Voir et comprendre ce qui se passe au coeur d’un amortisseur est rare. C’est pourtant la voie que Fabien Glatre et Julien Profichet ont choisi pour nous présenter le Fast Fenix, dernier né de la marque de suspension bretonne.

Dans quel esprit l’ont-il pensé ? Quels choix ont-ils fait ? Dans quelle logique ? Quelles sont les premières impressions sur le terrain ?! Premiers éléments de réponse accessibles et détaillés, à lire sur Endurotribe !

 


Temps de lecture estimé : 12 minutes – Photos : Fast Suspension / Jack Clayden & Endurotribe


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Le monde est petit…

L‘ingénierie mécanique n’est déjà pas une science donnée à tout le monde… Mais en son sein, une petite caste se détache encore. Celle de ceux qui maîtrisent l’art de la suspension. Certaines problématiques y sont poussées à leurs paroxysmes… Et parfois, les solutions trouvées n’ont pas d’égal

Loin de moi l’idée de marginaliser certains, tresser des lauriers à d’autres ou mettre de côté tout esprit critique. Je transmets simplement cette impression au contact de Fabien Glatre, cerveau à l’origine de Fast Suspension. Il a – dans les échanges, les propos et les idées – cette véritable culture de la suspension que je prête à certains. Ils sont peu au monde, se connaissent, s’observent et se respectent. Le monde est petit… 

 

 

Encore fallait-il…

Pourtant, Fast Suspension est surtout connue comme une entreprise d’entretien et de préparation des suspensions. Pas nécessairement une marque de produits à part entière. Logique puisque jusqu’à présent, Fabien passait encore beaucoup de temps à revisiter les produits de mass market concurrents pour les faire progresser. La cartouche Fast Yari’Up testée il y a peu étant le dernier exemple en date.

Il y avait donc comme un décalage entre la culture de Fabien et la stratégie de son entreprise… Et un pas à franchir pour mieux mettre à profit un certain savoir faire. Encore fallait-il oser et parvenir… Raison pour laquelle en tout cas, Fast Suspension se destine à devenir une marque de suspension à part entière. Le Fast Holly Grail était aux prémices de cette intention… Et le Fast Fenix, dévoilé ici, veut incarner ce (re)nouveau.

 

 

Pur Enduro

Nous voilà donc en présence d’une belle opportunité de plonger au coeur d’un amortisseur développé spécifiquement pour notre pratique. Oui, 100% Enduro ! Même avec son ressort hélicoïdal, et même si sur la balance il n’est certainement pas le plus léger du marché.

Un amortisseur qui doit répondre à une conception précise de l’Enduro : permette au vélo de pédalier comme il faut en liaison, et offrir des performances digne d’un produit de descente en spéciale… Le tout, sans compromis.

 

 

Premier coup d’oeil

Jusqu’ici, rien de sorcier donc. C’est ensuite que les choses deviennent intéressantes… Parce que loin de concepts très markétés, sans filtre ou presque, la présentation du Fast Fenix donne une rare occasion de voir et cerner ce qui se trame au coeur de cet objet. Un premier coup d’oeil vaut déjà le détour…

Au delà de ces premiers aspects,  Fabien a réponses et arguments pour chaque choix : joint, racleur, clapets, usinage, traitements de surface et autres. On pense pèle-mêle au revêtement Compcote de la tige, aux joints Vitons ou Trelleborg, aux clapets Sandvick… Qui parleront aux plus pointus d’entre nous.

 

 

Logique de conception

Fabien le reconnait volontiers, la science de la suspension existe dans de nombreux domaines et depuis plusieurs décennies maintenant. Il n’a donc pas la prétention de réinventer l’eau tiède, mais bien d’y avoir une culture avertie, et d’y faire des choix qui étayent le caractère qu’il veut donner à ses produits. Raison pour laquelle on poursuit la présentation du Fast Fenix plus en détail…

La détente

La phase de détente est gérée par le dispositif présent au sein du corps du Fast Fenix. La détente basse vitesse est réglable en extérieur, via une molette classique en pied d’amortisseur. Elle commande un pointeau à l’angle précisément défini. Fabien veut maîtriser finement ce qui se joue par ce pointeau, et ce qui passe dans le piston et les clapets ensuite.

