On a beau faire, le terrain est parfois plus fort. Non, je ne parle pas de ces moments périlleux où l’on goûte au sol. Plus raisonnablement, de ces instants où on a beau faire, les circonstances sont plus fortes… Au point de nous mettre face à la difficulté.

Et nous ramène à notre modeste nature. Comment y faire face ? Et comment garder le dessus ?! Questions sur lesquelles se penche cette nouvelle analyse vidéo Endurotribe. Une fois de plus, ce sont les meilleurs pilotes mondiaux qui nous servent d’exemples.

Nous voici de retour à Finale Ligure : deuxième spéciale du dernier jour Enduro World Series 2017. De haut en bas, la trace offre un profil où le pédalage et la relance sont légion, entrecoupés de fameux passages scabreux.

 


Temps de lecture estimé : 8 minutes – Photos : Enduro World Series


 

Au sommaire de cet article :

 

 

Nuances de grès

En cette fin de saison, les pilotes sont usés. Pire, cette spéciale est une épreuve de force tant le pédalage y est un facteur clé. L’endroit où l’on se situe est à l’entrée du dernier tiers de course. Les jambes sont lourdes, les esprits luttent pour rester dans le coup, alertes.

Ici, précisément, la trace se faufile entre les arbres et serpentes entre les rochers. Une marche en entrée, un dévers rocailleux pour accéder à l’épingle, puis deux restanques en relance. Le passage est étroit mais à l’analyse vidéo, les meilleurs mondiaux démontrent que plusieurs nuances de trajectoire existent.

Après la marche, Yoann Barelli et Marc Osborne préfèrent arrondir leurs trajectoires et contourner le dévers. Une trace prudente qui referme sérieusement l’épingle droite. Pour éviter de tourner autant, Justin Leov décide de monter légèrement sur les rochers.  Lewis Buchanan y va plus clairement encore, s’ouvrant quelque peu la courbe.

 

 

Savoir se démarquer ?

Dans tous les cas, ces premiers démontrent qu’aux abords de l’épingles, plusieurs approches existent. À la relance, l’immense majorité des pilotes observés s’en tient à rester dans la trace… Sauf un ! Florian Nicolaï, maître ès rocaille, se distingue…

Son chrono de 7,26s n’est pas le plus rapide, mais déjà l’attitude observée ici donne quelques indications : 3eme temps de la spéciale, Florian a forcément donné de sa personne avant d’en arriver là. Son initiative traduit sa volonté de rester dans le coup et de grappiller tout ce qu’il reste à prendre.

 

 

Les risques ?!

Il prend des risques, mais dans un endroit pareil, ils sont nombreux. Même les meilleurs y vont de leur lots de petites erreurs et frisent la correctionnelle, donnant au lieu toute sa dimension technique. Outre passer à pied ou taper un arbre, on peut aussi taper une pédale et/ou perdre son contact sous un appui particulièrement marqué. Wyn Masters avant l’épingle, et Josh Carlson à la relance, nous en livre un petit aperçu…

 

 

Grande classe

Dans un tel contexte, comment ne pas souligner une fois de plus la maîtrise et la classe de Cécile Ravanel ?! Le rush dont on dispose n’est pas 100% exploitable pour mener un comparatif direct avec les hommes… Mais l’instant vaut tout de même le coup d’oeil…

Précision, équilibre, maîtrise. La trajectoire est bonne et l’exécution parfaitement bien menée. Elle est, une fois de plus, la seule féminine à franchir l’endroit sans encombre, au niveau des meilleurs hommes. Mais alors, quelles sont les clés pour se sortir d’un tel pétrin ?!

 

 

Clé n°1 > S’appliquer…

Au coeur d’une telle spéciale, l’attitude des meilleurs mondiaux démontre clairement trois attitudes différentes. La première, celle qui consiste à s’appliquer. Les recos ont permis d’identifier l’endroit comme particulièrement compliqué, il faut donc y prêter toute son attention…

La manière avec laquelle Yoann Barelli veille à bien décaler/placer ses roues, jouant du transfert de masse d’avant en arrière, démontre cette extrême application. C’est elle qui paye très légèrement face à l’apparente fatigue qui entache un peu la précision de Marco Osborne. Le contraste est saisissant.

