On écrit souvent, à tort et à travers, que la Megavalanche de l’Alpe d’Huez est un mythe. Un peu comme son pendant routier, l’ascension des 21 virages… Mais à force, on en oublierait presque en quoi c’est un mythe. 

Ça tombe bien, Quentin Arnaud, du Team Rocky Sports, a vécu une édition 2019 qui rassemble bon nombre des éléments qui font la légende de la Megavalanche. Ambiance, galère, glacier, chantier… La remontada de la Licrone vaut des points. Récit..! 

 


Temps de lecture estimé : 12 minutes – Photos : Team Rocky Sport & UCC / Hoshi Yoshida – Innovphoto


 

 

La Mega, le mythe…

Nous y voilà enfin : la Megavalanche de l’Alpe d’Huez ! Peut-être la descente marathon la plus mythique et incontournable du monde ! En tous cas, pour les chiffres, c’est du gros : créée en 1995, la Megavalanche regroupe environ 2000 participants chaque année, avec des départs par vague de 350 pilotes sur une piste de ski à 3300m d’altitude du glacier de Sarenne, pour une arrivée 2600m plus bas à Allemont. Ça en fait la course marathon la plus longue du monde si je ne m’abuse.

On rappelle le principe de ce projet fou : lundi à jeudi, reconnaissances libres sur le parcours de la Megavalanche et de la qualification. Vendredi ce sont les manches de qualifications : 10 vagues de 150 pilotes chacune pour les hommes. Les 32 premiers de chaque vague sont qualifiés pour la Mega international de dimanche matin, les 32 suivants pour la Mega challenger samedi matin, les 32 d’après pour la Mega Amateur dimanche matin, le reste roule en Affinity avec départ libre après les mass starts des samedi et dimanche.

 

 

Affaire de placement…

Pour le placement par vague : tous les 3 pilotes, on accède à une ligne différente pour la finale… Les 3 premiers de chaque vague seront en ligne A, puis les 3 suivants en ligne B et ainsi de suite. S’en suit une vague de fille, une qualification qui leur permet de choisir leur place de départ le samedi pour la Megavalanche ladies.

On ne le redit jamais assez, mais y a un sacré niveau chez les filles ! On n’oublie pas qu’elles font la même course que les hommes ! Il n’y pas beaucoup de disciplines ou les femmes partagent le même parcours et les mêmes règles/le même programme que les hommes. C’est beau…

Et ça envoie ! Il n’y a qu’à voir le run du glacier de Rae Morrison, la pilote Néo-zélandaise : en matière d’attaque et de vitesse, je suis désolé les gars, mais il n’y a pas dû y avoir tant de mecs qui soit allé aussi vite qu’elle sur la neige ! Donc chapeau les filles, vous envoyez et c’est beau. Ensuite, on n’oublie pas une vague d’électriciens qui roule sur le même principe que les filles, en partant juste avant, le samedi matin…

 

 

Les recos…

Les mass start, c’est assez différent de l’habituelle course d’Enduro que l’on pratique : ici les reconnaissances sont libres. Nous, la station on la connait, ça fait un moment qu’on vient sur l’event ! Et puis, de toute façon, le team étant partenaire de l’Alpe d’Huez et créé par le Shop Rocky Sports Alpe d’Huez, on n’a pas le choix : le chef Berni nous veut sur le bike prêt à fendre la neige comme un couteau dans le beurre.

On s’y attelle donc avec plaisir : les tracés sont beaux, très beau, du grand sentier de montagne, des paysages à couper le souffle. Autant vous dire c’est du caviar sur pain ! Et ça va vite, la qualif et la finale sont très différentes en termes de piste et d’efforts ! Mais plutôt que vous faire 2 fois le parcours, direction le départ de ma vague de qualification pour entrer directement dans le vif du sujet !

 

 

Qualifi-casse-tion…

Plaque : 1804, Vague n°10

Concurrents identifiés : Théo Galy (injouable), Cédric Prunet (Watt young man), Conor MacFarlane (mec solide) et Balinski Mateusz (Inconnu qui fait peur) +155 furieux !!!

Position au start : Concentré / centré milieu, milieu droite.

Niveau de stress : Le stressomètre est explosé ! On fait toujours les malins en sortant des petites blagues avant le départ, mais sur la ligne on aboie moins ! Et on a tous un peu peur, se demandant pourquoi on a payé pour être là… C’est tendu !

Objectif : Ligne A, on n’est pas venu pour être là !

Ça à beau être déjà bien stressant au départ, George Edouard a en plus réussi à trouver la musique qu’il fallait pour faire prendre le silence et monter l’adrénaline façon décollage d’Ariane ! Alarmaaaaaa ! Là tous les pilotes se taisent : concentration, le cœur accélère, ça va exploser dans ma tête.

