Lecteur Endurotribe et participant au Grand Rallye TransVerdon l’an passé, Antoine Fyon nous conte sa première expérience d’itinérance en solo. Direction la Belgique à la découverte en trois jours de la Transardennaise VTT…

 


Temps de lecture estimé : 15 minutes –  Texte & photos : Antoine Fyon


 

 

La Transardennaise VTT en SB130

Voilà plusieurs années que je nourrissais l’envie de me lancer dans une itinérance VTT en solo sur plusieurs jours. Pour une première, je choisis la Transardennaise, un parcours qui, dans sa version longue, relie Malmédy à Bouillon en Belgique… Récit !

Après un petit coup d’œil dans l’agenda, je pousse un peu les murs et trouve trois petits jours qui me tendent les bras fin novembre 2019. C’est bloqué plus qu’à organiser le voyage…

 

 

La préparation du voyage

Par échange d’emails avec la maison de la Randonnée – GTA Belgique, on m’explique qu’il n’existe que des fiches étapes recto/verso et des porteurs Bye Bike qu’il faut acheter en double pour ne pas devoir les retourner pour un prix total, frais d’envoi inclus, de 37,5 euros.

Les traces GPS ne sont disponibles qu’avec réservation de nuitées via une agence proposant le voyage sur plusieurs jours. N’ayant aucune envie de partir avec des fiches papiers et des porteurs sur mon cintre, je commande le tout en un exemplaire pour voir à quoi cela ressemble.

 

 

Les informations que ces fiches contiennent sont assez brèves et les petits pictogrammes semblent venir d’une autre époque. En revanche, toutes les données topographiques sont très intéressantes et me permettent déjà de rapidement calculer que l’aventure totalisera environ 270km et 5000m de dénivelé. Reste plus qu’à trouver comment découper ça sur trois jours…

Vu la période de l’année et sachant que c’est une première pour moi, je choisis de gérer un challenge à la fois et de dormir dans du dur pour mes deux nuits.

Après une bonne soirée/nuit à explorer le web, reporter les fiches sur des traces GPS et trouver des logements, un seul découpage possible avec départ de Malmédy le vendredi matin :

Malmédy –> Houffalize

 

Houffalize —> Nassogne

Nassogne —> Bouillon

Sur papier, les distances des deuxième et troisième jours me paraissent costaudes et couplées au dénivelé, la seconde journée s’annonce mémorable. N’ayant jamais roulé et enchaîne de telles distances, j’en conclus que je ne sais strictement rien de ce que ça va donner et que la seule manière de le savoir c’est de le tenter… Je réserve donc les logements et bloque définitivement les dates dans l’agenda.

Niveau matos, hasard de l’agenda, je reçois mon nouveau Yeti SB130 la semaine juste avant le départ. Quoi de mieux qu’une bonne virée de 3 jours consécutifs pour le prendre en main ! Je l’équipe d’une petite sacoche de cintre et c’est parti !

 

 

 

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Jour 1 : Malmédy – Houffalize

73km / 1180m D+ / 5h20

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Hasard des agendas, mes enfants sont en congés ce vendredi. J’ai donc l’immense plaisir d’avoir toute ma petite tribu qui m’accompagne pour démarrer de Malmédy. Je m’arrête sur le dernier parking près du rond-point et m’équipe ainsi que le vélo. J’allume le GPS, charge la trace du premier jour, un bisou à chaque membre de la tribu, quelques signes de mains et me voilà parti…

 

 

Je démarre ces premiers mètres avec deux images : celle de mes deux enfants qui me saluent mais sans vraiment comprendre pourquoi je m’en vais seul sur mon vélo et celle du contraste entre ma joie de démarrer et le stress ambiant et palpable du rush matinal qui aurait surement été aussi le mien si je n’avais pas été sur mon vélo.

Pas trop le temps de rêvasser et philosopher, la première côte arrive rapidement et se dresse là pour directement me questionner sur ma motivation à faire ces trois jours un peu fous.

Les cuisses chauffent, le mental s’enclenche et les kilomètres commencent à défiler. Assez rapidement, je me retrouve à traverser des bois, rivières, prairies et de temps à autre des morceaux de routes.

 

 

Après les 17 premiers kilomètres, j’arrive dans le bas du petit village de Pont juste après Ligneuville. Une petite côte brève mais bien pentue me tend les bras pour arriver à la petite école de village dans laquelle c’est l’heure de la récré.

