C’est désormais officiel, le Canyon Strive revient sur les devants de la scène et rapporte, avec lui, le fameux ShapeShifter. Si sur le papier, certaines choses différencient le nouveau venu de ses prédécesseurs, une question essentielle reste en suspend : Qu’est-ce que ça donne sur le terrain ?! 

Pour s’en faire une première idée, nous avons répondu à l’invitation de la marque. Direction Malaga, au contact de l’équipe Canyon et du nouveau Canyon Strive. Une nouvelle occasion de tenter de faire la part des choses et rapporter quelques observations intéressantes dans le contexte actuel…

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes – Photos : Canyon / Boris Beyer


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Dans l’ambiance…

Pour la présentation et la prise en main du Canyon Strive, l’équipe qui a conçu le dernier venu a retenu la Costa Del Sol, au sud de l’Espagne, et les alentours de Malaga. En premier lieu, pour le climat clément qui y règne à cette période de l’année : 18°, grand soleil et de la poussière, pas mal pour un 10 janvier.

Mais c’est aussi parce que sur place, les pilotes du team, Fabien Barel et Dimitri Tordo cette fois-ci, y ont validé la qualité des tracés. Derrière la côte très urbanisée, les montagnes qui découpent le paysage sont truffées de carrières… Et de leurs pistes d’exploitation ! Autant de voies pour accéder sur les hauteurs en un coup de volant ou de pédale, avant d’en redescendre.

Vu les traces et le travail évident qui est effectué sur les chemins, les locaux l’ont bien compris. Ça fuse avec vue sur la mer, ça tricote entre les arbres, il y a toujours du rocher dans l’histoire, et parfois du sable à y surfer plus que de raison… Le tout, juste ce qu’il faut de travaillé et de roulé. Un spot visiblement très sec, et une piste qui porte le nom de Sram, la marque y ayant déjà usé du crampon pour mettre au point ses suspensions.

 

 

Le nouveau ShapeShifter

Entrons dans le vif du sujet. À la pédale, tout d’abord. À première vue, que vaut le nouveau ShapeShifter ?!

À régler...

À régler, rien de très compliqué… Quoi que ! Il y a tout de même de quoi s’y mélanger les pinceaux. Un peu de méthode et d’attention sont nécessaires. D’abord, pour ne pas se tromper de position : le SAG de l’amortisseur doit se faire en position descente, la pression dans le vérin du ShapeShifter en position montée.

Ensuite, le volume d’air dans le vérin du ShapeShifter est très réduit. Il faut donc être fin avec la pompe pour ajuster la pression. Globalement, les préconisations de la marque fonctionnent : la même pression dans le ShapeShifter que dans l’amortisseur, sans dépasser les 200psi dans le premier.

À commander...

Au guidon, on peut saluer l’effort d’ergonomie de la marque : enfin une commande qui place sous le guidon le dispositif d’aide au pédalage ET la tige de selle télescopique ! Le positionnement de l’ensemble demande un peu d’attention pour que l’ergonomie soit parfaite – notamment pour atteindre le bouton qui relâche le ShapeShifter – et il faut un petit temps d’adaptation pour tomber sur le bon levier… Mais globalement, c’est déjà meilleur que de lâcher à moitié le cintre et chercher le levier qui se trouve dessus.

Le ShapeShifter en lui-même, gagne forcément avec ses leviers à clics qui ne demandent plus à être maintenu enfoncés. Le passage du mode montée au mode descente est assez clair : sur le plat, on sent assez distinctement que le vélo se tasse. À la bonne pression, il faut une petite oscillation, ou un léger impact à la roue arrière, pour déclencher le mouvement. La perception du mouvement est favorisée par le fait que fréquemment, en fin de liaison, on soit assis sur la selle au moment de déclencher la manœuvre. On fait corps avec le vélo, son mouvement d’assiette est bien perçu.

