S’il y a bien un vélo plébiscité ces derniers temps par nos lecteurs, c’est l’Orbea Rallon ! Il n’y a qu’à voir l’audience et les échanges qui découlent de nos articles de présentation et d’essai pour s’en convaincre ! Bon nombre de commentaires portent sur sa cinématique et sa géométrie…

Mais d’autres sont aussi et surtout, en quête de conseil pour le choix de l’amortisseur ou de la longueur de la potence ! Bref : le programme MyO, cette possibilité de choisir ses couleurs, son marquage et ses specs semble soulever beaucoup de questions, et avoir du succès…

Alors, pour apporter des réponses toujours plus précises et pertinentes, ça méritait que l’on se penche sur le sujet ! Que l’on s’attarde à comprendre comment ça marche. Que l’on aiguise notre curiosité. Que l’on se creuse les méninges…

Alors, qu’est vraiment le MyO ? Comment Orbea est capable de proposer un tel programme ? Puis pourquoi continue-t-elle finalement dans cette direction ? Pour trouver réponses à nos questions, direction Mallabia, en Espagne, chez Orbea !

 


Temps de lecture estimé : 9 minutes


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Le concept…

Qui n’a jamais voulu d’un vélo pas comme tout le monde ? Voir unique ? Personnalisé de la peinture jusqu’au choix des composants !? C’est en fait ce que propose déjà Orbea, et ce depuis plusieurs années, au travers du programme MyO, pour My Orbea ! En plus de proposer la personnalisation de la peinture, Orbea offre aussi le choix de certains composants… Ce que l’on retrouve sur le marché de l’automobile, qu’on appelle communément : les options !

C’est ainsi qu’un modèle peut véritablement devenir unique. Entre le choix de la peinture, de la taille, et des composants, ça fait un bon nombre de variables différentes qui peuvent rendre un vélo singulier. Et la tendance actuelle montre que l’homme moderne veut que son achat soit unique, en accord avec sa personnalité et ses valeurs… Surtout qu’il se démarque par un petit quelque chose supplémentaire. Il veut donc pouvoir s’identifier dans son achat. Ce dernier renvoie l’image de son propriétaire à ceux qui l’entourent. C’est ce que le monde voit de lui !

La personnalisation est donc un service, que les marques utilisent pour rendre unique quelque chose qui est produit en série. Mais, chez Orbea, avec le programme MyO, est-ce réellement une production unitaire ? Le programme MyO se distingue-t-il dans sa fabrication des modèles de série ? Comment est-il géré ? Et pourquoi Orbea, en pionnier, est capable de le proposer ? Et, finalement, a-t-il un réel intérêt ? Bref, tout un tas de questions qui s’éclaircissent après notre visite

 

 

La peinture !

Au début, un, puis trois, puis cinq modèles de la gamme Orbea sont devenus personnalisables en peinture. Une interface permet de choisir les deux ou trois peintures différentes du cadre, avec plus ou moins de choix disponibles. Mais suffisamment de combinaisons possibles pour être presque unique !

C’est avec cet outil informatique intuitif et facile d’utilisation qu’on peut jouer avec la palette de couleur proposée pour créer sa propre combinaison ! Et même plus si on le souhaite… En effet, il est aussi possible d’écrire un nom, un surnom, un message, un mantra… Limité en nombre de caractères mais entièrement libre ! C’est le détail qui démarque !

Alors, au top du top le programme MyO ?! Au cours des dernières années, nos pérégrinations nous ont amené à visiter nombre d’usines de production. Et en matière de peinture, il faut relever à quel point le concept utilisé par Orbea est habile. En Europe, peindre de 2 à 3 couleurs, avec logos monochrome et larges aplats, est ce qui se fait de mieux. C’est ce que Orbea utilise ici avec brio pour permettre la personnalisation. En Asie, d’autres niveaux de finition existent, mais les technologies nous sont étrangères… 

 

 

Process de fabrication

Que se passe-t-il une fois que le client clique sur “commander” dans l’interface ? Comment la machine se met-elle en route ? Quel procédé est au cœur du programme MyO chez Orbea !?