Pendant les 20 kilomètres suivants qui me font traverser Recht pour atteindre Commanster, j’ai eu cette sensation de ne faire que grimper et de ne plus voir aucun plat ou descente. Je croise quelques marcheurs qui me regardent avec un mélange de perplexité et d’encouragement.

Arrivé au point haut, je suis accueilli par des restes de neige qui décorent les côtés gauche et droit de mon petit sentier. Mon compteur affichant seulement 40 petits kilomètres, je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi ne suis-je pas simplement dans mon divan ou derrière mon ordinateur ?

Heureusement, une fois arrivé à Commanster, le relief se fait plus doux et je peux me réjouir des kilomètres qui défilent un peu plus vite jusqu’à Gouvy.

 

 

Il doit être un bon 13h et mon estomac commence vraiment à crier. Je m’arrête alors dans la pizzeria Basilico qui me fait de l’œil. Après avoir fait au mieux pour réduire la boue qui recouvre mes vêtements et chaussures, je tente ma chance. La patronne super accueillante me fait comprendre que ce sera jouable mais avec les chaussures, la veste, gants et sac à dos qui resteront sur le paillasson à l’entrée…

Après un bon ravitaillement, une nouvelle couche pour essayer de récupérer un peu de chaleur, me voilà reparti pour boucler les trente derniers kilomètres.

La route est plutôt relax et les kilomètres s’enchaînent avec plaisir en profitant de cette nature calme paisible et accueillante. Arrivé sur les hauteurs d’Houffalize, c’est une belle petite descente un rien technique qui m’amène au centre-ville.

Je récupère les clés de mon appartement et profite de cette fin d’après-midi et petite soirée. Je ne traîne pas à me mettre au lit parce que je sais que la journée qui va suivre est vraiment costaude.

 

 

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Jour 2 : Houffalize – Nassogne

103km / 2155m D+ / 9h

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Je savais que cette journée était la plus dingue sur papier et bien je n’ai pas été déçu.

Malgré mon objectif de démarrer tôt, je me rends compte que je ne parviens pas à accepter que ma journée commence dans le noir à la lampe de poche… Je prends donc un certain temps pour déjeuner et rempaqueter toutes mes affaires. Me voilà finalement en route à l’aube vers 8h du matin.

La partie Houffalize – La Roche est certainement la partie la plus technique et celle qui a le plus d’ADN VTT. Je me retrouve à devoir mettre pied à terre sur quelques passages parce qu’avec la sacoche sur le cintre et 7kg sur le dos, je préfère assurer et ne pas devoir mettre un terme prématurément à mon aventure.

La petite pause photos dans le village encore endormi d’Achouffe ainsi que les paysages et bois sont tout simplement magiques et me donnent la niaque pour la journée et il m’en faut parce qu’une fois arrivé à La Roche, je m’aperçois que ça fait déjà 2h20 que je roule mais que je n’ai parcouru “que” 32km et plus de 600m de dénivelé.

 

 

 

Sachant que j’avais environ 100km et 2000m de D+ à parcourir sur la journée et que le soleil se couche à 16h30, je ne visite pas vraiment La Roche et après un petit ravitaillement improvisé, je me remets rapidement en selle.

En démarrant de La Roche, ce sont encore 250m de dénivelé positif qui m’attendaient sur 7 kilomètres. Je n’en doute plus, le petit village de La Roche est bien dans une vallée…

Arrivé dans le petit village de Roumont, je suis accueilli par quelques coups de feu qui raisonnent dans les bois.

 

 

Me voilà alors très rapidement face à mon premier panneau qui m’interdit de suivre la trace classique. Après quelques recherches sur le GPS et sur une carte appartenant à une gentille habitante du village, je me trouve une belle déviation qui m’amène l’estomac complètement vide dans le petit village de Lavacherie après 4h30 d’effort et 56km dans les jambes.

Je cherche, l’œil hagard, un point de ravitaillement et ça commence mal parce que les deux premiers restaurants que je croise sont fermés… La boucherie avec son panneau ouvert a finalement le volet fermé… Ça commence à bien exploser dans ma tête et difficile de garder mon sang froid… J’ai faim !

Je décide alors de suivre un petit panneau qui m’amène à la boulangerie du village. Je me jette alors sur des pistolets et couques suisses que j’avale en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Une fois le plein fait et un petit changement de thermique, me revoilà en route, direction Nassogne en passant par les bois de Saint-Hubert.

