Parfois, ce sont les choses les plus simples et directes qui ont le plus d’impact… Encore faut-il oser remettre l’évidence en question. Oser challenger ses propres convictions. Ces adages, les marques généralistes et leaders du monde du VTT y sont de plus en plus confrontées : oser, pour se renouveler, continuer à progresser, ne pas stagner… 

La situation est plus que jamais d’actualité pour Giant et son Reign d’Enduro, seul rescapé de la toute première gamme faisant usage de la suspension Maestro, en 2005 ! Forcément, depuis, il a évolué… Mais au delà des apparences, le dernier Giant Reign 29 ose certaines avancées aussi évidentes que pertinentes. Pourquoi ? Comment ?! Réponses Endurotribe !

 


Temps de lecture estimé : 12 minutes – Photos : Sterling Lorence


 

 

 

Depuis 2005…

On l’a dit : depuis 2005, le Giant Reign a eu l’occasion de faire son trou ! Notamment parce qu’au fil du temps, le modèle d’Enduro du géant taïwanais a toujours poussé l’usage de sa cinématique Maestro, aux traits de fonctionnement connus et reconnus.

Au programme : un point de pivot virtuel placé sous le pilote – ça a son importance – qui cherche à maîtriser l’effet de chaîne – dont son impact sur les performances au pédalage – et limiter l’anti-rise – capacité de la suspension à rester active au freinage.

Bref, une suspension relativement libre que les têtes pensantes Giant aiment associer à un ratio dont la progressivité est contenue. Résultat : des vélos qui ont toujours donné l’impression d’avoir plus de débattement que les chiffres annoncés.

Un trait de caractère à double tranchant. Côté pile : un sentiment de réserve et d’assurance important, un tempérament rassurant qui a du sens pour une marque généraliste qui doit plaire au plus grand nombre. Côté face : des vélos parfois patauds ou moins drôles que la concurrence…

 

 

Giant Reign 29

  • Usage Enduro
  • Roues en 29 pouces 
  • 146/160mm, Fox X2 & 36 Factory
  • Triangle avant & arrière Carbone
  • Reach de 493mm en taille L, offset 42mm
  • Roues Giant TRX, 30mm

 

En trompe l’oeil…

Dans ce contexte, et à première vue, le Giant Reign 29 qui nous est présenté ici, pourrait donner l’impression de faire dans la simple continuité. Après tout, visuellement, il est assez comparable au Giant Reign 27,5 lancé il y a deux petites années.

Pourtant, on y vient, c’est en trompe l’oeil. Sous ses airs de famille plus qu’évidents, le Giant Reign 29 recèle de détails qui ont leur importance. À commencer par certains codes esthétiques qui distinguent le Giant Reign 29 de ses prédécesseurs…

 

Outre ces premiers détails, et même si ça ne reste qu’esthétique avant tout, la finition et les peintures des Giant Reign 29 ont aussi leur mot à dire : finition caméléon ! Y compris sur les modèles plus abordables : en aluminium, le Giant Reign 29 veut se démocratiser. Ci-dessous, la plus folle, celle du Giant Reign 29 1…

 

 

Au delà des apparences…

Ok. Tout ça, c’est bien beau, mais s’il y avait un capot, que se cacherait-il dessous ?! J’ai promis des choses osées et intéressantes, il est l’heure de s’y pencher.

Le process

Pour bien saisir en quoi le Giant Reign 29 ose des choses inédites, il faut d’abord saisir le process de développement dont il fait l’objet. Au départ, quelque chose d’assez classique pour la marque : l’idée qu’il soit le vélo utilisé par les pilotes du Giant Off-Road Team sur les Enduro World Series à venir. Josh Carlson et Youn Deniaud en tête.

Pour dégrossir le travail, c’est Adam Craig, lui aussi passé par le team international de la marque, qui s’y colle. Trois itérations et 24 mois plus tard, voilà le Giant Reign 29 prêt à prendre le départ de la World Series de Whistler en cet été 2019. Une longue période où benchmark des attentes du milieu, et corrélation entre chiffres sur le papier et feeling sur le terrain sont au coeur des travaux…

 

Le débattement...

Dans ce process, c’est la cinématique qui retient toutes les attentions. Les grandes roues de 29, si elles peuvent être plus rapides, peuvent aussi compliquer la chose en matière de dynamisme et de réactivité d’un vélo. Et c’est là que l’équipe met la main sur ce dont on parlait en début d’article. Avec les préceptes du système Maestro, trop de débattement tue le débattement.

