Il est fin février et ce soir je m’endors, lassé par la météo hivernale et fatigué par le froid auvergnat. Même s’il est bon de s’endormir en entendant la pluie frapper les tuiles quand on est blotti au chaud et au sec dans son lit, je suis usé par cette gadoue. Voilà que le marchand de sable arrive et me happe vers un profond sommeil.

Mon esprit divague, mes paupières sont lourdes, mes yeux se ferment. Je tombe dans les bras de Morphée. Je commence à rêver ! A rêver de rouler sous un soleil éclatant, flamboyant, dans la poussière, en short et en t-shirt. Quel régal !

Soudain, je me vois dans une maison quelque peu hantée – oui, les rêves sont parfois étranges, sans lien – des toiles d’araignée partout, des tableaux de vieux indiens, un vitrail, quelques ornements d’un autre temps, une horloge de gare… J’y retrouve aussi des gens qui me sont familiers. Je devine Mark Scott, Iago Garay, Steve Peat… Des légendes du MTB ! Je vois des vélos, des casques, des chaussures – comme quoi ça a encore du sens !

 

 

Où suis-je ?

J’apprends ensuite que l’on est en Nouvelle-Zélande, à l’autre bout du monde, pour participer à la mythique course NZ Enduro que d’autres légendes du MTB organisent : Sven et Anka Martin !

On est prêt, équipé, y’a plus qu’à y aller. Il n’y a plus qu’un pas à faire. Reste à franchir le seuil de cette drôle de maison… Mais à l’ouverture de la porte de la maison, stupéfaction ! Il pleut ! Il pleut dru ! Il pleut fort ! Une pluie tropicale, continue…

Non mais bordel, cet hiver m’épuise jusque dans mes rêves. Il ne me lâche jamais… Interminable ! Je n’ai pas traversé le globe pour continuer à me tremper. Argh !!

 

 

La course

Mais bon, entre la maison hantée qui nous intimide même le jour et de l’eau qui mouille, le choix est fait ! Ce sera Kway ! A première vue mon rêve tourne au cauchemar… Le paddock baigne dans la boue, les pieds pataugent dans ce liquide marron, les godasses font éponge, et la pluie ne cesse toujours pas de tomber !

Pourtant, le sac d’inscription me redonne du baume au coeur, je crois rêver – mais, en fait, c’est le cas non !? – Il n’y a qu’à voir :

 

 

Après plusieurs rations de beurre de cacahuète, plusieurs heures d’attente et de mécanique dans le van avec mon panel de stars, j’attache mon garde-boue, j’enfile ma veste plus ou moins étanche, je pisse pour la énième fois sans avoir bu une seule goutte, l’humidité ambiante suffit à nous hydrater, et je file au départ !

Let’s go ! C’est parti pour une première journée, certes raccourcie, mais toujours pas l’ombre d’un rayon de soleil à l’horizon pour vaincre ma morosité pré-printanière et l’épais brouillard qui émane du sol.

 

 

Jour 1 & 2

Les deux premiers jours s’enchaînent et se ressemblent, de l’eau, de l’eau et de l’eau. La carte des menus n’est pas compliquée : boulette de rocher sur fond de rivière boueuse suivi d’un millefeuille de racine finement aspergé de gadoue, boisson : bouteille d’eau de pluie. Bordel, il pleut toujours !

Rester sur le vélo, épargner mes yeux, ne pas avoir froid sont mes seuls objectifs sur ce terrain technique et physique à souhait ! A l’arrivée de chaque spéciale, chacun y va de son aventure, regard rouge et larmoyant, l’émotion est forte mais la boue pique encore plus !

 

 

Du frein qui te lâche jusque dans le palmier d’en face, de la roulade épique où le sac à dos s’emmêle dans le vélo après avoir été dévié par un bidon, tombé à terre, dans un arbre sur lequel tu n’as pas pu compter pour t’arrêter puisqu’il cède sous ton poids, te laissant cloué au sol tel une tortue retournée sur sa carapace incapable de revenir à une position plus conventionnelle, plus habituelle du moins…

A nous entendre, ça me rassure, on est bien tous dans le même bateau. Oui, oui, aujourd’hui on vogue sur l’eau, plus qu’on roule, enfin si, on se roule bien par terre quand même. Mais qu’est ce qu’on rigole ! Notre bonne humeur n’est pas enrayée et cette aventure rapproche.

