Recordman de victoires sur la Transvé, vainqueur d’une édition du Radon Epic Enduro, sur le podium l’an passé, l’ultra-polyvalent Alexis Chenevier (Rocky Mountain Mavic) nous raconte pour Endurotribe sa folle et épique journée du 21 avril dans le Caroux…

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes – Texte : Alexis Chenevier – Photos : Xavier Ligonnet/Velo Caroux


 

 

Ultra difficile…

Apres avoir écumé quelques courses VTT en tout genre, comme peuvent le faire les grimpeurs et autres alpinistes, je peux désormais me permettre de leur attribuer une notation. Je les classe en 3 catégories.

Il y a d’abord les épreuves dites “Facile”, environ 40km, 1500m D+/D-. Mon corps est habitué à ce genre d’effort plutôt court. Ce type d’épreuve ne me génère pas de stress particulier si ce n’est franchir la ligne d’arrivée le premier.

Ensuite, viennent les courses dites “Difficile”, environ 60km, 2500m D+/D-. Ce type d’épreuve commence à être stressant pour mon organisme, j’y pense quelque temps en amont, j’ai axée quelques entraînements pour la préparer au mieux. Une défaillance physique n’est pas à exclure.

Et enfin, il y a les épreuves dites “Ultra difficile”. Ici nous sommes en dehors des normes, D+/D- supérieurs à 3000m, pas de limite de distance, et un niveau technique qui commence à te faire douter de tes capacités (est-ce que je passerais sur le vélo sans tomber ?). En terme de timing, ça peut s’annoncer très long. Dose de stress maximum pour ces épreuves, entrainement quasi dédié les semaines précédentes, alimentation optimisée, matériel robuste, bref tout est hors norme et même en étant très bien préparé les défaillances sont difficiles à éviter.

S’il fallait qualifier le Radon Epic Enduro, je le mettrais dans cette dernière catégorie. Coté chiffres, tout est hors-norme : 118km, 4900m de D+/D-, 10 spéciales chrono reparties en 3 boucles, un départ de nuit à 4h30, et niveau technique je doute clairement de mes capacités… Les spéciales sont magnifiques et engagées, il y a du rapide, du franchissement, des sauts, des relances, des racines, des dalles, du vide, des goulets, des épingles… Tout passe sur le vélo mais en mode course, une erreur est vite arrivée. Pour la durée, je prévois environ 12h.

Concernant le stress, la jauge est proche du maxi. Cette année j’ai à cœur de bien figurer, après avoir gagné en 2017, terminé second en 2018, je souhaite remonter sur la plus haute marche du podium.

Je me suis donc préparé au mieux pour cette épreuve. Il y a un mois j’ai participé à la Coupe de France d’Enduro à Olargues, justement pour m’habituer aux sentiers exigeants du Haut-Languedoc, prendre en main mon Rocky Mountain Instinct BC Edition, tester mon matériel, choisir mes pneumatiques, trouver la bonne pression…

J’ai beaucoup pensé à l’épreuve les mois précédents, lors de mes entraînements et pendant quelques insomnies nocturnes aussi.

 

 

La calme avant la bataille

Bref on y est, Olargues, samedi 14h, retrait des plaques, préparation du vélo, collage des stickers, mise en place des éclairages, graissage de la chaîne, vérification des serrages… Le stress monte doucement.

Dernier moment de détente sous le soleil cuisant du Sud, dernier repas avec les amis et il est 21h le temps d’aller se coucher. Pour moi l’épreuve commence à ce moment là, je sais qu’il me sera difficile voir impossible de trouver le sommeil, et que la nuit va être compliquée. Entre stress et excitation, je n’arrive pas à libérer mes pensées. Je refais le parcours dans ma tête, essaie de me remémorer les spéciales que je connais, celles que j’ai reconnu, celles qui me font peur. Il y en a une qui me hante, la spéciale 10 nommée les Pylônes. Cette dernière m’a fait douter lors des reconnaissances et sera d’autant plus dure car la fatigue commencera vraiment à se faire sentir dans cette ultime spéciale. Longue, ultra technique, piégeuse, physique, tout y est. La moindre erreur se paiera cash par une casse mécanique, une crevaison ou pire, la chute…

Me voilà enfin dans les bras de Morphée… Ploc, ploc, ploc, la pluie qui tombe sur le camion me réveille, la météo était incertaine mais le beau temps des jours précédents m’a fait oublier ce paramètre non négligeable, qui, à coup sûr va rendre l’épreuve encore plus difficile. Petite montée de stress supplémentaire. Il est 2h du matin et je ne fermerais plus l’œil de la nuit jusqu’au gong sauveur de 3h15. La pluie continue de tomber, redoublant de violence par moment. Pas grave de toute façon il faut y aller.

