Nous voici enfin rentrés de cette cinquième manche des Enduro World Series 2018. Ce round italien a encore tenu ses promesses : difficile, engagé et montagnard !

Mais cette fois pas de blague foireuse sur la destination, les chiffres ne rigolent pas. Ils ne mentent jamais. Ici, pour l’habituelle analyse post-race, Entre les Chiffres, c’est du sérieux !

Sans rire, Endurotribe s’y attelle une nouvelle fois et met en évidence des faits de course que les chronos peuvent cacher.

 


Temps de lecture estimé : 9 minutes – Photos : Enduro World Series


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Format de course

Comme toujours, l’analyse du format de course est indispensable. Couplé à mes retours terrains, elle permet de mieux comprendre le véritable visage de cette manche, pour le moins alpine !

Beaucoup de changements de programme au programme ! La météo capricieuse du week-end en cause, mais voici ce qu’il en était.

Les SP1 et 3 étaient les plus pentues – avec respectivement 192 et 225m/km en moyenne. En fait, plutôt plates au début, elles penchaient fortement sur leurs parties finales. En plus d’être de plus en plus technique, la pente était très forte en fin de spéciale. Avec la pluie de la nuit, racines, dalles, boue, etc. tout y était pour mettre à profit les qualités de pilotage et favoriser les chutes ! Des spéciales, donc, qui pouvaient peser lourd dans la compétition.

La SP2, quand à elle, s’avérait la plus rapide avec 37km/h de moyenne, où la pluie n’a eu que très peu d’influence sur l’état du terrain. Elle a même amélioré les conditions en collant un petit peu la poussière ! La SP5 était tout bonnement ce que l’on connait d’une spéciale d’Enduro alpine : de l’alpage de haut en bas, de l’herbe et des cailloux donc. Sortir des lignes c’est le moyen de se démarquer sur ce terrain mais c’est aussi prendre le risque de rencontrer un rocher tapi sous la végétation rampante, et d’y laisser toute son avance…

Enfin la SP4 et 7 étaient identiques à une grosse montée près, en fin de parcours. Plus plates et moins sinueuses que les autres, mais aussi plus longues en distance comme au chrono. Avec plus de 10 minutes sous-tension, c’est plus de temps pour creuser l’écart, mais aussi pour flancher…

Reste la SP6, insignifiante. Un sprint de 30 secondes au milieu d’un champ en herbe. Il y avait plus à perdre à tomber bêtement qu’à forcer pour grapiller difficilement une seconde…

 

 

La domination continue…

Encore une fois, le leader actuel, Sam Hill, écrase d’entrée de jeu la concurrence. N’y aurait-il donc pas une quelconque stratégie à entamer le week-end sur les chapeaux de roues ?

Effectivement, la courbe de l’Australien reste plate et au sommet toute la course. Le précédent vainqueur, ici, à La Thuile, en 2016, Richie Rude, n’a pas fait long feu. Il explose sa roue arrière dans la SP4 et coupe court au débat. Avec une saison chaotique, et certainement loin de ses espérances en matière de résultat, il préfère bâcher et se préserver pour la prochaine manche.

Derrière le classement bouge beaucoup pendant la première journée. Ces nombreux mouvements traduisent probablement la technicité du terrain. Les pentes techniques, glissantes et engagées des SP1 et 3 ont amené leur lot de surprises : notamment des chutes et des casses. A l’image de Yoann Barelli, qui tord son disque et fera toute la liaison vers la SP2 sans disque dans l’espoir de réparer une fois en haut. Vu le temps imparti, il ne fallait pas trainer !

Et cette fois, c’est Ed Masters, en bon kiwi, qui tire parti de ces conditions difficiles. Deuxième à l’issu du premier jour, il laisse sa place le second jour à Martin Maes. Le jeune Belge continue sur sa lancée après la Slovénie. Mais cette fois encore, a-t-il réussi à reprendre du terrain sur l’écrasant leader ?

 

 

Le rythme, le talent

Pour être plus précis dans notre analyse et mieux cerner nos précédents propos, il faut s’attarder sur le rythme en spéciale

On remarque effectivement que les écarts les plus importants se sont fait sur les SP1 et 3. Plus le terrain est compliqué à rouler, plus il faut engager la viande, plus il y a d’écart. Certes il faut tenir physiquement la longueur des spéciales mais sans un bon coup de guidon l’endurance n’est rien !

Quand Sam Hill et Ed Masters ont évidemment tiré parti de ce format de course, d’autres – à voir leurs courbes qui plafonnent sur ces spéciales – comme Ruaridh Cunningham, Joe Barnes, Dimitri Tordo ont aussi réussi à tirer leur épingle du jeu, à leur niveau respectif, dans ces spéciales plutôt que dans les autres.

A l’inverse, Thomas Lapeyrie a élevé le rythme le second jour. Plus endurant que le reste de la troupe ? Plus à l’aise sur des spéciales plus rectilignes avec plus de vitesse ? Certainement connaissant le passé en XC du bonhomme…

La courbe de Sam Blenkinsop forme deux pics bien distincts, en SP2 et SP7, les deux spéciales les plus rapides du week-end ! Ainsi, il confirme que les descendeurs pointent bien souvent aux avant-postes quand les vitesses moyennes s’emballent, quand le compteur s’affole !

 

 

Trop tard !

Puis il faut ensuite jeter un oeil à l’évolution des écarts pour s’apercevoir que l’avance que Sam Hill s’est construite le premier jour, notamment sur les SP1 et 3, suffit à sa victoire, même si certains auront tout tenté pour revenir… en vain !

