Allez ! Il est l’heure de boucler la séquence des Didactiques Endurotribe dédiés à la géométrie de nos VTT. Non pas qu’on s’interdise d’en produire d’autres, mais plutôt que l’ensemble des précédents chapitres ait été conçu comme un tout, dont voici la dernière pièce…

Celle qui doit finir d’apporter des précisions, et répondre à certaines questions qui restent en suspens au sein des précédents chapitres Didactiques Endurotribe. Pour ce faire, c’est l’angle du tube de selle qui retient cette fois-ci notre attention. Ces derniers temps, il est justement au coeur d’une tendance qui permet de voir plus large qu’il n’y parait… 

 


Temps de lecture estimé : 12 minutes – Illustrations : Endurotribe


 

Au sommaire de cet article :

 

 

La tendance du moment

Depuis quelques mois, certains des derniers vélos présentés par l’Industrie partagent un point commun : celui de proposer un tube de selle plus redressé – vertical – qu’auparavant. Pèle-mêle, on peut citer les Yeti SB150, Santa Cruz Hightower, Orbea Occam ou Specialized Enduro… On nous vendrait même ça, comme le dernier grand progrès en matière de géométrie, après l’allongement des vélos.

Pour la petite histoire, et comme souvent, c’est d’abord apparu chez certaines marques exotiques, avant de commencer à se répandre chez les marques plus généralistes. On voyait en effet déjà des Nicolaï, Pole et autres marques dissidentes faire usage d’angles au delà de 76, 77, 78 voir 79°, avant que les sus-nommés, nous en vante les mérites. Quels mérites ?!

Avec l’apparition du 29 pouces, les progrès des suspensions, des freins, des roues et des pneus : nos vélos – et nous avec – vont naturellement plus vite. Il en découle un besoin de stabilité supplémentaire que l’on trouve en allongeant les vélos – reach et empattements notamment. Redresser le tube de selle permettrait de compenser cet allongement, et conserver une bonne ergonomie…

Précisons, en préambule à ce qui suit, que l’on parle, pour simplifier, de l’angle du tube de selle d’une manière générale. On a précisé au chapitre sur les fondamentaux, que les angles de selle réels et effectifs entrent en jeu. La tendance évoquée ici porte d’abord sur l’angle de selle effectif… 

 

 

Compenser le reach ?!

Vu sous cet angle, ça reste donc simple. Néanmoins, certains raccourcis portent parfois à confusion. C’est là que les Didactiques Endurotribe interviennent. Notamment pour celui qui consiste à dire que le tube de selle se redresse pour compenser l’augmentation du reach. Un raccourci/abus de langage qui mérite d’être précisé pour ne pas créer, une fois de plus, un mauvais amalgame…

Pour être plus précis donc, l’angle de selle se redresse pour éviter l’augmentation de tube supérieur, engendrée par l’augmentation du reach. Nuance importante puisque qu’elle permet de constater que jouer sur l’angle de selle permet d’ajuster l’ergonomie au pédalage, sans toucher à celle debout sur les pédales. Une absence de compromis assez rare pour être soulignée, et défendue.

 

 

Recentrage des masses

Il n’y a pas qu’en matière d’ergonomie que redresser l’angle de selle a son intérêt. Ça l’est également en matière de répartition des masses…

On note qu’ici aussi, redresser l’angle de selle permet de jouer sur la répartition des masses en position assise, sans toucher à celle en position debout. Ergonomie et équilibre du vélo peuvent donc clairement être optimisés dans chaque situation, sans que l’une n’interfère trop sur l’autre. Une liberté de conception qu’il est bon d’explorer…

 

 

Intérêts

Quels en sont donc les intérêts ?! À vrai dire, ils sont multiples. Ou du moins, différents points de vue convergent pour justifier que l’angle de selle redressé soit à propos, au delà même de la logique de compensation d’allongement dont on vient de parler. Les voici, point par point…

Contrer l'effet pédalo

Qu’est-ce que l’effet pédalo ?! Le terme est apparu dans nos colonnes à force d’essayer différents vélos dont l’angle de selle était précisément trop déporté vers l’arrière. À un point tel qu’au pédalage, la sensation était d’avoir le boitier de pédalier trop en avant, et d’avoir à appuyer trop vers l’avant, comme sur un pédalo. Une position d’autant plus inconfortable que le cintre, lui, était très loin devant.

Une situation d’autant plus périlleuse quand ça tangue… Comprenons ici : quand ça pompe. Pneu et/ou suspension arrière, avec le centre de gravité du bonhomme directement affalé dessus, n’aiment pas ça. C’est cette situation que l’on appelle “effet pédalo”. Et comme on vient de le détailler : en retravaillant l’ergonomie et la répartition des masses au pédalage, l’angle de selle redressé contribue à l’éviter.

Attention cependant à une nuance importante : pour que cet effet soit clairement réduit, il ne suffit pas que l’angle de selle effectif soit redressé. Ça aide, mais pour ceux qui ont de grandes jambes et une sortie de selle importante, il faut aussi que l’angle réel soit concerné. En fonction des conceptions, ça reste à préciser, au cas par cas…

 

Dissocier hauteur de selle & tube supérieur

Si l’on revient sur ce qui caractérise la position du cycliste au pédalage, l’angle de selle redressé a un autre impact intéressant en matière de longueur du tube supérieur…

L’air de rien, fini le choix d’un vélo de manière traditionnelle, en fonction de la hauteur de son entrejambe et du tube de selle. Désormais, c’est davantage en fonction de son buste et du reach/tube supérieur que ça peut aussi se faire.

