Ca y est, les six mois de trêve sont déjà terminés. Les Enduro World Series sont de retour à la une de l’actualité, mais aussi de retour en Amérique du Sud. En effet, cette première manche au Chili ouvre le bal de la saison EWS 2018 et lance les hostilités. Qu’en est-il donc de cette première manche ? A quoi s’attendre ? Qu’y a-t-il à savoir ?

 


Temps de lecture estimé : 7 minutes – Photos : Enduro World Series


 

Un spot pas si inconnu que ça

Une année sur deux, les EWS mettent le cap sur l’Amérique du Sud, cette fois-ci encore au Chili, et plus précisément à 20km à l’ouest de Santiago du Chili à Lo Barnechea, qui abrite la station de La Parva.

Proche de l’édition 2014, ce spot n’est pas inconnu des quelques pilotes. En fait, c’est aussi sur ce spot que passe la course à étapes Andes Pacifico qui a lieu tous les ans début février. Ceux qui continuent à voyager pendant l’inter-saison reconnaîtrons peut-être les lieux !

C’est donc au coeur des Andes que la compétition reprend. Mais dans quelles conditions ? A quel terrain faut-il s’attendre ? Quelles sont les particularités qui peuvent faire la différence ?

 

 

Des conditions particulières

Alors qu’ici, en France, l’hiver semble vouloir s’installer, là bas, dans l’hémisphère Sud, l’été se termine tout juste. Les températures restent tout de même assez élevées à Santiago du Chili. Cependant la station de La Parva s’étend entre 2500m et 3500m d’altitude et les températures avoisinent en ce moment les 15°C.

Justement, l’altitude parlons-en ! C’est bien un paramètre à prendre en compte cette fois, puisque ils navigueront entre 3600m et 1800m. Peu, voir aucun pilote du circuit, n’habite à de telles altitudes. Tout le monde semble donc sur un pied d’égalité, même si les premiers arrivés profiteront certainement d’une petite acclimatation. Un point qu’il ne faut peut-être pas négliger !

De plus, à cette altitude, aucune végétation ne pousse pour faire de l’ombre. Le soleil est omniprésent, et participe à rendre cette manche particulièrement hostile à tous les pilotes ! Cette aridité désertique laisse aussi place à un terrain très sec et rocailleux, presque lunaire. Bien connu sous le nom d’Anti-Grip ! Son nom parle de lui même, ce sera poussière, rocaille, et single fuyant à souhait, comme on peut le voir dans la vidéo des Ravanel ! Nuage de peuf et festival de drifts en perspective. A tel point que certains ont déjà opté pour les pneus de DH…

 

 

Les parcours

Même si l’altitude peut compliquer la tâche à certains, il faut aussi tenir compte du parcours. Et pour cette fois encore, le parcours n’est pas de tout repos. L’Enduro se professionnalisant, les parcours deviennent alors plus sélectifs.

Avec 68km, D+3100 et D-6390, le parcours semble faire la part belle aux descentes. Les liaisons ne représentent que la moitié en terme de kilomètres et sont entrecoupées de remontées mécaniques et de navettes.

C’est donc bien les spéciales descendantes qui accumulent les kilomètres. Notamment avec la SP2 qui à elle seule cumule 11km pour 1818m de D- et  69m de D+ ! Par la même occasion, elle fait passer les premières spéciales de Whistler et Finale 2017 pour des petites descentes de collines.

En plus, la dernière spéciale, la sixième, représente elle aussi une belle part du gâteau avec 7,8km pour 1162m de D- et  30m de D+. Ces deux spéciales seront certainement décisives au classement…

 

 

Le programme

Pour une fois le programme est simple. Autant à comprendre qu’à mettre en place en terme de logistique. Deux jours de recos suivis des deux jours de courses. Pas de navettes supplémentaires pour les jours de recos. Les recos se font de la même manière que les jours de course : dans le même ordre, avec les mêmes liaisons. On ne peut pas faire plus simple ! Seules les navettes aussi présentes les jours de course seront utilisées les jours de reco.

Une bonne chose qui rapproche les EWS de la pratique originelle du VTT Enduro. Ceci limite également la course à l’armement et laisse la chance aux moins équipés de pouvoir s’imposer ou marquer des points. Justement, sur qui faut-il compter ? Qui ouvrira le score ? Qui sera le premier à monter sur la boite des EWS 2018 et endossera le maillot de leader par la même occasion ?

 

 

Prétendants et stratégies…

L’actuel Champion, Sam Hill optera-t-il pour la même stratégie que l’an passé, “à fond en début d’année puis j’accélère pour la seconde partie de la saison” ? Adrien Dailly a-t-il profité de l’hiver pour continuer une progression aussi fulgurante que l’an passé ? Plus mature, dominera-t-il ? Greg Callaghan sera-t-il toujours de la partie ? Damien “Catalan Eagle” Oton commencera-t-il 2018 comme il a fini 2017 ?

