On l’a promis en conclusion du chapitre précédent des Didactiques Endurotribe, destiné à mettre en lumière la nuance entre rigidité et raideur : il faut maintenant préciser en quoi elle peut nous être utile ! C’est donc l’heure de continuer à se plonger dans les chiffres et courbes dont on peut disposer. Et pas n’importe lesquels..! 

Dans ce nouveau chapitre des Didactiques Endurotribe, on se penche sur les courbes de force et raideur des suspensions. Des courbes pas souvent mises en avant par le milieu, mais qui gagnent à être connues, lues, et maitrisées. C’est ce à quoi s’attèle ce nouveau chapitre, avec au bout, souhaitons-le, l’envie d’aller sur le terrain pour lier théorie et pratique 😉 

 


Temps de lecture estimé : 12 minutes


 

Au sommaire de cet article :

 

 

De quoi parle-t-on ?!

La courbe de force, les plus assidus aux Didactiques Endurotribe en ont déjà entendu parler. On y fait référence dans un chapitre dédié aux suspensions, et justement intitulé lire les courbes cinématiques. La courbe de raideur, par contre, on l’avait jusqu’ici gardée sous le coude, pour l’insérer dans ce chapitre qui lui est dédié ou presque. Elle le mérite… On revient donc ici sur les deux, qui vont de pair ! 

La force

Pour commencer, il faut préciser qu’en matière de suspension, il s’agit toujours d’une quête d’équilibre…

De cette manière, le rapprochement est évident : dans le domaine de la suspension, la courbe de force, c’est une courbe de déformation. Pour faire simple, et faire le lien avec ce que l’on a dit au chapitre précédent à propos de rigidité/raideur :

“En matière de suspension, la rigidité est liée à la force, exprimée en [N]. Elle influe sur l’assiette et le maintien.”

Elle est déterminée, entre autres, par la fonction ressort de la suspension : la pression d’air si l’on utilise un ressort pneumatique, le tarage du ressort, s’il est hélicoïdal. La force, on peut la sentir. Dans ce cas, il suffit – roue au sol – d’appuyer sur la suspension, lentement, et de maintenir l’effort. De combien s’enfonce la suspension ? Ajouter de l’air, par exemple signifie augmenter la rigidité/la force d’une suspension pneumatique.

 

La raideur

Les suspensions ont ça d’intéressant qu’entre les différents types de ressorts qu’elles utilisent, les concepts utilisés et les cinématiques qui changent d’un modèle à l’autre, il est facile de distinguer ce qui provient de la force, de ce qui provient de la raideur. Au sujet de cette dernière…

“En matière de suspension, la raideur, c’est la variation de la force au cour du débattement, exprimée en [N/mm]. Elle influe sur le confort et la perception du terrain.”

Pour se faire une idée de ce qu’est la raideur d’une suspension, il suffit de reprendre la même que précédemment, mais cette fois-ci, de frapper la roue au sol. La raideur, c’est à quel point on perçoit l’impact de la roue au sol durant cette manœuvre. Par exemple : on peut très bien avoir une fourche molle – très peu gonflée – mais raide – on perçoit clairement l’impact et ça brasse dans les mains. Ou vice-versa !

La raideur, on peut influer dessus de différentes manières. la plus connue, et la plus évidente, ce sont les spacers et tokens. On dit couramment qu’ils augmentent la progressivité en fin de course. Mais en matière de raideur, leur influence débute plus tôt dans le débattement, au point qu’on puisse facilement sentir ce qu’est la raideur à leur usage…

 

Trouver les courbes de force & raideur

La courbe de force, on l’obtient assez facilement, lorsque l’on cherche les courbes cinématiques d’un vélo. Généralement, on trouve en premier lieu celles d’anti-squat, d’anti-rise, de ratio, puis parfois, celle de force, la plupart du temps tracée en bleu… Linkage, le logiciel d’étude des cinématiques, permet d’obtenir ce tracé. Dans la vrai vie, c’est un banc de mesure assez simple – mesurant force et distance – qui peut permettre d’obtenir ces courbes.

La plupart du temps, quand on met la main sur la courbe de force d’une suspension, elle a la bonne idée d’être accompagnée par sa courbe de raideur. Sous linkage, et en anglais, c’est celle qui est désignée sous le terme gradient, le plus souvent tracée en rouge. Dans tous les cas, si on a la courbe de force, on peut déduire la courbe de raideur. Comme on l’a dit : il s’agit ni plus, ni moins, que de la dérivée de la courbe de force, par rapport au débattement.

 

 

Découpage du débattement

Voyons désormais à quoi servent ces courbes, les enseignements que l’on peut en tirer. Il faut pour ça commencer par préciser une chose… Quand on parle de suspension, il est bon de découper le débattement en trois portions, qui ont chacune leurs particularités. On en a déjà parlé par le passé, mais le rappel est primordial, notamment pour peaufiner l’approche…

En fonction du terrain, du style de pilotage, de la conception et des réglages du vélo, lorsque les deux roues sont au sol, les suspensions travaillent majoritairement entre 20 et 80% du débattement. Lorsque l’on a l’occasion d’observer une acquisition de données, on constate qu’il passe en dessous lors des sauts ou assimilés, et que le nombre de fois où il va au delà se compte sur les doigts d’une main, quand ça se produit.

