C’est l’hiver ! Période d’hibernation pour certains, de préparation pour d’autres. Le moment où jamais de remettre sa pratique en question, d’y apporter quelques petites retouches en s’inspirant du style des meilleurs pilotes de la planète.

L’analyse vidéo Endurotribe est donc de retour ! Cette fois-ci, il est question de trajectoire : faut-il prendre tous les risques en la matière ?! Direction Finale Ligure, à l’occasion de la dernière manche Enduro World Series 2017, pour étudier un cas bien précis.

Nous voilà dans la première spéciale du week-end : un run dantesque de vingt minutes, sans une seconde de répit, redouté de tous. Plus précisément, à un endroit clé de la spéciale. Voilà pourquoi…

 


Temps de lecture estimé : 8 minutes – Photos : Enduro World Series


 

Au sommaire de cet article :

 

 


Endroit stratégique

Jusqu’ici, les pilotes n’ont pas eu un seul moment de récupération. Depuis le départ – 500m de dénivelé et 12 minutes plus haut – les courbes, blocs et troncs qui jonchent la trace demandent sans cesse une extrême attention. La fatigue se fait sentir et déjà, les moins à l’aise montrent clairement des signes de fatigue.

L’enfer n’est pas pour autant fini. L’endroit est à l’image de ce qu’ils ont connu jusqu’ici. Une première section pentue truffée de blocs, un virage serré à droite pas plus lisse, et un énorme bloc de pierre au milieu de la trace naturelle pour sortir des lieux. Le contourner n’est pas aisé – le passage est tortueux – tandis que passer dessus demande un engagement et une fraîcheur peu communs.

Dans tous les cas, l’endroit est stratégique puisque s’en suivent plusieurs centaines de mètres de pédalage. Sortir d’ici avec un peu d’élan ou du moins, avec un brin de fraîcheur, est un atout précieux pour enchaîner. Toute erreur compte double : en temps perdu sur l’instant, et en manière d’aborder la suite…

 

 

Honneur aux dames

Une fois n’est pas coutume, L’analyse vidéo débute par les prestations féminines. D’un extrême à l’autre, elles résument parfaitement les situations que l’endroit peut provoquer. À pied pour la plupart, ou bien sur le vélo, et de quelle manière… pour une autre !

Manquent à l’appel Isabeau Courdurier et Inès Thomas : la première n’ayant pas pu être filmé (elle passe à pied), la seconde ayant crevé. Toujours est-il qu’ici, la domination de Cécile Ravanel crève les yeux. D’autant plus avec l’analyse qui suit : seule dame à passer sur le vélo, mais surtout parmi les seuls pilotes, tout court, à prendre sur le rocher…

 

 

Les pièges à éviter

Un choix risqué et une exécution de haut vol tant l’endroit est piégeur. Pour preuve, cette compilation de passages des pilotes du top 30 mondial, tous en difficulté, d’une manière ou d’une autre. Vérification faite en amont : au chrono, aucun d’eux n’est dans le coup pour faire partie de la suite de l’analyse…

Accrocher une pédale comme Joseph Nation, Josh Carlson ou Nicolas Lau… Tirer trop gros à la relance comme Richie Rude… Rester tanqué entre deux cailloux comme Sébastien Claquin… Marquer un temps d’arrêt comme François Bailly-Maitre… Ou bien simplement assurer en posant un pied comme Rémi Gauvin, Jared Graves, Curtis Keen, Rémy Absalon et tant d’autres…

Différents cas de figure logiquement provoqués par la fatigue : d’une saison entière à batailler, et d’un début de course extrêmement éprouvant. Dans ces conditions, on ne peut pas remettre en cause les attitudes prudentes de certains… Mais d’autres démontrent une maîtrise remarquable dans pareilles circonstances. C’est le jeu de la compétition !

 

 

Première(s) solution(s)

À commencer par ceux qui optent pour la première solution : contourner le rocher. Le virage est serré, la place très limitée et le sol défoncé. Impossible de laisser le vélo tourner seul. Il faut prendre l’initiative. À ce petit jeu, différents styles se valent.

Sur le haut du passage, Joes Barnes opte pour une trajectoire directe, a une belle vitesse et semble en ligne sur son vélo > son état de fraîcheur parait bon. Suffisamment pour exécuter un manual qui lui permette de décaler la roue avant au moment de contourner le rocher. À part faire craquer la chaîne en changeant de rapport au moment de la relance, très belle prestation. 7,76s au chrono.

En entrant dans le secteur, Florian Nicolaï étale son talent : marche descendue en manual, trajectoire directe, courbe droite franchie tout en portant regard vers le bloc à contourner… Il a appris à rouler dans la rocaille de Levens, et ça se voit ! Décaler la roue arrière pour contourner le bloc est la seconde solution. À un léger temps mort prêt, son exécution est bonne. 7,18s au chrono !