D’ailleurs, le Fast Fenix conserve la détente haute vitesse ajustée en interne. La volonté première étant de ne pas envoyer quiconque au casse-pipe. C’est elle qui entre en jeu sur les forts impacts. Fast veut garder la totale maitrise de ce paramètre pour être certain d’offrir une prestation sûre et maîtrisée. Coups de raquette interdits !

La butée hydraulique

Sur le marché, certaines cinématiques de suspension sont prévues pour fonctionner avec des amortisseurs à ressort pneumatique. Elles peuvent avoir tendance à créer une accélération de la compression de l’amortisseur en fin de course pour contrer la raideur plus importante dû à la progressivité de l’air.

Si l’intention est louable, elle n’est pas foncièrement compatible avec l’usage d’un amortisseur à ressort hélicoïdal plus linéaire. Dans ce cas, le Fast Fenix peut disposer d’une butée hydraulique de fin de course. Sa présence ne sera donc pas systématique, mais possible…

Cette clapeterie vient donc gérer la compression en fin de course, uniquement. La quantité de course et l’importance de son effet restent des paramètres ajustables que Fast suspension détermine au cas par cas.

La plateforme

Quand la tige s’enfonce dans le corps de l’amortisseur, elle occupe un volume qui n’est plus disponible pour l’huile. Cette dernière passe donc du corps vers la tête de l’amortisseur. Première étape du cheminement de l’huile dans la tête : la plateforme au pédalage, qui se situe dans la première cavité de la tête (absente sur la photo ci-dessous)

Soit l’amortisseur est ouvert et tout passe vers la suite sans aucune influence sur le fonctionnement, soit c’est activé et l’huile doit passer à travers une nouvelle clapeterie spécifique. Fast Suspension peut alors ajuster avec précision l’intensité de ce dispositif avec un seul parti-pris : ne pas aller jusqu’au blocage complet, idée contraire aux valeurs de la maison…

Les compressions

Une fois la plateforme passée, l’huile parvient à la seconde cavité de la tête de l’amortisseur. Elle y rencontre trois circuits qui se succèdent…

L’huile emprunte d’abord la clapeterie de compression basse vitesse. Son incidence est ajustable via la molette externe. Plus on ferme, plus ça freine mais surtout, plus on retarde l’entrée en matière de la suite. Quoi qu’il en soit, si la vitesse est trop importante, le circuit basse vitesse fini par saturer.

L’huile emprunte alors le circuit moyenne vitesse prévu à cet effet. Là aussi, son incidence dépend du réglage externe disponible, et décale d’autant son influence vers les hautes vitesses. Une fois ce circuit saturé, celui de la haute vitesse prend alors le relais.

Ce dernier est ajusté en interne car ici aussi, Fast veut imposer sa vision : en cas de fort impact, il faut des hautes vitesses ouvertes, sans quoi l’amortisseur fige alors qu’on lui demande expressément l’inverse. Fast juge que nombre de concurrents du marché ont ce problème, et veut éviter ça. Au sein de l’amortisseur, les flux d’huile sont d’ailleurs dimensionnés en conséquence.

La membrane

En bout de tête, l’huile parvient à la troisième cavité. Elle y actionne une membrane et non un piston flottant. La solution assure entre autre une bonne réactivité du dispositif et Fabien, ici aussi, garde un oeil sur la ré-alimentation de l’amortisseur en huile quand la phase de détente entre en jeu.

 

 

Qu’en penser ?!

De par cette conception, et en s’ouvrant à une telle présentation, le Fast Fenix participe à démocratiser certaines notions de suspension intéressantes pour la compréhension de chacun. Notamment le fait que les réglages hautes et basses vitesses ne soient pas indépendants, comme la facilité et certaines technologies faussement bi-tube aimeraient laisser penser.

