La seconde manche de la tournée des Enduro World Series 2018 vient tout juste de s’achever. Entre Autriche et Slovénie, tous les leaders, Hill, Ravanel, Heap et Amour en ont profité pour enfoncer le clou !

Mais de quelle manière l’ont-ils fait ? N’y a-t-il vraiment eu aucun moment de doute ? Qui a pu venir les chatouiller au classement ? Les outsiders et locaux ont-ils tiré leur épingle du jeu ?

Comme il est désormais coutume après chaque manche d’EWS, Entre les chiffres lit entre les lignes de la feuille de classement et dévoile les faits de course intéressants.

 


Temps de lecture estimé : 7 minutes – Photos : Enduro World Series


 

Au sommaire de cet article :

 

Format de course

Avant tout, jetons un œil au format de la course. Histoire de bien cerner et de bien s’imprégner de ce qui nous attendait là-bas.

 

Deux spéciales, les plus plates du week-end, ouvraient le bal le samedi. Puis les deux spéciales les plus longues venaient clôturer chaque journée. Histoire de bien achever tous les pilotes.

Cette analyse en tête, il est facile d’imaginer quelques stratégies. Attendre la fin de la journée et du week-end pour profiter des longues spéciales pour creuser l’écart ? Ou attaquer d’entrée de jeu sur les chapeaux de roues pour distancer la troupe et tenir bon jusqu’au bout ?

 

 

 

Patience, tu auras…

A ce petit jeu, l’analyse de l’évolution au classement au fur et à mesure que la course avançait, peut nous indiquer quelle stratégie a finalement payé !

 

Clairement ceux qui étaient devant après la SP1 – qui alternait passages techniques, et glissants dans les racines, avec de grosses relances à plat dans les champs – ne sont pas forcément restés au plus haut du classement, à l’image de Richie Rude, Youn Deniaud et Thomas Lapeyrie.

A l’opposé, la stratégie de Hill – laisser passer la première spéciale – s’avère payante. Un choix intéressant pour économiser de l’énergie sur la première spéciale puis profiter de la SP3 pour s’adjuger le leadership à la fin de la première journée et ne plus le lâcher, même si Martin Maes est venu jouer le trouble-fête !

 

 


Sur une autre planète

Comme leurs deux courbes isolées en haut du graphique le confirment, Sam Hill et Martin Maes étaient tout bonnement sur une autre planète ce week-end, en Slovénie. Effectivement, au classement, personne n’est venu perturber le duel Hill/Maes. Mais jetons maintenant un oeil aux chronos…

 

L’évolution des écarts révèle que Martin est tout de même revenu sur Sam le dimanche – à 1,6 secondes précisément – juste avant la dernière spéciale. Mais Hill tient sa réputation. Son mental d’acier ne flanche pas, pour preuve son commentaire après la SP5 : “Comment te sens-tu avec seulement 1,6s d’avance ? – Oh, c’est déjà beaucoup !”.

Il l’emporte en reléguant à 9s le second de la spéciale et le deuxième du week-end, Martin. Qui aura pris tous les risques possibles pour lutter face au leader !

 

 

D’ailleurs après la SP5 toutes les courbes plongent de manières identiques sauf celles de Youn Deniaud et surtout de Robin Wallner. Tous deux montent subitement au classement après la plus longue spéciale de la course, la SP6. Ils prouvent admirablement qu’il ne fallait pas lâcher le morceau. Au dernier moment, leur endurance a payé ! Alors 5ème avant de s’élancer dans la SP6, Robin Wallner s’adjuge de cette manière la 3ème place et confirme son début de saison aux avant-postes.

Derrière la 4ème, 5ème, 6ème et 7ème place sont très disputées. Quatre pilotes se tiennent en 10 secondes à peine. Après 53min de course, dans des conditions particulièrement techniques, c’est assez difficile d’y croire. Et encore plus quand on voit l’écart avec les leaders : 1min30 les séparent !

 

 

Rythme en spéciale

Désormais, il est assez facile de se dire que les longues spéciales ont permis de faire la différence et de s’installer confortablement en tête du classement. Cependant à voir le rythme en spéciale, quelque chose me saute aux yeux !

 

Oui, la SP5 était la plus courte mais à générer beaucoup d’écart. Mais alors pourquoi ? Sur place, c’était la plus rapide, restée humide en sous-bois. C’était aussi la spéciale qui se rapprochait le plus d’une DH en terme d’engagement : rentrer vite dans les passages en racines, oser quelques lignes tendues pour grappiller des secondes, etc. Mais comme dans la SP2 c’est aussi celle où la chute coûtait particulièrement chère. Il fallait conserver la vitesse !