En d’autres termes, respecter l’ADN du système et à tout prix s’obliger à conserver 160mm de débattement arrière n’est pas satisfaisant. Et parmi les prototypes mis à l’épreuve, c’est finalement sur la valeur finale du débattement arrière que les travaux s’orientent. Pour l’anecdote, 146mm sont retenus pour le Giant Reign 29… 14mm de moins que les 160mm habituels, grosso modo 10%.

 

Ratio et progressivité

Pour autant, les essais en compagnie de Josh Carlson et Youn Deniaud apportent aussi une autre exigence qui a du bon pour nous : les deux n’ont pas les mêmes attentes. Les ingénieurs de la marque en retiennent que l’un veut un vélo stable avant tout, quand l’autre souhaite pouvoir décoller du sol à la moindre occasion.

Challenge intéressant auquel une réponse est trouvée : celle de rester avec un ratio de suspension relativement faible – sans céder à la tendance des ratios très élevés en début de course – et dont la progressivité reste contenue – on parle ici de 16,5% entre début et fin de course. À quoi bon ?! Favoriser le travail de l’hydraulique des amortisseurs utilisés, sans générer de variation de vitesses inutiles et néfastes.

 

Settings hydrauliques

Pour autant, les ingénieurs ont aussi bien noté que les roues de 29 nécessitent des suspensions dynamiques pour bien suivre le sol. C’est dû à leur diamètre plus important : elles utilisent moins de débattement pour suivre les aspérités, au risque que les suspensions restent figées.

Il leur faut donc utiliser des settings hydrauliques relativement légers. C’est ce que fait l’ensemble de la gamme Giant Reign 29, que ce soit à l’usage d’amortisseurs Fox ou RockShox. Le Giant Reign 29 défend donc ses préceptes tout en s’insérant dans une tendance de plus en plus évidente ces 18 derniers mois.

 

Géométrie

En étudiant les attentes, les têtes pensantes Giant ont également bien saisi qu’en matière de géométrie aussi, la donne évolue. Aujourd’hui, ce sont les reach, stack, hauteur de boitier, longueur de bases et angles d’un vélo que l’on scrute en premier. On pourrait en ajouter quelques autres, mais ce sont eux que la marque a retenus pour tailler le Giant Reign 29.

On retrouve donc un vélo basé sur des angles bien dans la tendance : 65° de chasse, 76,8° d’assise. Aussi couché à l’avant que redressé sous les fesses. Le tout, plongé au centre du vélo, sur un boitier de pédalier à -30mm sous les axes de roues. En matière de Reach et d’empattement, le Giant Reign 29 fait généreux – 493mm et 1258mm en taille L – mais gare aux impressions : on sait que l’offset court, utilisé ici, modère les choses.

 

 

Prise en main

Bim ! C’est dit : le Giant Reign 29 ose moins de débattement. Il prend donc à bras le corps toute une partie de ce qui faisait jusqu’ici le tempérament de ses prédécesseurs ! Alors, ça donne quoi sur le terrain ?! Comment ça se règle ? Comment ça se pilote ?! 

 

C’est l’objet des deux jours de roulage effectués au coeur de la Colombie Britannique, au guidon du Giant Reign 29 sur les sentiers de Revelstoke. Un décor montagnard idyllique où les traces ont tout du mythe canadien : très technique, exigeant, sans temps morts. Les trous, racines, compressions, roches et portions de terre magiques y composent un régal pour amoureux de traces techniques à souhait…

 

Feelings

Dans ce contexte, ce sont forcément les suspensions que je scrute en premier. Que donne ce débattement plus contenu que d’habitude ?! À première vue, quelque chose de très intéressant. Passée la première boucle pour prendre ses marques, je note un vélo très dynamique, mais qui me ballotte parfois trop à mon goût.

Une observation face à laquelle j’ai envie de répondre en freinant les détentes hautes vitesses, à l’avant comme à l’arrière : bonne pioche ! Je mets la main sur ce qui fait l’essence même du Giant Reign 29 : un vélo qui sait tirer parti de l’hydraulique. En canadien dans le texte, il suffit de jouer de ce réglage de détente pour passer du lynx à l’ours…

Quelque chose d’aussi simple et élémentaire, que bien maîtrisé et respecté sur ce Giant Reign 29, au point d’encourager l’idée qu’effectivement, le team y trouve l’opportunité de contenter ses deux pilotes emblématiques et antagonistes. Pour ma part, je garde juste ce qu’il faut de détente basse vitesse pour déclencher les hautes vitesses bien freinées quand ça tape fort, mais garder un vélo à l’assiette suffisamment dynamique pour piloter sur ces chemins particulièrement animés.

 

À la pédale

Les premiers tours de roue sont aussi l’occasion de jauger comment pédale le nouveau Giant Reign 29. Après tout, il s’agissait d’un des effets secondaire du système Maestro généreux en débattement : pas toujours ultra dynamique.

