Salut, je m’appelle Glenn MacArthur, j’ai 19 ans et j’habite dans le Queyras, Hautes Alpes. Je suis principalement compétiteur en Enduro. Je dis principalement parce j’aime faire de tout ! EWS, Epic Enduro, Raid Vauban, Enduro Series, DH régionale, Transvésubienne… Tout ce qui est technique avec un côté montagne m’attire. Voici le récit de mon aventure à l’assaut des 120km et 7700m de dénivelé du Tour du Queyras par le GR58…

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes


 

 

Tour du Queyras – D’où vient l’idée ?

En 2020, je devais participer aux 8 manches Enduro World Series autour du monde mais le Coronavirus en a voulu autrement… Je serais bien sûr présent aux 5 manches restantes ainsi que sur les Coupes de France d’Enduro.

Mais le retour des courses n’est prévu que début août, il fallait donc que je trouve quelque chose à faire en attendant. C’est donc lorsque j’étais coincé chez moi dans mes montagnes que l’idée m’est venue. Aller chercher mes limites physiques, techniques, mentales tout ça autour de la maison !

Le Tour du Queyras, par le GR58. C’est une boucle réputée de randonnée pédestre, 120km et 7700m de dénivelés positif et négatif. Les bons marcheurs mettent 6 à 8 jours pour enchaîner les 9 cols. Il existe un record de vitesse à pied, c’est mon pote Rémy Garcin qui l’a en 26h ! Mais personne ne l’a enchaîné en vélo.

Voilà donc l’idée qui se précise, instaurer un record de vitesse en VTT sur le Tour du Queyras.

Ça fait plus de 7 ans que je roule autour de ma maison à Château Queyras, je connais chaque kilomètre de ce GR58, je sais donc à quoi m’attendre. C’est une boucle très peu roulante avec de très longues montées, majoritairement sur du single, constamment en train de piloter et avec plusieurs milliers de mètres de dénivelé en poussage/portage, pour à peu près 0km de plat.

 

 

Côté matos maintenant…

Mon Santa Cruz Megatower CC avec lequel je roule habituellement est parfait pour les descentes interminables du Queyras, mais pour un défi comme ça il est clairement trop gros…

Je décide donc de rouler avec le Santa Cruz Chameleon Carbon, oui un semi rigide ! C’est bien sûr le dénivelé positif qui m’inquiétait sur ce parcours notamment avec les nombreux portages, mais les autres montées sont des singles très raides. Je me suis alors dit : est-ce que j’ai vraiment besoin d’une suspension arrière quand je fait du 6km/h dans du 20% ?

Et pour les descentes, à part la mythique descente du col Vieux et celle du col du Petit Malrif, les autres ne sont pas très cassantes, et puis franchement ce ne sont pas ces parties là qui me faisaient peur !

 

 

Me voilà donc avec l’arme parfaite pour défier les montagnes. J’ai roulé avec le modèle SE en 29″ avec les roues Reserve 27 et une fourche en 130mm. J’ai bien sûr gardé le plateau en 30 dents du montage d’origine par rapport au 34 de mon Megatower, et finalement la seule partie que j’ai changé est le pneu arrière. J’ai choisi un Aggressor en 2,3 mais renforcé Double Down. Oui c’est un gros pneu mais je reste un enduriste de 83kg et après 13h en selle, je n’étais pas sûr de pouvoir encore voir les cailloux, je l’ai donc joué safe !

Me voilà donc avec un bijou tout carbone pour… 11kg sur la balance ! Je suis prêt c’est parti.

 

 

Jour de défi

Dimanche 28 juin 2020, 3h du matin, je décide de partir du pont de Bramousse, le point le plus bas à 1200m d’altitude. Avec moi, j’ai mes 2 potes Olivier Monteiro un skieur de fond et Zian Bisson enduriste lui aussi, ils vont m’assister, me ravitailler et me filmer à des points de passage accessibles en voiture et m’accompagner sur quelques portions du parcours. Je voulais faire la majorité du parcours en solo, mais pour que l’aventure reste interactive et le chrono officiel, j’avais un suivi gps et un live Tracking grâce à Follow Racer. On pouvait donc suivre ma progression tout au long de la journée, je n’avais plus qu’à pédaler.

