Après les essais cette saison des Spectral CF 9.0 Pro et Torque CF 8.0, nous avons élargi la gamme de tests avec la version féminine du Spectral : le Canyon Spectral WMN CF 9.0 SL ! Et qui de mieux que Nadine Sapin pour mettre à l’épreuve ce vélo lors de l’Epic Enduro…

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes


 

Au sommaire de cet article :

 


Un objectif Epic

Mon objectif était la mythique épreuve Epic enduro 2018 !

Je les ai toutes terminé depuis la première édition en 2014, que j’avais d’ailleurs remportée. Je voulais être encore présente cette année et bien sûr la terminer. J’adore cette épreuve, j’aime ce type d’effort, les sentiers du Caroux, l’ambiance ! Cela motive pour s’entraîner pendant l’hiver. J’adore aussi réfléchir pour choisir mon matériel afin d’être le plus light possible mais tout en étant bien équipée.

A l’heure de (re)préparer ce redoutable et redouté objectif, je vous fais part de mes retours d’expérience “matos” 2018.

 


Choix du vélo

Pour cette course, il me fallait un VTT enduro ou all mountain avec minimum 150/140mm de débattement. Je voulais un vélo light car 1kg supplémentaire sur un bike après plus de 5 heures de pédalage (et il en reste beaucoup), cela se ressent tout de suite dans les jambes. Il fallait également un bon équipement pour pouvoir résister aux voies romaines des spéciales de “Bardou” et “des Fleisses”, aux passages techniques de “Colombières” et du “Pin”. Il ne fallait donc rien négliger.

Le tout nouveau Canyon Spectral WMN CF 9.0 SL 2018 affichant 12.2kg, un équipement de qualité et des suspensions adaptés au gabarit féminin, correspondait parfaitement à mes attentes sur le papier. Et en plus, c’est un VTT femme, le top ! Je l’ai reçu 1 semaine avant l’épreuve, juste le temps de rouler une fois avec pour faire mes premiers réglages, et une deuxième fois pour essayer de le prendre en mains. Ce fut “short” mais il a  fallu faire avec.

 

Premières impressions…

Court, light et problème de jeu dans la direction ! Lors de mes premières tours de roues avec le vélo, j’ai eu du mal à bien me positionner dessus. Je le trouve très court (tube horizontal à 572mm en taille S). Je comptais mettre une petite potence en 30mm pour faciliter le pilotage en descente, je ne l’ai pas fait finalement et j’ai laissé celle d’origine en 40mm, déjà un peu courte pour mes 166cm. Je dois également reculer un max la selle pour me sentir bien.

 

 

Après quelques sentiers en montée et en descente, j’ai toujours l’impression d’avoir un tout petit vélo mais en tout cas il est vraiment léger. Court, il tourne tout seul dans les virages et il est facile à guider.

Personnellement, ça fait vraiment plaisir de pouvoir rouler sur un VTT femme qui ne pèse pas lourd ! Enfin, du bon matos, sur un cadre carbone, des roues légères… Je trouve que c’est quand même dommage que la plus part, voir l’essentiel, des vélos des gammes femmes correspondent en général au bas de gamme chez les hommes. Enfin bon, ce n’est vraiment pas le cas avec le Spectral 9.0 WMN !

Je sens également du jeu dans la direction, je vérifie, elle est bien serrée et il y a assez d’entretoise. Si je serre plus, je vais écraser les roulements ! Mais que se passe-t-il ? Le vélo est neuf, il manque la bague de fourche ? Le jeu de direction n’est pas adapté ?

Cela ne me semble pas possible. Et là, à quelques jours de la course, on se sent un peu seule. Vendu exclusivement en ligne, les réparations express/urgentes peuvent s’avérer plus compliquées avec ce mode de distribution, selon les magasins et/ou la zone où l’on se trouve…

 

Les modifications

Résoudre le jeu dans la direction !

C’est bien évidement ma première intervention sur le vélo. Heureusement, je suis assez bien outillée. Je démonte le poste de pilotage et je m’aperçois que la pièce servant à empêcher le guidon de tourner à 180° est complètement coincée sur le pivot de la fourche. Je dois la sortir à coup de maillet tant bien que mal !

