Voilà, voilà… avec les Griffus, Hutchinson sort les griffes : il fallait la faire, c’est fait. Passons donc aux choses sérieuses ! Avec la pratique de l’Enduro et son essor, le marché des pneus est plus que jamais un objectif pour les marques du milieu. Avoir la ou les bonnes montes pour occuper les devants de la scène mérite du travail. 

Aujourd’hui, c’est sur celui de Hutchinson, marque française du géant pétrolier Total, et de ses nouveaux Griffus, que l’on se penche. Sous le label Racing Lab qui orne la boite et les flancs, des choix que l’on détaille, que l’on commence à éprouver, et qu’on vous livre avec précision, comme on s’y attelle, sur Endurotribe… 

 

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes – Photos : Hutchinson / Thomas Di Giovani / Romain Laurent


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Dans la jungle…

Ça fait plus de vingt ans, déjà, que Hutchinson est coutumière du fait : la génération des On the Rock a laissé place aux créatures du règne animal, toutes aussi féroces les unes que les autres… Python, Aligator, Taïpan, Squal, Toro…Toutes des espèces, redoutables certes, mais des espèces, avec leurs singularités.

Comme un symbole, l’appellation de(s) dernier(s) né(s) de la gamme française restent dans le registre, mais porte sur un trait commun : les griffes. Une manière élégante de respecter la tradition mais se mettre à la page. En l’occurrence, la tendance à produire des pneumatiques polyvalents, plutôt que d’inciter à changer tous les quatre matins…

 

 

Terrible jungle !

Michelin Wild Enduro Front & Rear, Schwalbe Magic Mary & Hans Dampf, ou dernièrement Maxxis Assegai & Agressor… Une tendance face à laquelle la gamme Hutchinson offrait jusqu’ici une solution qui se dégageait du lot : une bonne paire de Toro. Un gros ballon à l’avant, un plus fin aux crampons centraux plus bas, à l’arrière.

Un profil à compléter du choix des carcasses :  2x66Tpi pensée au départ pour la Descente, ou 66Tpi plus légère destinée à la pratique Enduro. Chacune affublée d’une gomme à la dureté travaillée pour offrir plus ou moins d’adhérence ou de rendement. Une offre intéressante, à en juger par les conclusions de notre essai d’alors, mais qui ne faisait pas non plus partie des références du moment, laissant de la place pour faire mieux.

 

 

L’indomptable ?!

Encore faut-il savoir dans quelle direction aller. Comme c’est de coutume lorsqu’il s’agit de parler pneumatiques et développement, Hutchinson s’appuie sur son régiment d’athlètes. Parmi eux : Cécile Ravanel, Isabeau Courdurier, Théo Galy, Kevin Miquel, Yoann Barelli et Kilian Bron pour les enduristes qui nous concernent.

Leurs souhaits ? Un profil qui pédale mieux qu’un Toro à l’arrière, et quelque chose de plus incisif / précis/agrippant qu’un Squale sur l’angle, à l’avant. Ce qui, en logique de gamme, revient à placer les Hutchinson Griffus comme pneus polyvalents pour toutes conditions sèches : terre, sable, roche, racines… Les Toro restants à la gamme pour les conditions humides, et les DZO pour les cas extrêmes !

 

 

Les griffes..!

Alors, en quoi consiste les Hutchinson Griffus ?! Tout d’abord, en une paire de pneus différents, de par leurs sections, et leur profils… Ils auraient pu s’appeler avant & arrière ou Front & Rear, comme c’est le cas chez la concurrence.

Pour la marque : Hutchinson Griffus 2.5 à l’avant & 2.4 à l’arrière est le montage qui doit intervenir dans 80% des cas. Mais il doit rester possible d’utiliser deux 2.5 quand le terrain l’exige, ou deux 2.4 sur des plus petits vélos qui demandent à bien rouler…

Hutchinson Griffus 2.5

Le Hutchinson Griffus 2.5 est le plus cramponné des deux nouveaux venus. C’est à la lecture de son profil que l’on saisit le mieux les intentions…

 

Hutchinson Griffus 2.4

Dans la foulée, les différences de profil sautent aux yeux, et permettent de saisir les objectifs plus roulants du Hutchinson Griffus 2.4

 

 

Sous les griffes ?!

Voilà pour les profils, mais qu’en est-il en dessous ?! Les Hutchinson Griffus font le tri parmi les carcasses et gommes qui abondaient jusqu’ici dans la gamme.

Le renfort

Tous les Hutchinson Griffus disponibles au lancement font désormais usage de la carcasse Hardskin en 66Tpi, en faisant usage du renfort spécifique à la marque, de bord à bord…

L’idée est, assez logiquement, de tenir la même robustesse, mais en sauvant du poids, et en générant un comportement précis du pneu.

 

Les gommes

Ces renforts sont noyés dans un assemblage de différentes nuances de gomme. À coeur, et à la base du profil de crampons, une gomme en 65 shore, relativement dur donc. Dessus, deux nuances de gommes. Au centre, pour la bande de roulement et de freinage, 50a. Et sur les côtés, 40a.

 

Formats, poids, tarifs

Ces caractéristiques de profil, de renfort et de gomme sont communes à tous les Hutchinson Griffus qui sortent à l’occasion de ce lancement. Ils sont proposés dans les deux formats actuels du marché : 27,5 et 29 pouces, dans des poids au coeur de la cible Enduro.