Baam ! Les banderoles se lèvent à peine, toute la ligne part ! Et moi ? Ah oui … faut partir ! En une fraction de seconde, je rate le départ des énervés, ça commence bien ! Ça joue sévèrement des coudes sur les premiers virages, je suis 6-7e, pas de chutes jusqu’aux 2 premiers névés que je négocie proprement. Je remonte 1 place puis 2, je me dis que je ne suis pas trop mal.

“Trois virages plus tard, gros bruit métallique et freinage d’urgence !”

Premier plat jusqu’au DMC, un gars me dépasse avec un sacré nuage de poussière, j’essaye de m’accrocher. Puis, je me dis de garde de l’énergie, tu doubleras plus bas, c’est encore long et il peut se passer beaucoup de choses… Comme on dit : faut pas vendre la peau du bœuf avant de l’avoir volé ! On passe le DMC, la partie intéressante arrive ! On bascule dans le technique ! Tout de suite ça recolle, mais bon… y’a un hic !

3 virages plus tard : gros bruit métallique et freinage d’urgence ! Ce genre de moment où il faut être super efficace : s’arrêter, analyser le problème et prendre une décision. Je regarde l’arrière du bike, mon dérailleur a fait un tour dans les rayons. L’expression il tire une tête de six pieds de long prend du sens… C’est la m… Je ne pourrais plus rien jouer, je n’ai plus de quoi pédaler…

 

 

Entre rêve et réalité…

Quoique ! Aaron Gwin, a bien gagné sans chaîne non ? Oui mais toi tu n’es pas Aaron Gwin ! Ah way ? C’est ce que l’on va voir ! Je détords mon dérailleur et je repars sans transmission, chainless ! Je suis toujours dans les 10… la vitesse monte, je rattrape mes concurrents. J’en double un à pleine vitesse. La foule s’enflamme : je cours dans la montée, avec l’élan ça passe facile ! Je double même un concurrent sur le plat, je les dépose plus vite que Usain Bolt ! Je passe la ligne en drift et gagne la qualification !

Enfin, si seulement ! En fait, ça a plutôt été, je gueule un grand coup, détord tant bien que mal le dérailleur en tordant mes doigts, remonte sur le vélo, rate la pédale qui s’explose dans mon tibia, merci les picots… Mais je ne repars pas loin, surement 10-15. Heureusement ça descend bien, même tellement bien : le vélo travaille de fou, je me retrouve à doubler 2 mecs sans ma chaîne, je suis refait : je crois que je n’ai jamais roulé aussi vite cette portion très chaotique pleine de cailloux et de virages relevés, ma portion favorite des qualif’ !

“Je sais faire du vélo, mais je ne sais pas courir…”

Enfin bon, réjouissances terminées, j’arrive au DMC 1, là y’a 2 coups de cul qui arrivent entrecoupés d’une piste permanente avec un long plat pour rejoindre la deuxième côte… obligé d’alterner trail et trottinette… Je sais faire du vélo, mais je ne sais vraiment pas courir ! On dirait un canard : je dandine, m’essouffle… C’est honteux à voir, mais j’en rigole, le chaineless était bien trop fun ! En haut de la seconde montée, j’ai laissé passer un sacré petit nombre de personnes, je ne sais pas si je peux rentrer dans les 35 premiers, mais je me dis ça peut le faire.

Dernière portion tout en dévers et gros jump sur une piste de ski en herbe : trop bon, je prends des risques, ça passe à la limite du grip. Et la ligne est en vue ! Même si je la passe en mode draisienne je suis content de mon run ! Je suis 32e Youhou !!! Donc je partirai dans la Megavalanche international dimanche !!!

 

 

Ambiance Mega…

Direction le barbecue des Rocky Boys devant le shop : grillade, franche déconnade, course de n’importe quoi, bière, le vrai esprit des copains qui rident ! Ah vous étiez à la Megavalanche mais vous n’êtes pas venus ?! C’est dommage ! Ne vous inquiétez pas, on remet ça l’année prochaine ! Et venez si vous voulez apprécier une bonne soirée avec les copains !

Samedi : C’est repos, enfin, semi-repos, le matin on encourage la miss rocky girl : Axelle Murigneux ! Encore une fois, elle nous régale : 5e place scratch ! C’est du beau, c’est du propre ! Un beau podium encore une fois cette année ! Mais bon, on ne reste pas longtemps, j’ai un vélo à remettre sur pied ! Et une nuit courte à faire !

 

 

La tradition… c’est la tradition !

