En cette période de confinement, l’activité sportive est inévitablement impactée. Pour le coup, tout le monde est dans le même panier, cloîtré entre 4 murs ou presque : du promeneur du dimanche, au pilote pro en passant par le rider assidu. Comment gérer cette situation ? Comment éviter de perdre tous ses acquis en VTT ? Comment la gestion des pilotes professionnels peut-elle nous inspirer ?

Pour l’occasion on donne la parole à Laurent Solliet, coach/gérant d’Extrain et développeur des barres énergétiques Beea Energy pour une rapide entrevue “Ça roule ?” un poil détournée… puisque ça ne roule pas vraiment justement ! Qui de mieux placer pour nous parler de cette situation que l’actuel coach d’Adrien Dailly, Loris Vergier, Rémi Thirion… sans oublier ceux qui sont aussi passés entre ses mains : Anne-Caroline Chausson, Nicolas Vouilloz, Thomas Lapeyrie, Florian Nicolaï, Loïc Bruni, Isabeau Courdurier… 

 


Temps de lecture : 6 minutes – Photos : Enduro World Series


 

 

En quarantaine, les plans changent, mais qu’en est-il vraiment ? Qu’est ce que ça change exactement dans l’entraînement des pilotes pro soumis aux mêmes contraintes que les autres ? On annule, on remplace des séances, on revoit tout ?

Ce qu’il en est vraiment, on ne le sait pas. En effet, les plans changent, on doit rester confinés pour on ne sait combien de temps. Les événements s’annulent les uns après les autres… Que va-t-il en advenir de la saison sportive ? Nul aujourd’hui ne le sait.

Ce que cela change ? C’est une planification sur la saison qui tombe à l’eau. Il est nécessaire de tout repenser et restructurer. On s’attendait à un peu de changement avec les événements de début de saison annulés, maintenant on sait que ça va être bien plus lourd que ça. Alors il va falloir s’adapter…

 

 

Et en terme de planification, avec tous ses changements de date ? Comment recaler leurs pics de forme, les périodes de repos ? Les saisons EWS sont généralement longues, du coup 2020 s’annonce encore plus long, comment gérer dans la durée pour tenir jusqu’au bout ?

On avance tout simplement dans le noir en ce moment. Donc la solution est difficilement palpable tant qu’on ne connait pas la date de fin du confinement et la reprogrammation de la saison. Même si l’organisation des EWS a de suite re-proposé des dates, nous ne sommes pas à l’abri d’encore quelques changements. 2020 ne s’annonce pas forcément plus longue, mais finira plus tard, c’est certain.

On va s’adapter, c’est ça aussi le sport, et l’adaptation est la base des notions d’entraînement donc on va y cogiter et faire au mieux dès que tout ça sera plus clair.

 

 

Cloîtré entre 4 murs, ou limité au quartier derrière la maison, l’aspect pilotage risque forcément d’en prendre un coup… Y a-t-il moyen de compenser ?

La question se posait avant la pandémie pour tout pilote blessé… Le meilleur moyen de compenser, et c’est vérifié, est de regarder des vidéos et de se projeter. Pour ceux qui en ont de côté, il ne faut pas hésiter à ressortir les caméras embarquées et analyser son pilotage.

Ensuite, c’est de faire des exercices proprioceptifs à la maison (fitball, slack line…), des exercices de travail de vitesse de réaction (ping pong, jeux vidéos, jonglage), et pourquoi pas un travail de maniabilité trial si on a un bout de jardin.

 

 

Bien que là aussi limité, c’est peut-être le moment de travailler ses points faibles ?

Et bien, si ton point faible c’est le fond et l’endurance, je ne sais pas si tu vas être motivé à faire 4h de home trainer ! Il faut s’adapter au mieux en fonction des outils et de l’environnement de chacun pour ne pas tout perdre.

Pour les sportifs qui se trouvaient avec peu de temps pour s’entraîner, et qui se retrouvent peut être avec plus de temps aujourd’hui c’est différent, il peut y avoir beaucoup de choses intéressantes en effet à travailler.

 

 

Ils ont tous ressorti leur home-trainer, mais avec un regain de motivation et la ténacité de certains, n’y a-t-il pas un risque d’en faire trop ?