Une fois enlevée, j’essaie de l’agrandir (c’est un bague fendue), j’y arrive un tout petit peu ce qui permet de la remettre.

Il est impossible de la remplacer car elle est complémentaire au jeu de direction. Je graisse donc le pivot de fourche, je repositionne la fourche dans le cadre et je dois à nouveau à coup de maillet positionner la pièce pour qu’elle colle bien au cadre.

Du coup, il faut que je mette une entretoise plus grosse pour pouvoir serrer la direction. Je teste tout semble bon. Il n’y a plus de jeu mais bon je me serais bien passée de ce bricolage maison.

Préparation pour l’Epic !

Je change les pneus d’origine pour avoir des pneus plus costauds en 2.40 et plus polyvalents avec une gomme tendre à l’avant (Michelin Wild Enduro front et rear), surtout que la pluie est annoncée pour la course en fin de journée.

Roulant avec les poignets “cassées” (angle main/avant-bras supérieur à 45°), je change aussi les poignées pour mettre des modèles ergonomiques qui m’obligent à avoir une meilleure position des mains et me permettent de gagner en force tout en soulageant les avant-bras.

 

 

Enfin, j’ajoute une petite sacoche de cadre (pour avoir mon ravito à porter de main et pour penser à m’alimenter régulièrement sans attendre d’arrêter de pédaler) et un garde boue.

J’aurai également voulu mettre un anti-dérailleur mais il n’y a aucun moyen d’en monter un classique. Le cadre est épuré au maximum. Mince, s’il y a bien une course où il en faudrait un, c’est celle-là avec ses interminables voies romaines. Je crains le pire…

 

 


Et après quelques temps !

Pour tester un bike, rien de mieux que l’Epic Enduro ! 120km, 4800m de dénivelés +/-, 11 spéciales, 3 montagnes différentes avec 3 types de terrain différents et pour cette édition, un terrain sec le matin et humide le soir. Autant dire qu’en un jour, j’ai testé le bike comme si je l’avais eu pendant un mois !

 

Dans sa globalité, j’apprécie vraiment le poids du vélo et son efficacité au pédalage. Que ce soit tranquille en liaison, en position trail (gâchette de l’amorto en position intermédiaire) dans les longues liaisons ou en relance dans les spéciales amorto débloqué, le vélo répond présent. Il ne s’écrase pas, réagit de suite. C’est top et efficace.

En descente, le vélo est assez rigide, ce qui demande de la précision et de lui imposer ce que tu veux faire pour ne pas trop subir le terrain et le vélo. J’aime bien ce type de pilotage qui n’est pas de tout repos par contre.

 


Ses principales qualités ?

Sa principale qualité est d’être, enfin, un VTT d’Enduro pour les femmes haut de gamme, au look full black épuré et parfaitement équipé par du bon matériel de qualité.

Le cadre carbone associé à un groupe Eagle X0, des roues DT Swiss 1200 carbones… donne un ensemble homogène, haut de gamme qu’on a plaisir à voir et surtout à utiliser.

 

 

Par ailleurs, les suspensions sont préparées pour des poids légers. Cela permet pour une fois de mettre une pression adaptée à mon poids sans que celles-ci perdent en efficacité. J’apprécie vraiment ce paramétrage d’origine.

 

 

Enfin, Canyon a pensé aux petits détails comme la protection de toutes les zones sensibles aux chocs ou aux frottements : manivelles, haubans arrières/chaîne, dessous du cadre. On trouve aussi sur les gâchettes de changement de vitesse et de tige de selle, un antidérapant. Ce sont des détails mais cela montre que tout a bien été réfléchi.

 

Ses principaux défauts ?

Cette fameuse pièce au niveau de la direction

Je pensais avoir résolu mes problèmes de direction mais lors du contrôle du vélo entre les boucles 1 et 2, je me rends compte que j’ai encore du jeu. Bien moins que lors de mes premières sorties mais quand même. Je vérifie que l’entretoise que j’ai mis, dépasse toujours du pivot de la fourche (c’est bon), je resserre correctement. Rien à faire, c’est toujours là. Je n’ai pas le temps de tout démonter, tant pis faudra faire avec.

