On en a parlé en début de semaine sous le nom de Vibram Sole Factor Mobile Lab. Derrière ce terme un peu barbare se cache en fait un programme de ressemelage gratuit, proposé par la marque italienne Vibram. Tous les détails pour s’inscrire sont d’ailleurs toujours d’actualité dans notre précédent article…

Quoi qu’il en soit, à l’heure où la société de consommation est pointée du doigt pour son impact environnemental, on se dit qu’il doit y avoir matière à en dire plus sur ce thème. On a donc creusé auprès de la marque et autour de nous, pour faire le point sur le métier de cordonnier, et ce qu’il peut apporter à notre petit milieu.

Un constat, des bases, des détails techniques et un savoir faire qu’il est bon d’avoir en tête, plutôt que de jeter sa paire de chaussure aux premiers signes de faiblesse. Le résultat n’est pas toujours garanti, mais ça mérite d’avoir le réflexe d’y penser le moment venu… Et c’est tout l’objet de cet article. 

 


Temps de lecture estimé : 7 minutes – Photos : Vibram – Julien Ferrandez/UCC – Hoshi Yoshida


 

Au sommaire de cet article :

 

 

À la base…

Un constat. Le notre prend naissance sur les traces de la Megavalanche, événement partenaire jusqu’à il y a peu de la marque Vibram et de son programme de ressemelage Sole Factore Mobile Lab. Ceux qui ont déjà pris part à ce mythe l’ont certainement constaté, parfois à leur dépend. Là-haut, seule la roche sait cohabiter avec ce qu’il reste de neige. Et à cette altitude, le mélange est aussi intransigeant qu’abrasif.

David Rimailho saurait vous dire de quel type de roche il s’agit, et ses caractéristiques précises. Ici en photo sous les couleur Vibram, c’est l’auteur des géniaux articles Stone Rider, que l’on apprécie de partager avec vous. Dans tous les cas, il m’est déjà arrivé de flinguer une semelle ou deux en montagne. Et à en croire ce que l’on voit parfois en station, je ne suis pas le seul.

Chaussures éventrées, semelles décollées, crampons arrachés… À force de crapahuter, il y a de quoi solliciter le revêtement inférieur des chaussures, au point que parfois, il en devienne l’élément limitant. Celui qui rend l’âme en premier quand ce n’est pas une sangle ou un lacet. Doit-on pour autant sacrifier toute la chaussure ? N’y a-t-il pas des solutions ?! 

 

 

Le métier de cordonnier…

Dans notre société de consommation, il faut bien l’avouer, le réflexe est de remplacer, purement et simplement la chaussure. Ou, lorsque le reste est encore bon et nous suggère un défaut, de chercher à faire jouer la garantie… Pour obtenir une paire neuve en remplacement ! Dans les deux cas, la première est vouée à la benne.

D’autant que dans les esprits, le métier de cordonnier est souvent rangé avec celui de maréchal ferrant, forgeron, tisseur et profession d’antan. Pourtant, à l’image de celui de barbier qui revient en force avec les tendances du moment, les enjeux environnementaux ne sauraient-ils pas le remettre sur le devant de la scène ?! 

Ce savoir faire existe toujours en France, et une nouvelle fois, Vibram fait partie des marques que l’on trouve dans ces bonnes boutiques. La marque met d’ailleurs ses athlètes à contribution lors de formations pour montrer que ce métier est tout sauf passée de mode. Sylvain Montagny – que certains ont déjà croisés sur les Chemins du Soleil – ne dira pas le contraire…

 

 

La chaussure…

Parfois, pour bien saisir ce qu’il est possible de faire, il suffit d’un peu de connaissance. Plus encore que nos chers vélos, la chaussure est un élément ancestral. Et au fil du temps, sa confection s’est perfectionnée autant qu’elle a su ancrer des bases tangibles. En premier lieu, celle d’être composée de deux éléments principaux.

La tige

C’est l’ensemble des éléments qui composent le dessus de la chaussure. On y retrouve les différents pans de tissus qui, assemblé les uns au autres, permettent de s’adapter à la forme : celle du pied, qui doit y prendre place. On connait la languette, sur le dessus, et le système de serrage, qu’il soit à lacet ou plus élaboré encore. On pourrait préciser encore, mais ce qui nous importe ici est que, quoi qu’il arrive, la tige est raccordée au semelage…

 

Le semelage

On parle bien ici de semelage, et non simplement de semelle. Tout bonnement parce que le semelage comporte davantage d’éléments. De haut en bas :

  • la première de propreté – communément appelée semelle intérieure
  • la première de montage – qui donne la cohérence à l’ensemble
  • le cambrion – renfort interne qui participe à la rigidité/raideur de la chaussure
  • le garnissage – souvent mis à profit pour l’amorti/la stabilité
  • la semelle – en elle même, élément qui assure le contact avec le sol

 

 

Ce que l’on peut y faire ?!

