vu de l’intérieur d’une des premières course d’Enduro de la saison 2020, qui elle, ne ressemble justement à aucune autre jusqu’à maintenant…

 


Temps estimé de lecture : 13 minutes – Récit : Quentin Arnaud – Photos : Kevin Burnet & Damien Saint Patrice


 

 

Lueur d’espoir…

2020, pas besoin de rentrer dans les détails, une année particulière, une saison qui ne voulait pas commencer, des événements majeurs perturbant l’ensemble de la saison, mais bien plus encore, perturbant à peu près toute la planète. Un virus, si petit et pourtant si puissant, si dévastateur. C’est en voyant ce que ce virus peut faire, que j’arrive à aimer encore plus mon sport en me raccrochant à lui. C’est ma motivation, ma libération, mon plaisir brut qui me permet de garder un rythme et de rester concentrer. Entre revoir les amis, les copains, les riders, les montagnes d’Allos et le chrono d’un enduro, cette édition 2020 de la Tribe 10 000 a définitivement été un véritable coup de cœur émotionnel.

D’ailleurs, impossible de continuer sans ouvrir une petite parenthèse sur ce début d’année particulier. Initialement, Lucas Frigout et moi-même étions censés commencer une saison très tôt avec un départ pour les EWS en Amérique du Sud début mars. Mais en quelques jours, la pandémie a déferlé sur la majorité des pays et le confinement a été instauré, brutalement ! Mettant un terme à la grosse préparation hivernale qui n’est jamais évidente. Des heures d’entraînement, de préparation et d’organisation qui tombent à l’eau. Et une saison qui semble s’effacer du jour au lendemain. Le confinement, une période difficile où chacun a su rebondir à sa façon. On n’a pas voulu baisser les bras, on voulait tellement faire du vélo…

Dès lors que le confinement fut levé, ce fut la libération, une lueur d’espoir de revoir les courses revenir ! Qu’une seule envie montait dans nos esprits : c’est l’heure d’y retourner et d’être prêt ! Car cette année, avantage non négligeable pour s’entraîner grâce au COVID-19 c’est qu’en juin – juillet les stations sont ouvertes et tous les sentiers de montagnes ne sont plus sous la neige ! Et finalement, reprendre l’entrainement n’aura jamais été aussi fun ! Que du ride et des sessions en station ou en haute montagne, on aura redécouvert notre région ! Et un grand merci à notre coach Quentin Derbier qui aura bien transpiré pendant des mois pour faire en sorte que notre entraînement tienne le coup et qu’on soit prêt au bon moment, car des changements de planning, on en aura fait !

Quand l’heure tant attendue fut arrivée, on était prêt et plus que motivé ! Cette coupe de France, c’est un peu la récompense d’avoir tenu si longtemps et de s’être acharné sur l’entraînement pendant tout ce temps.

 

 

L’arrivée

Ce trip et cette course, ça doit faire depuis 2011 que je la fais chaque année. Dès qu’on arrive à Barcelonnette pour monter le col, les sensations et le plaisir se font ressentir. Ce terrain du Sud est plaisant, les montagnes sont grandioses avec toutes ces couleurs et ces mélèzes, j’adore ! Ces singles recouverts d’épines de pin et d’une bonne couche de poussière, on aime toujours… nos poumons moins, mais bon !

Et quand on passe le col d’Allos, qu’une envie c’est d’être déjà sur le bike à dévaler les pistes ! Ce col d’Allos qui durant quelques années a eu droit à un départ de spéciale ! Ce n’était franchement pas immonde de partir d’une crête si sauvage entourée d’un panorama aussi magnifique ! Car on l’oublie un peu après plusieurs années, mais le cadre des montagnes du Val d’Allos, c’est quand même une sacrée pépite au chocolat.