Tant de questions, d’incertitudes et de prémonitions qui restent sans réponses, mais qui laissent encore à penser

On sait Sam Hill à l’aise lorsque ça file vite et surtout lorsque c’est fuyant. Ses pédales plates seront-elles un avantage ? L’aigle catalan est chez lui quand c’est sec, technique et rocailleux. Ses capacités physiques et son nouveau Devinci en 29″ lui permettront-ils de dominer les longues spéciales ?

Rien n’est encore joué, mais les dés sont jetés.

 

 

Un duel Nord/Sud inéquitable ?

Les Anglais, les Ecossais, les Frenchies, les Canadiens et nombre de ceux qui vivent dans l’hémisphère Nord viennent tous juste d’abandonner la boue et la pluie. Le terrain chilien aride ne joue pas en leur faveur. Sauf pour certains qui ont passé les derniers mois d’hiver au Chili, déjà, pour s’acclimater et rider au sec !

En effet, après plus d’un mois au Chili, Jesse Melamed semble déjà avoir dompter l’Anti-Grip. Sachant qu’il a gagné l’Andes Pacifico il y a un mois et demi, c’est un pilote sur qui compter. Affamé après une saison 2017 écourtée, il mérite qu’on mise une pièce dessus.

Puis un des seuls hispaniques du circuit, Iago Garay, un peu à la maison en terre conquise pourrait se montrer à l’aise. Mais amoindri par une récente chute, des douleurs aux côtes pourraient l’empêcher de performer, surtout avec l’altitude…

 

So three weeks ago, this happened. Resulting in one of the hardest crashes of my life. Went strait into a tree and hit with the chest and got winded for what felt for ever. It’s been 3 long weeks of recovery to try and race the first @world_enduro without pain and even though my ribs are still sore I’m in Chile ready to race what looks like the hardest EWS to date! Let’s see how this goes! ? @subjekt_objekt ???????????? Hace justo tres semanas tuve una de las peores caídas de mi vida. Lo que no se ve en el vídeo es como me golpeé directamente con el pecho contra un árbol enorme y me quede sin respiración durante lo que pareció una eternidad. Han sido tres semanas de recuperación para intentar llegar a la primera EWS sin dolor. Finalmente estoy en Chile con algo de dolor en las costillas pero listo para afrontar lo que parece ser la EWS más dura hasta la fecha! A ver cómo se nos da!

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Vestiaire des filles

Chez les filles, Cécile Ravanel sera-t-elle aussi dominatrice que l’an passé ? Isabeau Courdurier profitera-t-elle de la fougue d’un team nouveau ? Son nouvel Intense lui conviendra-t-elle ? Avec Katy Winton, arriveront-elles à accrocher plus de victoires de spéciales pour s’adjuger une manche à la régulière ?

Enfin professionnelle, l’israélienne Noga Korem pourrait être à l’aise sur ce terrain sec et aride, à l’image de ses sentiers…

Il faut aussi compter sur Andreane Lanthier-Nadeau qui se focalise désormais à 100% sur les EWS. Son passé en XC et sa récente introduction professionnelle dans le team canadien Rocky Mountain/Race Face lui permettront-elle de bien figurer à de telles altitudes ?

 

 

Les privateers et outsiders

Pour ne pas les laisser pour compte, car les privateers sont ce qu’il y a de plus admirable dans le paddock. Ceux pour qui cette passion est une ligne de vie, voir un mode de vie, quelque en soit le coût et les sacrifices.

Premier à s’élancer après les filles, mon ami Baptiste Gaillot, du team Chamrousse, suivi de près par son teammate, Clément Benoit. Ce dernier a d’ailleurs signé sa meilleure performance en EWS en Argentine il y a deux ans – 24ème 😉 Autre français qu’il ne faut pas oublier, 12ème à Finale l’année passée : Youn Deniaud. Saura-t-il dompter sa fougue pour terminer et performer à nouveau ?

S’en suit Toni Ferreiro, l’autre hispanique du circuit sur qui il faut compter : 4ème il y a deux ans en Argentine, où la poussière faisait rage ! Puis le local de l’étape : Pedro Burns ; assez jeune, il semble déjà au niveau des meilleurs. Il talonnait Jesse Melamed à l’Andes Pacifico !

Enfin quelques nouveaux qui se dévouent entièrement à l’Enduro pour 2018. Je pense à Keegan Wright, Ed Masters, Ruaridh Cunningham. Professionnels parmi les outsiders, descendeurs de formation, tiendront-ils la distance ? Le profil descendant du parcours les avantagera-t-il ?

 

 

A quoi donc s’attendre ?

Et bien, nous, comme les pilotes, ne sommes pas capables de prédire les capacités et les performances de chacun. Ces six mois de trêve ont permis à chacun de s’entrainer, de progresser et de se perfectionner. A voir si les choix ont été les bons… Les doutes plannent, la tension monte !

Mais une chose est sûre, le terrain chilien est redoutable et ne laissera pas de répit aux pilotes. Les sentiers des anciens cowboys ne laisseront pas indifférents. Et en seul juge de paix, l’Anti-Grip fera son choix !

Finalement, l’aperçu vidéo de l’organisation de cette première manche résume bien l’ensemble 😉

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