Air ou ressort ?! Quelle question ! Décidément, le milieu du VTT, animé ou non de forces marketing (mal/bien)veillantes, a le chic pour avoir un caractère très cyclique. Il y a encore 3 ans de ça, l’air avait pignon sur rue : léger, dynamique, facile à ajuster…

Mais ces derniers temps, le ressort hélicoïdal fait son retour avec dans sa besace des arguments de sensibilité, de confort, d’endurance… À quel saint se vouer ?! À voir l’audience et les commentaires de notre article Didactique Endurotribe à ce sujet, la question taraude.

Et comme nous l’incitions en conclusion de cet article théorique : rien ne vaut la pratique pour faire la part des choses entre air et ressort. Raison pour laquelle on a franchi le pas avec cette opportunité d’essai : Specialized Enduro 29 et prestigieux sets de suspensions Öhlins. Action !

 


Temps de lecture estimé : 8 minutes


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Le kit à dispo

Au millésime 2018, Specialized a joué un bon coup dans sa gamme Enduro 29 : parmi les différents modèles proposés, le Specialized Enduro Coil 29 qui, comme son nom l’indique, fait usage de ressorts et non d’air, dans ses suspensions.

Un modèle qui a fait forte impression puisque nous n’étions pas les seuls à le convoiter : sold-out lorsque nous l’avons demandé à l’essai. Qu’à cela ne tienne, la marque a tout de même joué le jeu, et même plus, en fournissant un Specialized Enduro Elite 29, remplaçant le RockShox Monarch d’origine et fournissant un set Öhlins RXF et TTX à ressort.

Nous voilà donc avec une base de Specialized Enduro 29, un set de suspension Öhlins STX / RXF 36 à air, mais aussi un set de suspension Öhlins TTX / RFX 36 hélicoïdaux… Et les ressorts permettants d’ajuster les SAG comme il se doit.

 

 

Le protocole

Les moyens à disposition ont beau faire rêver, encore faut-il les mettre à l’épreuve de manière efficace. Raison pour laquelle il est important d’élaborer et préciser le protocole d’essai mis en oeuvre pour cette opportunité particulière…

  • 1. Vérification des SAG disponibles : en atelier, montage successifs des différents ressorts à disposition, et mesure des SAG avants/arrières obtenus avec chaque ressort. Ici, pour mes 75kg, les 4 ressorts de fourche permettent de balayer de 20 à 30% de SAG / le ressort de 480lbs abouti à 30%, le ressort de 525lbs à 25%.
  • 2. Analyse du vélo : équipé d’air, j’adopte le début de protocole utilisé classiquement pour découvrir chaque nouvelle monture à l’essai : 30% de SAG, détente en milieu de plage, compression ouvertes pour une première sortie, puis une session de réglage sur boucle test à balayer les SAG avant/arrière pour cerner la cinématique du vélo, et sa sensibilité aux changement de réglages. J’en déduis une base de réglages : ici, 25% de SAG avant/arrière, détente à mi-plage, compressions BV légèrement fermées.
  • 3. Match à réglages équivalents : j’équipe le vélo des suspensions à ressort et reproduis les mêmes réglages. Seule la nature du ressort, et les éventuels réglages internes diffèrent. J’en tire les premières conclusions quant au caractère de chaque élément sur le comportement du vélo, et des pistes d’ajustement afin d’optimiser chacun.
  • 4. Essai des différentes configurations : air/air, ressort/ressort, air/ressort, ressort/air… lors de sessions navettes, avec un run de prise en main, puis un à deux runs d’ajustement des réglages pour essayer d’en tirer la quintessence.

