C’est ça, aussi, l’Enduro… Qui plus est depuis que les Enduro World Series ont absorbé les meilleurs pilotes élites, et que la moyenne d’âge sur les Coupe de France a pris un coup de jeune : outre les pilotes, les parents peuplent les menus paddocks et sont souvent aux premières loges, derrière les rubalises. 

En cette saison où le Team Rocky Sports nous raconte ses aventures à travers ceux qui le suivent, cette fois, c’est Elisabeth, mère de Xavier et Axelle Murigneux, qui s’y attèle. Un témoignage plein d’émotion et de recul qui en dit long sur ce que l’on peut vivre et ressentir en tant que spectateurs avertis, et impliqués… 

 


Temps de lecture estimé : 12 minutes – Photos : Team Rocky Sport & Richard Bord


 

 

Bonjour,

Avec mon mari, Christian, nous sommes les parents de 2 enfants : Xavier et Axelle, tous deux membres du Team Rocky Sports et donc … doublement concernés par les enduros ! Xavier et Axelle pratiquent le vélo en club depuis l’âge de 6 ans. Cela fait donc 20 ans tout juste que nous les accompagnons sur des compétitions. Vous l’avez compris : les compétitions de vélos font partie de notre vie et de notre histoire familiale. Christian est un sportif accompli, c’est lui qui a donné le virus aux enfants, quant à moi je suis l’exception de la famille et ne pratique pas de sport.

Xavier a commencé l’Enduro en 2011 en catégorie junior, Axelle quelques années plus tard. A ce moment là, bien que jeunes majeurs, ils n’étaient pas complètement indépendants et nous organisions encore leurs déplacements (transport, hébergement, …). Cela fait quelques années qu’ils sont complètement autonomes. Aussi, quand nous venons les voir sur une compétition, telle que la coupe de France de Réallon, nous venons avant tout les encourager, les soutenir et partager un moment de leur vie où ils pratiquent leur passion. La difficulté pour nous est de participer à leur week-end sans les envahir eux et leur Team.

Maintenant, nous assistons à 2 à 3 courses par saison : 1 ou 2 Coupes de France et souvent la Megavalanche, berceau du Team Rocky Sports, pour l’ambiance, pour revoir Berni et sa gentille famille et peut-être (ou surtout ???) pour être au plus près d’eux sur cette épreuve à risques.

Pour nos enfants, comme pour les autres membres du team, j’attache beaucoup plus d’importance à leurs ressentis, aux plaisirs qu’ils prennent plutôt qu’à leurs places après chaque spéciale ou classement général, bien que celles-ci influencent fortement leur moral.

 

 

Le Team, et son esprit…

Le Team Rocky Sports, à l’image de Berni son créateur, c’est avant tout une bande de potes qui ont des valeurs communes : le groupe, la nature, les sports outdoor, le respect des uns et des autres, la compétition sérieusement … mais sans se prendre au sérieux !!! Donc, vous comprenez pourquoi ils bivouaquent toujours ensemble sur les paddocks d’Enduro.

Fourgons équipés de couchettes, tente du Team Rocky Sports, grandes tablées et grosses gamelles de pâtes sont leur quotidien sur les courses, qu’ils partagent volontiers avec d’autres pilotes ayant la même philosophie de course. Et c’est cet esprit d’équipe qui me plait particulièrement. Quand nous les rejoignons, ils nous intègrent au groupe, nous partageons leur bivouac et leur fonctionnement tels des membres du team.

 

 

Réallon, la veille…

On arrive vendredi soir vers 22h00, les Rockys Sports sont au complet sauf Lucas (forfait pour blessure). Le paddock est déjà installé. Comme d’habitude, l’esprit d’équipe a fonctionné à fond et ils ont pratiqué le co-voiturage : et là, on est fier de nos petits, qui sont sensibles à la préservation de la planète.

Nous sommes heureux de les retrouver et en particulier Paul que nous avions vu la dernière fois sur son lit d’hôpital l’été dernier pour la fracture de sa hanche. Cela me fait plaisir de le retrouver avec son sourire légendaire et son implication de pilote.

Après un atelier mécanique dans un beau décor, pendant lequel ils s’entraident pour monter leurs vélos, choisir les pneus, les vélos sont prêts pour la compétition et les pilotes pour une bonne nuit de repos, l’altitude de Réallon apporte une température reposante après la canicule de nos différentes villes de départ. Cette fraîcheur est agréable.

 

 

Premier jour, premiers runs

Samedi, dès le réveil, on sent leur concentration. C’est difficile de les aider, ils sont habitués à évoluer seuls et nous sentons que nos propositions d’aide les perturbent plus qu’autre chose. Alors on se fait petits mais restons attentif à leur moindre demande.

7h30, les premiers pilotes sont appelés au départ des télésièges pour la reco de la SP1. On attend nos riders au paddock, afin de percevoir leurs ressentis sur ce premier run. Retours mitigés : beaucoup de rocailles au départ, puis une piste tout en poussière ne facilitant pas les appuis. Nous les sentons impatients d’attaquer les chronos pour confirmer leurs impressions.