Oui, Martin Maes est le seul, l’unique, à avoir une courbe ascendante sur toute la seconde journée. En l’espace de 4 spéciales, il reprend 26 secondes sur l’ancien descendeur australien.

Il passe donc son dimanche à remonter. Mais à remonter sur un leader déjà trop loin – encore 13 secondes d’avance pour Sam Hill à l’issue du week-end ! Ne serait-il donc pas là le secret des leaders ? Écraser rapidement la concurrence puis gérer son avance ?

 

 

Au jeu du chat et de la souris

En effet, en jetant un oeil aux places en spéciales, Sam Hill se distingue en remportant toutes les spéciales de la première journée et pas une seule le second jour. Comme si le chat jouait avec sa souris…

Martin Maes s’adjuge facilement la seconde journée en remportant toutes les spéciales importantes. Toutes sauf la SP6 en fait !

Nous en avions parlé lors de notre présentation. François Bailly-Maitre n’a pas réitéré sa performance de 2016, mais ses top 10 sur les SP2, 4 et 7 prouvent qu’il affectionne particulièrement les spéciales alpines où il faut tenir longtemps à un rythme élevé ! Tout de même 11ème du week-end. Sa meilleure place jusqu’alors, pour cette saison 2018.

Tient tant qu’on parle de frenchies, Youn Deniaud, encore un privateer, pointe devant dès l’entame de la course : 2ème de la SP1 ! 7ème de cette manche, il commence visiblement à apprécier les avant-postes.

Bref, l’actuel leader, Sam Hill, distançait déjà la concurrence le premier jour en Slovénie, on se retrouve sur le même schéma de course, avec un Martin Maes survolté le deuxième jour, mais déjà trop tard… Qu’en est-il alors chez les filles ? Y a-t-il un rapprochement possible dans la manière de dominer les deux catégories ?

 

 

Chez les filles aussi !

Chez les filles, la sanction est la même. La leader actuelle, Cécile Ravanel s’adjuge une nouvelle victoire. Cependant la manière d’y arriver est-elle identique ?

Nous attendions que les écarts se creusent sur les SP1 et 3, comme en Slovénie où Cécile Ravanel avait assommé ses poursuivantes sur des spéciales pentues, techniques et longues.

 

Finalement il en fut autrement ! La courbe d’Isabeau Courdurier vient légèrement chatouiller celle de Cécile Ravanel notamment sur la SP1 et SP4 – la SP3 n’ayant pas été courue par les filles suite à l’évacuation d’un blessé. Isabeau s’avoue enfin en forme, revigorée et à l’aise dans le technique. Elle se rapproche dangereusement de la leader. De bonne augure pour la suite, autant pour Isabeau que pour la compétition.

Derrière, une autre française pointait 3ème à la fin du premier jour : Mélanie Pugin. Malheureusement, sa courbe s’arrête net, elle casse sa roue arrière dans la première spéciale du dimanche. Sa course est terminée. Elle laisse sa troisième place à sa poursuivante directement : Ines Thoma.

Alors même si Cécile Ravanel a dominé de bout en bout, elle ne l’a pas fait de la même manière que Sam Hill chez les hommes, comme on l’aurait pressenti suite à ses performances en Slovénie. Elle avoue aussi en avoir plus bavé que les autres manches. Ce qui confirme que la bataille fut plus serrée, plus disputée, plus difficile à remporter !

 

 

Juniors

Et enfin les moins de 21 ! L’école avant l’élite. Jetons un oeil à l’évolution des écarts entre eux.

Les courbes se croisent très peu. La course n’a donc pas été très mouvementée. Mais pour une fois la courbe de Théotim Trabac frôle celle d’Elliott Heap, lui aussi leader incontesté jusqu’à maintenant.

Seulement 5 secondes les séparent à la fin de la première journée à l’avantage de l’Anglais. Mais le second jour, il crève dans la SP5 et le frenchy bascule en tête. Pour une fois le pilote CRC a été poussé dans ses retranchements jusqu’à l’erreur fatale.

Mais ensuite, à quel point ce duel fût intense ? Le Français a-t-il seulement profité d’une faute du british ? En regardant avec attention, les courbes de tous les autres U21 plongent en fin de week-end et plus fortement qu’en début de course. Quand celles de Heap et Trabac restent plates !

Ceci révèle que la concurrence n’a pas du tout couru la dernière spéciale au même rythme que les deux prétendants à la victoire. Désormais leader, Théotim a su garder, voir hausser son niveau pour tenir tête à l’Anglais jusqu’au bout. Il n’a pas craqué et prouve qu’il faut des reins solides une fois en tête. Un duel d’une intensité rare !

 

 

A quoi s’attendre ?

Encore une fois les leaders s’imposent ! Damien Oton, croisé juste avant la dernière spéciale, alors 5ème, me dit tout haut ce que tout le monde pensent tout bas : “Il [en parlant de Sam Hill] fait sa course, nous on s’amuse derrière !” Mais il garde le sourire 😉

En effet la domination est écrasante, presque lourde a accepter pour ses poursuivants. Mais même avec autant de victoire, il n’est toujours pas à l’abri. Certes l’erreur lui est permise mais la casse, l’abandon ou la blessure ne doit pas lui arriver au risque de céder sa place à Damien Oton, qui profite de l’absence de Robin Wallner – fonction papa en approche imminente – pour passer second au général.

Il en va de même pour les autres catégories, et c’est tant mieux pour le spectacle. Il reste trois manches. Trois manches où tout peut encore se passer. Prochain rendez-vous à Whistler, pour une classique, mi-août…

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