Comme nous l’avions vu lors de sa présentation, l’Ibis Ripmo AF est une déclinaison en aluminium de son homonyme. Mais ce n’est pas tout ! Il profite aussi d’évolutions en matière de géométrie qui semblaient bienvenues pour compenser les reproches qu’on pouvait faire à sa muse en carbone

L’Ibis Ripmo AF méritait donc de passer entre nos mains pour en mesurer les véritables changements… Est-il un vraiment un vélo d’Enduro ? Sa nouvelle construction en alu pénalise-t-elle son dynamisme ? Et garde-t-il tout de même des traits de caractère en commun avec son homologue en carbone ?

Bref, c’est chose faite, et ce, dans d’autres conditions de roulage que ce que sa vidéo de présentation laissait suggérer. Place donc au verdict d’essai du Ibis Ripmo AF…

 


Temps de lecture : 10 minutes


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Ibis Ripmo AF GX

  • Usage All Mountain/Enduro
  • AV/AR : 160/147mm, DVO Diamond et Topaz
  • Triangle avant & arrière alu
  • Reach 475mm en taille L, offset 44mm
  • Roues Ibis 29 pouces, 35mm

 

Premières impressions

Une fois monté à bord, la position est top ! Assis sur la selle comme debout sur les pédales, je suis bien. Il est confortable mais aussi rassurant !

Et, rassurant, il l’est surtout dans les courbes à plat. Il n’y a aucun doute à avoir, c’est bien sur ce point qu’il m’a le plus surpris dès les premiers tours de roues. Au point de me dire que j’avais déjà mis le doigt sur son point fort !

J’ai l’impression que ses roues ne glisseront jamais, que je peux mettre de l’angle sans aucun risque de déraper… Il tourne ainsi avec aisance sans jamais rappeler à l’ordre : il tient le cap et garde le grip ! Mais alors pourquoi ? Qu’est-ce qui fait ce comportement ?

 

 

À quoi c’est dû ?

L’Ibis Ripmo carbone m’avait déjà laissé des impressions similaires. Mais il m’avait parfois effrayé quand il fallait commencer à engager des passages techniques pentus… Une sensation que je n’ai pas retrouvé sur ce Ripmo AF. Pourquoi donc ?

Et bien, les évolutions de géométrie apportées corrigent en partie ce défaut : un poil plus long en reach, il profite surtout d’un degré d’angle de direction en moins. Le fameux degré de confiance qui pouvait manquer à son homonyme en carbone quand les choses se corsaient. Voici comment quelques millimètres et degrés peuvent changer la donne !

“…c’est une question d’adhérence…”

Bien que ces évolutions de géométrie, notamment l’allongement du reach, participent à l’équilibre en courbe, je ne lui accorde pas l’entière responsabilité de sa qualité pour tourner à plat…

En effet, j’ai plutôt l’impression que c’est une question d’adhérence. Et ce, quels que soient les pneus utilisés… Il faut donc se pencher sur le travail fait en matière de suspension pour le confirmer. Le Traction Tune, qui veut, comme il est tendance en ce moment, alléger les settings de détente et de compression, porte bien son nom puisqu’il est question ici de maximiser le contact du pneu avec le sol : soit la traction.

De plus, l’équilibre dont il fait preuve en courbe découle aussi de son assiette qui reste constante sans nécessité d’être compensée par des mouvements du pilote, malgré le chaos des sentiers. Voici donc, pourquoi et comment cette déclinaison en alu tourne si bien à plat ! Cependant, cette suspension demande-t-elle des réglages particuliers pour tirer pleinement profit de ce point fort ?

 

 

Comment ça se règle ?

Dans son ensemble, cette suspension demande rigueur et précision malgré tout. Voyons ça !

Au risque d’obtenir un Ripmo AF trop vif ou au contraire trop enfoncé dans son débattement, le rendant pataud, le réglage du SAG est une base qui a une réelle importance ici.

Trop ou pas assez, trouver le juste milieu nécessaire au bon dynamisme est de rigueur : 32% c’est pas assez, il pousse vers l’avant, 36% c’est trop, il reste dans les trous, collé…

 

RéglagesAvantArrière
SAG23%33-34%
Détente2/3 à 1/2 ouverte1/2 ouverte
CompressionsBV : position 1-2, soit 2/3 ouverte
HV : ouverte à 3/4 ouverte
N/A
Token / SpacersN/A0 dans la négative, 3 dans la positive
SpécificitésOTT : 1/3 ouverte à ferméeBladder : 200psi

 

Cette phase de réglage du SAG peut paraître fine et pointilleuse mais est finalement indispensable pour tirer entièrement parti du DW-link et de cet Ibis Ripmo AF. Reste donc maintenant à savoir comment le piloter pour l’exploiter au mieux…

 

 

Comment ça se pilote ?