Sur les enduros, les pistes restent accessibles aux spectateurs à condition de se déplacer. A Réallon, c’est simple : tout peut se faire à pied et en remontées mécaniques ; quelque fois des déplacements en voiture sont nécessaires. Pour découvrir les meilleurs points stratégiques pour les encouragements, pas de problème. Christian, Xavier et Axelle ont un grand sens de l’orientation donc totale confiance aux pilotes pour nous indiquer les points stratégiques et à Christian pour nous y emmener.

 

 

Départ pour tous…

Chacun sa destination : départ de SP1 pour les pilotes ou croisement SP1/liaison pour les supporters (nous sommes accompagnés d’Annick, la mère de Yoël) permettant de les encourager et de recueillir leurs ressentis à chaud, sur le retour. Arrivés sur place, on les attend avec impatience. Et voilà, les fauves sont lâchés, ils déboulent les uns après les autres.

Pour moi, commence la montée de stress … c’est plus fort que moi et c’est chaque fois pareil. C’est un mélange de peur, d’impatience, d’excitation, puis de bonheur de les voir passer et de frustration de la rapidité de ce passage et surtout d’impuissance à leurs insuffler encore plus d’énergie, d’engagement, … donc de réussite … donc de bonheur pour eux ! En plus, avec leur casque, je sais qu’ils n’entendent pas grand-chose … Aussi j’évacue tout ce stress par mes sonores et légendaires hop, hop, hop ; toutes mes excuses aux personnes placées autour de moi.

 

 

Après moult encouragements

Tous nos Rockys Pilotes sont passés, ouf ! Sur leur retour, je les sonde sur leurs ressentis, et là il faut savoir interpréter ce qu’ils expriment en mots, et en silence. Partager leurs joies et leurs satisfactions, c’est facile. Entendre leurs émotions à travers leurs silences, leurs commentaires, leurs plaisanteries… Détecter leur stress, leur angoisse, leur peur parfois, leur déception… C’est beaucoup plus compliqué.

Et le plus ardu, c’est d’avoir le mot, le regard, le geste qui va les aider à prendre du recul et positiver à nouveau. Ce sont ces moments d’échanges qui sont les plus forts émotionnellement et que je préfère dans ces week-ends.

Le faite de suivre nos enfants depuis de nombreuses années nous a permis de rencontrer beaucoup de monde et de connaître le milieu. Et c’est toujours un plaisir de retrouver ces visages connus que l’on encourage, pour certains, depuis les TRJV…  ça ne nous rajeunis pas !!!

 

 

Retour au paddock

…Et début de belles averses : reconnaissance SP2 retardée… Permettant une petite pasta party sous la tente du Team, histoire de passer le temps et surtout reprendre du carburant. L’orage empire, déclenchant des ruisseaux d’eau envahissant la tente et un fort vent nécessitant de l’attacher solidement.

Les pilotes trouvent le temps long et s’impatientent ; nous sentons qu’ils sont en manque de pédalage et très déçus de ces suppressions ! Ils tournent en rond, et recherchent le contact avec les autres pilotes d’une tente de team à l’autre : pour échanger et évacuer ce stress qui commence à monter.

Il faudra attendre le milieu de l’après-midi pour avoir l’annonce de la suppression de la reco SP2 et le chronométrage de cette descente à vue (donc sans reconnaissance). S’en suit une modification collective des pneumatiques pour s’adapter au terrain détrempé. Je me répète, mais j’aime vraiment l’esprit d’équipe qui se dégage de ce Team.

 

 

Fin de journée…

Nous avions prévu de monter voir le départ et le point de vue recommandé par nos pilotes… la météo nous contraint à remettre cela au dimanche et nous laissons les pilotes monter avec la tenue anti-pluie super branchée. Cela a l’avantage de mettre nos féminines en joie.

Cette descente se passe bien pour l’ensemble des Rockys Sports, pas de casse ni de chute et un temps correct. La journée d’épreuves se termine de très / trop bonne heure et avec une éclaircie, laissant aux pilotes un gout d’inachevé !

Ils utilisent ce temps pour bichonner leur monture, prendre une douche chaude en pleine nature (merci à la station pour l’accès libre aux sanitaires et à l’eau chaude) et de savourer la bière offerte par l’organisation avec cacahuètes et saucisson (le péché gourmand de Xavier). Moment vraiment agréable car nous pouvons le partager pleinement avec l’équipe.

La pluie reprend et nous voici tous, jeunes et plus vieux, à jouer des parties de cartes acharnées et joyeuses en attendant le temps du repas offert aux pilotes. Quant à nous, nous nous retrouvons entre parents de pilotes et découvrons un restaurant situé sur la commune de Réallon avec une belle carte de plats cuisinés sur place et des desserts succulents.

A notre retour, tout le monde dors nous ne traînons donc pas et plaçons notre fourgon sous les arbres pour la nuit… mauvaise idée : les gouttes d’eau s’écoulant des branches nous jouent une “petite musique” toute la nuit. On regrette la méthode que Paul a mise en oeuvre : lit de ballons de baudruche sous une toile jouant le rôle d’insonorisation !!! C’est qu’ils ont des idées, ces jeunots … et des bonnes !