Pas de temps à perdre, direction le retrait des plaques. Bien curieux de voir l’impact du COVID-19 sur cette organisation 2020. On a déjà perdu la moitié de nos courses, les quelques restantes sont sur le fil du rasoir pour rester ou être annulées, on verra bien, respecter les règles prescrites, c’est ce qu’on peut faire de mieux pour garder ces courses présentes. Mais tout se passe de façon détendue. Les règles sont respectées, tout le monde joue le jeu. On n’a pas d’intérêt à faire les malins. On a trop envie de rouler, alors les règles ont va les suivre sans problème. Et puis, c’est une question de respect. Et une bonne surprise arrive, je suis en plaque rouge (plaque prioritaire : top 20 scratch de l’année dernière ou du général de l’année en cours) : pour moi c’est le numéro 16. Et les plaques rouges et moi c’est une longue histoire. Ça a toujours été mon objectif en Coupe de France, mais ça faisait 2 ans qu’elles m’échappaient. Ici en porter une dès le début, c’est un peu symbolique, j’ai encore plus envie de la garder. Ça tombe bien, je me suis préparé du mieux que je pouvais, nouveau bike, nouveaux réglages, entraînement au top, je suis prêt à la défendre et à la garder.

Et même si ça risque d’être une année assez compliquée pour la défendre car on ne vend pas la peau du hamster avant de lui avoir cassé toutes les dents, cette année, il y a les grands noms de l’Enduro français qui sont venus. On peut dire que pratiquement tous les meilleurs français du circuit Enduro sont là. Normalement, ils ne sont pas trop présents sur les courses nationales pour se concentrer sur les EWS. Mais là des bons, il y en a : Florian Nicolaï, Kevin Miquel, Théo Galy, Alexandre Cure, Adrien Dailly, Romain Paulhan et même un petit wagon d’irlandais Greg Callaghan, Dan Wolfe… Et pareil chez les filles, elles sont toutes là : Isabeau Courdurier, Mélanie Pugin, Morgane Charre. Autant dire que ça va envoyer du lourd ce week-end et qu’il ne va pas falloir chaumer !

Et pour ça, on ne change pas les bonnes habitudes, direction le meilleur spot d’Allos, la zone de camping à côté du plan d’eau. Le tout avec la bande de copains, entre le team E-thirteen Chamrousse, les Rocky boys et les amis, on s’amuse bien, on rigole, on délire. L’ambiance est magique ! Cadre de vie parfait, on est mieux là qu’à la mine ! Et pour être en forme pour demain, pas de temps à perdre, repas diète avec un petit bout de comté, car c’est le meilleur fromage pour la santé ! Douche dans la rivière pour être parfait pour la nuit et extinction des lumières à 22h, faut pas déconner, demain c’est la race ! J’ai une pensée pour mes deux colocs, habitués du circuit aussi, Clément Charles et Théo Daumas, qui se sont blessés il y a peu, je vais leur faire honneur !

 

 

La race !

Samedi matin, réveil à la fraîche, 6h… Il fait encore bien froid et j’aurais préféré rester sous mon duvet. Mais on n’est pas venu pour être ici ! P’tit déj, petite routine de préparation et direction le départ de la course.

