La plupart du temps, nos boites mails, réseaux sociaux et autres “inbox” sont pleines de messages à caractère promotionnel pour telle ou telle marque. Normal, nous direz-vous, pour la Rédaction d’un magazine de la presse spécialisée VTT.

Il arrive néanmoins qu’on y voit aussi passer des initiatives plus rares, plus nobles, ou du moins, plus fraîches et plus innocentes. Celle de Romain, 21 ans, et de sa “Choupicyclette” en fait partie. Quelques images ont suffit à attirer notre attention, et nous donner envie d’en savoir plus. Dans le contexte actuel, une histoire simple faite d’un peu de passion, d’application, d’apprentissage et de famille, ça ne fait pas de mal…

 


Temps de lecture estimé :  6 minutes – Récit et photos : Romain Martin


 

 

Salut ! Je m’appelle Romain Martin, j’ai 21 ans et j’habite Bègles, à côté de Bordeaux. Je vais vous raconter comment et pourquoi je me suis fabriqué un cadre acier d’endurigide…

 

Choupicyclette

Mon père m’a fait commencer le VTT sur un endurigide car le fait de ne pas avoir d’amortisseur permet de ne pas laisser travailler la suspension et apprendre à rouler “souple”. Après plusieurs années de pratique sur un tout-suspendu, j’avais envie de retourner aux sources, racheter un endurigide.

Étant en dernière année d’apprentissage en ferronnerie d’art chez mon père, et ayant fait un bac Arts Appliqués, je me suis penché sur la question de le faire moi-même. On disposait de presque tous les outils nécessaires dans l’atelier… Le choix de l’acier s’imposait, étant le métal que l’on travaille ici.

J’ai donc commencé à regarder, à me questionner sur la géométrie, faire des plans, me renseigner sur où trouver des tubes, regarder parmi tous les choix, faire des gabarits de tubes pour savoir lesquels seraient les plus adaptés, et je me suis lancé… J’ai passé la commande des tubes.

 

À partir de là, ayant les diamètres des tubes définis, le travail de dessin à échelle 1:1 a commencé sur de grandes feuilles de papier scotchées sur le plancher de ma chambre.

Une erreur, l’oubli d’un détail obligeait à recommencer les dessins. Entre temps le colis comprenant les tubes est arrivé.

 

 

Pour la partie atelier, il a fallu fabriquer une table bien plane pour ne pas fausser les calages… La partie la plus longue fut la mise en forme du cadre qui s’est fait sans gabarit, tout en calage, traçant, coupant, grugeant à la meuleuse et limant chaque tube pour que le tout s’assemble le plus parfaitement possible. Plus il y aura de jeu dans l’assemblage, plus la soudure va tirer et déformer le cadre.

Il a fallu concevoir et créer des pièces essentielles comme la pièce de fixation de l’axe arrière et de la patte de dérailleur, une patte pour fixer l’étrier de frein arrière et les petits taquets pour tenir les câbles taillés un par un dans du carré de 10. Il a aussi fallu essayer de penser et prévoir tout ce qui pourrait se passer : que le pneu, le disque, plateau et manivelles ne touchent pas les bases, gérer les points de fragilité, de corrosion…

Après tout avoir réglé, je suis passé au pointage des éléments, à la soudure et là aussi il a fallu apprendre à souder au Tig. Ce fut la plus grande incertitude, mais restera une partie très intéressante qui méritera encore de l’entraînement, pour les prochains.

La soudure du cadre finie, j’ai vérifié chaque élément : tout était bon à part le tube de selle qui s’est légèrement plié à cause de la soudure, 0,5-1mm sur la longueur. Il nous aura fallu 3-4h avec mon père (grand merci à lui) pour réussir à le redresser (une erreur à ne pas refaire pour le prochain…). J’ai rajouté des petites pièces en cuivre ajourées et finies avec de petites limes puis brasé le tout (cœur sur le renfort du down tube et plaque de présentation).

 

 

J’ai ensuite fait des accessoires pour le plaisir comme des bouchons de valve démonte-obus et tendeur de rayon et un bash pour le plateau. Il me restait les petites coupelles qui accueillent les roulements de la douille de direction et les inserts pour le porte-bidon à braser, et la soudure était finie…

 

Les premiers prises en main du cadre, bien plus léger que ce que j’imaginais (2kg15), étaient très satisfaisantes après toutes ces heures de travail. Il fallait passer à la finition, partie la plus facile : brossage du cadre, toujours dans le même sens, pour garder l’aspect métal brut, bien avoir un côté “home made”. La partie d’atelier était enfin finie après une centaine d’heures de travail étalées sur 4 mois, les soirs après le boulot quand il ne faisait pas assez beau pour aller faire du Trial.

 

 

Le cadre est alors passé dans ma chambre où j’y ai fait la peinture des différents éléments de décoration dont le nom du vélo “Choupicyclette”. Il vient de ma sœur qui m’appelle Choupinou, ça a déteint sur les sorties VTT. Ces inscriptions ont été faites au pinceau très fin et peinture noire. La dernière étape du cadre a été le vernissage, 6 couches de vernis epoxy à l’aide de pistolet de finition, pour éviter au maximum toute corrosion.

Le confinement a beaucoup ralenti l’acheminement des pièces (fourche 170mm et roues en 27,5) mais une fois tout reçu je me suis empressé de tout monter pour vérifier que tout allait. Les premiers tours de roues confirmèrent mes choix de géométrie : un vélo joueur qui laisse facilement aller sur l’arrière (le manual tient au moins 2x fois plus longtemps que sur mon Commencal Meta).

Après 4 sorties avec, je ressens ce que je cherchais : un vélo dynamique et très joueur en descente, et le côté hardtail qui oblige à reprendre un pilotage plus précis qu’un tout suspendu.

 

Je retiens de cette expérience que la motivation à se faire un cadre ne doit surtout pas être l’argent : ça revient quasiment plus cher que d’en prendre un neuf, mais faire ses propres choix de géométries, finitions… Et voir le tout se monter petit à petit est juste unique.

Ça donne une valeur inestimable au vélo. Un premier cadre concluant qui me confirme qu’il y en aura d’autres !

Pour ceux qui souhaitent suivre les aventures de la Choupicyclette en action ça sera sur mon Instagram : @romarin_mrt

 

 

Encore un grand merci à mon père et bon courage à ceux qui se lanceront dans cette aventure !

Romain

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