Ce n’est quand même pas normal pour un vélo de cette qualité. Cette pièce est ingénieuse sur le papier et évite que les commandes s’incrustent dans le cadre en cas de mouvement brusque mais elle n’est pas bien usinée.

Les roues carbones sont un avantage et un inconvénient

On apprécie le poids, la résistance, la jante large (30mm) mais la combinaison rigidité de la roue arrière/triangle arrière de ce Spectral donne une sensation de flou de l’arrière dans les passages très accidentés. Ça part un peu dans tous les sens.

Roue trop rigide avec un triangle arrière un peu souple ? Difficile de savoir à mon niveau…mais du coup, je ne me sens pas très précise dans ce type de passage.

Le serrage de selle est intégré au cadre, c’est beau mais...

Mais… durant la course, lorsque j’ai voulu m’écarter pour laisser passer un pote dans la spéciale 2, toujours de nuit, je n’ai pas vu un petit arbre à droite et j’ai fait un arrêt net dans la pente. Belle et grosse chute sans gravité mais ma selle, en autre, s’est retrouvée à 90°. Je l’ai remise dans l’axe à la main avant de repartir. C’est bien sur l’instant car j’avais aussi besoin de remettre mon frein, ma coudière, mon masque… d’ailleurs que le temps parait long dans ces moments-là. En bas de la spéciale, je vérifie le serrage. J’étais déjà à fond. Je ne peux pas serrer plus. La pièce mériterait donc d’être mieux ajustée pour pouvoir éviter ce type de désagrément.

Et sinon…

Je trouve la garde au sol un peu basse. Dans les premiers passages pédalant et accidentés, j’ai tendance à toucher quelques rochers. Je dois donc rectifier le tir et faire attention pour éviter d’accrocher les pédales. Un poil plus de hauteur et c’était bon, dommage.

Enfin, ce que je craignais arriva, j’ai déraillé. Pas dans la spéciale la plus cassante bizarrement mais j’ai déraillé 2 fois de suite avec la chaîne qui s’entoure et là encore on perd du temps bêtement en compétition. Un petit guide chaîne d’origine serait donc utile et bénéfique.

 


Spectral WMN CF 9.0 SL – Qu’en penser ?

En le testant sur l’Epic enduro, avec plus de 10 heures sur le bike, un départ de nuit et une arrivée sous la pluie, j’ai pu apprécier toutes les qualités de cette bête de course pour femme. Il m’a permis de terminer une fois de plus cette épreuve mythique et d’être sur le podium. Pas de casse matériel, pas de défaillance du vélo, le Spectral a bien assuré.

Tout est donc réuni sur un vélo de gamme femme pour les rideuses qui veulent chercher la performance. Enfin ! Avec ou sans chrono, bien évidemment.

C’est un vélo très polyvalent, un bon all mountain et un petit enduro. Pour l’exploiter et l’apprécier à sa juste valeur, un pilotage précis et une bonne condition physique seront tout de même nécessaires ce qui correspond à des féminines d’un certain niveau, plutôt entraînées et non à des débutantes.

Par contre, les quelques pièces spécifiques Canyon (niveau jeu direction, serrage de selle…) ne sont à revoir et pas à la hauteur de ce Spectral ! C’est décevant.

Je mets une retenue sur les roues haut de gamme et légères, certes, mais l’ensemble devient peut être trop rigide et le cadre en souffre une peu, le pilote encore plus.

Enfin quid de la taille à choisir. Personnellement, je tendrais à prendre une taille supérieure à celle indiquée par Canyon et je mettrais une potence plus courte pour l’Enduro. Reste à trouver le bon événement dans l’année pour tester le vélo, et ne pas se tromper.

 

Pour en savoir plus sur le vélohttps://www.canyon.com/fr/mtb/spectral/2019/spectral-wmn-cf-9-0.html

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