Piloter cet Ibis Ripmo AF est finalement, dans une certaine mesure, à l’image de la finesse requise pour le régler :

En montée et au pédalage

La traction ressentie en courbe lui profite aussi en montée. Aidée à chaque coup de pédale, la roue arrière est plaquée au sol. La motricité est franchement bonne et c’est de ça qu’il faut jouer.

Dans les raidillons, pas besoin d’accélérer ou de tout mettre pour passer, garder le rythme et l’adhérence suffisent pour s’en sortir sans difficulté. Pédaler rond, garder du poids sur l’arrière pour sentir le grip à la roue arrière est finalement plus gratifiant au guidon du Ibis Ripmo AF !

Lorsqu’il s’agit de pédaler longtemps, comme le début de course de la suspension arrière est très sensible et peu freinée en compression, il pompe très légèrement. Ça mérite parfois de jouer du blocage de l’amortisseur DVO Topaz T3 : en position intermédiaire ou totalement bloqué selon la nature du terrain !

 

En courbe et en virage

On l’a dit, les courbes, c’est son point fort ! Il suffit d’incliner le vélo pour que les crampons latéraux des pneus mordent le terrain puis de tenir le cap. C’est sûr, c’est simple et efficace, mais…

…il est encore possible de pousser le bouchon plus loin. Comme la suspension arrière fait le job pour garder la roue arrière collée au sol, pas besoin de presser sur le boitier pour charger les pneus, il devient donc intéressant de se forcer à charger l’avant. On freine moins, le vélo s’incline encore plus. De quoi véritablement attaquer et hausser le rythme pour les plus aguerris et si l’avant passe, l’arrière suivra ! Un peu à la façon moto GP : on incline et on pousse sur le guidon.

Et puisqu’il donne une impression de stabilité de part son assiette très constante, rarement le terrain devient déstabilisant. Il a même plutôt tendance à se nourrir des mouvements de terrain, il faut donc tirer profit du terrain…

 

Quand c'est défoncé, je pousse...

…pour avancer ! Si, de manière générale, le carbone rime avec dynamisme et l’alu avec confort, l’Ibis Ripmo AF, fait d’un alliage d’aluminium, sait aussi se montrer très dynamique. En effet, si l’alu lui procure un confort certain dans les dévers – il ne dribble pas, ne vibre pas, il se déforme comme s’il épousait le terrain – vis-à-vis de la plupart des vélos d’Enduro en carbone et alors que l’alu l’alourdit sur la balance, il n’en est pas moins dynamique pour autant. Et il tire ça de sa cinématique !

Si l’on ne perçoit pas un anti-squat très élevé au pédalage, il reste cependant supérieur aux fatidiques 100% assez longtemps dans le débattement. Ainsi, il suffit de pousser sur les jambes dans une compression pour s’en apercevoir : pour que, par l’effet de chaîne, le vélo accélère et avance.

Autant il n’y a pas besoin de presser sur le boitier pour tourner, autant pour accélérer il faut le faire pour activer la suspension et jouer de l’anti-squat. Et c’est justement de cette manière que l’Ibis Ripmo AF se nourrit du terrain pour avancer. C’est de cette façon qu’il demande à être piloter pour en tirer profit. Pomper, pousser dans les trous, les compressions, les appuis ! C’est aussi de cette manière que l’Ibis Ripmo AF est fun à piloter !

Alors construit en alliage d’aluminium, souvent délaissé au profit du carbone pour gagner en dynamisme, l’Ibis Ripmo AF nous confirme que la cinématique a peut-être bien plus à apporter dans ce domaine que le matériau utilisé…

 

...mais je dois y croire, coûte que coûte !

Pour les plus énervés, qui visent à toujours aller plus vite en poussant à chaque occasion : l’Ibis Ripmo AF a un petit côté pousse au crime ! On accélère toujours plus, jusqu’au moment où il faut freiner…

Si la zone de freinage est lisse, propre et exempte d’aspérité, pas de problème, il ralentira sans souci. Mais si racines et rochers s’en mêlent, l’affaire se corse. Sur les freins et à l’impact, il a tendance à ressortir du débattement et sa courbe d’anti-rise toujours proche des 100% le confirme : clairement il pousser vers l’avant au freinage ! Alors si on est mal embarqué, c’est parfois un challenge de se rattraper tant il ne veut pas s’arrêter.

La logique voudrait qu’on relâche le frein pour laisser la suspension s’enfoncer, mais l’urgence de la situation nous pousse plutôt à freiner pour ralentir la bête. C’est ainsi que l’Ibis Ripmo AF peut parfois demander expérience, calme et grand coeur pour ne pas se faire maltraiter ou surprendre ! Et ce n’est pas donné à tout le monde…

 

 

Pour qui ? Pour quoi faire ?

Ce Ripmo AF n’est pas sans rappeler ses confrères de chez Ibis : Ripmo carbone et Mojo HD4. Ils partagent des caractéristiques communes malgré des cadres différents : notamment en matière de cinématique. Il en découle donc les traits de caractères habituels des Ibis !