 

Dégager de l'espace derrière la selle

On a écrit plus haut que redresser l’angle de selle permet de jouer sur la position au pédalage, sans influer lorsque l’on est debout sur les pédales… C’est vrai d’une manière directe, mais ça a un effet indirect. On sait tous que debout sur les pédales, la selle peut parfois gêner. Sans ça, les tiges de selle télescopiques ne seraient pas devenues indispensables sur nos montures.

Bref, l’angle de selle redressé ne fait pas tout, mais effectivement, il participe à plus de liberté de mouvement, et évite d’accrocher le short – ou pire – dans la selle…

 

Dans la pente

L’air de rien, on vient donc de glisser qu’un tube de selle redressé aide dans la pente, en dégageant de la liberté de mouvement pour contrebalancer la bascule du vélo… C’est donc là que l’on peut compléter les propos des chapitres précédents en matière de répartition des masses, d’angle de direction et d’offset courts.

On y a effectivement beaucoup parlé de l’influence de ces dimensions en matière de comportement de la direction, de répartition des masses et d’ergonomie, sans nécessairement évoquer un cas important où tout ceci apporte des progrès significatifs : quand c’est pentu ! Et ce, aussi bien à la descente, qu’à la montée.

 

Antéversion/rétroversion du bassin

D’un point de vue bio-mécanique, le redressement de l’angle de tube de selle a un effet sur le positionnement du bassin au pédalage…

À la longue, en liaison, cette position peut avoir du bon. Elle offre une alternative intéressante dans la mesure où la position est plus confortable, moins recroquevillé sur soi. Certes, la puissance maximale développable est moins importante, mais ce n’est pas l’objectif des liaisons en Enduro, effectuées à un rythme raisonnable pour sauver de l’énergie en vue de la prochaine spéciale.

Qui plus est, cette position rapporte aussi le pilote vers l’avant, plus à l’aplomb du pédalier. Or, certains vélos de contre la montre – interdits par les règlements – ont démontré par le passé qu’être porté vers l’avant favorise le développement de la puissance au pédalage. Perd-t-on d’un côté ce que l’on récupère de l’autre ?! Possible ! Dans tous les cas, le tube de selle redressé, un peu à l’image des pédales plates, engendre une répartition différente de l’usage des muscles au pédalage, notamment un effet perceptible sur le quadriceps…

 

Encombrements

Il ne faut pas oublier qu’avant d’arriver sur le marché, nos vélos sont conçus au sein de bureaux d’études dont les préoccupations sont nombreuses. Notamment celle des encombrements des pièces et des interférences qui peuvent voir le jour entre certaines.

Ça a été le cas au moment de caser une roue arrière de 29 pouces au sein d’un cadre et de sa cinématique de suspension. Entre autre interaction problématique, celle qui faisait entrer la roue et les pontets en contact du tube de selle…

Une solution qui a néanmoins ses propres limites : devant le tube de selle, la place n’est pas non plus folle. Entre les portes bidons revenus à la mode et l’amortisseur qui se réfugie souvent dans le triangle avant, la marge de manoeuvre reste contenue.

Qu’a cela ne tienne, de toute façon, puisqu’il existe certainement une limite ergonomique à l’angle de selle redressé. À l’instar des tri-athlètes, pour l’heure on s’imagine mal avec un boitier de pédalier trop en arrière. Le chemin commencerait à se faire long au moment de se placer en arrière pour faire contre-poids…

 

 

Qu’en conclure ?!

L’air de rien, ça fait plusieurs minutes que ce chapitre des Didactiques Endurotribe fait de l’angle de selle redressé, un symbole d’une certaine modernité. Celle de boucler une approche de la géométrie plus en phase avec la pratique de l’Enduro et ses spécificité. Ici, précisément, permettre d’optimiser la position du pilote en liaison – à la pédale – et en spéciale – debout dessus.

Libérer les choix de répartition des masses lorsque le pilote est debout des contraintes de l’ergonomie au pédalage, pour donner du caractère au vélo lorsqu’il s’agit de piloter. Permettre l’allongement nécessaire de vélos naturellement toujours plus efficaces et rapides. Dégager de la place derrière la selle pour s’y positionner dans la pente. Favoriser la récupération et le confort au pédalage, en liaison…

“Des vélos qui, petit à petit, collent de mieux en mieux à notre pratique…”

Quelque part, ça permet donc de concevoir des vélos qui, petit à petit, collent de mieux en mieux à l’esprit spécifique de l’Enduro. Alors, l’angle de selle redressé doit-il se généraliser ?!  La tendance est bonne, mais attention. D’une part, on a soulevé qu’une certaine liberté soit possible dans le choix de sa valeur. Évitons donc de la brider en exigeant une valeur de référence, comme c’est trop souvent le cas.

D’autant qu’on l’a dit : la bonne répartition des masses peut aussi être liée aux choix de cinématique de suspension. Un lien qui à lui seul pourrait justifier que deux vélos aux angles de selle différents sur le papier, soient aussi efficaces à l’usage. Bref, on ne le répétera jamais assez : un vélo est un assemblage complexe, d’éléments simples. On continue donc de veiller à en saisir les subtilités à longueur d’essai, avec, désormais, l’ensemble des Didactiques Endurotribe à portée de main !

 

 

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