Je m’élance donc seul dans la nuit pour la première montée, 1000m de dénivelé jusqu’au col de Bramousse, je me sens tout petit dans ses immenses montagnes. Je ne m’arrête pas et j’essaye de ne pas m’énerver, il reste 8 cols après celui là ! J’atteins le premier col à 4h15, il fait nuit noire, j’entame la descente sur Ceillac. J’ai beau avoir des lampes je vois rien ! Je descend tranquille.

 

400m de négatif et ça repart pour 800m de positif direction le Col des Estronques. Montée 100% single bien raide. Les jambes sont là je passe presque tout sur le vélo.

Le jour se lève je vois enfin les sommets et la fameuse “Skyline de la Font Sancte”, je suis seul là haut, c’est beau je me sens bien. Je passe le Col des Estronques pour attaquer la première vraie descente sur St Veran.

Je vois enfin le chemin sans lampe, je peux descendre à bloc ! Je me fais vraiment plaisir, le chemin est dingue, rapide, j’oublie que je suis sur un hardtail et en même pas 15min me voilà 800 mètres plus bas. Je remonte 2km sur la route pour arriver à mon premier ravitaillement moins de 3h après le départ.

Je retrouve mes potes, c’est cool de voir du monde. Je pose les lampes, mange un peu de riz et de bananes, je bois un coca, je remplis les gourdes et c’est reparti en 5 minutes. Je prends la piste qui mène au fond de la vallée de la Blanche, heureusement que ce n’est pas trop raide car pendant 3-4km je me rends compte que j’ai mangé un peu vite. J’avance bien, les sommets sont tout rose, c’est beau.

 

 

J’attaque la montée vers le Col de Chamoussiere, le point le plus haut de ce tour à 2880m. Encore une fois, je suis content, je passe presque tout sur le vélo ! Je commence à doubler quelques randonneurs “lève-tôt”, je me sens moins seul. Je passe le col, magnifique vue sur le Col Agnel, le Mont Viso et l’Italie. Waouh on est bien là haut…

Mais je file à la descente qui est bien enneigée. Encore frais et confiant, je saute le premier névé et bam un premier rayon de soleil ! Je me calme et fais une bonne partie de la courte descente à pied. J’arrive au refuge Agnel où je retrouve encore mon assistance. Une banane, je remplie les poches de barres et c’est reparti, j’ai 200m de positif pour atteindre le Col Vieux à 2800m et sa mythique descente sur l’Echalp. 1300m de dénivelé négatif bien cassants ! Je descends fort et ça secoue fort, je suis contraint de faire 2-3 courtes pauses, mes avant bras ne suivent plus !

J’arrive à l’Echalp avec la banane et prend la route jusqu’à Ristolas, 5km goudronnés en plat descendant le bonheur ! Je récupère mes bras et j’arrive à Ristolas avant mon assistance, les gourdes sont encore pleines, tant pis je file direction la Colette de Gilly et ses 800m de D+ encore une fois 100% single. Ça monte raide je pousse le premier tiers de la montée, il 8h30 du matin il commence à faire chaud. Je commence à avoir faim, j’ai prévu une bonne pause à Abriès. La fin de cette montée est sur les pistes de ski en plein soleil, ça tape, je passe la Colette pour une de mes descentes préférées du Queyras. A fond dans une forêt de mélèzes, le chemin est rempli de racines et d’épingles larges, c’est trop bon !

Je suis rapidement à Abriès à 1500m d’altitude il est 10h du matin ça fait 7h que je roule je me sens très bien physiquement je suis confiant pour la suite.