De par le parcours de l’huile et le dimensionnement des clapets, l’un joue bien souvent sur l’autre, comme nombre de produits concurrents… Mais ici, Fast suspension entend veiller à ce que la transition de l’une à l’autre soit bien maîtrisée et que ça ne sature jamais ensuite – débits suffisant, clapets sur mesure, prise en compte de la cinématique du vélo…

On retrouve ici des initiatives qui vont dans le sens des qualités que l’on avait déjà prêté au Fast Holly Grail par le passé. Bonne chose donc que la marque ait conscience de sa valeur et de son identité, qu’elle tente de l’asseoir encore.

Quelles sont les contraintes en matière d’ajustement ? Quelle démarche de réglage adopter ? Comment en tirer parti ? Qu’est-ce que ça apporte à l’usage ? Autant de question que seul un essai complet peut solutionner, mais force est de constater qu’au moins, une pièce importante du puzzle soit portée à notre connaissance…

 

 

Prise en main

Pour l’heure, une première prise en main en Bretagne, autour de la base nature du Lac de Jugon, a été l’occasion de premiers constats encourageants. L’accueil chaleureux de Fabien, sa femme et sa petite famille… Les crêpes, galettes, charcuterie et cidres locaux… Tout était à la hauteur du produit, à moins que ce ne soit l’inverse…

Le Transition Sentinel à ma disposition et les sentiers environnants offraient l’occasion de premiers travaux. D’abord avec le Fox DPX2 d’origine, puis équipé du Fast Fenix…

Gain d'assiette

La première différence se situe au niveau du déclenchement de la suspension. Au lieu de sembler avoir un temps de retard, la suspension semblerait presque avoir un temps d’avance. Comme si quelque chose tirait la roue arrière vers le haut avant qu’elle tape l’obstacle. J’exagère bien sûr, mais il n’y a clairement pas de rebond puis de plongée à l’impact.

Ce trait de caractère a deux effets. Au pédalage, l’assiette du vélo est plus constante, les appuis sont plus stables et sains. À la longue, un atout pour les nombreux kilomètres de liaison qui peuvent s’enchaîner. L’effet peut globalement être le même en spéciale où les chocs se succèdent sans oscillations ou coup de raquette qui peuvent crisper le pilote et faire dévier de la trajectoire…

Gain de motricité

Avec l’assiette, l’adhérence/motricité à la roue arrière gagnent à ce premier usage du Fast Fenix. au pédalage en spéciale, ou en liaison, la motricité est également meilleure. Stabilité d’assiette +  motricité = ça passe sur le vélo sans mettre le pied à terre, et ça fait gagner à garder des efforts plus constants, on hache moins le rythme. On ne met pas certains coups de reins, on s’arrache moins dans la gravette ou au franchissement… On reste posé, et on pédale, de manière constante !

 

 

En conclusion ?!

Pour l’heure, on lève déjà un frein, une idée préconçue. Un ressort, au delà du simple poids, ça peut avoir d’autres arguments pour pédaler ! Les tours du Lac de Jugon en témoignent. Et l’envie de sortir de la trace principale pour compliquer les choses aussi. Les premières impressions donnent furieusement envie d’aller plus loin dans l’essai. Le potentiel est là !

Dans ce cas, autant jouer pleinement le jeu que la marque vise autour de ce produit. À l’achat, le Fast Fenix est proposé à 950€, ressort compris. À cette somme, deux points essentiels sont inclus : l’échange au préalable afin de configurer l’ensemble de l’amortisseur aux spécificités du pilote et du vélo, ainsi que le premier service à effectuer dans l’année qui suit.

Fast entend d’ailleurs aller plus loin. En cas de changement de vélo, il est possible moyennant un supplément, de re-configurer l’amortisseur pour l’adapter au nouveau venu : tête, entraxe, course, clapets, butée hydraulique… Plus qu’un objet, la marque veut proposer un savoir-faire, une expertise, un suivi.

La dernière occasion de s’offrir un Fast Fenix assoit d’ailleurs cette idée et la confiance dans le produit lui-même. Le Fast Fenix sera aussi disponible en leasing, avec option d’achat finale. Il y en aura cents exemplaires disponibles pour les fêtes de Noël. C’est donc le moment de s’y pencher 😉

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