Sur la même stratégie – et le même chrono : 7,18s – Damien Oton démontre un style légèrement différent. Il est plus petit de plusieurs centimètres et ça se voit. Il a nécessairement des mouvements plus amples pour “pumper” le terrain sur toute la première partie du secteur. Roue arrière décalée autour du bloc, il évite tous les obstacles au sol et profite de la pente naturelle pour se relancer avant d’entretenir l’élan à la pédale, assis, selle basse, pour se faufiler vers la sortie.

On conclut cette approche sur la prestation de Yoann Barelli. On le sent en limite de rupture. Son choix de trajectoire arrondie qui prend appui à mi-pente, quelques limites d’équilibre et la pédale perdue à la sortie du secteur le démontre. Son passage est néanmoins remarquable, entre maîtrise et relâchement. À un endroit qui a de quoi crisper, Yoann laisse vivre et filer au point d’offrir un des meilleurs passages autour du gros bloc. Tout passe au centimètre, sans temps mort. Bel enchaînement, beau chrono : 7,14s !

 

 

Inter/exter…

Voilà donc que face au risque, les attitudes ne sont pas les mêmes. Mais parlons du vrai risque, du vrai choix : faut-il, ou non, passer sur de foutu bloc ?! À vrai dire, en plus de Cécile Ravanel et Sébastien Claquin, ils sont une poignée seulement à s’y être aventuré. Ne manque que Martin Maes, qui ne fait partie des rushs dont on dispose, mais qui a bien sauté à l’inter… Même Sam Hill, visiblement concentré à faire parler la poudre ailleurs, ne se laisse pas tenter.

On le voit avec le passage de Greg Callaghan : la trajectoire est plus courte et directe, mais la moindre erreur se paie cache. Un petit déséquilibre, un temps mort pour se reprendre, et le chrono n’y gagne rien. Même analyse avec Robin Wallner qui semble un peu plus émoussé et/ou devoir faire plus de travail avec ses jambes pour travailler avec le terrain.

Lewis Buchanan – en Trek Slash 29 pouces soit dit en passant – signe très certainement le passage le plus propre à notre disposition. Maîtrise, enchaînement, fluidité : tout y est ! On pourrait penser qu’il s’est préservé jusqu’ici pour sembler si frais, mais le suivi GPS ne valide pas cette hypothèse : sans être au niveau de Sam Hill et Adrien Dailly, il est dans un rythme raisonnable. Certainement celui qui correspond à sa forme du moment.

Reste qu’au chrono et à l’oeil, c’est bien Adrien Dailly qui signe la meilleure prestation. Vélo, pilote et roues plus petites, il s’emploie davantage, et de très belle manière, pour enrouler l’ensemble. Technique inspirée du trial magnifiquement exécutée : Tout est en ligne, rien ne dépasse, les gestes sont toniques et précis. L’excellence du moment. Avec une telle maîtrise, il démontre que oui, la trajectoire sur le rocher a son intérêt…

 

 

Qu’en conclure ?!

Alors bien sûr, Sam Hill ne fait pas un passage exceptionnel ici mais fini la spéciale devant Adrien Dailly, démontrant que ce n’est pas sur ce point précis que les vingt minutes de chrono se sont jouées. Évidement aussi, le passage sur le rocher n’est pas donné au premier venu et nombre d’entre nous pourraient directement faire une croix dessus. Mais je préfère une autre approche.

Quels sont les facteurs de réussite ? En avoir une idée précise, et savoir les identifier le moment venu : tel est le véritable intérêt de cet article…

  1. avoir le niveau technique nécessaire : évident préalable. Aussi bien Lewis Buchanan que Adrien Dailly le démontrent.
  2. être en condition physique : pour arriver jusque là avec suffisamment de fraîcheur et de lucidité pour pouvoir exécuter les gestes techniques à bon escient.
  3. savoir s’écouter et se jauger : même sur-entraîné, la fatigue est présente. Savoir la jauger et faire le bon choix à l’instant T est une qualité au moins aussi importante que les deux premières : C’est elle qui détermine si l’on va au carton, ou non ! Que ce soit l’instinct ou l’intellect qui parle…
  4. être un fin stratège : à défaut d’avoir la forme, on peut néanmoins se faire plaisir. Se préserver jusque là et avoir suffisamment de fraîcheur à l’instant T pour se lancer sur le rocher. Analyser, anticiper, se décider… Une part entière de la pratique de l’Enduro en compétition.

Les meilleurs pilotes au monde composent avec ces quatres paramètres. Chacun a ses spécificités, notamment les deux derniers, qui offrent une multitude de scénario. À la question faut-il prendre des risques ? la réponse n’est donc pas catégorique et la vérité, plurielle.

D’ailleurs, qui aurait fait quoi en pareilles circonstances ? Tenté ? Pas tenté ?! Cap ou pas cap ?!

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