Dans ma grande naïveté, je me dis que si les chasseurs étaient dans un bois avant le dîner, ils ne seront pas dans les suivants… Hé ben non, première orée du bois, me voilà à nouveau face à une interdiction d’entrer. Nouvelle déviation planifiée, me voilà le long d’une route nationale où j’ai l’immense plaisir de partager la route avec des voitures, camions et motos tellement respectueux de l’homme sur son vélo et admiratifs de l’effort en cours… Pour faire bref, de loin le passage le plus désagréable de ces trois jours mais pas le choix.

C’est donc avec un immense plaisir et soulagement que je retrouve cette belle boue et ses grandes flaques d’eau qui s’étalent sur toute la largueur du chemin dans les sous-bois.

J’arrive alors à Saint-Hubert où je m’octroie une petite pause ravito dans un petit café sur la place. C’est là que je commets une belle faute d’inattention ! Après avoir expliqué mon périple au cafetier celui-ci m’explique que je suis bientôt arrivé et que Nassogne n’est plus qu’à une petite dizaine de kilomètres un peu vallonnés.

C’est alors plein de confiance et de motivation que je redémarre en me disant que finalement, j’arriverai avant que le soleil se couche. Je traverse des bois magnifiques dans lesquels je ne croise que des écureuils et quelques biches. Je slalome le long d’une rivière traversée par quelques petits ponts de rondins si magiques à franchir même après plus de 7h d’effort.

 

 

Je finis quand même par me dire que la petite dizaine de kilomètres était vraiment optimiste et quand je regarde sur le GPS j’ai vraiment la sensation qu’il m’en reste bien plus… Je commence à cogiter sur ce que j’avais prévu et me voilà pris d’un léger souvenir que cette journée était en fait entourée d’une étape costaude en début de journée et en fin de journée et que du coup, je suis en plein dans cette dernière étape…

Après un petit combat mental, la seule solution possible est bien d’atteindre mon point de chute pour la nuit, pas question de dormir dans les bois ni d’imaginer tout autre option.

Après une montée qui me reste en souvenir comme très très longue, je profite de magnifiques couleurs que le soleil couchant donne en jouant dans les arbres. J’équipe alors mon vélo de la lampe frontale entame la fin de cette journée dans le noir…

 

 

Comme si la tombée de la nuit ne suffisait pas, mon GPS me fait des misères et me demande de prendre un chemin que je ne trouve pas dans le noir et n’arrête pas de crier pour me rappeler à chaque coup de pédale que je ne suis pas sur la bonne trace.

Las de chercher, je finis par le faire au feeling et je pousse sur les pédales. Coup de bol ou petit coup de pouce du destin, j’ai fait le bon choix et mon GPS finit par se calmer et se réjouit que je revienne sur la bonne trace.
Je caracole alors dans le fonds du bois, traverse encore ces petits ponts de rondins, seul dans le noir et je ne peux m’empêcher de penser une seconde que s’il m’arrivait quelque chose, j’aurais probablement l’occasion de sécher et geler au moins toute la nuit parce qu’à part moi, il ne devrait pas y avoir d’autre taré pour se promener ici, de nuit par 2 degrés…

La fatigue aidant, je redouble donc de prudence et finis par trouver la sortie du bois qui n’est autre qu’une ultime belle montée.

Arrivé au sommet, je reçois un “quel courageux” d’un passant qui promenait son chien. Au fond de moi je me dis en rigolant, “quel grand malade plutôt que courageux“… Je le remercie et bascule alors dans cette dernière descente qui m’amènera chez mon hôte du jour 9 heures après mon départ d’Houffalize.

 

 

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Jour 3 : Nassogne – Bouillon

90km – 1810m d+ – 7h30

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Sensation particulière en ce matin du troisième jour. À la fois l’envie d’en finir et de retrouver ma tribu et mon chez moi et en même temps de profiter encore jusqu’au dernier mètre de cette expérience nouvelle et inédite pour moi.

Avant de démarrer, je reçois, grâce à la magie des réseau sociaux, une carte avec les zones de chasse qui m’annonce d’ores et déjà quelques déviations en perspective. J’essaie de retrouver les kilomètres et dénivelés parce que mes applications Garmin et ViewRanger m’annoncent plus de 2000m de dénivelé alors que j’avais en mémoire une journée plus “cool”… Je démarre donc avec tout ce petit festival en tête.

Après une belle première descente qui m’amène dans le beau petit village de Masbourg, j’attaque une belle longue remontée sur route qui m’amène, après douze kilomètres, à Awenne.