 

 

Dans le brouillard…

Réveil moins matinal ce jour, Axelle est la première du Team à prendre les remontées mécaniques (ordre de passage des catégories sur cette deuxième journée : masters, juniors, cadets, féminines et seniors). Super de nous tenir en haleine jusqu’au bout en gardant les tops pilotes pour la fin ; mais dommage de “reléguer” les féminines au loin. Pourquoi ne pas lancer les pilotes en fonction de leur temps sur la première journée toutes catégories confondues ? Cela permettrait de reconnaître la valeur de pilotage de chacun à sa juste valeur…

Espérant voir la belle vue vantée par nos pilotes (et ventée aussi), nous enchaînons également les deux tronçons de remontées pour rejoindre le départ de la SP3 chronométrée. Habituellement, nous nous déplaçons facilement à pied, mais mon orteil cassé limite les temps de marche. Lors de la montée, nous nous enfonçons de plus en plus dans les nuages, laissant apparaître les falaises au dernier moment. Si notre sens visuel est perturbé, par contraste notre odorat est éveillé par les senteurs des résineux et de la végétation méditerranéenne bien présentes.

Déception à l’arrivée : forte luminosité mais brouillard (nuages) qui nous cache toute vue panoramique sur le lac de Serre-Ponçon. Bernard (le Chef Chronosome) nous console en nous offrant thé, café, saucisson et beaufort : eh oui, c’est ça l’ambiance Enduro qui nous fait revenir ! Nous assistons ensuite au départ des féminines…

Puis j’échange avec Quentin et Xavier, curieuse de connaître l’impact du brouillard sur leur pilotage : le manque de visibilité les perturbe dans l’appréciation de la bonne trajectoire, donc pas le top. Le départ des pilotes ne peut être suivi que sur quelques dizaines de mètres, après c’est l’opacité complète… et comme précédemment plus le sens visuel est perturbé, plus l’ouïe est en éveil car il reste juste les sons et les encouragements sonores.

 

 

Changement de programme…

Les masters commencent à arriver pour la deuxième SP3 chronométrée et nous goûtons à leur humeur de “Papy” comme ils se nomment ; puis les juniors nous rejoignent quand tombe la dernière information officielle : suppression de la 2° SP3 chrono pour conditions météo et mobilisation des secours pour un blessé, SP4 à vue et chronométrée maintenue à 14h15 comme programmée.

Il reste 3 heures à attendre : bon nombres des pilotes déjà présents au départ font le choix de redescendre ou de rouler sur les différentes pistes proposées par la station, histoire de rester chaud et surtout de se faire plaisir car ils sont un peu en manque ! Nous on redescend : les Rockys boys se restaurent ou roulent, Axelle se détend.

Le ciel est clément, rendant le temps d’attente encore plus long et surtout plus frustrant pour les pilotes. On sent leur impatience et leur déception grandir au fil des minutes qui s’écoulent. Mais leur bonne entente entre pilotes les amènent les uns après les autres à reprendre leur monture et s’amuser sur les différentes pistes.

 

 

L’heure du départ…

Arrive enfin l’heure du départ pour la SP4. Nous remontons à pied le long de la spéciale tout en encourageant les pilotes jusqu’à un endroit propice aux photos. Encouragement sonore (hop, hop, hop traditionnels) pour tous les pilotes et en particulier pour nos Rockys Girl et Boys favoris.

Après le passage du dernier pilote, retour au paddock, échanges amicaux avec Philippe, le commentateur bienveillant des enduros, même si nous ne sommes “que” les parents, on se sent intégré à la communauté des enduristes et ça, c’est sympa ! Le podium se déroule dans la bonne humeur habituelle.

Bon, le week-end n’est pas fini : un bivouac, ça se démonte et ça se range… et là, il faut commencer à ranger l’intérieur des véhicules pour que tout rentre. Paul perce les ballons qu’il avait mis tant de temps à gonfler, test efficace qu’il est prêt à renouveler si la météo continue à proposer des épisodes orageux sur les enduros.

Eh oui, la météo 2019 n’est pas toujours sympa avec les sportifs et ne perturbe pas que le tour de France, elle a déjà fait parler d’elle à Val d’Allos (quelques SP supprimées également), alors croisons les doigts pour Loudenvielle et Raon.

 

 

Une histoire de ressentis…

Le week-end est terminé, et à l’heure de passer les photos en revue, je trouve que certaines sont à l’image des ressentis que j’ai pu avoir tout au long du week-end…

Pour ma part : ouf, pas de blessé..! Eh oui, c’est la première hantise des parents. De l’admiration, ensuite, pour eux et :

  • pour leur courage > déjà en temps normal, il en faut beaucoup pour affronter ces traces, alors là avec une visibilité réduite !!!
  • pour leur motivation et leur persévérance > à s’entraîner et participer à des courses, et ce depuis si longtemps…
  • pour leur bonne humeur, leur humour et leur autodérision…
  • pour leur patience > face à ces temps de transport pour se rendre sur les courses, les temps d’attente entre les spéciales…

Merci à vous tous pour ces beaux moments, je suis fière de vous.

Elisabeth

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