Certaines mauvaises langues diront qu’il s’agit d’un énième effet de mode, d’autres comprendrons qu’il s’agit de nécessaires mouvements de balanciers pour que le progrès se fasse…

Aujourd’hui, les roues Zipp 3Zero Moto font leur apparition sur le marché, en re-visitant bien des principes connus et reconnus. Lesquels ? Pourquoi ?! Comment ??! Endurotribe fait le point, le lien avec ses précédentes enquêtes et apporte un éclairage sur cette nouvelle tentative de SRAM sur le marché de la roue VTT..! 

 


Temps de lecture estimé : 7 minutes – Photos : Zipp


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Pour info…

Zipp ?! Pour les plus férus de cyclisme au sens large du terme, le nom parle. Pour les nouveaux venus – ou les plus étroits d’esprit – c’est moins le cas : Zipp est une marque du groupe SRAM, jusqu’ici plutôt connue et reconnue pour ses produits destinés à la Route et au Triathlon. Nombre de beaux vélos destinés à ces pratiques sont dotés des jantes hautes et profilées, à base de fibres de carbone, issue d’Indianapolis – USA, berceau de l’Indy Car et du sport mécanique nord américain.

Pied de nez à l’histoire de la marque, et preuve qu’il ne faut parfois pas hésiter à (re)partir d’une feuille blanche, ce sont des jantes au profil à l’extrême opposé qui incarnent aujourd’hui l’arrivée de produits Zipp dans le milieu du VTT et la pratique Enduro. Les Zipp 3Zero Moto sont tout simplement plates, et à simple paroi ! On va le voir, un concept loin d’être nouveau, ancestral même, et qui peut paraître à contre courant des tendances de ces dernières années…

 

 

Jusqu’ici…

Au tout début, lorsque la révolution industrielle a permis de travailler le métal de manière plus précise que la forge ancestrale, l’usage du métal a fait son apparition pour former les jantes – acier, puis aluminium. À cette époque, les méthodes de production, bien qu’en progrès, ne permettaient tout de même pas de faire des folies. Les jantes étaient alors issues de bande de métal pliées – pour les crochets – puis cintrées – pour devenir rondes.

Puis, l’extrusion a fait son apparition, tirant le profil final de la jante à travers un emporte pièce, selon un principe voisin de ce que nos enfants savent faire avec leur pâte à modeler… Le principe de la simple paroi est resté en partie, sur les produits entrée de gamme, et dans le milieu de la Motocross, qui en fait toujours usage – d’où le nom… Des formes plus complexes ont néanmoins pu voir le jour, dont le principe de la double paroi. Dans quel but ?! celui d’optimiser la disposition de la matière pour faire quelque chose de plus rigide, solide et/ou léger en fonction des volontés des concepteurs.

Une opportunité saisie parce qu’à cette même époque, les métaux utilisés, eux, étaient à la limite de leurs capacités. Alliages, traitements thermiques, méthodes de mise en oeuvre… Le potentiel pour obtenir quelque chose de toujours plus performant s’amenuisait. C’était avant que l’usage de la fibre de carbone se démocratise, apportant de nouvelles possibilités de travailler le ratio poids/raideur/légèreté.

 

 

Constat actuel

D’une certaine manière, on peut donc considérer que les jantes en carbone à double parois actuelles sont un héritage de la manière avec laquelle les cerceaux de nos vélos se sont forgés – sans mauvais jeu de mot – avec le temps. Et on pourrait faussement croire qu’en se basant sur des jantes simple paroi, les Zipp 3Zero Moto font machine arrière, vers la préhistoire de notre pratique…

Mais c’est bien l’usage de la fibre de carbone, aux propriétés particulières, qui rend le retour de la simple paroi possible, sans pour autant mettre en péril la performance globale du produit. Mieux, c’est peut-être effectivement l’occasion d’avancer dans d’autres aspects de la performance, selon d’autres caractéristiques comportementales des jantes et roues dédiées à notre pratique…

 

 

Question de profil…

On a eu l’occasion de l’écrire à plusieurs reprises ces dernières années, l’usage de la fibre de carbone a un intérêt fondamental : celui de pouvoir maîtriser la raideur du matériau de manière très fine, et selon des directions précises, sans pour autant compromettre le poids ou la solidité de la pièce. C’est cette propriété qui est mise en oeuvre ici pour progresser dans le domaine de la roue.

