Lorsqu’il est question de fourche, et bien qu’il y ait d’autres marques en compétition, deux géants mènent le jeu : Fox, côté bleu, et RockShox, côté rouge ! L’éternel derby, bleu contre rouge…

À l’orée d’une nouvelle ère, celle des plongueurs de Ø38mm en Enduro, deux modèles s’affrontent : la nouvelle Fox 38 et sa rivale, la dernière RockShox ZEB, qui, jusqu’ici, n’ont pas été comprises et cernées, et dont le véritable intérêt reste flou !

Alors en quoi cette nouvelle génération de fourche est-elle intéressante ? Qu’apportent-elles ? À quoi se destinent-elles ? Sont-elles si différentes l’une de l’autre ? Et finalement, comment se distinguent-elles des précédentes Lyrik et 36 ? C’est ce que nous allons voir tout de suite… coup d’envoi !

 


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Sur le papier…

Bien qu’on en ait fait les présentations séparément à leurs dates de sortie respectives, nous ne les avons pas encore mis face à face. À ce petit jeu, histoire de commencer le match en douceur, elles montrent quelques ressemblances et différences :

Ressemblances

L’usage des plongeurs de Ø38mm est bien évidemment la ressemblance la plus flagrante. Celle qui saute aux yeux de tous ! Et qui implique assez logiquement un casting plus imposant, autant chez les rouges que chez les bleus.

Les deux jouent aussi sur d’autres aspects structurels pour maximiser la rigidité : arceaux et tés renforcés, nervures aux jonctions… Même si au final leur look est radicalement différent, l’objectif est le même : un gain de rigidité est donc attendu dans les deux camps !

 

Différences

Les différences structurelles sont : un pivot elliptique chez Fox et un axe de roue plus abouti d’un point de vue mécanique qu’on ne retrouve pas chez RockShox. De plus, les deux devraient évoluer en terme de fonctionnement : chez Fox, comme chez RockShox on profite de cet upsizing pour revoir l’intérieur… mais de manière contraire !

Chez les rouges, on profite de la place supplémentaire pour gagner en volume d’air, sans radicalement changer leur technologie en matière d’hydraulique.

Chez les bleus orangés, à l’inverse, on tend à diminuer les volumes : par l’ajout d’un manchon flottant à l’intérieur pour favoriser le bon alignement des pièces entre elles, le gain de place est utilisé différemment. L’approche est différente, et c’est aussi le cas dans l’hydraulique : même si ça ne change pas non plus radicalement, une pièce a son mot à dire, on va le voir : ce que Fox appelle la valve VVC (sur les compressions hautes vitesses dorénavant), dont la pièce maîtresse est un ressort plat

 

 

Sur le terrain…

Il n’y a pas photo ! Les deux progressent face à ce à quoi Lyrik et 36 nous avaient habitué. Surtout en terme de rigidité et de fonctionnement. Mais alors qu’est-ce que ces progrès apportent-ils chacun d’intéressant une fois sur les sentiers ?

Précision

Qui dit plus de rigidité, dit forcément meilleure précision. Ici, bleus comme rouges apporte un gain de rigidité que l’on perçoit comme un gain de précision et une sensation d’appui sur la roue avant plus flagrant, plus marqué, plus prononcé.

On se sent un poil plus précis dans le positionnement de la roue entre les obstacles, l’impression de mieux tenir ses lignes et d’être en confiance dans les trajectoires. Comme si la chaîne de composants entre le pneu et le guidon – soit roue, fourche, douille, potence – se bonifiait pour un ensemble qui se tient mieux. En fait, la rigidité évolue de manière globale mais c’est la rigidité torsionnelle – selon les marques – qui progresse le plus sur la 38 comme sur la ZEB vis-à-vis de leurs consœurs aux plongeurs plus fins…

C’est donc dans les virages, où l’on charge la roue avant en appuyant sur le guidon, que la roue flotte légèrement moins de gauche à droite, elle garde mieux le cap et s’inscrit plus franchement dans les courbes. Mais ce gain tient aussi d’un grip en progrès…

 

Grip

En effet, le gain d’assurance et de confiance tient aussi à une adhérence de la roue avant qui progresse. C’est très remarquable au freinage où la fourche donne moins l’impression de vouloir passer sous le cadre, se tient plus dans son axe, évite l’arc-boutement, fonctionne d’autant mieux et transmet ainsi mieux notre appui en plaquant le pneu au sol : la roue avant est plus directrice !