À la relance aussi, l’application est de mise. Mark Scott et Greg Callaghan le démontre en veillant particulièrement à pumper où le terrain s’y prête, presque trop vigoureusement. Dans tous les cas, cette application permet de passer proprement, mais la suite démontre qu’il en faut plus pour performer…

 

 

Clé n°2 > Se faufiler…

Notamment parce que marquer chaque geste et chaque appui saccade un peu le rythme avec de légers temps morts…. Alors qu’il y a clairement moyen de grappiller quelques dixièmes de seconde et conserver un peu de vitesse en se faufilant…

En la matière, Théo Galy est un as. Pas étonnant quand on connait les montagnes du Caroux dont il est originaire. Il est celui à qui la marche en entrée pose le moins de problème. Roue avant, pédale, manivelle… La trajectoire est au cordeau, tout passe au millimètre et dans l’instant d’après, la sortie d’épingle permet de convertir l’appui en vitesse.

Dans le même esprit, Adrien Dailly se heurte un peu plus aux rochers qui précèdent l’épingle, mais fait parler son sens de la vitesse pour mettre l’épingle à profit. Impressionnant de voir qu’avec Théo, ils sont clairement ceux qui relâchent les freins le plus tôt, pour profiter de la courbe et de la vitesse qu’elle peut générer.

 

 

Clé n°3 > Se donner !

Ces deux là sont doués et malins. Ils s’en sortent très bien, mais ce passage comme les chronos en bas de spéciale le démontrent : il en faut encore plus pour être devant. Il faut oser, se donner, y aller ! Sur cette spéciale, les jambes font parler la poudre. Il faut en avoir encore dans le réservoir à cet instant…

Damien Oton frise la correctionnelle en entrée de secteur. Déséquilibré, il parvient tout de même à tenir la trajectoire. Surtout, il fait partie de ceux qui n’attendent pas pour relancer. Dès la compression de la première restanque, les pédales tournent au point qu’il doive arrêter de pédaler dans la courbe gauche qui termine le plan.

Même mix de relance et de pumps sur les restanques pour Martin Maes qui lui, finit par s’asseoir pour quelques secondes de répit en fin de relance. Un peu plus raide sur ses jambes, mais dans l’esprit de Théo Galy, Richie Rude se faufile en entrée de secteur. On sent qu’il a donné mais s’investit tout de même dans les deux restanques pour pumper et pédaler.  Ça paye, puisqu’il est auteur du scratch…

Reste que sur cet endroit, Thomas Lapeyrie signe la relance la plus aboutie. C’est bien simple, comme Florian Nicolaï mais sur une trace plus rentable, il est le seul à trouver la place pour placer son premier coup de pédale en sortie d’épingle, avant même la première restanque. La relance qui s’en suit est d’autant plus énergique : les chevaux sont lâchés ! 1 seconde de gagnée par rapport aux plus lents !

 

 

Qu’en conclure ?!

Volontairement, cette analyse vidéo fait écho à la précédente. L’Enduro veut que parfois on ait le choix entre affronter ou contourner la difficulté. Ici, quelle que soit la trajectoire, on ne peut y échapper : il faut y aller ! Pire, il faut accepter de subir ce que le terrain a comme impact sur notre vitesse – à cause de la marche, des rochers et de l’épingle) – et repartir de l’avant.

Ici clairement, s’appliquer permet de passer partout sans encombre. Disons que c’est la base. Celle que l’on peut/doit tous ambitionner : passer partout, proprement. Mais plus sournoisement, elle a des vices cachés. Elle trahit qu’au fond de soi, on soit attentif aux éléments qui posent problème : la fatigue que l’on repousse, cette arrête qui peut faire crever, ce trou où l’on ne veut pas se tanquer, cet arbre que l’on ne veut pas taper…

“Approche offensive ou défensive ?!”

Alors que la malice et l’engagement découlent d’une toute autre démarche : celle d’être focalisé sur l’essentiel ! Ces éléments favorables qui doivent servir d’alliés pour s’en sortir. Cette trajectoire qui ouvre l’épingle, cet appui qui permet de finir le virage, les deux compressions suivantes qui permettent de reprendre la vitesse et quitter les lieux au plus vite…

Une approche défensive, deux approches offensives. Savoir user de l’une ou l’autre de ces approches est toute la richesse des sports dit “à risque”. Savoir sentir ou observer les éléments clés, juger de celle à adopter, et s’y tenir… Toute la beauté de notre sport et de ce qu’il peut amener à partager au coeur de l’action… N’est-ce pas ?! 😉

 

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