 

 

Specialized Enduro Elite 29 Custom

  • Destiné à l’usage Enduro
  • Roues en 29 pouces 
  • 160/160mm, sets spécifiques Öhlins
  • Triangle avant carbone, arrière Alu
  • Reach de 462mm en taille L, offset 51mm

  • 15,10kg, L, Coil AR/Air AV, TL + préventif
  • 440g TTX, 380g STX, 310g/ressort
  • 2050g RXF air, 2060g RXF Coil, 240 à 300g/ressort
  • Dispo immédiate, selon modèle souhaité
  • Fiche du vélo sur www.specialized.com

Le vélo, en deux mots

C’est lors de ce protocole que je mets en évidence les propos que j’ai pu tenir au sujet du Specialized Enduro lors de la prise en main du Specialized Stumpjumper il y quelques temps. En premier lieu, le triangle avant et son tube supérieur en X offrent une raideur de premier ordre : on peut s’y affaler sans risque de voir ses appuis se dérober. Sous les pires appuis, c’est le triangle arrière qui fait drapeau !

Ensuite les caractéristiques particulières de la suspension FSR. Elle exige de rouler entre 20 et 30% de SAG là où la majorité des concurrents offrent le même rapport dynamisme/sensibilité sur des plages situées en 25 et 35%, voir 30% et 40% chez certains. Elle est également sensible aux changements de réglages : une simple différence de 2/3% de SAG peut suffire à changer le caractère du vélo. Enfin, la cinématique relativement neutre du système FSR permet ici l’usage de l’air comme du ressort, sans mettre son grain de sel.

 

 

Les suspensions Ö

Ce protocole me permet ensuite de dégager les caractéristiques communes aux suspensions Öhlins : remarquables à plus d’un titre. D’abord pour constater qu’elles ne tombent pas dans les pièges habituels : ressort pneumatique très gonflé ou chaud, ainsi qu’usage des basses vitesses, même très freinées, ne font pas perdre en sensibilité ou en grip, ou si peu.

Je constate ensuite que d’origine, les suspensions Öhlins paraissent chargées en compression haute vitesse, ce qui assure au vélo une stabilité d’assiette et une capacité d’encaissement aussi performante que rassurante. Sont-ce ces caractéristiques, et/ou les performances en détente aussi ?! Toujours est-il que, quelle que soit la vitesse du vélo, les suspensions Öhlins ne paraissent jamais dépassées par les événements et les successions aléatoires des sollicitations qu’elles reçoivent.

Je comprends donc rapidement que le comparatif mené ici ne va pas traiter des clichés habituels air vs ressort consistants à dire que l’air ça chauffe et que le ressort n’est pas dynamique au pédalage. C’est bien sur la nature première de ces deux solutions, leurs courbes de raideurs spécifiques, que l’expérience se base. L’occasion de confirmer les propos tenus dans notre article Didactique Endurotribe et d’affirmer que c’est bien là dessus que les objectifs et ambition du marché doivent se baser !

 

 

Le style du moment…

Je pourrais maintenant présenter les résultats de mes essais sous forme d’un tableau, donnant les avantages et inconvénients de chaque configuration essayée. Ce serait trop généraliser et nier qu’à l’occasion de cet essai, deux paramètres n’ont cessé d’influer mes ressentis : les traits de caractère du Specialized Enduro 29 et ma forme du moment. J’ai exposé les premiers, parlons de la seconde.

Notamment pour établir que je ne fais pas partie des pilotes les plus gainés du plateau. C’est peu de le dire. Mais également pour noter que j’ai tendance à user davantage de mes jambes que de mes bras pour pousser le vélo, marquer les appuis, jouer du terrain. Et enfin, savoir que j’hérite cette tendance de mes derniers roulages en VTTAE : j’apprécie de laisser filer le vélo, et me concentrer sur l’essentiel… Les gros appuis, les gros freinages… Bref, pas du genre à pinailler : au vélo la basse besogne, à moi le plus gros du gâteau !