Règles d’hygiène obligent, on porte le masque dans les transports en commun, ici télécabine quoi. Le programme du jour c’est 3 spéciales. On commence par reconnaître la spéciale 2, un classique du versant bike park de Val d’Allos. On voit que la piste a souffert de la saison, elle est plus creusée que lorsqu’on vient habituellement à l’ouverture fin juin. Mais ça permet de s’échauffer et de prendre ses marques. S’ensuit une liaison à la pédale sur le versant opposé, pour aller chercher une spéciale inédite. Qu’on fera à vue et direct en chrono. Spéciale naturelle des plus magnifiques, des courbes dans l’herbe (un peu glissante ce matin avec la rosée) et un peu vierge car personne n’est encore passée, mais un régal, le flow est facile à trouver, dommage qu’elle soit si courte finalement. C’est plutôt dur de se mettre dans le rythme, mais on donne tout. Pas de faute dans celle-ci. Habitude personnelle, je ne regarde pas mes temps en bas, ça me travaille plus qu’autre chose, je préfère analyser ce que j’ai fait dans ma tête et donner tout à chaque spéciale. Dans la remontée pour la spéciale 2, mauvaise nouvelle chez les filles… Laura Charles est tombé et s’est blessé à l’épaule. Une grosse pensée de soutien pour elle, ce n’est pas cool, elle était en forme. On oublie souvent qu’on fait un sport dangereux… C’est ce danger et cette envie de repousser les limites qui pourtant rend notre sport si grisant et plein d’adrénaline. Mais on doit se rappeler que les blessures font partie du sport, aussi dur et injuste soient-elles, jamais facile à appréhender ou à vivre, c’est en se relevant qu’on en devient encore plus fort, car chuter on sait tous faire, mais je sais qu’elle reviendra au top. Ces blessures, comme avec mes deux colocs, elles nous font grandir et encore plus apprécier ces moments de ride !

Et nous voilà au départ de la spéciale 2. J’aime beaucoup cette piste malgré son état. Il y a beaucoup de pièges et il faut rester concentrer jusqu’en bas. Je roule fort, j’arrive à revenir et finir dans la roue du mec de devant ! Je suis content des sensations. Mon bike marche de folie et je suis tellement bien dessus ! La préparation hivernale et de cet été paye !

Retour sur le départ de la spéciale 1, trop bon, surtout que cette fois, on la connait, elle est propre, tracé et sèche. Je me trouve fluide, dynamique et efficace, pas trop d’erreur et du pur régal. La preuve en sera faite ce soir, je fais 10ème sur cette spéciale, un résultat que je n’avais pas touché depuis un moment.

On ne traîne pas, c’est la pause repas, il faut reprendre des forces. Puis direction la spéciale 3 pour une reco. Je la trouve dure à rouler, elle jongle entre des pistes bike park, le flow est compliqué à trouver. Pas le temps de tergiverser, on part pour refaire la spéciale 2, mais en raccourci depuis l’intermédiaire. Dommage, elle était bien la partie haute, question d’organisation et de timing je suppose. C’est parti et ça roule vite et fort, le bike me fait rêver, je m’amuse dessus, ça faisait longtemps que je n’avais pas eu autant de sensations sur un chrono. Je prends des bonnes lignes, me surprends même, je finis de nouveau juste derrière le rider de devant ! Je suis content.

Plus qu’une spéciale, j’appréhende légèrement de trouver un bon rythme, vu ma maigre prestation aux recos. Mais finalement, ça se passe bien, même très agréablement bien, elle va vite, elle est technique. C’est ce qu’on aime à Allos, un petit déraillement en sortie de virage viendra refroidir mon ardeur. Fort heureusement, la chaîne a repris et me permet de terminer sans m’arrêter. Ligne d’arrivée franchie, je peux enfin aller voir mon classement ! Surprise, je suis 16e, super content, une petite sensation de fierté de renouer avec ce top 20, qui plus est avec le plateau ! Résultat au top, j’ai la banane ! Et ça c’est important pour demain !

Soirée routine habituelle, baignade dans la rivière, beaucoup moins froide en cette période de l’année. On en profite pour prendre nos douches aussi dedans, à la vraie, car ça rafraîchit et ça remet d’aplomb d’un coup. Un petit détail qui fait son effet ! On prépare les vélos pour demain, je félicite mon bike, il a fait du bon boulot ! Avant de partir dormir, on se remémore les Tribe 10 000 d’avant, à “l’époque” où on faisait 10 000m de négatif dans le week-end, ça nous parait bien loin… Le format a beaucoup changé, les pistes sont plus courtes, plus intenses. Mais on aime toujours autant, la preuve, on est unanime, la nouvelle spéciale 1 était magnifique ! Aller, au lit, le marchand de gravier est passé.