Levé 6h30, jamais réveillé aussi tard pour la Megavalanche. Y a des avantages à partir en dernier ! Mais il y a autre chose qui se profile dès que j’ouvre mon sac de vêtements ! Le vrai défi Rocky boys, qui ce matin, me fait bien rire ! Pour résumer, le Rocky boy qui casse aux qualifications doit faire la course déguisé !

Xavier avait fait la Megavalanche en costume d’âne il y a deux ans et l’avait gagné en challenger. Pour ma part en 2019 le thème est morphe-suit rose – combinaison intégrale moulante rose fluo qui prend les pieds les mains et la tête… Bon, je ne mettrais pas la tête car y a pas d’ouverture pour les yeux…

“Je me sens… Nu comme un ver !”

Et puis je fais plaisir à ma coloc’ venue nous encourager : je mets un sert tête licorne et des tissus paillettes sur le casque… Je suis beau ! Et je ne vous dis pas l’effet que ça fait d’être dans cette tenue en haut du pic blanc quand le départ sonne !

Heureusement j’ai mes protections, mais je me sens… nu comme un ver ! Après, ce n’est pas tant pire ! Et puis pleins de gens font des commentaires, m’encouragent ! Ça fait plaisir !

 

 

Dimanche, Alarmaaaa !

Bref on y est ! À peine arrivés en haut qu’on enlève les couches pour se mettre sur la ligne ! Le départ sera donné rapidement, car la neige change vite ! Dommage, la vue est à couper le souffle : peu de nuages, une vue à 360 degrés sur les Alpes ! On ne fait pas un sport dégueulasse quand même ! J’ai une petite pensée pour ceux qui n’ont pas forcément cette chance ! Surement le rose qui me rend gentil !

De derrière c’est une tout autre paire de manche, ma ligne est en fait étalée sur ou trois ou quatre rangs. On est tous plus ou moins à côté du bike à pas trop savoir ce qui se passe devant. J’essaye de me concentrer les 5 minutes avant le départ.

“Dans ma tête c’est objectif : remontada !”

Je pars 325e, je veux remonter le plus haut possible ! Je sais que tout va se jouer plus ou moins sur le glacier, car c’est l’endroit où la différence de niveau est la plus flagrante ! Il va vite falloir choisir ses lignes et pas faire de faute, car une chute peut tout gâcher.

De derrière dommage, pas d’Alarma, ou du moins pas aussi forte et prenante que devant. Mais on entend l’hélicoptère ! Ça sent le départ, le stress monte, mais quand même moins que devant finalement ! Je suis dans le pack qui met la pression, pas sur la première ligne avec la pression aux fesses… Je souris en pensant aux copains en ligne A : ils ne font surement pas les malins !

 

 

C’est parti ! Enfin… presque !

Et Alarma démarre ! Megavalanche 2019, nous y voici ! Je vois la rubalise se lever, ça part ! Ah bah non… Pour nous, derrière, c’est pas là même : ça se bouscule, ça court de façon totalement désordonnée. C’est marrant : au fond, on dirait un trop plein de gosses qui veut atteindre le dernier pot de Nutella !

20 secondes plus tard, je passe, enfin, la ligne de départ ! Autant dire que les premiers sont déjà loin ! 5 sec encore après – bah oui ce n’est pas encore ça – je peux enfin monter sur mon bike et rouler… Enfin rouler… Devant moi ça ne ressemble à rien, y a des pilotes dans tous les sens, ça tombe, ça s’accroche… En 100 pilotes, la neige est déjà toute molle et il est trop dur de rester pied clippé et foncer dans la pente.

“Je me vois parler à mes pneus tout le long du glacier…”

Je choisis de partir sur la droite du mur, dans les cailloux, je me dis qu’il y aura moins de monde et que la différence de niveau me permettra de dépasser plus facilement. Et ça marche, ça ne passe pas trop vite mais sans chute. Je vois que je double beaucoup de monde, le glacier se déroule bien ! Pas de chute pour moi, je suis propre, pas si rapide mais propre… Pourtant, il y en a des pilotes et des pièges à éviter.

Je me vois parler à mes pneus tout le long du glacier : accrochez les gars, du grip du grip, je veux que ça accroche ! Je vais éviter quelques pilotes étalés dans la neige jusqu’à la sortie du glacier !

 

 

De la casse…

Fait marquant : y’a de la casse ! Tout le long de la piste, je vois des rider arrêtés, en train de regarder leurs vélos… Les cailloux de cette année auront été durs pour les vélos. Premier pédalage autour du lac en fin de glacier ! C’est trop dur avec l’altitude, les jambes ne sont pas encore réveillées et le décalage de vitesse sur neige et sur sentier fait une drôle d’impression !