Une situation où la Fox 38 tire parti d’un meilleur fonctionnement hydraulique. L’usage du ressort plat – ce que Fox appelle la valve VVC – en lieu et place du ressort hélicoïdal pour mettre en pression l’empilement de clapets offre une transition plus douce dans les impacts à hautes vitesses – où la compression haute vitesse est sollicitée. Elle donne l’impression d’être moins raide (qu’une ancienne 36) à l’impact, plus souple, plus fluide. La Fox 38 absorbe et gomme mieux que la ZEB ces impacts là et se montre donc plus confortable et plus performante au freinage. Retarder les freinages au maximum devient un passe temps !

De plus, entre surplus de rigidité et d’adhérence à la roue avant, la Fox peut aussi nous embarquer si on n’est pas là où il faut être, correctement positionné et actif sur le vélo. Un moment d’inattention et on découvre son petit côté intransigeant : je l’ai expérimenté 4 ou 5 fois depuis que j’ai la fourche, à l’entrée des épingles où ma roue avant vise l’extérieur du virage pour ouvrir au maximum, si je relâche le frein trop tard, en appui sur le pneu avant qui mord fortement la trace, le Fox 38 m’emporte dans ma ligne en direction de l’extérieur alors que je devais repiquer vers le virage pour être bien… Un détail qui différencie la 38 de la ZEB !

Autre point important : une adhérence en progrès… à condition d’avoir un pneu adéquat. Et oui ! Ces deux nouvelles fourches mettent à rude épreuve le pneu avant. Plus facilement sollicité à ses limites, il peut devenir le maillon faible puisque ce n’est pas la fourche qui peinera dans les gros freinages appuyés, mais bien le pneu qui lâchera en premier. Un pneu un peu faiblard, usé, surgonflé… se fera donc plus facilement sentir ici… Par analogie, ZEB, comme 38, exacerberont plus facilement les défauts de toute la chaîne de composants mis à l’épreuve : un frein pas assez/trop puissant, une roue trop raide/souple, un cadre trop raide/souple. À bon entendeur !

 

Confort

Mais reste une question, et pas des moindres puisque c’est un peu celle à laquelle tout le monde attend une réponse claire : qu’en est-il du confort ?

Si jusqu’à peu la rigidité était un critère de qualité martelé par le marketing, on voit qu’en décortiquant le sujet petit à petit rien ne justifie une rigidité poussée à l’extrême. Alors oui, ici la Fox comme la RockShox affiche une rigidité plus marquée mais ce n’est pas pour autant qu’elles en deviennent raides. On est loin de retrouver des sensations semblables à un guidon ou une roue en carbone trop raide qui frappe littéralement les mains, les bras et les doigts.

Alors inconfortable !? Non, loin de là ! Présente, perceptible !? Oui. Ici, on sent bien évidemment qu’on a quelque chose qui se tient un peu plus, mais qui en fonctionnant mieux, apporte malgré tout du confort. L’un dans l’autre ça finit par être plus appréciable : ça se tient mieux et ça reste pour autant confortable.

 

 

Pour qui ? Pour faire quoi ?

Finalement, se réservent-elles à l’élite ? Confort au rendez-vous, plus d’assurance dans la roue avant, etc… tout y est pour convenir à tout un chacun ? Ou pas ?

On l’a vu les deux fourches se montrent plutôt fructueuses : plus précises, enclins à favoriser l’adhérence et malgré tout confortables. Quand les choses se corsent, que la vitesse s’emballe, que le chemin se détériore, que le grip se fait la malle… elles ont tout pour faciliter la tâche. Et après une courte réflexion, c’est justement les pros qui pourraient s’en passer puisqu’ils ont, eux, le bagage technique et physique nécessaire pour ne pas avoir besoin de cette aide supplémentaire que ces fourches apportent.

Cependant, ce sont vraiment des fourches taillées pour l’Enduro. Avec un engagement et des vitesses moindres en All Mountain, elles n’ont pas d’intérêt puisque les 36, Lyrik, Pike et compagnie font déjà bien leur job et suffisent amplement. Et d’ailleurs… comment les comparer ?

 

 

Bleu ou rouge ? Que choisir ?