Petit déjeuner, ajustement des pressions et c’est parti direction le départ.

L’ambiance est toujours particulière sur ce départ pour rallier la première spéciale, la tension est palpable, comme des guerriers allant sur le champ de bataille, prêts à en découdre sans trop savoir à quoi s’attendre, avec juste pour objectif d’aller au bout.

 

 

Boucle 1

4h30, le départ est donné, ça part fort tout de suite dans la roue des VTTAE, je ne m’affole pas, temporise et pédale à mon rythme. La montée est longue, j’aurai le temps de me replacer par la suite. Tous les efforts inutiles se paieront à la fin de la journée… Il pleut toujours, pas énormément, juste de quoi rendre le terrain glissant, ou à l’inverse coller la poussière et augmenter le grip !? Mes pensées vont à la spéciale 10, sur le sec c’est déjà tendu mais alors sur le mouillé ?!

Apres environ 45mn d’ascension, me voilà au sommet de la SP1. Je suis remonté sur le groupe de tête afin d’être bien placé et de ne pas être gêné. Allumage de tous les éclairages, tout est prêt, je ne traîne pas et je m’élance ! Il faut tout de suite se mettre dans le rythme, tout de suite juger des conditions de grip et trouver le “flow” comme on dit dans le jargon. Niveau éclairage, ce n’est pas la folie, en fait je n’y vois même rien.

Première dalle qui arrive, première racine en travers et hop me voilà par terre, guidon à 180°. 2 minutes de chrono et première chute… heureusement sans gravité. J’essaie de me remettre dedans mais bordel je ne vois vraiment rien ! C’était peut être une mauvaise idée d’avoir gardé les lunettes… et puis ça glisse, les cailloux humides me sortent de la trajectoire. Apres quelques minutes encore, j’entends du bruit derrière moi, je me suis fait rattraper ! Je veux bien que je sois collé mais quand même (grrr !). Je laisse passer le gaillard qui m’aidera bien par la suite pour évaluer les trajectoires. Et voilà l’arrivée de la première spéciale, enfin !

Je reconnais celui qui m’a rattrapé, c’est Albin Cambos, il s’avérera par la suite être mon plus coriace adversaire. On échange quelques mots, je ne m’arrête pas et me lance dans la liaison suivante. Je suis déçu et énervé de cette spéciale, j’ai mal roulé et n’ai pas réussi à trouver le bon feeling sur ce terrain humide. Je me console en me disant qu’il reste 9 spéciales pour me réveiller, me concentrer et surtout, que le jour va se lever.

Pour la suite de la boucle 1, malgré une autre grosse chute dans la spéciale 2, je retrouve du rythme, de la vitesse et me sens de mieux en mieux sur le vélo. 7h45 fin de la boucle 1.

Je profite du retour au paddock pour faire une petite pause de 30mn, le temps de vider la puce de chronométrage, me ravitailler, faire tous les pleins, me changer et enlever les éclairages. On m’annonce que je suis 2eme derrière Albin à 21 secondes, dont environ 40 de perdues dans la SP1. Albin me dit qu’il a chuté dans la SP3. Mon sentiment est mitigé, ça va être serré, il va falloir rester concentré et ne plus faire d’erreur, une crevaison, une casse matériel et c’est fini pour le podium.

 

 

Boucle 2

C’est reparti pour la boucle 2 et sa première longue liaison de 18km et quasiment 1000m de D+. La pluie s’est arrêtée et on croirait même que le soleil va faire son apparition. Je suis accompagné de Gwenaël Morra et Romain Frison, nous ne nous quitterons plus jusqu’à la fin de la course. C’est toujours plus agréable de ne pas rouler seul, le temps passe plus vite, et puis il y a une certaine entraide qui se crée.

