C’était encore une remarque en commentaires il y a peu : à quand des nouveautés plus abordables financièrement ?! Il y a quelques jours justement, le Marin Alpine Trail nous était présenté comme le dernier Enduro 29 pouces accessible de la marque : 2700 à 3600€ selon les montages…

Que vaut ce Marin Alpine Trail ? Sur le papier comme à l’usage ?!  En quoi se démarque-t-il ou se rapproche-t-il de la concurrence haut de gamme ? A-t-il des limites ?! Les quelques temps passés en sa compagnie apportent quelques éléments de réponse… Voyons plutôt !

 


Temps de lecture estimé : 8 minutes – Photos : Bike Connection / Rupert Fowler


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Marin, en quelques mots…

Pour ceux qu’un brin d’histoire intéresse, Marin est née au pied du Mont Tamalpais, au Nord de San Francisco, là-même où le VTT est communément né il y a plus de trente ans. Ses vélos faisaient d’ailleurs partie des modèles phares des toutes premières générations.

Si son business fonctionne outre-Atlantique, il n’en reste pas moins balbutiant en Europe, où plusieurs tentatives d’implantation sur le marché français ont échoué. Jusqu’à l’actuelle en ce mois de juillet 2018, qui constitue une opportunité à laquelle une chance doit être accordée.

D’autant qu’elle porte donc sur un modèle accessible. À la gamme, le Marin Alpine Trail prend place autour de l’Attack Trail – modèle d’Enduro – et sur un niveau de gamme intermédiaire, numéroté 7 et 8, pour des tarifs de 2699€ et 3599€.

 

 

Marin Alpine Trail

  • Destiné à l’usage Enduro
  • Roues en 29 pouces 
  • 150/160mm, Fox DPX2 + 36 Performance
  • Triangle avant & arrière aluminium
  • Reach de 465mm en taille L, offset normal

Sur le papier…

À quoi a-t-on droit à ce prix ?! Sur le papier, à des arguments une nouvelle fois en accord avec la grille d’analyse Endurotribe, appliquée aux nouveautés millésimées 2019 en matière de suspension, de géométrie et de maitrise de la rigidité. Raison première pour laquelle ce vélo retient notre attention !

Cinématique

Le Marin Alpine Trail se distingue par des choix simples, mais audacieux, en matière de suspension. Chris Holmes, brand manager Marin et ancien de chez Specialized, n’est visiblement pas innocent dans l’affaire, avec deux choix forts.

Le premier, un point de pivot fixe, au dessus du boitier de pédalier, qui simplifie à ses yeux la logique de conception, notamment sur la répartition des masses du pilote sur le vélo. Le second, un ratio de suspension plus bas que la moyenne concurrente : de 2.4 à 2.1, de manière très simple.

Deux choix qui visent à mettre l’hydraulique de l’amortisseur à profit en faisant circuler beaucoup d’huile et donc en ayant, in fine, une dissipation d’énergie et un feeling particulier… Tout en évitant d’avoir à être exigeant sur certaines capacités de l’amortisseur ?! On va mener l’enquête… 

 

Géométrie

Le choix du point de pivot fixe n’est pas anodin : il permet notamment de ne pas faire voler en éclat certains choix de géométrie une fois le vélo en mouvement. Ici, des options tout à fait dans la tendance des Enduro 29 pouces du moment.

Bases courtes – 430mm, record battu ?! – 465mm de reach en taille L, 65° d’angle de direction couplé à 51mm d’offset – formant 798mm d’un empattement avant conséquent – le tout systématiquement monté d’une potence en 35mm…

Si tout n’est pas identique au Commençal Meta AM 29 présenté il y a peu, certains points s’en approchent tout de même de manière intéressante… Notamment si l’on considère que d’un point de vue financier, les modèles les plus accessibles soient directement concurrents !

 

Rigidité

Le parallèle ne s’arrête d’ailleurs pas là. Marin tient à attirer l’attention sur le travail effectué au niveau des haubans et de la biellette : pas de pontet entre les premiers, mais une seconde qui a retenu toute l’attention des concepteurs pour assurer la rigidité nécessaire au vélo.

D’une version usinée / vissée de plusieurs pièces à la version définitive forgée/soudée, les itérations effectuées au cours du développement rappellent celles d’un certain Mondraker Foxy 29 présenté il y a peu. Et puisque l’on a longuement éprouvé l’intérêt de maîtriser la rigidité d’un 29 pouces…

 

Specs

Reste un point à aborder avant de passer au terrain. Et non des moindres : les specs ! Sans tomber dans la lecture de fiche produit que chacun sait aussi bien faire, notons quelques observations clés. À commencer par les bons points…

Tiges de selles téléscopiques en 150mm – sauf taille S – disques de freins en 200/180mm, jantes de 29mm entre crochets, montages mono-plateau avec cassette à large plage, cintre large et potences courtes…

À relativiser par un niveau de gamme volontairement restreint pour serrer les prix. Dans les deux cas, les Marin Alpine Trail 7 & 8 se positionnent bas dans les tranches “sous la barre des…” 3000€ et 4000€, où certaines marques dépensent quelques euros de plus pour monter en gamme.

 

 

Dans le contexte

J’ai pris en main le Marin Alpine Trail 8 en marge des Crankworx, aux Gets, l’espace d’une demi-journée. Un terrain de jeu résolument station, à profiter des remontées mécaniques et des traces jonchant le terrain autour des Chavannes. L’occasion d’y dénicher un run relativement complet alternant les rythmes, les pentes, les vitesses et les terrains : de la piste permanente ludique aux sous-bois plus engagés.

