L’an passé, Canyon était aux avant-postes pour renouveler une bonne partie de la gamme qui nous concerne. Le Spectral, son best seller All Mountain, et le Torque, revenant typé gros Enduro, inauguraient une nouvelle architecture, tous deux à base de roues 27,5 pouces et d’ambition fun, drôle, joueuse… 

Néanmoins, les conclusions à l’essai et en commentaires le laissait entendre : il y avait de la place pour un 29 pouces orienté race et vitesse… Voici donc, logiquement, le Canyon Strive, modèle iconique d’Enduro, qui se refait une beauté, et ambitionne de répondre à la demande… Comment ?! Endurotribe s’est penché sur la question. Réponse !

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes – Photos : Canyon / Boris Beyer


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Quelle voie prendre ?!

Souvenons-nous l’hiver passé : les nouveaux Spectral et Torque avaient un sacré air de famille ! Leurs designs, plébiscités par les pairs de l’Industrie, instauraient des lignes nouvelles au sein de la gamme…

De son côté, l’ancien Canyon Strive disposait d’un élément clé aux yeux de la marque : le ShapeShifter. Un dispositif ambitieux, mais dont les faiblesses de jeunesse ont donné du fil à retordre à tout le monde. Une expérience sur laquelle les ingénieurs de la marque se sont penchés pour trouver des solutions, et des axes d’amélioration. Suffisamment en tout cas pour vouloir continuer à faire exister le dispositif.

Oui mais voilà : le ShapeShifter a des exigences particulières en matière de cinématique. L’adapter à la nouvelle architecture des Spectral et Torque n’était pas satisfaisant, à différent égards. Voilà donc les têtes pensantes de la marque face à un dilemme : favoriser une dynamique totalement nouvelle et à succès, ou offrir une seconde chance à un concept ayant mobilisé tant de ressources ?!

 

 

Canyon Spectral 2019

  • Destiné à l’usage Enduro
  • Roues en 29 pouces 
  • 150/170mm, Fox DPX2 ou RS Super Deluxe
  • Triangle avant & arrière carbone
  • Reach de 470mm en taille L, offset court
  • DT Swiss ou Enve, 30mm

  • Maxxis Minion DHR 2.5 WT Exo
  • Sram Code, 200mm av/ar
  • 6 modèles, 4 tailles, 2999€ à 6999€
  • 14 à 15,45kg, annoncés
  • Dispo immédiate 
  • Fiche du vélo sur www.canyon.com

 

Raffinement…

Ambitieuse, la marque de Coblens ne recule pas devant un défi. Ça commence à se savoir. Le nouveau Canyon Strive offre donc une seconde vie au ShapeShifter. Raison pour laquelle, au premier coup d’oeil, il ne renie pas sa parenté avec son prédécesseur…

Reste que le nouveau Canyon Strive sort en 2019, et compte bien se placer dans l’air du temps. Après quelques instants, et face à l’ancien modèle, les différences commencent à se faire sentir…

 

 

Le nouveau ShapeShifter

On le voit donc, le ShapeShifter n’est pas anodin sur ce vélo. À bien des égards, sa présence en impose. Voyons donc comment il évolue, au point d’être à nouveau de la partie. Pour rappel, l’ancienne version recueillait deux principaux reproches : une fiabilité limitée et une manipulation pas toujours évidente…

Nouveau fournisseur

En matière de fiabilité, les problèmes provenaient de deux facteurs. Le premier, la difficulté de production d’un vérin hydropneumatique de cette taille, travaillant à de telles pressions. Canyon parvenait à en produire une petite série, pour le développement du vélo, mais a vite du faire face à des difficultés au moment de tenir à grande échelle.

La marque s’est fait une raison, constatant qu’il s’agissait d’un métier à part entière… Et a donc sollicité Fox, dont le savoir faire est plus à propos. C’est donc la marque à la queue de renard qui se charge de produire le vérin du nouveau ShapeShifter. Elle s’engage, par là-même, à en assurer le suivi et le SAV. Canyon et Fox s’engagent et se tiennent donc prêts, si besoin.

Nouvelle dimensions

Pour réduire les risques, la cinématique du ShapeShifter évolue de concert. Pour bien saisir, petit rappel sur le principe de fonctionnement du système…

Pour fonctionner, le vérin du ShapeShifter doit exercer un certain effort. En son sein, la surface du piston a été augmenté. Effort = Pression x Surface > pour un même effort, la pression est désormais moindre. Des 180 à 260Psi recommandés, il s’agit désormais de 120 à 200 psi, soit 35% de moins, à pilote équivalent.

Cinématique adaptée

Les plus fins l’auront noté : l’orientation du ShapeShifter et du basculeur évoluent également vis-à-vis de l’amortisseur. De cette manière, l’effort appliqué par l’amortisseur sur le vérin du ShapeShifter intervient plus tôt dans la course de la suspension.

Auparavant, ça intervenait passée la position de SAG. Il fallait donc que le pilote déporte son poids vers l’arrière pour tasser la suspension et actionner le mode descente. Idem à la montée, où il fallait se déporter fortement vers la potence pour détendre le système.

Désormais, le poids du pilote, et quelques premiers impacts si besoin, doivent suffir à tasser le système en mode descente. Se lever en danseuse doit suffire à le détendre. Le système se veut moins exigeant en matière de transfert des masses.