Mise en peinture

La réception d’une nouvelle commande déclenche dans un premier temps la mise en peinture d’un cadre brut qui comprend le triangle avant, les haubans et les bases. Orbea ne reçoit donc pas ses cadres peints depuis un fournisseur externe, comme c’est parfois le cas ailleurs.

Ici, chaque ensemble suit un parcours quasi identique dans la zone de peinture pour assurer une teinte similaire :

 

Ajustage et montage du cadre

Pour faciliter la peinture et permettre au programme MyO d’aboutir, Orbea a aussi joué d’un autre détail de production important : celui de recevoir ses cadres en pièces détachées, et d’en assembler les éléments – triangles avant et arrière, biellettes, etc… – après passage en peinture.

A la sortie de la peinture, les portées de roulement ou de boitier sont vérifiées et usinées/ajustées si besoin pour ôter le surplus de matière ou les possibles coulures de peinture ! Le triangle avant, les haubans et les bases peuvent ensuite être assemblés avec les biellettes, les axes, les roulements, et l’amortisseur pour les tout-suspendus.

 

Assemblage du vélo

Ensuite, le cadre monté rejoint la chaîne d’assemblage sur laquelle seront montés tous les composants. Une ligne de production tout à fait conventionnelle du milieu du cycle… Habituelle, commune !

 

Emballage

En fin de ligne d’assemblage, le vélo est complet, il n’y a plus qu’à l’emballer

Ici aussi, un choix précis et déterminé de la part d’Orbea. Certaines marques conservent encore un poste non assisté, dédié au désassemblage partiel des vélos et à l’emballage manuel dans les cartons des vélos finis ! Une autre façon de faire…

 

Toujours suivi de près

La totalité de ce parcours de montage est ponctué de contrôle qualité. Ce sont ces contrôles variés qui assurent la conformité du travail dans l’usine – peinture, inscription, montage des composants, etc. – avec la commande client. De plus, chaque commande en cours d’exécution dans l’usine est identifiée :

L’ensemble de ces étapes de fabrication sont suivies par informatique. C’est une GPAO – Gestion de Production Assistée par Ordinateur

 

Mais qu’en est-il alors face aux vélos de séries ? Est-ce une ligne de production séparée ? Les vélos issus du programme MyO se différencient-ils des modèles de série ?

 

 

Vis-à-vis des vélos de série !?

Orbea conserve encore des vélos avec des couleurs dites de série, habituellement 2 ou 3 associations de couleurs, par modèles proposés au programme MyO, sont choisies pour assurer l’essentiel. C’est histoire de répondre rapidement à la demande et aussi de maîtriser son stock plus facilement.

Reste qu’en terme de fabrication, les deux bénéficient des mêmes capacités de production. Puisque les cadres bruts arrivent d’Asie et sont stockés prêts à être peint, l’atelier de peinture est le point d’entrée de tous les vélos en prévision de montage !

Peints par lot !

Qu’il soit destiné à un modèle de la série ou un modèle personnalisé, les cadres entrent, en premier lieu, en peinture, avant de suivre le cheminement. Il n’y a qu’une seule chose qui varie : la quantité de cadre mise en peinture en même temps.

Logiquement, par simplicité et par gain de temps, les cadres destinés à la série sont peints par lot, par batch, en nombre de 10, 15 ou 20 cadres d’un coup. Alors qu’un cadre personnalisé, puisqu’il est quasiment unique – du moins sur le moment – est toujours traité par unité, seul !

Les mises en peinture se suivent comme les commandes arrivent et s’enchaînent. C’est un atelier en série, qui ne laisse, ici, pas de place à une différenciation des lignes de production… Mais alors, si c’est si simple pourquoi Orbea est-elle une des seules marques à proposer la personnalisation ? N’y a-t-il pas d’autres paramètres à gérer pour proposer des vélos personnalisables !?

 

 

Habile !

