La première manche des Enduro World Series 2018 s’achève et de nombreux top pilotes ont payés un lourd tribu : celui de ne marquer aucun point pendant cette manche.

Le terrain chilien a joué un rôle important dans l’évolution de cette course. Mais l’analyse montre que le format de course n’y est, lui aussi, pas pour rien dans les déboires des pilotes.

EN 2018, Endurotribe continue Entre les chiffres, mais simplifie les données pour faciliter la lecture et intègre désormais des privateers, le Top 3 féminin et/ou le premier U21. Un choix qui pourrait mettre en avant, au cours de la saison, quelques notions intéressantes.

 


Temps de lecture estimé : 8 minutes / Photos : Enduro World Series


 

 

Format de la course

Dans les grandes lignes, la manche chilienne respecte les classiques des Enduro World Series. Pendant ces deux jours de course, on retrouve des liaisons à la pédale, parfois des remontées mécaniques, et des spéciales à profil descendant. Au delà d’un terrain très hostile, l’analyse des pentes et vitesses moyennes des spéciales dévoile deux caractéristiques importantes.

Effectivement, la manche sud américaine réserve des spéciales assez pentues et avant tout très rapides. Même si la quatrième spéciale, la plus rapide, à 38km/h de moyenne, ne dure “que” 10min, la spéciale 2, la plus “lente”, atteint 33km/h de vitesse moyenne, mais qu’il faut tenir quasiment 20min.

Jusqu’alors, seule la manche d’Aspen 2017 arrive à la cheville de la manche chilienne en terme de vitesse et de pente moyenne, à un détail près : la nature du terrain, plus agressive ici.

À de telle vitesse, qui plus est dans la poussière, l’erreur est vite arrivée et le moindre écart de trajectoire dans un pierrier ne pardonne pas. Il n’y a pas de place pour l’erreur. C’est donc le cocktail idéal pour mettre à rude épreuve les pilotes et surtout le matériel, notamment le train roulant !

D’un point de vue de la gestion de course, il est aussi bon de remarquer que seulement deux spéciales, en l’occurrence la 2 et la 6, constituent 55% du temps global de course. Une porte ouverte pour les fins stratèges du paddock !

 

 

L’impact du terrain rocailleux…

Au coeur des Andes, le terrain a-t-il donc joué les trouble-fêtes ? A-t-il fait basculer la course en la faveur de certains pour autant ?

Richie Rude subit une crevaison pendant la spéciale 2 et voit s’envoler tout espoir de victoire. Notons tout de même sa performance : il finit la spéciale crevé et pédale pendant 1h30min pour rejoindre la zone d’assistance en milieu de liaison avant de pouvoir réparer – les système anti-crevaison, ici un Cushcore, ne facilitent visiblement pas la réparation. Il termine la journée avec le même pneu ! Au même titre que McKay qui ne lâche pas le morceau, après avoir cassé chaîne et dérailleur, il court 6km pour rejoindre le départ à temps :

Les mésaventures de Rude sont à l’image de beaucoup d’autres pilotes qui subissent le même sort à différents moments de la course : Adrien Dailly, Josh Bryceland, Mitch Ropelato, Jared Graves, etc. Mais Comme Rude termine la course et concurrence le plus Sam Hill , nous avons choisi de le conserver au détriment des autres qui ont subi le même sort.

Mis-à-part les déboires de l’américain, seul capable de rivaliser ces deux jours, la course n’a pas basculé en la faveur de Hill dès lors que Rude a crevé. Hill pointait déjà dans le duo de tête du classement. Restant en pôle position toute la course !

 

 

Spéciale par spéciale ?

Cependant certains pilotes ont-t-ils conforté ou construit leurs avances grâce à une gestion intelligente de la course, une stratégie de course ? Sinon, qui a su tirer son épingle du jeu de cette manière ?

Il était effectivement possible de tirer profit de la spéciale 2 et 6 pour se détacher des autres concurrents. Particulièrement longues, il y était donc possible de creuser l’écart. Visiblement, seul le local Pedro Burns, 13ème au général, a, volontairement ou non, fait sa place dans les spéciales les plus longues. Il termine respectivement 9ème et 11ème de la SP2 et SP6. Sa courbe des places par spéciales forment deux pics.

Dans ces conditions, Maes et Wallner pointent aux avant-postes rapidement et régulièrement. Rude se permet de subtiliser la première place à Hill sur la spéciale 1 et 3 et Maes s’adjuge la spéciale 4. Dailly, Wallner ‘n cie talonnent Hill, alors que Rude et Maes rivalisent avec !

Rude semble tout de même un peu en dedans le deuxième jour. Il joue moins aux avant-postes. Sachant la victoire impossible et Dailly, autre prétendant au titre, hors jeu dès la SP4, Rude lève-t-il le pied ? Ne prend-il pas moins de risques pour s’assurer quelques précieux points au général ? Seul la suite de la saison nous le dira, mais si tel est le cas, c’est judicieux parce que Rude sait qu’il peut rivaliser avec Hill.