 

 

Interpréter la courbe de force

Avec ce découpage en tête, la courbe de force apporte plusieurs informations… 

On dit aussi de certains vélos de descente réputés qu’ils SAGent sous leur propre poids. Et ça en fait fantasmer plus d’un… Ensuite, c’est en comparant plusieurs courbes de forces, issues de différentes suspensions concurrentes, que des informations intéressantes apparaissent… 

 

Exemple concret

Pour exemple, voici un focus sur les courbes de forces de la RockShox Lyrik, avec l’ancien et le nouveau Debonair présenté au printemps 2020.

Autre exemple, le MegNeg, passé à l’essai. Si l’on reprend les propos de Tom, on note qu’il prend soin de parler de maintien, et de raideur… Pas un hasard !

 

 

Interpréter la courbe de raideur

Voilà pour la courbe de force. Reste néanmoins qu’on n’a pas abordé certaines notions. Toucher, lecture du terrain, confort… Et pour cause, c’est sur la courbe de raideur qu’elles se mettent en évidence !

Bien entendu, pour ce dernier cas de figure, l’anti-squat et son effet de chaine entrent en jeu. Il se trouve justement que de par leur présence, ils génèrent une force supplémentaire à la roue arrière, qui peut être quantifiée en fonction de la puissance au pédalage, et intégrée à la courbe de force, et donc de raideur. Quand on dit que ces courbes méritent à être reconnues à leur juste valeur…

 

Exemples concrets

Ici aussi, les plus perspicaces l’auront saisi, on vient aussi de parler du match air vs ressort : leurs raideurs en début et à mi-course, passé le SAG, s’entrecroisent.

Et pour revenir sur les Lyrik, la mise à jour du DebonAir, et le MegNeg dont l’esprit est proche, là aussi, les courbes de raideurs expliquent les ressentis et précisent les choses…

 

 

Qu’en retenir ?

Bref, nous voilà au bout de cette mise en pratique de la distinction entre rigidité et raideur, appliquée aux suspensions. Enfin, pas tout à fait. C’est la fin de ce nouveau chapitre des Didactiques Endurotribe… Mais pour tout dire, on se prête au jeu à chaque nouvel essai. Et je ne doute pas que l’on ait l’occasion d’évoquer bien d’autres cas pratiques dans les commentaires de cet article.

On peut néanmoins garder une idée clé en tête : de la force et de la raideur, il en faut, et biens placés ! On pourrait penser qu’il existe un absolu, pour être le plus performant sur un run donné. Et donc penser qu’il existe un meilleur vélo au monde, et espérer trouver, ou être, le pilote qui ait la capacité de le piloter à cette vitesse. La probabilité que ça match est si faible… Ou bien, se contenter d’un vélo qu’on pense moins bon, parce qu’on est soit-même pas un cador. Dommage ! On peut par contre imaginer qu’en maîtrisant force et raideur, comme d’autres paramètres, on puisse mieux faire en sorte que le trio terrain/vélo/pilote fonctionnent de concert. Ça élargie le champs des possibles, et l’esprit. Les probabilité que ça match sont déjà plus élevées…

“Trouver un optimum, plutôt qu’un idéal, est la clé !”

On l’a vu, le style et l’engagement du pilote sont clairement liés à la force. Il s’agit d’en tirer le maintien et l’assiette nécessaire en faisant les bons réglages. En matière de raideur, c’est une question de compromis. Sans : aucune lecture de terrain, aucun retour. Trop : ça brasse, ça vibre, ça parait intenable. Tout dépend des attentes de chacun. Notamment parce que la raideur peut participer à l’élaboration de la confiance. Certains apprécient une raideur faible : ça participe au sentiment que le vélo fait un bon job, et ça permet de se concentrer sur l’essentiel. D’autres veulent plus de ressenti, une lecture précise du terrain, pour être sûr d’avoir les bonnes infos, prendre les bonnes décisions, et plus d’initiatives.

Dans tous les cas, trouver chaussure à son pied, ça peut passer par la maîtrise des courbes de force et raideur évoquées ici. Quelque part, elles gagnent à être connues parce qu’elles sont en lien direct avec la réalité, le ressenti. Des outils précieux. Maintenant, ceux qui auront lu cet article jusqu’ici n’on plus le choix : plus question de demander c’est quoi le meilleur ?! Et se contenter de dire que c’est rigide sans chercher à préciser s’il s’agit en faire de force ou de raideur. Petit mémo pour conclure…

 

 

  • Sensibilité = faible force en début de course
  • Toucher confortable = faible raideur en début de course
  • Toucher précis = raideur un peu plus élevée en début de course
  • Bonne assiette = force élevée là où il faut, début et/ou milieu de course
  • Anti-talonnage = force élevée en fin de course
  • Vélo qui pumpe bien = force élevée après le SAG
  • Vélo qui avale le terrain, assis sur la selle, à la pédale = faible raideur après le SAG
  • Vélo qui repose son pilote en laissant filer, debout et passif = faible raideur passé le SAG

 

Article lu 2 661 fois. Merci !