La marque basque gère en interne la peinture de ses cadres comme peu peuvent le faire en Europe. Orbea s’est donc donné la capacité de le faire : les connaissances nécessaires, le box, l’atelier de peinture de la taille requise, les peintres et les contrôleurs formés qui y travaillent…

Et c’est un coup de maître que de le gérer quasiment de la même manière que les vélos de série. Elle a habilement su intégrer cette personnalisation dans sa chaîne de fabrication, déjà existante et plutôt conventionnelle, sans tout chambouler !

Cependant, une telle personnalisation n’est possible qu’avec toutes les peintures, toutes les tailles, tous les composants à disposition de la chaîne de montage… Et qui dit tant de choix disponibles, dit stock ! Et donc une capacité à le prévoir, l’avoir, l’assumer et le gérer…

 

 

Fil d’Ariane

Le programme MyO repose donc sur des moyens financiers (trésorerie), matériels (locaux, moyens de manutention, personnel…) et techniques (gestion, prévision, logistique). Mais investir dans des stocks c’est aussi limiter d’autres investissements, d’autres opportunités.

C’est donc aussi un choix ! C’est le business model d’Orbea. Peut-être même une ligne guide, un fil d’Ariane depuis longtemps… Et c’est la raison pour laquelle Orbea est capable d’offrir un programme tel que le MyO.

Enfin, puisqu’il impose des lots de peinture restreints, du temps de prévisionnel, de la réactivité et probablement des sur-stocks, ce programme à certainement un coût de fonctionnement légèrement supérieur à la production uniquement de vélo de série, mais c’est l’effort qui fait peut-être la différence…

L’entreprise coopérative qu’est Orbea a donc fait des choix et s’est construite dans cette optique là, mais sa force n’est-elle pas désormais ailleurs ? N’y a-t-il pas maintenant un juste retour des choses !? 

 

 

L’intérêt, pour voir plus loin…

Effectivement, a en voir les chiffres, c’est le serpent qui se mord la queue. Victime de son succès, le programme attire toujours plus de client – augmentation de 30% par an – et plus grand monde ne semble vouloir d’un vélo de série, d’un vélo comme tout le monde…

Orbea pourrait donc se retrouver prise à son propre jeu : peiner à écouler sa gamme de série alors qu’elle vendrait, comme des petits pains, des montages personnalisés provenant du programme MyO. La preuve que l’intérêt est réel pour le pratiquant ?!

La rançon du succès…

Géré finement, ça peut finalement être une réussite et une aubaine pour la marque puisque tout le monde y gagne : le pratiquant est satisfait, la marque attire de nouveaux clientx, augmente ses ventes et peut avoir des éléments pour limiter, à terme, la surproduction et les invendus de fin de saison…

D’un point de vu marketing, c’est bénéfique mais toujours vicieux ! C’est en quelque sorte une réponse illusoire au besoin client puisque ce n’est pas totalement un produit unique, et ce n’est visiblement pas une contrainte énorme vis-à-vis du montage des vélos de série, du moins, selon le modèle Orbea !

C’est la rançon du succès… Et dans ce cas : à quoi bon continuer à produire des vélos de séries ? Quel avenir ont-ils ? C’est presque les questions que l’on a envie de se poser désormais !

 

 

Que retenir !?

Dans tous les cas, Orbea est capable, par ses méthodes de travail et ses choix, de proposer une personnalisation habille, sur un grand nombre de modèles, sans avoir à confronter ses vélos de série avec des commandes plus spécifiques ! D’ailleurs, c’est peut-être là qu’est la prouesse…

Reste qu’après nous avoir mis l’eau à la bouche, nous avoir fait visiter cette usine et après avoir vu tant de couleurs, on a les yeux qui brillent et des papillons dans le ventre. Et puis, au delà de la méthode, qu’en est-il de l’expérience ?! On s’est pris au jeu, on a essayé le MyO et on a joué du pinceauUn vélo “sauce MyO” aux couleurs d’Endurotribe, ça en jette non !? La suite au prochain épisode... Stay tuned 😉 

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