La boucle 2 est magnifique, les organisateurs nous ont gâté en nous proposant 3 spéciales entièrement nouvelle. Elles sont variées et vraiment fun à rouler. Ces 3 spéciales se sont bien passées, hormis quelques petites erreurs, je suis plutôt satisfait. Le plus dur dans cette boucle aura été finalement de se reconcentrer et de retrouver le rythme après la longue liaison d’une heure et demi pour rallier la spéciale 4, le reste s’est bien enchainé.

Il est 12h15 quand nous revenons à Olargues, boucle 2 terminée.

Je me permets à nouveau de prendre le temps de bien me ravitailler avec un petit plat de pâtes, je me change et entre temps la pluie s’est de nouveau invitée, il tombe des cordes. La motivation en prend un coup, mais pas question d’abandonner. Surtout que je suis passé en tête devant Albin.

 

 

Boucle 3

Il est 13h quand nous repartons pour la boucle 3, sous des trombes d’eau. J’ai choisi de prendre mon casque intégral afin d’avoir au moins la tête au chaud et à l’abri, il pourra m’être également utile en cas de chute dans la spéciale des Pylônes…

La SP7 se passe étrangement bien, je me régale, j’ai étonnamment de très bonnes sensations et en bonus la pluie a cessé.

Le calme avant la tempête, l’euphorie avant la fringale. Dans l’ascension de la liaison pour la SP8 je sens que je ne suis pas au mieux, un portage d’une dizaine de minutes pour rejoindre le sommet finit par vraiment m’entamer. Je mange une barre au sommet et m’élance dans cette spéciale dans laquelle les faufilages entre les arbres te font haïr ton cintre de 780mm. La fatigue commence clairement à se faire sentir, les bras commencent à être douloureux, les réflexes moins vifs et la moindre relance me fais souffrir. J’arrive en bas sans être tombé (ouf !), mais la fringale semble être toujours là. Je m’assois et prend le temps de manger une nouvelle barre.

La liaison et la spéciale suivantes sont à l’image de la SP8, je me sens endormi, fatigué et à bout. Je m’alimente pourtant mais je n’arrive pas compenser.

Nous voilà tant bien que mal au sommet de la tant attendu SP10, les Pylônes. Cette spéciale tant redoutée avec ses dalles, ses marches, son goulet, et ses relances en montée technique. Bizarrement j’ai l’impression que je retrouve un zeste de forme, surement l’odeur de l’écurie et l’envie d’en finir enfin avec cette put*** de course.

Dernière poignée de main avec mes compagnons de route pour se souhaiter bonne chance et c’est parti. Première traversée, premières dalles et voici déjà la fameuse relance d’une cinquantaine de mètres en montée technique. Tant pis pour ma fierté, je pose le pied et monte en courant. Encore quelques passages à plat et enchaînements trialisants et arrivent les portions les plus appréhendées : le goulet, le virage avec la dalle, le grip est finalement pas si mauvais… et me voici déjà dans le final, une foule en délire pour m’accueillir (pas le temps de m’arrêter pour les remercier) et puis l’arrivée ! Mais bordel qu’est ce que c’était bon !

C’est indescriptible, c’est pour des sensations comme celles-ci que je fais du vélo, quand l’adrénaline, la réussite et la satisfaction personnelle se mêlent.

Gwenn et Romain arrivent à leur tour, ils sont également heureux d’avoir fini ce morceau de bravoure. Ils nous restent maintenant 6km de piste cyclable pour rentrer sur Olargues, peu importe notre état de forme, nous finirons en rampant s’il le faut.

Il est 17h quand nous arrivons au paddock. Lavage du vélo, douche et pizza bien méritée ;-).

 

 

Il est 20h30 lorsque l’on m’appelle pour la première place du podium devant Albin Cambos et Gwenn Morra. Contrat rempli, c’était dur, c’était long, mais qu’est ce que c’était bon !

Il est 10h30 le lendemain quand je me réveille, j’ai mal partout, non non ce n’était pas un rêve…

Merci aux organisateurs pour cette magnifique épreuve hors du commun.

Alexis

 

Résultats complets > https://epicenduro.com/epic-enduro-2019/resultats-radon-epic-enduro-2019

Le film 2019 > http://www.endurotribe.com/2019/05/radon-epic-enduro-2019-le-film-officiel/

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