Une nouvelle fourche à parallélogramme déformable semble pointer le bout de son nez. En effet la société Trust Performance s’invite au bal et dévoile la Trust Message. Un pavé dans la mare…

Après de nombreuses années d’ordre établi avec les fourches télescopiques, serait-on à l’aube d’une révolution en matière de suspension avant ?! Après Motion et d’autres, voilà en tout cas une nouvelle initiative dans ce sens… Qui est derrière tout ça ? Quels objectifs cette fourche poursuit-elle ? Est-ce que la barrière esthétique est enfin contournée ?

 


Temps de lecture estimé : 6 minutes – Photos : Trust Performance


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Trust Performance !?

La société américaine Trust Performance est à l’origine de la fourche Trust Message. Elle compte une vingtaine d’employés et une filiale directement à Taiwan. Mais qui est derrière tout ça ?

Ils sont trois ! Trois vétérans de l’Industrie du VTT qui refont une nouvelle fois leur apparition :

  • Dave Weagle : considéré dans le milieu comme le savant fou de la suspension. Il est effectivement à l’origine de bons nombres de brevets en matière de cinématique de suspension – DW-Link, Split Pivot, Delta System, etc. – mais aussi de certaines marques comme E-Thirteen ou Evil.
  • Jason Schiers : fondateur d’ENVE Composites, c’est le spécialiste carbone de la bande. Il fait partie de ceux qui ont changé les mentalités à propos de l’intérêt des roues carbones.
  • Hap Seliga : co-fondateur d’un important site de vente par internet Compétitive Cyclist, il est le chaînon manquant, celui qui saura vendre les produits aux plus dubitatifs…

D’accord, mais alors qu’en est-il du produit ? En quoi la fourche Trust Message est-elle unique ? Quelles sont les technologies employées ?

 

 

Pourquoi donc ?

Un tube de direction, un axe de roue et 4 articulations. Il n’y a pas de doute la Trust Message est bel et bien une fourche à parallélogramme déformable. Visiblement c’est de saison, après la française Motion, place à l’américaine.  Mais alors quels objectifs poursuivent-elles ? Après quoi ou qui en “veulent-elles” ?

Elles suivent clairement le même chemin : la remise en question des fourches télescopiques. Ces dernières avaient jusqu’alors une vie plutôt paisible, mais c’est terminé. Ces nouvelles marques avancent les inconvénients majeurs des fourches télescopiques comme argument fort : rigidité limitée, frictions élevées, plongée au freinage, etc.

Elles essaient de faire passer les fourches actuelles, et le compromis avantages/inconvénients qu’elles représentent, pour obsolètes ou dépassées. Trust Performance, Motion, pour ne citer qu’elles, proposent donc autre chose. Et pour cela, exploitent-elles finalement les mêmes technologies ? Sont-elles fondamentalement similaires ou différentes ? 

 

 

Ses objectifs

La Trust Message se veut anti-plongée. Lors du transfert de masse vers l’avant au freinage, la capacité d’amortissement, en l’occurrence le débattement, est conservée. La construction avec articulation de la Trust Message semble aussi pouvoir diminuer les frictions liées au sur-dimensionnement des fourches télescopiques pour assurer une rigidité convenable.

La Trust Message évite l’arc-boutement mais se permet aussi de gérer la course de l’axe de la roue. Une cinématique et une courbe de ratio en découle, comme pour les suspensions arrières. Fondamentalement, la Trust Message et la Motion E18 poursuivent donc les mêmes objectifs. Mais sont-elles similaires pour autant ?

 

 

Points communs…

La Motion E18 et la Trust Message poursuivent un but identique, et y parviennent avec quelques technologies similaires. Savoir comment chacun contourne volontairement ou involontairement le brevet de l’autre est une autre question…

Pour le moment, c’est la construction à parallélogramme déformable qui permet à la Trust Message comme à la Motion E18 d’éviter les inconvénients avancés à propos des fourches télescopiques. L’autre point commun c’est l’usage d’un amortisseur pour gérer la détente.

 

 

…et différences !

Cependant la Trust Message se démarque sensiblement de la Motion E18 :

  • l’axe de roue est situé à l’arrière et non pas à l’avant de l’axe de direction (La cinématique de la Trust comme de la Motion permet de modifier et de gérer la course de l’axe de roue selon une course différente de celle de l’axe de direction… L’axe recule en début de course sur la Trust, c’est le Trailing Linkage System, il a pour objectif d’améliorer la stabilité de la direction)
  • l’amortissement est géré par un amortisseur “classique” et non pas une lame carbone. Il permet d’ajuster la courbe de progressivité qu’une lame carbone impose. Mais du fait d’un joint en frottement sur une tige, il apporte quelques frictions supplémentaires, même si…*
  • le parallélogramme se situe en bas de la fourche, il pourrait sensiblement baisser le centre de gravité de l’ensemble
  • elle est entièrement en carbone

 

* En aparté : nos suspensions arrières nous semblent souvent plus sensibles que nos fourches. Pourquoi donc ? Tout simplement parce que le cadre – la structure – assure la rigidité et la résistance quand son articulation – la cinématique et le ratio de suspension arrière qu’elle génère – permet de décupler les forces d’impacts. L’ensemble permet donc de réduire les dimensions de l’amortisseur et d’améliorer de facto la sensibilité. Un peu comme le downsizing des moteurs dans l’automobile.

 

 

Dans les détails

Revenons maintenant à des choses plus terre à terre. Sur le papier, quelles sont les caractéristiques de cette fourche Trust Message ?

 

 

La mayo prendra-t-elle ?

Voilà donc pour la découverte de la Trust Message. Avec la Motion E18, ces nouvelles fourches à parallélogramme déformables auraient de nombreux atouts techniques. La séparation de la structure de la suspension des éléments d’amortissement permettrait d’améliorer significativement les performances globales.

Reste que cette nouvelle façon de faire influence forcément les codes esthétiques établis jusqu’ici, met un coup de pied dans une fourmilière bien établie, et tente une nouvelle fois un de ces renversement dont le milieu du VTT et son industrie ont parfois le secret. Le jeu en vaut-t-il la chandelle ? La mayonnaise peut-elle prendre ? Au point de redistribuer les cartes !?

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