Et… coupez ! Cette finale suisse à Zermatt donne le clap de fin de cette saison d’Enduro World Series 2019. Après un grosse bagarre aux avant-postes, où tout était encore possible ce week-end, elle sacre les champions de l’année. Sous l’oeil intraitable du Cervin

Hill sort vainqueur devant Nicolaï, alors leader jusque-là… Mais alors comment ça s’est joué ? Se sont-ils départagés au dernier moment ? Sur la ligne d’arrivée ? Ou était-ce gagné d’avance ? En Travers des Chiffres nous éclaire !

 


Temps de lecture estimé : 6 minutes – Photos : Enduro World Series


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Comme le chocolat suisse

Zermatt est-elle le chocolat suisse des chocolats ? À-t-elle été une manche meilleure que les autres ? Ou du moins, bien différente ? Au goût si particulier qu’on ne l’oubliera jamais ?

Quelque part, Zermatt laisse à chacun un souvenir indélébile… Tant par la logistique que l’endroit impose, que par ses paysages entre pics abruptes et glaciers majestueux, mais aussi et surtout par le circuit que proposait cette finale

En effet, entre l’altitude, les gros pédalages des SP1 et 3, le terrain montagnard et très exigeant, la rocaille et le risque de casse mécanique très élevé : l’unique journée de course représentait déjà un bon morceau de bravoure à elle seule. Et ce malgré les chiffres sur le papier… Finalement peu révélateurs de ce que pouvait nous réserver ce petit bout de vallée suisse !

Alors oui, Zermatt est un endroit singulier qui a fait de cette finale des Enduro World Series 2019, une étape haletante, palpitante et stressante, même risquée pour certains

 

 

Jusqu’au bout…

Le terrain suisse ne laisse donc aucune chance ! Il ne pardonne aucune erreur. De quoi pimenter le duel Hill/Nicolaï qui se profilait à l’horizon. Tous deux pouvaient prétendre au titre au départ de cette journée de course…

Cependant, pour cette étape, d’autres prétendants pointaient aussi au départ, de quoi venir encore plus perturber le choc des titans du jour ! C’est donc Martin Maes qui prend les rênes de la course. Sa courbe plafonne loin des autres dès la SP1 :

Mais, sa courbe plonge légèrement en SP3 alors que la plupart des autres remontent. Il s’avère que tout le monde profite de sa chute dans cette spéciale pour se refaire, mais certains plus que d’autres…

Effectivement, à ce moment Hill en profite pour s’accaparer le leadership de la course. Nicolaï pointe à la 7e place. À cet instant, Hill sortirait vainqueur ! Mais avec seulement 19s d’avance, rien n’est joué…

 

 

Le 3e sacre !

Surtout que la courbe du Belge plafonne à nouveau dès la fin de la SP4. Qu’il domine, truffée d’épingles et qui ne laissait aucun droit à l’erreur au risque de tomber en contrebas et d’y laisser beaucoup de temps ! Mais, alors qu’il reste la référence jusqu’au bout, et empoche cette ultime manche, toutes les autres courbes plongent sur la fin… Sauf une !

Oui ! Seule la courbe de Sam Hill remonte juste avant l’arrivée… L’Australien, presque assuré de passer in extremis devant Florian Nicolai, le leader du général, remporte largement la dernière spéciale – la Spéciale Reine, défoncée, entre lames saillantes de chemin piéton pour drainer l’eau et des rock gardens naturels, le risque de crevaison y était très élevé – et s’adjuge les 40 points supplémentaires qui vont avec. Il enfonce le clou ! Et clôt l’affaire.

Un fait qui, quelque part, trahit sa stratégie de course… Rouler fort sans prendre de risques inconsidérés pour rester devant Florian, et surtout s’assurer les précieux points que peut rapporter la Queen Stage ! Certainement, une victoire méticuleusement préparée et travaillée en amont pendant les reconnaissances !?


Alors, qu’au général, la courbe du Niçois faisait figure de limite infranchissable, la courbe de la légende australienne vient couper celle du frenchy au tout dernier moment de la saison… Hill est sacré vainqueur pour la 3e fois consécutive !

Derrière, une courbe ré-émerge après la blessure d’Ed Masters à Northstar et continue de se détacher des autres sur le final. C’est celle de Kevin Miquel ! Il est 3e au général de la saison. Le second frenchy sur le podium !

Très souvent dans le Top 10 des manches de cette année, comme à Zermatt, 4e, où il confirme sa place aux avant-postes. Le sympathique sudiste a su rebondir après un année 2018 bouleversante et une reprise pour 2019 hésitanteChapeau !