 

 

Air ou ressort ?! A l’arrière…

Dans ces conditions, on comprend vite qu’à l’arrière, ma préférence va à l’usage du ressort. J’apprécie le dynamisme que le soutient à mi-course procure au Specialized Enduro. Il me permet de piloter le vélo avec les jambes. En sessions navettes, je retrouve ces sensations qui me font dire que la descente à VTT emprunte des notions à la descente à ski. Je me vois, en courbe, être en appuis sur les jambes, vélo et jambes couchées, bras vers l’avant qui donnent la direction.

Avec l’air, le résultat n’est pas si évident. Ça met en exergue que la suspension neutre du Specialized Enduro gagne à avoir un peu de soutien et un peu de caractère à mi-course : vélo plus dynamique, plus joueur, capable de plus encaisser… Même en jouant des positions de géométrie offertes par la biellette pour compenser. Ce qui me fait penser que la version Coil du Specialized Enduro 29 était un bon coup pour maintenir le modèle dans la tendance, vis-à-vis de la concurrence qui aiguise ses lames !

 

 

Air ou ressort ?! A l’avant…

À l’avant, c’est la même différence de maintien à mi-course qui se met en évidence ! Pour ceux qui n’en trouvent pas sur les fourches à air actuelles, c’est l’occasion ou jamais de se faire plaisir ! Le ressort apporte clairement ce qu’il faut pour piloter comme sur une piste de BMX : coudes écartés, prêts à pousser l’avant dans la moindre pente du terrain pour générer de la vitesse, roue arrière en rase-mottes, prête à suivre.

Pour ma part, et sur le Specialized Enduro 29, j’apprécie davantage l’air à l’avant. Le ressort a beau être très dynamique, il me fatigue. Au moindre relâchement du haut du corps, tolérance zéro. J’ai besoin que l’avant du vélo avale l’obstacle pour piloter de l’arrière, avec mes jambes. Un besoin renforcé par le triangle avant du Specialized Enduro 29 réputé rigide. L’air offre cette tolérance, tout en assurant la gestion de l’assiette avec les basses vitesses de belle manière…

 

 

Résultats ?!

Sur le Specialized Enduro 29, j’apprécie donc ressort à l’arrière, air à l’avant, pour les raison évoquées ci-dessus. Lors des sessions navettes effectuées pour comparer les différentes configurations, c’est celle qui a répondu à mes attentes le plus facilement, sans partir dans des réglages très poussés, et a donné au Specialized Enduro 29 le meilleur visage que je puisse lui trouver.

Surtout, c’est dans cette configuration que j’ai ressenti les meilleurs sensations, construit le plus de confiance, amenant à prendre toujours plus d’initiatives… Bref, le cercle vertueux qui fait toujours plus apprécier les runs qui s’enchaînent. Et pour ceux que la performance pure intéresse au plus haut point, la synthèse des chronos du jour révèle que ce cercle vertueux vaut 5s sur 2min45s.

 

 

Que retenir ?!

Alors, que retenir de cette expérience air ou ressort  à laquelle le Specialized Enduro 29 se prête ?!

  • Avec de bonnes suspensions, les pertes de sensibilités dues à l’air ou aux basses vitesses n’ont pas lieu d’être. L’offre et le marché doivent avoir cette ambition.
  • Le choix dépend des caractéristiques du vélo : ici cinématique sans soutien + triangle avant raide pèsent dans la balance. Les choix de suspensions peuvent permettre d’ajuster.
  • Le choix dépend du style de pilotage : plutôt des bras ou des jambes ? Plutôt à manœuvrer ou laisser filer ? Plutôt envie d’un vélo stable ou dynamique à tout prix ?

En un mot, il faut se connaître, connaître son matériel, et avoir les idées claires sur où l’on veut aller, ce que l’on veut faire de son vélo, et ce qui nous rend réellement heureux quand ça penche dans le bon sens ! Plus facile à dire qu’à faire, mais il n’y a pas de mystère. Le travail paye ! Et puisqu’on n’est pas avare en conseils, parlons-en en commentaire 😉

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