Flash-back : en janvier dernier, Endurotribe profitait de l’arrivée du Santa Cruz Chameleon C pour échanger avec Josh Kissner, chef produit impliqué dans le projet. Pour lui, le Santa Cruz Chameleon C serait “à propos là où on s’ennuie avec le Bronson, un peu rugueux mais fait pour rouler fort, laissant le choix du format des roues just for havin’fun ou être le plus fin possible…”

Des propos à la fois ambitieux et prometteurs qui appellent habillement à plus : a-t-il effectivement raison sur toute la ligne ? Et si oui, quand, comment et pourquoi ?! J’ai patiemment étrenné le Santa Cruz Chameleon C depuis, pour finalement, retrouver ses propos, et les compléter comme il se doit… 

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Santa Cruz Chameleon C

  • Destiné à l’usage All Mountain / Enduro
  • Roues en 27,5 + ou 29 pouces 
  • 130mm, Fox 34 Float Performance
  • Triangle avant & arrière carbone
  • Reach de 456mm en taille L, offset normal
  • Santa Cruz Reserve, 27mm

  • Maxxis DHF/Ardent Race 2.35 Exo
  • Sram Guide R, 180mm av/ar
  • 4 Kits, 4 tailles, 4199€ à 5999€
  • Poids : 11,86kg, taille L, 29, tubeless + préventif
  • Dispo immédiate 
  • Fiche du vélo sur www.santacruz.com

 

Premières impressions

Me voilà donc de retour sur un semi-rigide pour un nouvel essai Endurotribe. Moment toujours particulier puisqu’en l’absence de suspension : qu’attribuer à ce manque ? qu’attribuer à la vraie nature du vélo ?! La question s’est posée d’emblée au guidon du Santa Cruz Chameleon C, d’abord pris en main tranquillement. 

À basse vitesse, pour peu que le terrain soit cabossé, il me parait d’abord raide. Davantage que les souvenirs qui me restaient du Santa Cruz Highball C roulé l’an passé. Je retrouve également une position un poil basse de l’avant, et un vélo instable par moment quand ça brasse. Le doute s’installe, temporairement…

Jusqu’à ce que, quelques tours de roues plus tard, je note une certaine alchimie passagère. En changeant de rythme et d’engagement, j’ai comme la sensation que le Santa Cruz Chameleon C se met à marcher, par moment. Impression et propos d’autant plus curieux que je les utilise habituellement pour parler d’un vélo tout-suspendu dont je viendrais de trouver les bons réglages de suspensions…

 

 

À quoi c’est dû ?

Toujours est-il que je tiens quelque chose ! À quoi est-ce dû ?! Pour y voir plus clair, je m’attelle aux essais habituels : changement de roues – ici, le match 27,5+ vs 29 pouces – changement de pneus – carcasses plus ou moins légères et stables – ajustement de la longueur des bases – grâce au drop out présent d’origine sur le vélo…

En croisant les impressions, je note d’abord que cet essai d’un nouveau semi-rigide Santa Cruz confirme bien des impressions que j’avais au sujet du carbone de la marque. Cette impression de fenêtre de tir dans laquelle le vélo fonctionne provient en effet de la manière avec laquelle le carbone et l’usage qui en est fait ici travaillent. C’est d’abord raid et précis, mais on trouve, avec le temps, une certaine manière de profiter de son rendu, et de sa filtration particulière.

Je retrouve ensuite, les propos tenus par Tom, à l’essai du Santa Cruz Megatower il y a peu : à propos de l’intérêt de l’ajustement de la longueur des bases. Ici, les 15mm d’écart jouent autant sur le comportement du vélo que sur la sensation de taille du vélo. À 415mm, le Santa Cruz Chameleon C me parait petit, là où il me parait plus à mon aise en 430mm… Surtout, même s’il n’a pas d’influence réelle sur l’angle de direction : ma position et la répartition des masses est naturellement différente d’un réglage à l’autre, et je m’appuie différemment sur le cintre et la roue avant…

 

 

Comment ça se règle ?!

Ces premières investigations me permettent dans tous les cas de préciser quelles influences ont chaque opportunités d’ajustement du Santa Cruz Chameleon. Et en définissant les marges de manœuvres offertes par chacune, le vrai caractère du vélo se dessine…

Drop Out

Dans son essai du Megatower, Tom glissait qu’il aurait aimé pouvoir ajuster finement la longueur des bases plutôt que de switcher entre deux positions… La solution existe, du moins le principe… Au sein même de la gamme Santa Cruz : sur le Chameleon C.