Essorer mes gants, mon entrejambe, vider mes chaussures et nettoyer mon masque, quand c’est encore possible, sont mes principales activités. Pédaler et piloter c’est pour s’occuper l’esprit ! C’est histoire de…

 

 

Jour 3

A l’aube du troisième jour – c’est une longue nuit – la pluie s’est enfin calmée. Elle semble réconciliée avec le soleil ! Ma lassitude en prend un coup, je ne suis pas habitué à tant de luminosité. Mes yeux pleurent aux moindres rayons éclatant de soleil… ah non, c’est un grain de boue de la veille qui veut sortir !

Pouah, quel soulagement de te revoir ma petite boule de feu ! Enfin, on va pouvoir se gaver et pleinement en profiter, mais c’était sans compter sur les orages de montagne qui anéantiront la dépose hélico prévue ce matin !

Tant pis ! L’organisation est de taille, intelligente et expérimentée. L’email matinal le confirme. Elle nous invite ailleurs, dans un autre bon spot. Sont pas fous ici, ils avaient tout prévu !

 

 

Ce dernier jour redonne du baume au coeur. Mon rêve prend enfin le pas sur le cauchemar et tourne au fantasme ! Aujourd’hui, on débarque sous le soleil, dans le Jentree Bike Park de Justin Leov, encore une légende !

L’endroit est idyllique pour une journée de ride. Surplombée par des monts dénués d’arbre, dont l’herbe jaunie par le soleil réchauffe nos esprits, l’esplanade au fond de la vallée et la vue sur la quasi totalité des parcours du jour assurent une ambiance à la hauteur de l’événement.

 

 

River Gap

Et c’était sans compter sur l’originalité de l’organisation qui nous concoctait une arrivée sur les chapeaux de roues. Il fallait traverser une rivière de 5m de large et 40cm de profondeur. A chacun sa technique, mais spectacle assuré !

 

 

Visible depuis le départ, plus de pilotes en terminent, plus la foule s’épaissit, plus le grondement des supporters s’étend. Un brouhaha motivant ! Presque terrifiant… La pression est maximale, le suspense est à son comble !

Au départ, après avoir vu quelques belles boites, j’envisage de jouer la sécurité  même si je me dis que ça doit passer en bunny-up. Mais c’est long quand même ! J’hésite ! J’ai encore le temps d’y penser…

Jusqu’au moment où le géant Peat se pointe à côté de moi, au sommet, et me lâche sur un ton paternel : “Tu fais quoi fils ? – Je vais tout sauter !“. Ah putain ! Enfin, voilà quelqu’un de censé et de joueur !

 

 

C’est décidé, je sprinte, je tire, et hop, petit bunny-up par dessus cette flacounette, certes sans la longueur et la classe d’une légende. Mais je reste sur mon vélo jusqu’à la ligne d’arrivée. Lancé jusqu’à la binch’ et le buffet !

Un service et une qualité à faire pâlir un étoilé Michelin avant d’attaquer la remise des prix dans la foulée…

 

 

Festivités

Le gourou local prend la parole et profite de l’attention pour déclarer les vainqueurs et donner place aux podiums, improvisés sur des culs de tonneaux. Champagne shower de rigueur pour tous et maxi récompenses. Il n’y a qu’en rêve qu’on doit pouvoir trouver ça :

 

 

…avant de se retrouver le nez dans la rivière ! Fallait bien qu’on se venge après tant d’heures de canoë et de baignade dans la fangue. C’est bon pour la peau, mais il y a des limites chef !

 

 

Quelques jeux s’ensuivent avant le tirage au sort de la tombola du jour et là encore je crois rêver – en fait non je rêve bel et bien – quand je vois la quantité et la qualité des lots à gagner ! Autant dire que sur la totalité des participants, il y en a bien la moitié qui ne repart pas les mains vides. Pas déçu du voyage.

 

 

Et quand bien même tout ça se termine, la bonne ambiance règne toujours. Ca fait bien une heure que les podiums sont bouclés, la foule est toujours aussi épaisse et distraite… Quelle joie, quel bonheur, de franchement partager sa passion ! On imaginerait pas ça dans la vrai vie…

 

 

Quelle nuit !

L’émotion est grande, me submerge, presque trop… et BAM, mon inconscient s’en va, ma conscience reprendre le dessus. J’dors ? J’rêvais ? J’suis où là ?

Ouah dans mon lit ! Ah, j’ai compris, c’est fini, je me réveille. Ce n’était qu’un rêve. Rrroooo ! Du coin de l’oeil, j’aperçois 7h sur le réveil ! J’émerge, je sors du lit, puis comme tous les matins, premier réflexe, j’ouvre les volets. Et, il pleut… Pffff ! Et bien vivement ce soir que je retourne rêver…

 

La vidéo officielle de la NZ Enduro > http://www.endurotribe.com/2019/03/video-santa-cruz-nz-enduro-2019-le-film/

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