Dimanche le format est différent, une boucle de 2 spéciales (spéciale 4 et 5) s’enchaîne avec une grosse remontée à la pédale pour aller à la 5, le tout sous un soleil bien chaud qui n’épargne pas. On la fera 3 fois dont la première boucle en reco. Et une dernière spéciale en fin de journée sur la piste finale de la veille.

La spéciale 4 est très courte et intense, beaucoup de flow et des bons virages rapide, c’est le top, je serais régulier dans mes 2 passages avec une légère amélioration. Mais les chronos et la place, on regardera ce soir. J’ai déjà assez à faire pour rester concentré. Je prends quand même la température chez les autres riders, ça se tient dans un mouchoir de poche. Comme d’habitude, je suis impressionné, chez les filles ça soude grave, Isabeau Courdurier est à 16 sec de Flo Nicolaï ! Que les machos se rhabillent, rouler comme une fille ça veut dire rouler fort, parce que des mecs, il y en a plus derrière que devant ! Elles engagent et c’est la folie, c’est propre, c’est beau, c’est fluide ! Une vraie leçon. Qui plus est, même parcours, même tracés, même temps de liaison, peu de disciplines où c’est comme ça. Elles sont fortes !

Bon Dieu, remonter à cette spéciale 5 trois fois dans la journée aura été une sale épreuve. Un bon soleil qui tape bien fort ça sèche. Mais on en profite pour discuter avec les copains, échanger notamment avec les Irlandais et Anglais venu rouler ici. Toujours le sourire et la bonne humeur, ils adorent rigoler sur la météo, ça change de chez eux ! J’aime cette discipline, tu roules avec une star comme Greg Callaghan et tu peux discuter et rigoler avec lui en liaison, le vélo c’est la vie !

Stage 5 ! Longue, physique et full speed. Dur de garder le rythme. Mes 2 chronos seront identiques malgré des sensations différentes. C’est marrant le feeling qu’on a sur le vélo et le résultat que ça donne. Mais elle était cool cette spéciale, un sacré paquet d’épingles, surtout au début avec un enchaînement d’une dizaine d’épingles bien serré. Faut garder le flow, relancer, tourner, relancer, lâcher les freins en mode full attaque et tenir jusqu’en bas !

Et puis c’est direction la dernière spéciale. La même que la veille. On connaît les pièges, y a plus qu’à envoyer. Je serais propre et efficace, quelques erreurs, mais c’est normal, la fatigue commence à jouer sur la lucidité et la concentration. Mais je passe la ligne d’arrivée satisfait, j’ai tout donné et je me suis bien fait plaisir ! J’aimerais faire ça tous les jours ! Ok, c’est à peu près déjà le cas mais bon…

Et quelle bonne surprise, je suis 19e, j’ai reculé de 3 places, mais je suis toujours dans le top 20 à ma grande satisfaction ! Objectif rempli, je suis content. Et les copains du team ont soudé aussi ! Lucas, impressionnant de régularité termine 9ème après 2 années compliquées. C’est le top. Xavier aussi est content de cette reprise de l’Enduro, il termine 26ème. Beau tir “groupé” pour nous ! Axelle quant à elle satisfaite de son week-end est 8ème, juste derrière les championnes de la discipline. Autant dire que c’est carton plein et sourire jusqu’aux oreilles qu’on reprend la direction de nos maisons !

Un élan d’espoir pour la suite, c’est ce que je me dis en refranchissant ce col d’Allos ! Finalement, la saison 2020 a commencé, je ne sais pas jusqu’où elle ira et qu’est-ce qu’il en restera. Mais on va en profiter un maximum ! Parce que bordel, le vélo c’est bon !

Un grand merci à tous ces riders et ami(e)s qui rendent ces week-ends de ride si inoubliables, si fun et si agréables ! Je re-signe direct. Et le direct, ça tombe bien, parce que jeudi c’est direction l’EWS de Zermatt en Suisse, et ça aussi ça va être la folie !

Quentin Arnaud pour le team Rocky Sports

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