Alors, Fox ou RockShox ? Evol Extra ou DebonAir ? Kashima ou Fast Black ? Grip ou Charger 2:1 ? Volume Spacers ou Tokens ? Kabolt ou Maxle ? ou tout simplement : bleu ou rouge ? On l’a vu, les deux jouent dans le même camp, sont très proches en terme d’usage mais se différencient tout de même. Premièrement, par une raideur un poil supérieure de la Fox par moment, qui la rend plus exigeante à rouler. Ensuite, elle fonctionne mieux d’un point de vue hydraulique sans pour autant déclasser totalement la ZEB. Enfin, elle est aussi un peu plus complexe à régler par la dissociation en 2 voies de la détente (malgré, au passage, de très bonnes préconisations)… mais pas que ! En effet le prix les éloigne aussi. Mais est-il justifié ?

Que les aficionados de Fox et RockShox ne se méprennent pas, Fox reste Fox et RockShox reste RockShox. Il suffit de les ouvrir pour s’en saisir ! À l’intérieur, la RockShox est peu lubrifiée et parait cheap avec quelques pièces en plastique notamment. Dans la Fox c’est blindé d’huile, de graisse, de pièces usinées… ça respire une qualité de fabrication un ton au dessus. Ça pourrait même expliquer l’écart de poids…

Pourtant, la ZEB, moins chère satisfera largement la plupart des pratiquants avec des progrès déjà bien intéressants et plus simple à régler… à condition de l’entretenir et de la lubrifier souvent pour conserver ses performances. La Fox, mieux finie, se réserve aux pratiquants plus aguerris et/ou aux passionnés de belles mécaniques. Match nul selon l’arbitre… malgré de belles actions et un jeu un peu différent dans les 2 camps !

 

 

Face aux Lyrik, 36 & co.

Si toutes les qualités qu’on prête à la 38 et à la grosse ZEB sont forcément calquées sur nos expériences passées, elles sont finalement directement en concurrence avec les 36 et Lyrik, qui voient leurs gammes réorientées depuis. Alors qu’en est-il entre 38 et 36 ? Lyrik et ZEB ?

Comme on l’a vu, il n’y a pas photo, par comparaison : précision et grip sont un ton au dessus pour les ZEB et 38 – même s’il est bon de noter que la 36 évolue de la même manière que la 38 en terme d’hydraulique, elle n’atteindra pas ces performances dues à la rigidité supplémentaire, et donc en terme de précision, de grip… qui en découle logiquement. Seul point positif qu’on accordera au Lyrik et 36 face aux deux autres : une légèreté relative qui procure tout de même un dynamisme plus franc pour jouer avec le terrain, tirer la roue avant, alléger le pneu…

“C’est une question d’usage…”

Encore une fois, comme on l’a dit, choisir entre 36/Lyrik et 38/ZEB est une question d’usage… les 2 restent de bonnes options, mais il est clair qu’en Enduro pur et dur, les fourches aux plongeurs de 38mm tirent aisément leur épingle du jeu. Côté RockShox on peut même se permettre de dire, qu’avec un fonctionnement pneumatique légèrement modifié, la ZEB se montre plus confortable que la Lyrik dans sa deuxième partie du débattement. Elle prend mieux son débattement et rebondit franchement moins en fin de course. De quoi finalement calmer et poser le pilotage, là où une Lyrik nous laisser sur le qui-vive en permanence.

Enfin, personnellement, si j’avais un choix à faire, je pourrais rouler tout le temps des 36/Lyrik autour de chez moi, pour mes sorties hebdomadaires, mais le jour où je vais poncer une station, faire une journée navette ou m’aligner au départ d’une course d’Enduro je préfère sans hésitation le faire avec une 38/ZEB. C’est dit !

 

 

Qu’en penser ?

Aux premiers abords, l’utilité de telles fourches reste une question sans réponse. On pouvait effectivement se poser des questions quant à leur intérêt tant on peut trouver 36, Lyrik & co. largement à la hauteur. Sauf que l’essai sur des VTTAE nous avait déjà mis la puce à l’oreille en terme de rigidité et le coup de sifflet final de cet essai des grosses proues confirme qu’il y avait matière à progresser.

En effet, les gains perçus constituent de net progrès qui ne se réservent finalement pas à une élite comme on aurait pu le penser. Je suis le premier à douter des intentions du marketing, mais cette fois il n’est pas question d’argument marketing. Justement, bleus et rouges suivent finalement la tendance d’une pratique en perpétuelle évolution, où le matériel nous permet toujours plus, où les pratiquants progressent à leur tour et où il est temps d’accorder les violons avec les capacités des vélos.

Si elles peuvent aussi amener certains maillons de la chaîne de composants – en matière de freinage, de roue, de pneu, de raideur de cadre… – à être revus, elles sont clairement les bienvenues et poussent, à leur tour, tout le monde à progresser encoreWell done !

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