Dans l’autre sens, du mode descente vers le mode montée, c’est moins évident. Le mouvement de pédalage en danseuse n’a pas besoin d’être forcé, et la roue arrière n’a pas besoin d’être décollée du sol, mais puisqu’on se lève et que l’on est soi-même en mouvement sur le vélo, la perception de son mouvement d’assiette est moins claire. À l’usage, la manœuvre se rapproche de celle que l’on fait avec une tige de selle télescopique, à une différence près : la plupart des tiges émettent un “toc” en arrivant en haut. Information sonore bien utile que le ShapeShifter ne prodigue pas.

Intérêt et/ou limites ?!

À l’usage, le ShapeShifter a-t-il un intérêt ?! En un sens, oui. C’est son usage qui m’amène logiquement à cette affirmation. En position descente, en pleine liaison, la suspension arrière a tendance à osciller, la position à tendre un peu au pédalo. Activer la position montée corrige les deux aspects. Entre Anti-squat plus important, débattement réduit et raideur de la suspension plus marquée, on croirait même avoir enclenché le blocage partiel de l’amortisseur…

À l’inverse, faire usage de la position montée en pleine descente est un calvaire. Boitier haut, angles redressés, suspension peu sensible… Le Canyon Strive n’a pas le visage que je dresse de lui à la suite de cette prise en main. Par chance, notons qu’en cas de panne (fuite d’air) du vérin, le ShapeShifter reste utilisable : il faut décoller la roue du sol pour passer en mode montée, et en faire usage normalement pour passer en mode descente. Un circuit hydraulique interne au vérin s’occupe de verrouiller les positions.

 

 

Question d’identité…

Voilà pour le ShapeShifter. Mais au delà, que vaut le Canyon Strive ?! Son caractère ?! Ce qui s’exprime en spéciale ?! Il me faut parler de la suspension arrière, y compris vis-à-vis du reste de la gamme Canyon, pour y voir très clair ensuite. À l’essai des Spectral et Torque, et après quelques tours de roues sur le Sender, on évoquait une nouveauté importante en matière de suspension arrière : cette tendance très claire à offrir comme une plateforme passée la position de SAG. Comme posée sur l’huile.

Et bien, même s’il cherche à s’en approcher, et même si le maintien est bon à son guidon, je trouve le Canyon Strive plus linéaire de ce point de vue. Une plateforme pas aussi marquée et évidente que sur les deux autres. On me confierait que la courbe de ratio est moins creusée, que les settings hydrauliques sont différents ou bien que la combinaison de deux engendre une légère différence, que j’y croirais. Autant, je n’ai jamais ressenti le besoin de jouer des tokens sur le Spectral, autant, en faire usage ne me surprendrait pas, à la longue, sur le Canyon Strive.

 

 

29 pouces tendance ?!

Rien de grave à ça. Je parle ici d’une légère différence, pas d’un gouffre. Elle reste dans un écart suffisamment restreint pour respecter l’identité de la marque. Mais surtout, elle permet de faire étalage des traits de caractères que le Canyon Strive a dévoilé en premier…

À pumper

Fut un temps, Fabien Barel himself disait du 27,5 pouces qu’il savait générer de la vitesse en pumpant, en tournant, en engageant, là où le 29 savait la garder, et préserver son bonhomme. On se doute donc de ses objectifs quand il a fallut concevoir un vélo à grandes roues… Faire un 29 qui sache, aussi, générer de la vitesse ?! 

À première vue, le Canyon Strive est sur la bonne voie. Avec des réglages de base (30% de SAG, détente à mi-plage, pas de compression, token d’origine) le vélo a un caractère intéressant pour jouer du terrain. Empattement relativement contenu, suspension arrière au maintien constant et utile, bases courtes qui permettent de tirer du manual, pousser la roue arrière dans les trous… Le Canyon Strive me semble avoir de bonnes prédispositions.