 

 

Revoilà la première partie de chasse de la journée qui m’oblige à couper court entre Sartay et Mirwart.
La trace qui m’amène de Mirwart au village de Lesse en passant par Transinne est tout simplement magique avec une mention spéciale pour cette section assez courte pendant laquelle j’ai eu le plaisir de longer La Lomme.

 

 

Une fois arrivé à Lesse, une autre partie de chasse m’impose de rejoindre le village de Redu par la route qui grimpe correctement et longuement.

Arrivé à Redu, je décide de ne pas m’aventurer à nouveau dans le bois suivant et contigu à celui qui était interdit de passage. Je tire donc presque tout droit sur le village de Séchery qui m’amène par la vallée, le long de La Lesse au bas de Daverdisse.

Mes jambes se souviennent encore de cette remontée qui m’a semblé incessante pour atteindre Daverdisse et ensuite les bois à l’arrière de Porcheresse que je traverse pour atteindre le tout petit village rempli de charme d’Oùr.

Mes yeux se régalent mais mon estomac beaucoup moins parce que toujours rien en vue pour se ravitailler dans tous ces micro-villages. Je suis vraiment ravi d’avoir embarqué des barres et gels pour éviter le manque total de carburant…

J’enchaîne alors les kilomètres en profitant du dénivelé plus relax, du soleil et de tous ces paysages jusqu’à la gare de Carlsbourg où un nouveau petit combat mental s’entame pour que mon cerveau accepte de se dire que je ne trouve rien à manger mais que j’ai suffisamment de réserve et qu’au pire je mangerai en arrivant à Bouillon…

Pour la première fois de ma vie, je pense que j’éprouve le début de la véritable sensation d’avoir faim. À chaque petit village que je croise, je me réjouis de trouver à manger et en ressort tout déçu avec mon estomac qui commence vraiment à s’impatienter.

Heureusement, les kilomètres continuent à défiler mais parfois pas assez vite à mon goût. Je ne sais plus trop où j’en suis dans les dénivelés et les kilomètres. J’espère juste voir un moment un panneau Bouillon…

Arrivé à Mogimont, une nouvelle partie de chasse, m’oblige à prendre encore un petit détour par la route pour retrouver la trace à Sensenruth après avoir tricoté dans le village d’Ucimont. La fatigue aidant, même l’orientation devient compliquée.

 

 

C’est en arrivant à Sensenruth que je vois mon premier panneau indiquant Bouillon et je comprends alors que la ligne d’arrivée n’est plus si loin mais reste prudent parce que la veille j’avais aussi vu des panneaux Nassogne mais vous connaissez la suite…

Ici pas de blague, la trace déroule assez bien en ligne droite jusqu’au Belvédère de Bouillon.

Là de nouveau un petit dilemme parce que la route que je devrais prendre est barrée par de la rubalise. N’ayant plus du tout envie de chipoter avec les chasses ou autres, je me dis que je vais redescendre par la trace que je connais.

Ce choix s’avère gagnant puisqu’il me permet pour mon plus grand plaisir de croiser Basile et toute la bande qui profitent des belles traces DH et enduro de Bouillon. Après qu’il m’ait tiré le portrait (merci à lui), je mets alors gros gaz vers le centre de Bouillon.

 

 

C’est un peu comme si je volais et que le vélo était devenu une extension de mon corps. Après avoir pris une petite photo du château, j’aperçois ma compagne qui m’attend de l’autre côté du pont et l’émotion venue de nulle part monte et s’exprime.

 

 

La joie de me dire que j’y suis arrivé, celle de revoir ceux qui ont occupé mes pensées pendant ces trois jours, retrouver un peu de confort, autant de choses mixées qui font naître ces émotions. Un voyage qui restera un souvenir inoubliable et une véritable opportunité de prendre le temps de découvrir la richesse naturelle des Ardennes belges et de prendre du temps pour se connaitre et se (re)trouver.

 

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Ma Transardenaise en bref…

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265km et 5050m de D+

3 étapes

Difficulté physique : 4/5

Difficulté technique : 2/5

 

 

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Points positifs

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Paysages et bois magnifiques

Le plaisir de l’aventure

Accessible techniquement

 

 

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Points négatifs

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Penser aux périodes de chasse

Pas toujours simple de trouver de quoi se ravitailler

Manque quelques descentes techniques, qui engagent…

 

Le lendemain, je réfléchissais déjà à la prochaine aventure… 😉

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Antoine

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