Pour les différencier, Hutchinson a choisi d’utiliser les sections. Dans la réalité, les deux sont proches : 57mm de largeur sur jante de 30mm pour le 2.4 pouces, 58mm pour le 2.5 pouces dans les mêmes conditions de mesure.

Pour le style – les caractéristiques techniques sont les mêmes – une version à flancs Tan, comprenez couleur du renfort rose saumon, est disponiblesen 27,5 pouces. Les Freeriders de la marque en raffolent.

Si l’on considère que les Hutchinson Griffus ambitionnent de se positionner sur le haut de gamme du marché avec leur signature Racing Lab, le prix public conseillé est concurrentiel. À 50,90€, c’est au bas mot dix euros de moins que les concurrents cités précédemment.

 

 

Prise en main

Reste à voir ce que valent les Hutchinson Griffus sur le terrain. Quelles initiatives se dégagent le plus à l’usage ? Dans quelle mesure ?!  Pour l’heure, c’est une prise en main sur les terres de l’Evo Bike Park, à Digne les Bains, et quelques roulages complémentaire non loin de là, qui servent de base à ces premiers retours.

En ce début avril, la région connait une sécheresse de fin d’hiver inhabituelle. Par endroit, il n’a pas plu depuis plus d’un mois et demi. Le terrain est sec, et poussiéreux, pas encore tassé par la saison des pluies.

Ça se tient

Les virages relevés du park sont d’abord l’occasion de prendre la mesure de la carcasse des Hutchinson Griffus. Après l’essai comparatif mené il y a quelques temps, j’étais resté sur l’idée que les carcasses Hutchinson 2x66Tpi étaient très (parfois trop ?) souples, voir élastiques, tandis que les 66Tpi Hardskin étaient plus raides.

Ici, c’est assez clair d’entrée de jeu : les Hutchinson Griffus suivent la seconde tendance, et tendent donc à rejoindre les Maxxis Double Down, Schwalbe Super Gravity et Michelin Reinforced dans cette volonté d’avoir un pneu qui se tient sous les gros appuis. Pour l’heure, il me semble, en restant tout de même plus complaisant que d’autres, mais l’écart me semble faible, de prime abord.

Je prête ce comportement aux carcasses par facilité d’esprit, et parce que j’ai envie de croire que le renfort Hardskin que j’ai pu manipuler de mes mains, me parait plus raide que les nappes unidirectionnelles, même au nombre de deux.

 

Constant

Reste qu’il y a d’autres paramètres qui entrent en jeu pour définir le comportement des Hutchinson Griffus, nécessairement. De prime abord, sans varier de gomme ou de profil, difficile d’en dire plus, mais certains comportements se dégagent néanmoins et continuent de dresser le profil de ces pneus.

Notamment au freinage, lorsque rentré un peu vite dans un appui, il s’agit de mettre de l’angle avant de relâcher les freins. Même dans la poussière, le contrôle de la vitesse et la continuité de l’appui à la roue avant sont très bons. À aucun moment le vélo ne guidonne, ou ne chasse, même légèrement.

Carcasse qui se tient ? Crampons qui travaillent ? Rainure importante entre centraux et latéraux ? Continuité de la ligne de freinage du centre aux bord du pneu ? Assise importante des crampons ?! Il y a certainement un peu de tout ça, et c’est plutôt bon, dans la mesure où c’est sain et rassurant, sans mauvaise surprise.

 

Incisif ?

Autre cas de figure où les Hutchinson Griffus se font remarquer : lorsqu’il faut virer de bord. Inertie contenue, même en 29 pour ce premier essai, ça vire de bord sans mal. Et sur l’angle, les initiatives pour rendre le pneu avant directif fonctionnent.

On perçoit effectivement bien l’appui lorsqu’il se forme, et on est tenté d’y rester, puisque rien ne vient l’entacher. Dans l’idée, c’est un pneu pour faire des shralp comment disent les amoureux de la glisse.

 

Discret !

Dans tous les cas, c’est presque la discrétion des Hutchinson Griffus qui marque pour l’instant les premiers tours de roues en leur compagnie. Ils se font tout bonnement oublier.

Pas de crampons proéminents qui vibrent sur terrain dur. Pas de carcasse qui rebondissent abusivement ou au contraire, tapent tant elles sont raides. Pas de caractère fuyant malgré la poussière et la gravette ambiante. Pas de bruit de crampons qui arrachent le sol à chaque coup de pédale en liaison. Pas de genou tapé dans le cintre parce que la motricité a lâché…

Ces dernières observations me font dire qu’ils se prêtent aux longues chevauchées à la pédale, que constituent les liaisons parfois importantes entre deux spéciales qui se méritent.

 

 

Qu’en penser ?!

J’ai certainement été (trop?) prudent jusqu’ici, mais pour l’heure, les Hutchinson Griffus vont dans le bon sens. Celui de pneus qui reprennent les codes de la concurrence – polyvalence, profil avant/arrière, section, poids, tarifs – mais jouent de certaines initiatives – Hardskin, profil travaillé – pour fourbir leurs armes.

Dans la mesure où ils paraissent sains et se font oublier, c’est déjà une bonne tendance pour suggérer qu’ils sont en lice pour être dans la tendance tout en ayant leur identité. Un exercice jamais évident sur le principe, mais les Hutchinson Griffus semblent en bonne voie.

En attendant, deux paires sont revenues de cette présentation, et circulent déjà sur différents vélos d’essai pour continuer à se dévoiler. Que valent les Hutchinson Griffus sur la durée ?! Réponse d’ici quelques temps, sur Endurotribe 😉

Article lu 5 221 fois. Merci !