Et ce Ripmo AF est clairement un Enduro bien né. Mais il s’adresse avant-tout aux pratiquants avertis ! Surtout à ceux qui affectionnent régler leur monture et passer du temps à cela et à ceux qui sauront adapter leur pilotage selon la situation. Aussi gratifiant que cela puisse être, l’inverse peut être vraiment déroutant, déconcertant ou troublant…

Mis à part ceux à qui il s’adresse, l’Ibis Ripmo AF associe joliment tolérance et efficacité, il a donc tout pour entrer dans notre short-list du moment

 

 

Vis-à-vis de la concurrence

En rejoignant cette fameuse short-list aux côtés des vélos du moment qui valent le détour, il mérite d’être rapidement mesuré et comparé à ceux-là même :

Vis-à-vis du Lapierre Spicy

Ils partagent des traits de caractère communs : capacité au pédalage, fonctionnement de la suspension, tendance à accélérer, comportement “pousse au crime”…

Ils sont proches dans l’esprit, mais restent malgré tout bien différents à l’usage. Quand le Lapierre Spicy se pilote essentiellement dans une dimension verticale : pousser sur le boitier pour tourner/accélérer, s’asseoir sur l’arrière pour alléger l’avant et cabrer, etc. on tire parti du Ibis en pilotant de manière horizontale : autant dans la position – dos plat, jambes à peines fléchies, coudes pliés – que dans la répartition des masses qui en découle et les mouvements à effectuer – charger l’avant, lâcher les freins…

 

Vis-à-vis du Orbea Rallon

Ils profitent tous les 2 de l’effet de chaîne pour avancer. Ce qui semble d’ailleurs dessiner les contours de ce qui fait les bons vélos du moment puisque c’est leur caractéristique commune.

L’Américain reste plus confortable de l’avant, notamment parce que la douille de direction de l’Orbea peut parfois sembler raide. Et aussi plus tolérant en dévers : son cadre travaille plus. Mais sa cinématique DW-link est, elle, plus farouche, notamment lors des freinages… C’est principalement leur cinématique qui les rend tous les deux dynamiques et fun à piloter !

 

Vis-à-vis du Ibis Ripmo

Le degré d’angle de direction supplémentaire et la longueur d’empattement additionnelle qui en découle participent grandement à rendre la direction du Ripmo AF moins incisive que celle du Ripmo. En quelque sorte plus facile à tenir le cap et plus rassurante dans le sens où en courbe, comme il est bon de charger l’avant, un peu moins de vivacité est la bienvenue !

Logiquement, le Ripmo AF tourne de manière moins sèche et se stabilise plus lorsque la vitesse s’emballe. Dans l’ensemble, en courbe, son cadre en alu est aussi moins “pêchu” mais il ne perd rien au dynamisme de sa cinématique. Le Ripmo AF est d’ailleurs moins traître puisqu’il ne pousse pas vers l’avant comme le Ripmo monté avec le Fox DPX2 a tendance à faire dans la pente !

Finalement, l’addition regroupe plus d’assurance et de confort pour rendre le Ripmo AF pointé vers l’Enduro quand le Ripmo, incisif et plus exigeant, navigue entre All Mountain et Enduro.

 

 

Des détails…

Au look qui peut assurément en rebuter certains, l’Ibis Ripmo AF, dans les détails, joue aussi une partition à moitié réussie :

Par son caractère, son comportement et son tarif intéressant, l’Ibis Ripmo AF intègre effectivement notre short-list. Et, à ces détails de finition près, il deviendrait une référence ! Ça fait mal au coeur si on n’en tient pas compte dès les premiers jours avec : il peut mal vieillir !

 

 

En conclusion

Finalement, ces détails nous poussent à croire que dans les moeurs du milieu, l’alu rime actuellement avec bas de gamme. Pourtant, l’Ibis Ripmo AF vient de nous prouver l’inverse lorsqu’il s’agit d’être performant et efficace sur le terrain ! Il est donc temps de se poser les bonnes questions et notamment celle qui me permet de conclure : pourquoi voudrais-je le garder ?

“Bien que parfois caractériel, l’Ibis Ripmo AF se montre aussi tolérant, efficace et agréable. À 4699€ et un bon niveau d’équipement, l’Ibis Ripmo AF, dans sa cuvée GX mise à l’épreuve ici, fait preuve d’un excellent rapport qualité/performance/prix. Ce qui me pousse à dire que si j’avais une telle somme à dépenser dans un vélo d’Enduro, c’est dans l’Ibis Ripmo AF que j’investirais. À une seule condition : celle de protéger le cadre là où c’est nécessaire pour qu’il dure. Ni plus, ni moins !

 

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraîchir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparées à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > par rapport aux autres, qu’en penses-tu..? Rendez-vous sur la page du Comparateur d’essais VTT Endurotribe pour en savoir plus >  http://www.endurotribe.com/comparateur-essais-vtt-2016/

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