Nous sommes début septembre. Je rentre de deux expéditions consécutives entre Asie centrale et Russie. Exténué, non, fatigué, certainement. La raison voudrait qu’il ne faille rien pratiquer de sport durant la prochaine dizaine. Mais elle est là. Grande. Haute. Belle même, avec sa crête lisse et douce caressant son arête sommitale abrupte et hostile. La Grande Sassière…

 


Temps de lecture estimé : 5 minutes – Récit & Photos : Frédéric Horny


 

 

Porte à porte en Haute-Tarentaise

Ça doit être le cinquième plus haut sommet de Savoie. C’est mon préféré en tous les cas. Définitivement une montagne à part, sauvage, brute de rocailles, offrant un panorama sur les Alpes comme peu d’autres. De plus en plus de VTTistes se prêtent à l’exercice de son ascension, quand la fenêtre météo est favorable et que la neige s’est éclipsée de son chemin, parfois seulement quelques jours par an.

En garant la voiture au barrage du Saut (2350m), il ne reste plus en effet “que” 1400m de grimpette, somme toute éprouvante, à travers rochers et sentiers abruptes pour atteindre son sommet culminant à 3754m.

 

 

Pour éviter la réserve naturelle à son pied, il nous faut bifurquer vers la gauche en montant et s’offrir une boucle supplémentaire. C’est la vie. Mais comme dirait un bon ami, “Vive la Vie !”

À ce moment, avec mes jambes lourdes et usées, j’hésite encore à partir à la conquête de cette montagne une fois de plus, l’ayant réalisé à trois reprises avec succès par le passé. Mais Arnaud, un de mes meilleurs amis d’enfance et tarin (c’est comme ça que l’on appelle les habitants de Tarentaise…) d’adoption, me tanne pour que nous réalisions cette aventure ensemble.

 

 

Amateur de défis (il a été le technicien et confident d’Alexis Pinturault, meilleur skieur français, durant les 8 dernières années), il ne veut pas passer à côté de ce qui est considéré par beaucoup comme un petit exploit.

La messe est dite. Rendez-vous est fixé au plus beau jour de la semaine. Arnaud viendra en voiture jusqu’au barrage. Je décide de partir de Val d’Isère, où je réside, vers 5h30 du matin pour passer un premier col à 2900 m et rejoindre Arnaud à 7h30 au barrage. Quitte à faire l’aventure, faisons la jusqu’au bout.

La première montée, de nuit, est raide, très raide, escarpée même. Elle s’effectue vélo sur les épaules, éclairée par la lampe frontale rescapée de mes bagages perdus de Russie.

 

 

Après un échange bref, intense, conclu cordialement, avec un groupe de chasseurs, j’attaque la courte descente. Je salue la dizaine de bouquetins qui m’observent, tranquilles. Je croise ensuite deux bataillons de chasseurs alpins que j’ai l’habitude de voir. Toujours aussi sympas, l’un d’eux étudie ma trajectoire du jour. Tous m’encouragent. Baume au cœur !

C’est reparti, avec déjà 1250 m de D+ dans les pattes. Je checke Arnaud à l’heure convenue la veille. Le soleil commence à pointer, les températures qui vont de pair aussi. Nous attaquons la montée en même temps que cinq jeunes randonneurs parisiens. Raide, très raide, escarpée comme la première montée du jour.

 

 

“Frittzy, c’est de la varappe là !” me crie Arnaud.

“Nous prendrons un autre chemin à la descente, no soucy c’est juste pour monter plus vite…”

 

Certaines parties sont effectivement très exigeantes, toute chute étant évidemment proscrite. J’avais réalisé la grimpée de la Grande Sassière en ski de randonnée, en avril de cette année avec mon pote Cédric et… Arnaud justement.

Au fur et à mesure de notre avancée, nous nous remémorons notre évolution hivernale, crampons aux pieds. Que la montagne change quand elle est chargée d’or blanc et que le glacier n’a pas encore ouvert ses crevasses, entrailles bouchées de neige plus ou moins solide et qui se découvrent peu à peu à l’arrivée des températures estivales.

 

 

Arrivés à la crête des “3300”, plutôt plane, le sommet se dresse devant nous. Imposant, presque effrayant. Dans une petite heure nous sommes en haut. Le sentier est encore rempli de neige à certains endroits.

Nous prenons le casse-croûte au sommet vers midi, tandis qu’un traileur nous rejoint à toute allure : il s’agit en fait d’un jeune cycliste professionnel français qui a fini sa saison. Fatalement, l’échange vire à la confidence entre passionnés de la petite reine, entre observation des sommets mythiques alentours, comme le Cervin (Matterhorn pour les intimes), la grande Casse et consorts.

 

 

Il est temps d’attaquer la longue (et magnifique) descente. La terre noire a suffisamment séché de la fonte de neige récente pour laisser place à un grip de toute beauté, fiable, efficace. Le Mont-Blanc sur notre droite, matte notre évolution alors que nous fonçons vers la Grande Motte de Tignes et le Dôme de la Sache.

 

 

Avoir la chance de rider un des plus beaux sentiers qui existe, avec tous ces glaciers qui nous font face, est un instant rare, presque unique. Nous apercevons Tignes, Val d’Isere, le barrage de Tignes aussi. Dans la partie haute, le ride est plus engagé, rocailleux et raide par moments . Arrivés à 3100m, le terrain est plus roulant, rapide, lisse même. Plaisir total. Nous plongeons vers le lac avec la constante impression que l’on va finir dedans.

 

 

Arrivés vers 15h30 en bas, je suis dans le doute. J’aurais bien aimé descendre encore aux Brevières, puis remonter à Tignes et basculer dans le bois de la laie et ses falaises abruptes et dangereuses au bord de l’eau, pour retrouver mon Val d’Isère. Cela n’est désormais plus possible sans finir de nuit, faute en partie à nos discussions de vieux amis qui nous ont retardés lors de l’ascension, et des nombreux clichés que je voulus réaliser. La photographie sait être très chronophage par moment…

 

 

Mais on a quelques belles tofs dans la boîte, le ride était fou, et même en rentrant direct à Val depuis ici, ça me fera toujours un bon 3000m de D+ à la journée. On s’en est déjà payé une bien belle tranche. Retour maison, pour une bonne mousse, à nos yeux, bien méritée. Nul doute que je tenterai l’expédition avec le retour complet très bientôt…

Fred

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