Comment ?! On l’a plusieurs fois fait remarquer dans nos essais : le profil de la jante a un impact direct sur le comportement des roues. Pour résumer :

  • plus il est large, plus il y a de chance que la roue soit précise à placer
  • plus il est plat, plus il est possible que la roue soit complaisante à l’impact

Mais on l’a aussi fait remarquer, les jantes en carbone actuelles, à de rares exception, restent très raides et inconfortables, notamment parce qu’elles font finalement usage de profils et de dimensions proches de celles des leurs homologues en aluminium, alors que le matériau, lui, est parfois bien plus raide. Alors, pourquoi ne pas faire autrement ? Puisque le matériau le permet ?!

 

 

Le principe

C’est ce que font les Zipp 3Zero Moto… Ni plus ni moins qu’en revenant au concept simple paroi, et mettant à profit toute la maîtrise de la fibre de carbone pour maîtriser le comportement de la jante. Lequel ?! 

En largeur tout d’abord, la liberté est mince. À l’heure actuelle, les pneus sont conçus pour fonctionner avec des largeurs entre crochets qui ont fait l’objet de débats et évolutions ces dernières années. Elles se basent donc sur le standard actuel : 30mm interne. Elles sont, par contre, à 37,5mm de largeur hors tout, ce qui traduit des crochets et un profil volontairement larges. Limiter les risques de pincement, optimiser la solidité des crochets, et optimiser la précision latérale…

En hauteur par contre, la liberté est totale. Et c’est là que l’on perçoit le travail et les objectifs recherchés par la marque. Nous ne disposons pas encore de valeurs, mais il est évident qu’il s’agisse d’un record ou presque, en la matière. Surtout, la forme en V, qui relie la tringle du pneu à la tête de rayon en dit long sur l’intention : faire de cette interface tête de rayon/jante l’axe autour duquel la jante puisse articuler sa déformation…

 

 

En détails

Voilà donc le principe de base, et non des moindres, sur lequel les Zipp 3Zero Moto font leur apparition sur le marché. En détail, cela donne un résultat particulièrement travaillé pour se positionner, comme souvent, sur le haut de gamme avant tout…

Sur la balance, les Zipp 3Zero Moto se positionnent dans les valeurs du moment : 1825g la paire de roue en 27.5 pouces / 536g la jante. L’objectif n’était donc pas, pour l’heure, de gratter de ce côté là. Côté budget, même positionnement au niveau de la concurrence : 1999€ la paire de roue, 700€ la jante.

 

 

Qu’en penser ?!

Sur le papier, l’initiative a du sens. Passées les idées à l’emporte pièce qui font du retour du profil simple paroi une récession, oser profiter de la fibre de carbone pour y revenir est un beau pari. Les premiers retours font état d’un confort frontal en hausse et d’un gain indéniable en matière de confort, stabilité et résistance à la crevaison qui ont du sens.

Ces Zipp 3Zero Moto, du moins leurs prototypes, ont ainsi fait secondes à Olargues en EWS l’an passé, entre les mains d’Adrien Dailly, et ont encore dernièrement été aperçues sur le vélo de Jérôme Clementz, très impliqué.

Reste à confirmer et quantifier à l’essai : dans quelle mesure cet apport se fait-il ? Est-ce sensible et à quel point ?! Dans quelles situations précises en tirer parti, et de quelle manière ?! Que valent ces nouveaux produit à l’usage, face aux références concurrentes du moment ?! Quid de la robustesse à l’impact, qui reste une question essentielle pour l’instant, dès lors que le carbone est là ?! 

Autant de question qui trouveront réponse au fur et à mesure du temps, pour sceller la réelle valeur à accorder à ces nouvelles Zipp 3zero Moto : à l’achat, comme au sein de l’Histoire de l’évolution des produits. Étape majeure ou pétard mouillé ? On serait tenté d’espérer et suggérer le premier, mais une fois de plus, l’avenir nous le dira !

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