Ici, je note d’abord une assise ferme et haute, qui favorise l’idée de pédaler même quand le terrain est technico-ludique, comme c’est toujours le cas ici, pour cette prise en main, au coeur de la Colombie Britannique. Entre le débattement contenu, l’angle de selle redressé et les roues Giant TRX en carbone, aucun effet pédalo !

La traction est bonne et la suspension limite très bien les effets de pompage, même quand ça devient raide, et sec au sol. Je note simplement que l’effet de chaîne reste présent et nécessite que le bonhomme s’active pour enrouler le sol, quand c’est chaotique. Bref, on est au Canada, et faut piloter. Rien de sorcier jusque là…

 

Contrôle & dynamisme

Bon, mais alors, qu’apporte cette nouvelle itération du Giant Reign 29 ? Et où se démarque-t-elle ensuite de son prédécesseur ?! Ça donne quoi quand ça descend ?!! Il faut imaginer une section typique d’un trail canadien pour saisir ce que j’ai ressenti de bon à son guidon : en sous bois, dans ce qu’il faut de pente, un sol qui dessine de beaux mouvements de terrain, recouverts de racines et de rochers qui défoncent la trace. Ambiance coupe du monde de descente !

Avec les précédents Reign, on y aurait volontiers laissé les suspensions généreuses en débattement lisser l’ensemble et le vélo conserver sa vitesse. Revers de la médaille, lorsque le terrain exige de poser un appui ou mieux, pumper pour générer de la vitesse, les repères et le rendu resteraient flous. À négocier dans un timing rond et mesuré…

Dans ces mêmes conditions, le nouveau Giant Reign 29 offre, quand à lui, une partition très intéressante. Globalement, les suspensions offrent le même niveau de stabilité et de travail pour lisser le terrain. Mais je sens qu’elles le font davantage grâce à l’hydraulique qu’un débattement important. C’est plus contrôlé, ça se fait sur moins de course.

Du coup, quand vient le moment de tirer un bunny-up, planter un appui ou pumper le terrain, le maintien est plus présent, exploitable dans l’instant. Surtout, le résultat permet de garder du flow, et de continuer à piloter, engager.. Bref, rester dynamique et s’amuser, même après plusieurs minutes sur ce terrain hyper exigeant de l’Ouest canadien. Pas de chauffe, pas de changement de comportement, les suspensions suivent le rythme et le vélo garde la vitesse. 

 

Pour virer de bord

Autant dire que les sensations sont bonnes, et que le nouveau visage du Giant Reign 29 a de quoi donner envie. C’est world cup et gros appuis ! Pour virer de bord, le Giant Reign se montre également intéressant. Si sur le papier, les chiffres de reach et d’empattement peuvent impressionner, l’effet offset court et les bons angles font le job.

Le vélo se couche et s’inscrit bien en courbe. Je me prends forcément au jeu de lâcher les freins le plus tôt possible. Tant mieux pour les sensations, d’autant que deux autres bons traits viennent embellir le tableau. En premier lieu, la faible influence du freinage sur le fonctionnement de la suspension. On peut garder une lichette pour contrôler, ou bien toucher au freins en dernier recours, le vélo reste actif et l’assiette ne fait pas le yoyo.

En second lieu, le positionnement du point de pivot virtuel et la dynamique qui en découle. La grande majorité du temps, il est situé sous le pilote. Il est donc facile de cabrer le vélo, y compris en courbe. Ça veut dire que l’on peut jouer à mettre de l’angle, à rentrer fort, et tasser le vélo pour pumper/resserrer la trajectoire au dernier moment si le besoin s’en fait sentir. Roulage à vue, prise de risque, engagement… On peut y aller !

 

 

Qu’en penser ?!

J’en fini là avec cette prise en main express à l’autre bout du monde. Challenge réussi puisque le Giant Reign 29 se montre tout aussi fidèle aux qualités de ses prédécesseurs, que novateur sur les points où je pouvais l’attendre. C’est à tous les coups signes d’une bonne base, de quoi se faire plaisir !

Qui plus est, basée sur des solutions simples, faciles à régler et forcément abouties dans leur conception. Ajuster le débattement à la valeur nécessaire plus qu’à un chiffre à la mode, faire pareil avec certains éléments de géométrie, respecter le travail de l’hydraulique des suspensions…

Ça parait évident, mais quelque part, il fallait oser ! Qui plus est quand on s’appelle Giant, et qu’on est dans une position de marque généraliste et dont la clientèle a ses petites habitudes et ses gros repères. C’est fait… Et c’est tant mieux ! D’autant plus quand on sait à quel point ce Giant Reign 29 était attendu. Il est là, et bien là !

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