Au plus court, les bases en 415mm du Santa Cruz Chameleon C lui procurent un tempérament très vif. Pour déclencher un bunny-up, le coup de rein suffit. Mais dans le même temps, on a vite le sentiment d’atteindre le point de basculement du manual, et le vélo a cette fameuse tendance à rebondir sur ses pneus d’avant en arrière, par moment. Même sentiment au coup de pédale, où l’on pompe des pneus, quand le terrain est compact et roulant. En courbe, il donne le sentiment de tourner comme un vélo de Cross Country : peu d’angle, on joue du cintre et on enroule les épaules autour des arbres.

Au plus long, effet inverse évident ! Sans plus de difficulté si ce n’est d’adapter sa technique, le bunny-up se tire en favorisant le transfert des masses dans ce fameux mouvement avant/arrière/avant. Le point de basculement arrière est plus loin, ça s’y prête de toute façon mieux. Et à toutes les vitesses, le vélo gagne en stabilité d’assiette. Même avec les pneus les plus défavorables, le gain est indéniable, ça rebondit moins. En courbe, il se prête maintenant à mettre de l’angle, et jouer du cintre à outrance. Vraiment !

 

Format des roues

J’ai d’abord essayé le Santa Cruz Chameleon avec les Santa Cruz Reserve Carbon en 29 pouces, tel que le vélo m’a été livré d’origine. Au coup de pédale, un vélo très vif dont la giclette rappelle clairement le Highball et une bonne monture de XC. On retrouve la qualité au franchissement et la progressivité du grip que l’on prête au 29 pouces habituellement.

En switchant pour du 27,5 pouces +, je retrouve les propos de Joss Kissner sur la précision du 29 pouces versus la tolérance des gros ballons. C’est effectivement moins tape-cul d’une part, et plus tolérant de l’autre. J’en viens à lever les yeux et regarder un peu plus loin, moins pinailler sur mon choix de trajectoire.

C’est en partie à attribuer au format des pneus, en partie à la monte que je retiens : cette fois-ci, j’ai des DT Swiss 1501 35mm et des Michelin E-Wild à l’essai. Pas fait pour à l’origine, mais qui me permettent de constater que même sans carbone au niveau des jantes, et avec des pneus costauds, le Santa Cruz Chameleon C garde cette très bonne propension à pédaler.

Quid du fameux compromis 27,5+ arrière / 29 avant qui fait écho au débat actuel ?! Il a du sens sur le Santa Cruz Chameleon. C’est peut-être d’ailleurs celui que j’aurais envie de retenir. Mais pas nécessairement en courbe ou à la pédale, comme on aimerait nous le vendre. Plutôt dans une logique d’assiette du vélo et de compensation, en partie, de l’absence de suspension arrière…

 

Suspensions

Parce qu’effectivement, il n’y a pas de settings à faire à l’arrière de ce semi-rigide, mais la fourche, elle, en demande. Fidèle au comportement que je connais des suspensions Fox Performances par ailleurs, c’est certainement l’élément qui n’est pas à la hauteur du vélo. D’origine et sans autre intervention, c’est clairement la responsable d’un comportement “pompe à vélo” qui n’offre pas le contrôle qu’un semi-rigide nécessite.

Pour avoir switché avec autre chose – Formula Selva à l’hydraulique plus présente – pas de doute à ce sujet. Je me suis d’ailleurs longtemps interrogé sur mes choix de réglage et de montage autour de ça, me demandant si je ne cherchais pas à compenser une fourche qui plonge : bases longues et roues en 27,5+/29 pour sauver la stabilité et l’assiette du vélo ?! 

Néanmoins, il existe une solution avec quelques réglages pour tirer parti de la Fox 34 d’origine. Ça n’est pas la panacée, mais ça sauve les meubles. D’abord jouer des tokens : tout enlever, et favoriser une pression légèrement supérieure à la moyenne : objectif 25% de SAG tout au plus. Ensuite, une détente relativement rapide, pour rester haut dans le débattement. Enfin, faire en permanence usage de la position intermédiaire de la cartouche GRIP.

RéglagesAvantArrière
SAG25%0%
Détente2/3 à 3/4 ouvertetrès rapide !?
CompressionsPosition intermédiairetrès fermée !
Token / Spacerssansd'origine...

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes. SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaules à l’aplomb du guidon.

 

 

Comment ça se pilote ?!

Bases au plus long, roue arrière en 27,5+, fourche réglée pour ne pas plonger… Voilà au final la configuration dans laquelle je retiens le Santa Cruz Chameleon C. Pourquoi ?! Parce qu’il offre, à mon sens, les prestations les plus en phase avec la pratique des aficionados de pilotage que nous sommes ici…

Sur l'angle

En courbe tout d’abord, parce qu’avec les bases au plus long, le Santa Cruz Chameleon me donne furieusement envie de mettre de l’angle. C’est d’ailleurs ce qui se passe la plupart du temps, et avec panache ! Pied extérieur en bas, et ici plus que jamais, le genou qui vient se plaquer au cadre pour rajouter quelques degrés de plus.