Voilà une analyse importante qu’il faut garder en tête. L’importance de la spéciale et l’élaboration d’une stratégie qui en découle ne doit pas uniquement se réfléchir par la longueur et la technicité des spéciales mais aussi par l’engagement et le rythme qu’il faut donner pendant le chrono ! Ruaridh Cunningham, ancien descendeur, a su y être performant.

 

 


Vid Persak, le local

Nous l’avions évoqué lors de notre présentation. Vid Persak a tenu ses promesses. Sur ses terres, il est intraitable et seul les vrais cadors ont su lui faire face.

 

Vid n’est pas un gros pédaleur mais plutôt un fin technicien au pilotage généreux. Ses places dans la SP1 et 2 le prouvent – respectivement 22ème et 12ème. Volontairement ou non, laisser passer les deux premiers chronos paye à nouveau.

Il a fallu attendre l’arrivée d’Ed Masters, puis de Sam Hill, pour détrôner Vid sur la troisième spéciale. 3ème sur cette spéciale, il enchaîne ensuite quelques bonnes places en spéciale : 4ème sur la SP4 et 5. Pour finalement, de cette manière, bien figurer en haut du classement : 5ème du week-end 😉

Première course sur le nouveau Pivot Firebird 29 pour Ed Masters et première grosse performance de l’année aussi. Sans son soucis mécanique – disque voilé – sur la SP6, Ed aurait encore mieux figuré que 7ème. A croire que le 29″ lui convient !

 

 


Juniors, toujours plus

Avant de parler uniquement de la course chez les Juniors, attardons nous sur leur leader : Elliott Heap. 3ème au général après la SP2, alors certes il domine chez les Juniors, mais il est carrément au niveau chez les hommes aussi. Il termine à la 13ème place scratch !

 

A voir l’évolution des écarts avec ses concurrents d’âge et avec presque une minute d’avance après la SP2 sur son poursuivant direct, Théotim Trabac, Heap démarre sur les chapeaux de roues ! Peut-être histoire d’assommer mentalement sa concurrence. Il osera même creuser encore l’écart jusqu’à avoir 1min39s d’avance…

Derrière la bataille est plus serrée, les quatre juniors se tiennent en 40s à peine. Mais Théotim garde sa seconde place acquise dès la SP2. La fin de sa courbe est moins inclinée que celle des autres, il s’adjuge la dernière spéciale.

Les courbes s’entremêlent au début puis ne se recroisent plus ensuite. Dès la SP3 les rangs sont pris et rien de changera jusqu’à la fin du week-end. Preuve de la fougue des juniors du début de course !

 

 


Ça bouge chez les filles

D’abord, l’évolution du classement au fil du week-end…

 

La courbe plate de Ravanel nous montre encore sa totale domination. Elle garde sa place de leader tout au long de la course. Mais derrière, c’est plus mouvementé qu’à l’accoutumée !

Les courbes se croisent, c’est animé, le classement varie. Katy Winton, victime d’un soucis en SP2 plonge au classement. Elle ne remontera pas à la deuxième place.

La courbe d’Isabeau monte progressivement, elle met du temps à retrouver le rythme. Idem pour celle de Casey Brown, elle retrouve peu à peu le rythme de course en Enduro pour finir 3ème. Contrairement à celle de Mélanie Pugin qui plonge progressivement. Les week-ends sont longs, la preuve que rien n’est gagné, il faut tenir bon !

 

Ensuite, l’analyse du rythme de course nous révèle un fait rare mais intéressant…

 

Pour une fois une courbe différente de celle de Cécile Ravanel atteint le sommet. Effectivement la courbe d’Isabeau forme un pic à la SP4 puisqu’elle l’emporte devant Cécile. Et avec 9s d’avance en plus !

De plus la courbe de Cécile se détache fortement de celle des autres sur les spéciales 3, 5 et 6. Et au vu du profil des spéciales, elle semble donc construire sa victoire sur les spéciales longues et sur les spéciales rapides et à risques.

Enfin, aucune courbe ne suit une tendance similaire comme chez les hommes. Sont-elles moins régulières entre-elles au cours du weekend que les hommes ? Ou subissent-elles plus durement une erreur, une chute, etc. ? Rien n’est clairement mis en évidence ici…

 


La suite ?

Une chose est sûre ! Dans chaque catégorie le vainqueur du week-end, qui est aussi le leader du général, enfonce le clou. Chacun augmente son avance et distance ses poursuivants.

Mais comme d’habitude, rien n’est joué et tout peut encore arriver. La chute et les blessures n’épargnent personne. Sam Hill rentre d’ailleurs chez lui avec une cheville enflée et douloureuse !

A la mi-saison, cela reste tout de même une opération juteuse. Les leaders semblait déjà relax avant cette manche, ils peuvent l’être encore plus pour la prochaine manche : dans trois semaines, à la Thuile, en Italie.

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