Je pense à mon pote Baptiste Gaillot, qui me disait la veille : tu verras ce pédalage à 2800m d’altitude t’es collé ! Effectivement ! Mais je double quand même, je me force à mettre du rythme.

On bascule sur le flanc de Sarenne, une portion vraiment cool aux petits oignons avec du speed dans les cailloux, je suis friand de ça ! Sauf que, j’oublie que je suis dans la masse, alors on se colle derrière et on attend une opportunité pour doubler. J’avoue : je fais un peu le méchant, je mets la pression aux mecs de devant en leur disant de rouler à bloc, de faire du beau passage, car je filme !

La tactique de la remontada…

une tactique de course se met en place : les gars sont souvent par paquet de 5-10 pilotes. Dès que je double un paquet, je recolle le suivant dans la descente et profite de la montée pour les doubler un par un. Et ceci jusqu’au col de l’Alpe d’Huez pour basculer sur Allemont. Mais ça coûte de l’énergie ces petits sprints !

Le flanc jusqu’à l’Alpe se passe bien : les dépassements se font bien. Certains sont propres, d’autres… Je l’avoue un peu sale ! C’est le jeu. C’est marrant, mais les racers que je double me lâchent quasiment tous un encouragement vis-à-vis de mon déguisement de pseudo licorne moulante ! Les spectateurs aussi sont à fond, ça fait plaisir ! Il y a du monde sur le bord de piste !

Et puis on arrive sur la zone complexe, le grand faux plat avant le col… Là ça pique, les sprints répétés ?! Je les sens dans les jambes, mais le rythme tient toujours. Et puis je vois le col ! Là dans ma tête, je me demande comment je vais faire pour monter, je suis mort, le costume commence à chauffer un peu, franchement quelle idée ?! 

 

 

Le coup de cul de la Mega…

On arrive au col : je suis mort ! Mais bon, il y a du peuple sur le bord et comme je suis un être intelligent, au lieu de gérer ma montée correctement, je pars en danseuse… Non mais sérieux ?! Moitié du col, c’est le coulage de bielle : j’ai mal aux jambes et aux poumons. Et puis il y a tous les potes en train de gueuler aller Quentin, t’es trop beau, soude, soude, vomis, donne tout ce que t’as !

La naïveté m’emporte : je donne tous ce qu’il me reste pour passer le col, mon cerveau est en perdition, il doit faire des tours dans ma boite crânienne. J’ai les yeux qui louchent en basculant. Mais en contre partie, je suis monté vite ! 2min 30 de montée pour la licorne je crois. Et je viens de doubler mon coéquipier Yoël : au fond ça me booste, je me dis que je dois vraiment être bien remonté déjà !

 

 

Quand le niveau se resserre…

On re-bascule sur la partie descente : je rattrape encore du monde, mais le niveau se resserre ! Je suis un peu dans le dur sur la descente jusqu’à Oz. Je suis derrière un mec qui roule juste un chouillat moins vite que moi et du coup, je subis les trajectoires et mes suspensions travaillent juste en décalage, les bras chauffent ! Je m’accroche mais prend un tir juste avant le pédalage dans un champ de racine, mes bras ont lâchés.

Je récupère sur le plat et rattrape mon concurrent sur la portion descendante suivante, c’est la partie retravaillée : elle fait plaisir, de la pente en sous-bois, quelques trajectoires, du bonheur. Et rebelote : je me retrouve derrière lui, mais j’arrive à le doubler – assez salement mais bon, la licorne a certains pouvoirs ! Sauf qu’il me dépose sur le plat juste après ! Je ne suis vraiment pas bon tacticien !

Là, j’aperçois mon team mate Lucas Frigout sur le bord de route, soucis mécanique… Je suis dégoutté pour lui, mais j’essaye de me concentrer pour finir. Je rattrape à nouveau le concurrent sur la portion rapide en sous-bois, je suis content elle est vraiment magnifique cette descente ! J’ai récupéré un peu d’énergie : arrivé au dernier pédalage, je donne tout et je le dépasse. Basculant en tête sur la dernière portion. La ligne d’arrivée est là…

 

 

Allemont, enfin !

Xavier Murigneux, mon autre team mate vient me voir ! Je suis 52e ! La remontada est un bon succès ! La licorne aura doublé du monde ! Là, un sentiment étrange m’envahi : c’est fou ! On a peur tout au long de cette course, mais en bas, on a qu’une envie, c’est de la refaire !

“À l’an prochain, pour une nouvelle licorne… Qui sait ?!”

Les potes ont soudé : y’a de bons résultats ! Moi je suis content, j’ai fait une course propre, pour un gars qui pars de derrière. Que d’émotions ! Bravo à tous les finishers ! Belle course ! Rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle édition et, peut-être, une nouvelle licorne. Qui sait ?!

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