Oui il y a un risque d’en faire trop, avec une saison qui risque de terminer tard. Puis ce serait le comble de sortir du confinement et de s’imposer une semaine de repos ! Le but est d’en sortir plein d’entrain, motivé comme jamais.

Mais à l’inverse, il ne faut pas en sortir les muscles atrophiés et le cardio dans les chaussettes. Il faut trouver un juste équilibre, tout en ne sachant pas réellement vers quoi on tend…

 

 

Le confinement actuel est une situation inhabituelle. Peut-on la comparer à d’autres situations plus connues où la pratique est limitée, comme les blessures par exemple ?

Oui, on y revient, c’est bien sûr similaire à la gestion d’une blessure. En tout cas c’est la situation que peut vivre un sportif dans sa carrière qui se rapproche le plus de ce que nous pouvons vivre en ce moment. De mon côté, je n’aurais jamais imaginé avoir mes athlètes blessés tous en même temps ! Ouch, c’est du boulot ! C’est ce qui est aussi passionnant dans le métier  d’entraîneur, une permanente adaptation et remise en question qui ne fait jamais rentrer dans une routine.

J’espère tout de même que cette blessure va guérir sans laisser trop de séquelles aux sportifs comme au sport, et qu’elle sera, comme souvent, une manière de rebondir encore plus fort.

 

 

Finalement, que faire concrètement ? Quels types d’exercice mettre en place chez soi, pour ne pas en sortir avec un coeur et des muscles atrophiés ?

Quelques exemples d’entraînement pendant ce confinement, prenons comme grande ligne directive les 5 qualités physiques à travailler :

Force : dans une maison ou un appartement, nous n’avons pas forcément des outils de musculation. C’est le moment de travailler avec des exercices à poids de corps : gainage, tractions, pompes, squats jumps, squats 1 jambe. Vous pouvez également vous concocter un suspension trainer avec 3 sangles et 2 poignées de vélos.

Vitesse : la vitesse de pilotage sera difficile à travailler, bien que regarder des vidéos, analyser votre ou d’autres pilotages, peuvent ouvrir à des consignes sur les prochains rides. Vous pouvez toujours travailler la vitesse de réaction avec des jeux vidéos, une partie de ping pong sur la table du salon, un match de boxe en famille… Vous pouvez travailler votre capacité/fréquence de mobilité des membres inférieurs avec des séries de tapping par exemple.

Endurance : le travail de fond nécessaire à l’Enduro peut être difficile à conserver, mais un travail sur home trainer, avec des séances allant de 30 minutes à 1h, peuvent être très bénéfiques pour votre retour sur le vélo. Il faut justement en profiter pour faire des exercices qui orientent le travail sur la PMA par exemple. Maintenant si vous n’avez pas la chance d’avoir un HT, vous avez pour le moment le droit d’aller courir dans un rayon d’1km autour de votre domicile. Si vous habitez un peu en retrait de la ville cela est envisageable autrement ça reste une mauvaise idée vu les circonstances du moment. Dans ce cas on prend son mal en patience et on peut faire des séries orientées membres inférieurs et qui vont exploiter le plus possible l’activité cardio. Des séries en intermittence d’exercices de flexions, de burpees, de chaise, de corde à sauter, peuvent être une bonne solution pour garder pendant un temps relativement long une fréquence cardiaque assez élevée, et continuer à solliciter les capacités d’endurance de votre corps.

Souplesse : en voila un bon cœur de travail, souvent laissé à l’abandon faute de temps et de motivation. Alors que celui-ci est essentiel pour la performance, le bien être. C’est un excellent travail de prévention des blessures. C’est l’occasion sans excuse de se mettre au stretching, et pourquoi pas s’initier au Yoga avec des vidéos que l’on peut trouver sur la toile.

Coordination : compliqué à travailler sur le vélo, à moins que vous ayez un jardin pour faire quelques zones de trial pour parfaire votre technique. Autrement on travaille la coordination avec des exercices plus génériques : corde à sauter, jongles et travail proprioceptif (travail d’équilibre sur un pied, exercices les yeux fermés, slack line dans le jardin)… Si vous avez par chance un fitball qui traîne, c’est l’occasion de se familiariser avec lui pour faire une multitude d’exercices en milieu instable.

Article lu 4 778 fois. Merci !