Avec ce détail en tête, on peut saisir ce qu’il est possible, ou non, de faire en matière de ressemelage.

Comportement de la chaussure

En premier lieu, avoir en tête qu’à VTT, le comportement d’une chaussure dépend fortement de la première de montage et du cambrion. Ceux qui veulent une chaussure qui pédale avant tout privilégieront une solution rigide, quand ceux qui sont plus pointus en matière de sensations de pilotage, de lecture du terrain et d’adhérence aux pédales chercheront d’autres compromis. On a eu l’occasion notamment d’en parler dans notre dossier sur la tendance à rouler en pédales plates…

Dans tous les cas, soumises à de fortes sollicitations, nos chaussures peuvent avoir tendance à vieillir de ce point de vue. Au moment de ressemeler une paire, la question est donc de s’interroger sur le comportement des chaussures en la matière : étaient elles encore suffisamment rigide à mon goût ? Si tel est le cas, peut-être y-a-t-il à sauver… Notamment parce que l’opération de ressemelage n’aura pas d’influence sur ce point.

C’est bien sur l’adhérence, au sol, que le ressemelage peut avoir un effet. Entre crampon et tribologie des matériaux en contact, c’est bien là que le deal se passe. Méfiance donc sur l’opportunité de transformer des chaussures de running ou autre en chaussures de VTT, ou bien des chaussures automatiques en chaussures pour pédales plates. Tout dépend de la rigidité/chaussure, à la base.

 

Le ressemelage en lui-même

Le ressemelage dont on parle ici ne concerne pas la première de montage et le cambrion. Il concerne uniquement la semelle proprement dite. Parfois, il intègre le garnissage, mais ça semble surtout le cas sur les chaussures de randonnée. À VTT, c’est bien la semelle, cette couche de gomme cramponnée, qui est visée par la technique de ressemelage.

Comme on le perçoit ici, il s’agit pour le cordonnier de décoller l’ancienne semelle du garnissage, et de préparer la chaussure pour qu’elle soit à nouveau disposée à recevoir une semelle neuve. On parle alors de regarnir lorsqu’il s’agit de reboucher des trous, et de carder lorsqu’il faut redonner à la surface l’aspect physique nécessaire à ce que la semelle puisse adhérer au maximum. Il s’agit alors d’afficher la semelle – mise en place provisoire, pour positionner – avant l’assemblage et les ajustements – dont les découpes latérales – proprement dit.

 

Les limites

On l’a vu, il est parfois possible de regarnir partiellement un semelage pour recevoir à nouveau une semelle. C’est néanmoins un des éléments limitant qui peut compromettre l’opération. Parfois, ce n’est pas la semelle, mais le garnissage spécifique à la chaussure qui se décolle de la première d’assemblage.

D’autres fois, la semelle s’est tellement usée que le garnissage lui-même a souffert. Dans ces deux cas, l’opération est plus compliquée, notamment à cause des éventuels dégâts subis par la chaussure au moment de la séparation… N’oublions pas que quand ça arrive en pleine nature, on rentre souvent comme on peut, à bon port.

 

 

Vibram Litebase, la suite ?

Pour conclure, revenons quelques instants sur le sujet qui nous a mis sur la piste de cet article. Notamment pour le mettre en face des détails que l’on vient d’apporter. À travers le programme Vibram Sole Factor Mobile Lab, c’est bien la semelle dont il est question. Ces dernières années, la marque a développé la semelle Vibram LiteBase. Une gomme aux spécificités secrètement gardées par la firme italienne, mais qu’à ce là ne tienne. Elle promet, outre la possible seconde vie offerte à nos chaussures, d’en améliorer certaines caractéristiques ?!

En premier lieu, le poids. Vibram promet ainsi une adhérence et une résistance dans les bons standards, tout en réduisant le volume de gomme utilisé. Ici, par 40 à 50% d’épaisseur gagnée pour sauver 25 à 30% de poids sur cet élément. Un gain qui ne va pas forcément révolutionner la chaussure, mais qui mis bout à bout, à l’échelle des quantités de chaussures produites sur notre planète peut faire son effet si tant est que sa production ne soit pas plus énergivore ou nocive qu’à l’habitude.

En attendant d’en savoir plus à ce sujet, on s’est d’ores et déjà mis en position pour y parvenir en saisissant l’opportunité. On s’est inscrit au Vibram Sole Factor Mobile Lab. Une paire de chaussures passée il y a quelques années à l’essai a été retenue. Elle est en route pour le Nord de l’Italie, direction les ateliers Vibram. On aura donc l’occasion de pousser le bouchon un peu plus loin, et voir en quoi cette solution peut avoir un avenir ou du moins, mériter notre intérêt…

 

Pour ceux qui seraient tentés de nous imiter, jusqu’au 16 juillet > http://vibram.testerplace.com/Home/LandingVibram

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