À tourner

On les retrouve assez logiquement en courbe où, là aussi, les côtes et l’assiette du vélo incitent à pousser pour générer de la vitesse, et ou sortir en wheeling. Dans ces circonstances, le Canyon Strive offre d’ailleurs des dispositions particulières. Sur le papier, son boitier de pédalier est bas : 336mm du sol, ça commence à faire. En ligne droite, l’effet 29 pouces – qui positionne le pilote à l’intérieur du vélo – semble d’ailleurs souligné.

Mais gare aux manivelles courtes : 165mm sur l’ensemble de la gamme. Le bénéfice du boitier bas est atténué pour ceux qui, comme moi, pilotent en mettant systématiquement le pied extérieur en bas quand ça tourne. Un contraste à saisir, et auquel s’habituer pour certains… Une aubaine pour ceux qui, à l’école anglo-saxonne, tournent un maximum les manivelles à l’horizontale ?!

À placer

Pour le reste, le Canyon Strive présente également de bonnes caractéristiques quant à la raideur de son châssis. Un essai plus complet mériterait d’y utiliser d’autres roues pour faire la part des choses, mais pour l’heure, le cadre n’a pas donné signe de difficulté à l’usage des Mavic Deemax dont on connait la précision et la bonne rigidité latérale.

Sur les terrains plutôt cassants et secs des hauteurs de Malaga, l’ensemble était même plutôt à son avantage, et au mien, permettant des appuis ce qu’il faut de précis et francs au moment de prendre des initiatives entre deux rochers, deux arbres ou deux racines. À y repenser, on aurait d’ailleurs pu finir plus rincé et brassé que ça, vu le terrain. Bon signe ?!

 

 

Sur le marché ?!

Une prise en main, une journée durant. Il est un peu tôt pour livrer un verdict et poser des affirmations précises. Les observations que je livre ici sont très similaires à celles que je note lors des premiers roulages d’un essai complet. Je veille ensuite à les confirmer ou les infirmer, par différents procédés.

Reste que compte tenu des autres essais menés récemment, quelques dernières observations me viennent à l’esprit. ShapeShifter oblige, je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec le Scott Ransom et son TwinLoc. Deux vélos qui tirent parti, mais qui nécessitent leurs dispositifs d’aide au pédalage pour être aussi polyvalents qu’on l’attend ?! Le comparatif me fait également penser que sur le terrain, le Canyon Strive parait effectivement plus court que le Scott Ransom, comme les 19mm d’empattement d’écart à taille équivalente, le suggèrent.

En parlant de géométrie, je suis d’ailleurs étonné de constater que sur le papier, le Canyon Strive et le Lapierre Spicy sont proches. Jamais plus d’un degré ou de 5mm d’écart en taille L. Les collines de Blausasc et l’arrière pays Niçois serait-il à ce point inspirant ?! Plaisanterie mise à part, les deux n’ont pas le même tempérament pour autant ! D’ailleurs, c’est avec les sensations au guidon du Spicy que j’évoque la suspension globalement plus linéaire Canyon Strive, qui me parait plus neutre : à la fois moins exigeant, mais moins dynamique aussi que son concurrent.

 

 

Qu’en penser ?!

Faudrait-il y voir l’impact des cinématiques différentes ?! Regarder du côté des trajectoires de point de pivot virtuel et des subtiles différences qui les séparent ?! C’est une piste, à creuser, à l’occasion. À la fois pour vérifier cette hypothèse, et certaines autres, fondées durant cette, bonne, prise en main.

En attendant, le Canyon Strive a les cartes nécessaires pour prendre place sur le marché. Il peut logiquement ambitionner une place au sein des Enduro 29 pouces qui gagnent en polyvalence ces derniers temps. On voudrait leur coller l’étiquette de la race en oubliant presque que bien souvent, ça implique des kilomètres et des kilomètres.

On voudrait aussi leur coller l’étiquette de la sobriété, comme si rouler vite ne devait pas être amusant… Pourtant, il y a de quoi faire et s’amuser au guidon du Canyon Strive. D’ailleurs, à ce sujet, je mettrais même un pièce sur le fait qu’il propose un bon compromis en la matière. L’avenir nous le dira 😉

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