Nouvelle commande

D’autant que le nouveau mode de commande du ShapeShifter apporte aussi sa pierre à l’édifice. Avant, il fallait actionner, et maintenir enfoncé, le levier de commande, le temps que la position souhaitée soit atteinte. Manœuvre parfois difficile et périlleuse…

Il suffit donc désormais de passer commande, le système doit faire le reste dans l’instant qui suit. Une manœuvre d’autant plus facile qu’on le voit, Canyon a travaillé l’intégration des leviers sous le cintre, là où l’ergonomie est la meilleure…

Sans pour autant déplacer la commande de tige de selle, plus essentielle encore. Tout se fixe selon le mode de fixation Matchmaker de Sram. Canyon a développé son propre levier de tirage à câble, compatible avec toutes les tiges de selles du marché, et le levier de commande des Reverb peut prendre place également.

 

 

D’un point de vue cinématique…

Mais au fait, sur quoi joue le ShapeShifter ? D’un point de vue cinématique tout d’abord, son impact est intéressant.

Réduction du débattement

En position montée, le pied de l’amortisseur s’éloigne du point de pivot du basculeur. Pour un même déplacement à la roue arrière, le bras de levier est donc plus important à l’amortisseur, la course est consommée plus rapidement : le débattement est réduit. 135mm contre 150mm.

Par là-même, la suspension devient plus raide, plus vite dans le débattement. C’est déjà le cas au SAG. Les réglages qui permettent 30% de SAG en position descente, n’engendrent que 25% en position montée, comme le montre la courbe de ratio raideur ci-dessous…

Hausse de l'anti-squat

La manœuvre a un autre effet, peut-être aussi important que la réduction du débattement : elle fait pivoter l’ensemble de la cinématique du triangle arrière, plaçant le point de pivot virtuel plus en hauteur par rapport au brin supérieur de la chaîne.

Cette action a pour effet d’augmenter la valeur d’anti-squat de la suspension. 10% supplémentaires qui, l’air de rien, conservent la courbe au dessus des 100% en mode montée, et la laisse descendre en dessous en mode descente.

 

 

Pareil, mais en différent ?!

Débattement, SAG, Anti-squat… Ok, les arguments sont suffisants pour suggérer que le ShapeShifter ait sa part d’influence à l’usage… Mais revenons au constat de base : sa présence implique d’utiliser une cinématique légèrement différente des dernier Sender, Spectral et Torque, plus proche de l’ancienne génération des vélos allemands… Alors, que vaut cette cinématique ?!

Sur le papier, elle cherche tout de même à proposer ce qui doit désormais faire la marque de fabrique, l’identité de la marque. Cette fameuse idée d’une suspension à trois phases : sensible > stable > progressive. Pour y parvenir, quelques nuances subtiles par rapport à l’ancien Canyon Strive sont intéressantes à noter…

Deux dispositions clés qui, si l’on en croit nos précédentes observations, doivent participer au passage du 27,5 au 29 pouces : bien maîtriser l’anti-squat pour garder un vélo dynamique, bien gérer la position du point de pivot virtuel pour que le vélo garde une certaine dynamique…

 

 

… Et côté chiffres !

Des indicateurs à compléter, pour finir, avec les éléments de géométrie que le Canyon Strive 2019 finit par dévoiler.

L’occasion de noter que le ShapeShifter joue sur 1,5° d’angle et de préciser qu’il rehausse le boitier de 15mm en statique, possiblement un poil plus en dynamique, SAG et anti-squat entrant en jeu.

L’occasion enfin, de relever des chiffres dans la tendance du moment pour ce qui concerne les derniers Enduro 29 pouces du marché : 470mm de reach en taille Large, 435mm de bases courtes – pour un 29 – 1230mm d’empattement total, 66 degrés d’angles… Mais aussi deux singularités :

  • un boitier bas – à 336mm du sol – couplé à des manivelles courtes – 165mm pour toutes les tailles
  • un offset court – 42 à 44mm selon les fourches – couplé à des potences de 40mm et cintres en 780mm

 

 

La suite ?!

Voilà donc pour les présentations. Le Canyon Strive 2019, tant attendu par certains, abordé sous tous ses angles. Reste seulement à préciser que pour monter le segment de gamme, et pour sauver une fois de plus le poids compétitif et nécessaire à la présence du ShapeShifter, les Canyon Strive font exclusivement appel au carbone.

Une version CF, plus abordable financièrement, et permettant de débuter sous la barre des 3000€, et une version CFR plus travaillée, pour les deux versions haut de gamme. Si l’on se réfère aux éléments de notre précédente enquête sur l’usage du carbone, les CFR usent de fibres et d’un lay-up différents pour sauver 300g sur la balance – 2400g sans amortisseur pour le cadre CFR. Canyon indique avoir choisi d’obtenir les mêmes raideurs et niveaux de solidité dans les deux cas…

Qu’est-ce que ça donne sur le terrain ? Comment se comporte le ShapeShifter ? quel caractère a le nouveau Strive ?! Comment se place-t-il par rapport aux confrères de la gamme ?! Et l’impression donnée vis-à-vis de la concurrence ?! On a pris la direction de Malaga, à la rencontre de l’équipe Canyon : prise en main complète, à lire très vite !

 

 

 

Le segment de gamme Canyon Strive 2019

Article lu 11 601 fois. Merci !