 

 

Chez les filles

Malgré sa victoire toute promise au général, Isabeau Courdurier a une nouvelle fois dominé la partie, bien que, pour une fois, elle laisse s’échapper la Queen Stage… En fin de journée, dernière spéciale de la saison, on peut comprendre qu’elle ait levé le pied ! Sa courbe reste rectiligne du début à la fin. Elle a clairement dominé l’année 2019 et a remporté toutes les manches.

Derrière, Noga Korem, n’avait elle aussi pas besoin de points supplémentaires pour monter sur la seconde marche du podium. Mais c’est ALN, à la lutte avec Morgane Charre pour la troisième marche qui en tire profit et remporte la Spéciale Reine, bien que ces points supplémentaires lui soient inutiles tant elle a d’avance sur la Française.

Elle monte donc sur cette troisième marche qu’elle est venue chercher dès le milieu de saison : la courbe d’ALN et de Morgane ne se croisent qu’une seule fois, après Whistler ! C’est elle, qui termine à la dernière place sous les projecteurs, 3e, laissant la médaille en chocolat à la Savoyarde… Espérons que ce soit du Toblerone alors !

 

 

Vainqueur des spéciales

Seulement, course dans la course, en plus du duel Hill/Nicolaï, il y en avait une autre ! Mais, il faut l’avouer, le suspense et l’intérêt étaient moindres… Pourtant, elle n’en est pas moins révélatrice pour autant

Effectivement, suivre le nombre de victoire en spéciale permet de s’apercevoir que c’est un jeu qui se joue en comité restreint. Très peu de pilotes peuvent prétendre à ce titre, voir même à ne marquer qu’un seul petit point. À vrai dire, ils ne sont qu’une poignée : 11 pilotes en tout et pour tout à avoir remporté une spéciale cette année. C’est le noyau dur des leaders, les hommes forts du circuit !

C’est donc Richie Rude, avec seulement 5 manches au compteur cette année qui l’emporte avec 13 points. Soit 13 spéciales remportées sur les 29 auxquelles il a pris part. L’ogre américain l’emporte haut la main !

Et aussi, avec les déboires de chacun, les blessures et les affaires de dopage, seuls 3 d’entre eux ont participé à la saison complète : Sam Hill, Florian Nicolai et Kévin Miquel. Les trois leaders au général de la saison : l’élite de l’Enduro mondial que l’on retrouve logiquement dans ce groupe très fermé !

 

 

Qu’en penser !?

Riches en bouleversements de toutes sortes – blessure de Cécile Ravanel, affaire de dopage de Richie Rude et Martin Maes, des débuts perturbés pour le leader des 2 années précédentes – cette saison 2019 offrait une visibilité différente aux pilotes et laissait entrevoir de possibles rebondissements en cours de saison !

Mais encore une fois, l’Australien n’a pas fléchi. Bien que cette fois il l’emporte au classement général sur le fil du rasoir, à la dernière minute, il mérite cette place si l’on considère le temps total de course depuis Rotorua, en début de saison…

Effectivement avec 4h 45min 52s, il devance Florian Nicolai, avec 4h 47min 26s et le devançait déjà avant la finale suisse puisque seulement une quarantaine de secondes les séparent à Zermatt ! Contrairement à ce que le classement par points nous laissait croire jusqu’à l’issue finale…

Comme quoi, il est bon de remarquer que le barème des points minutieusement instauré fait tout pour entretenir le suspense et donc l’attrait à ce sport. Comme bon nombre d’autres sports modernes d’ailleurs : Power Stage en WRC, points au meilleur tour en F1, règle des 24s et lignes des 3 points au basket, etc.

 

 

La suite…

Mais bien que ce suspense nous tienne en haleine, il y a bien un moment où tout s’arrête ! Cet instant, où dans la raquette d’arrivée aucun des deux pilotes, ni de Hill, ni de Nicolaï, ne sait vraiment qui l’emporte au final, bien plus concentrés à rouler qu’à calculer ! Et c’est à ce moment que la réalité les rattrape. À cet instant, où l’Australien pose cette question : “I did it ?” et que le verdict tombe : “Yes !”

Voilà, contre toute attente, après un début de saison difficile, il l’a encore fait ! Il remporte sa 3e saison complète et consécutive en Enduro World Series. Florian Nicolaï subit donc la frénésie de la légende tatouée mais peut s’en satisfaire. Il y en aura d’autres ! Ainsi, il se joint donc au quatuor français – lui-même, Kevin Miquel, Dimitri Tordo et Adrien Dailly – qui truste les 5 premières places aux côtés de l’Australien vainqueur. Ce n’est pas rien !

De bon augure, pour l’Enduro français, quand on sait, que ce week-end a lieu le premier Trophée des Nations qui délivrera pour la première fois, un maillot de Champion du Monde à une équipe/nation en Enduro ! Sur ce, restez connecté sur Endurotribe. La suite est pour bientôt… 😉

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