 

 

Je retrouve mes 2 fidèles compères plus des potes d’Abriès venus me souhaiter bonne chance, ça paraît peu mais après 7h en solo en montagne, ça fait du bien de parler à du monde… Je me change et m’assois ailleurs que sur une selle pour manger une salade de pâtes et une part de pizza (c’est meilleur que les barres !) et un coca frais. Mes potes au top graissent la chaîne et remplissent les gourdes. Après 20 minutes de pause je repars accompagné !

Zian et Olivier partent avec moi pour les 500 premiers mètres de dénivelé de l’interminable montée du Col du Petit Malrif perché à 2830m. On monte tranquille sur une piste en plein soleil, j’ai bien mangé et je me sens bien, après 40 minutes de montée, fin de la piste et début du calvaire. À partir de là je repars en solo pour 800m de portage. Je mets le vélo sur le dos et c’est parti, je double pas mal de randonneurs ça me donne un bon rythme. Je remonte vite en altitude, il fait plus frais, ça fait du bien…

Je passe le col après 1h30 de portage et bascule sur les Fonts de Cervières. La descente est longue, cassante et il y a peu de pente j’ai l’impression de ne pas avancer, c’est long… Finalement, j’arrive aux Fonts de Cervières, pas le temps de traîner, j’ai encore 600m de portage pour arriver au Col de Peas à 2630m. La montée est longue mais après 10h30 de vélo je suis passé en mode pilote automatique, ça monte bien.

Je franchis le 7ème col (plus que 2 !) je connais parfaitement la descente sur Soulier, c’est juste au dessus de chez moi ! Je pars à fond, ça roule vite, c’est beau, c’est génial… Je retrouve de bonnes sensations et dévale la montagne jusqu’à Soulier pour le dernier ravito. Je bois un coup mais je traîne pas trop j’ai envie d’en finir. Il reste un peu moins de 30km et Zian va les faire avec moi.

Direction le Col du Tronchet 2300m une courte mais raide montée en single. Surprise mes parents sont au bord du chemin et font quelques photos, des randonneurs m’encouragent, c’est cool… Je fais une partie de la montée sur le vélo mais ça commence à être dur. On atteint vite le col, Zian passe derrière moi et comme d’habitude on descend à bloc ! La descente sur Arvieux est géniale, ça fait du bien au moral. On arrive à Arvieux et je sais ce qui m’attend… les 9km de piste pour 1000m de dénivelé du Col de Furfande, mon dernier test !

Je recroise encore des potes pour un dernier coup de boost et c’est parti. Encore plein d’adrénaline de la descente d’avant les 5 premiers kilomètres se passent bien on a fait la moitié en 35 minutes. Mais d’un coup extinction des feux, plus de jambes, nausées, coup de chaud, joint de culasse, la totale…

J’avance plus je m’arrête tout les 50 mètres, j’ai chaud, j’ai froid, j’en ai marre, je me retrouve entrain de pousser sur une piste c’est très long…

Enfin j’aperçois le col tout là haut ça me redonne un coup de fouet, je remonte sur le vélo baisse la tête et appuie sur les pédales, on est reparti… On arrive enfin au col et une dizaine de Queyrassins étaient là pour m’accueillir. Merci ! On regarde l’heure il est 17h30, si je veux mettre moins de 15h j’ai 30 minutes pour faire les derniers 1350m de descente… Pour la dernière fois de la journée je pars à bloc ! Zian est derrière moi on s’éclate, je revis dans cette descente, on se croirait en spéciale, je saute, dérape, relance, je n’ai plus mal aux jambes, je ne suis plus fatigué et en 23 minutes chrono nous voilà au pont de Bramousse…

14h53 plus tard la boucle est bouclée ! Mes potes et mes parents sont là, j’ai enfin fini…

 

 

C’est l’une des plus longues mais aussi une des plus belles journées de vélo que j’ai jamais fait. Merci à tous ceux présents sur le parcours et les dizaines et dizaines de messages d’encouragement ! C’était un défi solo, mais j’étais loin d’être seul.

Glenn

 

Résumé de mon aventure en vidéo

Article lu 6 674 fois. Merci !