 

 

Hasta la victoria siempre

Les nombreux top pilotes qui sombrent au classement laissent respirer ceux qui mènent la danse. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils relâchent les gaz !

Hill voit se dessiner la victoire devant lui, et comme à son habitude, le garçon est généreux. En pédales plates, pied sorti, il continue d’attaquer. On aperçoit un trou dans les courbes de ses poursuivants. Habituellement à 1% d’écart des temps de Hill le second jour, ils sont relégués à 5% sur la spéciale 5.

En effet Hill fait plonger les courbes du temps cumulé, il enfonce le clou et assomme la concurrence avec 12 secondes d’avance lors de la cinquième spéciale, la plus courte et la plus pentue du weekend. Il avait déjà 14s d’avance, il double ainsi son avance. La preuve que Hill a le rythme et qu’il veut s’adjuger la victoire de manière impressionnante. Comme pendant ses années de gloire en DH !

 

 

Privateers & outsiders

Les graphiques précédents montrent aussi l’importance de la régularité. Même si la performance de Pedro Burns incite à penser le contraire et soutient l’intérêt d’avoir une stratégie de course, nos deux privateers démontrent l’inverse. Les courbes de Youn Deniaud et Baptiste Gaillot sont particulièrement plates. Ce qui prouve leur polyvalence, quelque soit la spéciale : longues, courtes, pentue, plate, etc. ils gardent un écart constant avec le vainqueur des spéciales.

Jeune, fougueux et agressif sur le vélo, Youn Deniaud avait du mal à terminer sans casse l’an passé. Désormais plus calme et constant dans ses résultats par spéciale, à ~5% du meilleur temps, il tient une belle 14ème place et montre tout son potentiel pour la saison à venir. Futur habitué du top 15 !? Et Baptiste Gaillot le prouve aussi. Très régulier, toujours entre la 22ème et 37ème place, il termine 29ème. Ses 7-8% d’écart représentent ce qu’il reste à combler pour atteindre le meilleur niveau !

Enfin, pour un outsider en voilà un : Gusti Wildhaber. Ses places par spéciales le second jour, toujours dans le Top 6, et meilleures que le premier jour, révèlent peut-être une capacité à récupérer plus facilement en altitude que le reste de la horde. Un entrainement hivernal sérieux qui portent ses fruits ? Une acclimatation à l’altitude plus facile en tant que montagnard suisse ? Une affection particulière à la vitesse ? Bref, en tout cas sa performance est splendide : 4eme à l’issu des deux jours, devant Melamed.

 

 

Chez les filles

Cette année nous confondons parfois les filles aux hommes, histoire de comparer. Les courbes des écarts en pourcentage par spéciales des filles, noyées précédement dans celles des hommes, montrent une tendance descendante au fur et à mesure que la course avance. Plus les spéciales passent, plus les pourcentages d’écart avec le premier homme augmente. En moyenne, leurs courbes débutent à 16% d’écart et chutent à 21%.

Cela laisse à penser que leur endurance à hautes intensités diminue de manière significative par rapport aux hommes. Une tendance qu’Entre les chiffres s’attellera à confirmer ou non au cours de la saison…

La course des filles à proprement parler, est un peu moins animé que celle des hommes. La courbe des temps cumulés des filles, montre que Cécile Ravanel domine encore ! Mais elle est victime d’une crevaison en SP4 et ne conserve que 7 petites secondes sur Isabeau Courdurier à ce moment.

Isabeau se montre donc dangeurese dans ces situations. Même si elle a du mal à rivaliser, elle reste là et un soucis mécanique plus important pourrait lui profiter à l’avenir. Cécile doit donc rester sur ses gardes, rien n’est acquis ! Katy Winton ferme ce trio de tête.

 

 

Conclusion

Nul doute que les conditions et le terrain chilien ont joué un rôle important dans cette première manche. Les vitesses moyennes et la rocaille locale expliquent pourquoi il y a eu tant de crevaison. L’erreur de trajectoire n’était pas permise…

Mais c’est fait maintenant ! Sam Hill ouvre le bal de la plus belle des manière et donne le ton sur son objectif de l’année. Le boss reste le boss en se permettant, en plus, d’asseoir sa domination et d’écraser la concurrence en fin de course.

Il distance déjà ceux avec qui il bataillait l’an dernier. Rude, Dailly, Oton sont plus ou moins distancés quand Melamed et Maes restent dans la partie. Mais une erreur peut si vite arriver, qu’Hill n’est pas à l’abri pour autant. Cécile Ravanel en fait de même, même si Isabeau se montre encore plus dangereuse qu’en 2017. Vivement le week-end prochain !

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