Le Marin Alpine Trail a visiblement eu du succès aurpès du groupe de journalistes présents à cette occasion. À moins que ce ne soit un nombre limité de montures disponibles qui ait créé l’impression de pénurie… Toujours est-il que pour être tout à fait honnête, j’ai roulé non pas un vélo purement de série, mais la monture de Chris Holmes, quelque peu upgradée dans son montage.

Roues et freins notamment, différaient du montage originel. Je ne tenterais donc pas de faire passer des vessies pour les lanternes, me prononçant avec la mesure nécessaire sur certains points. Les suspensions, la géométrie et la biellette eux, étaient conforme, l’essentiel est sauf 😉

 

 

La bonne surprise…

À plusieurs égards, le Marin Alpine Trail offre un comportement intéressant. De quoi me faire dire qu’intrinsèquement, ce vélo ait en lui une part du potentiel des bonnes montures du moment…

Cinématique à part...

Sur le run emprunté pour cette prise en main, et roulé avec d’autres vélos aux réglages parfois plus optimisés les jours précédents, le Marin Alpine Trail se distingue par une prestation intéressante de sa suspension arrière, sans autres réglages que mes usuels 30% de SAG, détente à mi-plage / compressions ouvertes.

L’amortissement en début de course m’interpelle. J’ai clairement la sensation que le vélo est performant dans ce domaine sans consommer énormément de course. Sensible, soutenu… Ce n’est pas ultra-dynamique comme d’autres, mais ça me parait efficace.

Je serais curieux de voir comment se comporte l’amortisseur X-Fusion du Marin Alpine Trail 7 dans pareilles conditions…

 

Géométrie radicalement fun !

Il est facile de marquer les appuis au boitier et de mettre en branle la géométrie radicalement fun du Marin Alpine Trail. Cintre facile à tirer pour bunny-upper, sauter, user du manual quand le terrain s’y prête.

C’est visiblement le cas dans la vidéo de prise en main, aussi bien sur la piste permanente du départ, qu’en suite, dans les champs de racines tortueux.

Un appel à la débauche qui incite à rouler de plus en plus vite, ou plutôt, à engager de plus en plus fort, quelle que soit la vitesse. Et en ça, une fois de plus, le triangle/l’empattement avant allongé me paraissent cohérents.

 

Rigidité mesurée ?!

Je suis plus mesuré quand à la rigidité du cadre. Non pas qu’elle soit intrinsèquement mauvaise, au contraire. Le Marin Alpine Trail à ma disposition était équipé de roues relativement raides que j’ai déjà vu mettre à mal des cadres trop mous par ailleurs.

Ici, le cadre leur a offert les appuis nécessaire à leur bonne expression et globalement, rien n’est venu entraver mon engagement croissant, jusqu’à de bon ton, en fin d’après-midi. Reste qu’on peut raisonnablement penser que ce n’est pas cette prestation que les roues d’origine peuvent offrir…

Et que les conditions de cette prise en main ne sont pas suffisantes pour me prononcer sur la logique question de la durabilité qui se dresse dans pareil cas de figure. J’attire donc simplement l’attention sur les raisons, logiques, de ce qui reste en suspend, et ce sur quoi se fier.

 

 

Les limites…

Notamment parce qu’en matière d’équipement, les composants fidèles au montage de série ont logiquement montré tour à tour leurs limites au fur et à mesure de mon engagement croissant. Les pneus, assez logiquement, vu la dureté de leur gomme et les conditions exigeantes par endroit…

La transmission ensuite, le dérailleur se faisant parfois entendre, à subir certaines grosses secousses malgré le très bon travail de la suspension.  Et la Fox 36 Performance enfin qui, par moment, a montré quelques signes de faiblesse lorsqu’il s’agissait de continuer à suivre la cadence.

À quel niveau de pilotage correspondent ces limites ?! Le vélo en dispose-t-il d’autres ?! Difficile de conclure davantage sans tomber dans le cliché, l’abus ou engendrer de mauvaises interprétations. Si ce n’est, raisonnablement, exprimer que roues et freins de série demandent à être mis à l’épreuve pour avoir le coeur net sur leurs prestations.

Deux points cruciaux pour un 29 pouces qui pousse à la débauche, mais restons pour l’heure dans le cadre de cette prise en main. Pour souligner notamment que le contexte ne se prêtait pas forcément à pédaler longtemps à son guidon. C’est là donc que des échanges constructifs en commentaires peuvent profiter à tous. Nous y sommes bien sûr ouverts 😉

 

 

Qu’en penser ?!

En attendant, par certains choix initiaux intéressants dans sa conception, le Marin Alpine Trail participe à la démonstration que d’une certaine manière, il y a matière à progresser et se faire plaisir à VTT, sans contraintes que l’on peut parfois se créer sois-même. Du moins, les premiers signes qu’il partage appellent à plus.

À mettre en perspective les Mondraker Foxy 29, Commençal Meta AM 29 et Marin Alpine Trail roulés ces derniers temps, c’est en tout cas le message que cette belle brochette de 29 pouces me semble faire passer !

L’intuition que l’on peut me demander d’exprimer en cette période de nouveauté m’incite à penser que : le plus abordable aurait le potentiel, à concrétiser dans la limite des capacités communes que l’on se découvre au fur et à mesure des progrès… Là où les deux autres concrétiseraient chacun à leurs niveaux. Qui penche pour quoi ?! 

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