Le boitier est bas, qui plus est bien ancré dans le cadre, on peut charger ! Jusqu’à frôler la selle et/ou la roue arrière en fonction des circonstances. D’autant qu’une fois sorti, même en bases longues – 430mm – on reste dans des valeurs tout à fait raisonnables qui étayent l’idée que tirer sur le cintre pour décaler la roue avant et sortir en wheeling reste possible.

 

En mode Pumptrack

Passées ces courbes, ou entre deux, le semi-rigide Santa Cruz Chameleon C se prête forcément à jouer du terrain comme d’une pumptrack. Et qui dit absence de suspension, dit absence de filtration ou presque : la moindre aspérité fait office d’occasion de générer de la vitesse. C’est là que le 29 pouces à l’avant permet d’être incisif et précis, tandis que le 27,5+ à l’arrière permet de petites approximations sans châtier les chevilles du pilote.

Dans tous les cas, à un certain rythme, le Santa Cruz Chameleon C sait filtrer les impacts du sol et rendre les poussées du pilote d’une telle manière… C’est là que l’on ressent toute la particularité du carbone Santa Cruz, et que la magie opère. C’est pointu, pas évident à trouver au départ, mais une fois bien senti : un régal pour puriste !

 

En l'air aussi

Forcément, un tel comportement prête à prendre les airs. Ce qui est vrai pour pumper du terrain l’est encore plus pour le survoler. Et c’est là que le combo bases longues/pneus arrière en 27,5 pouces + a toute sa valeur…

Il favorise un pilotage où l’on apprécie de reposer la roue arrière en premier pour relancer, ou pour suivre le creux d’une double entre laquelle la roue avant a pris les airs. Cet enroulé/cabré venu tout droit du BMX, qu’on prend malin plaisir à caler dans un environnement naturel…

 

 

Pour qui ? Pour quoi faire ?!

On l’aura compris dans cette fine description du tempérament que le Santa Cruz Chameleon C peut avoir pour peu qu’on prenne le temps de le dompter : il s’agit d’une monture pour puriste, qui aime jouer de fins détails et revenir aux bases pour se délecter. La nature du terrain, les conditions, le choix des pneus, la pression, la nature du carbone Santa, un ajustement de drop out et hop, ça a son influence, et ça joue sur les sensations.

D’une certaine manière, il s’agit là de qualités propres à l’école du semi-rigide. Mais j’ai connu plus facile d’accès, puis moins enthousiasment que le Santa Cruz Chameleon C dans pareils circonstances. D’ailleurs, une fois apprivoisé, il ne m’est plus venu idée de le rouler autrement qu’en pédales plates, tant les opportunités contre-nature des pédales auto ne collent pas avec l’esprit du moment, à son guidon.

 

 

Vis-à-vis de la concurrence

D’ailleurs, c’est en me référant à ma précédente expérience au guidon d’un semi-rigide que j’identifie aussi le tempérament du Santa Cruz Chameleon C. L’an passé à la même période, je roulais le Commençal Meta HT AM.

Je l’avais adoré justement parce que sa géométrie et ce qu’elle procure à l’usage osait se rapprocher directement des standards offerts par les tout-suspendus de la marque et du moment. En la matière, le Santa Cruz Chameleon joue clairement plus la passerelle entre deux mondes.

Bases courtes, roues carbone en 29 pouces, pneus légers et fourche peu réglée, on est très proche d’un VTT de XC Marathon. Bases longues, un peu de 27,5+ dans le jeu et fourche ajustée, le voilà qui se rapproche clairement du Commençal. C’est là que je situe la différence essentielle : dans l’approche !

 

 

En conclusion

C’est en tout cas par cette dernière observation que je souhaite conclure cet essai. C’était, il me semble, le dernier élément dont disposer pour revenir sur les propos de Josh Kissner. Où l’on s’ennuie avec le Bronson ?! Comprenons : là où la suspension filtre trop de choses ! Un peu rugueux mais fait pour rouler fort ?! Juste ce qu’il faut pour passer outre la première impression, et se délecter du nectar une fois qu’il perle ! Havin’fun ou être fin ?! L’éternelle différence entre pilote et coureur… 😉

“Le Santa Cruz Chameleon C est justement ce type de vélo assez rare, capable de faire passerelle entre deux mondes. Ici, celui entre les coureurs de XC, et les pilotes que la tendance désignent gravity. Avec, entre les deux, toutes les nuances que l’on peut imaginer pour ceux qui apprécient de jouer finement, et de le ressentir ensuite. D’où le titre de ce verdict d’essai : le Santa Cruz Chameleon C, puriste bien nommé.”

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraîchir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparées à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > par rapport aux autres, qu’en penses-tu..? Rendez-vous sur la page du Comparateur d’essais VTT Endurotribe pour en savoir plus >  http://www.endurotribe.com/comparateur-essais-vtt-2016/

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