Désolé… Il y a parfois, des publications qui laissent en suspend plus de questions, qu’elles n’apportent de réponses. C’est le cas de la première partie d’essai Dans les tuyaux du Ibis Mojo HD4. Un mal pour un bien nécessaire, puisqu’elle permet tout de même de planter le décor.

À savoir, cette fois-ci, les infos requises à la bonne compréhension de ce verdict d’essai. Oui, le Ibis Mojo HD4 est surprenant au premier abord. Il me fallait donc pousser au delà de cette première impression tenace. C’est chose faite ! Verdict d’essai Endurotribe : Ibis Mojo HD4 au rapport !

 


Temps de lecture estimé : 8 minutes


 

Au sommaire de cet article :


Ibis Mojo HD 4 GX Eagle

5189 euros
13,640kg (Vérifié, taille L, sans pédales, pneus d’origine montés tubeless avec préventif)

C’est la nouveauté. Certains d’entre nous s’interrogent à ce sujet : qu’apportent les pneus en 2.6 de section sur les jantes larges de ce Ibis Mojo HD4 ? En quelques mots : un grip qui n’est plus très loin du format 27,5+ et un décrochage plus progressif qui s’inspire du 29 pouces.

Est-ce pour autant un élément déterminant le caractère propre au Ibis Mojo HD4 ? Non ! Comprenons par là que sans ce train roulant particulier, le vélo garde tout son attrait. J’ai pris l’initiative d’essayer avec d’autres roues, et d’autres pneus pour en avoir le coeur net. Aucun doute !

L’info a du sens pour ceux d’entre-nous qui envisageraient un montage à la carte. Tout juste ai-je un conseil dans ce cas : éviter les carcasses de pneu trop souples. Elles risqueraient, tôt ou tard, de récupérer et subir ce dont le reste du vélo n’a que faire…

 

 


Motricité…

Ainsi prévenus, précisons ce que le Ibis Mojo HD4 réserve à l’usage… Une fois n’est pas coutume, c’est au pédalage, en liaison, que le vélo se démarque déjà. On parlait d’anti-squat important dans les tuyaux de cet essai. C’est ici d’abord, qu’il se manifeste.

Quelles que soient les roues et pneus, le Ibis Mojo HD4 démontre une motricité folle. Comme si, dès les premiers coups de pédale, une force venait plaquer la roue arrière au sol. Que le sol soit cabossé, il n’en a que faire : la suspension épouse le terrain et ne manque pas une miette d’aspérité.

Comme si la détente de l’amortisseur était réglée au plus rapide, et pourtant. Raidars, coups de cul, gravette, trialisant, champs de racines… Le Ibis Mojo HD 4 donnerait presque envie de grimper aux arbres. Assez impressionnant, d’autant que debout sur les pédales, même à 35% de SAG, rien ou si peu, ne bouge !

 

 


Assiette…

Quand la pente s’inverse, et que le terrain devient chaotique, le Ibis Mojo HD4 n’en démord pas. Cette tendance à coller plaquer la roue au sol perdure… Et un autre constat s’impose : plus encore que sur le Santa Cruz Hightower essayé récemment, l’assiette du vélo reste admirablement constante.

Encore une fois, peu importe les SAG, le Ibis Mojo HD4 semble avoir une capacité naturelle à être très stable là où je m’attendrais à ce que le terrain chaotique me secoue, voir me désarçonne… Et que le vélo finisse par se mettre en travers ou se tanque entre deux rochers.

Là, rien de tout ça. À l’inverse, le Ibis Mojo HD4 semble se nourrir du terrain pour avancer. Comme si le moindre choc qui fait prendre la moitié du débattement ou plus avait tendance à propulser le vélo vers l’avant, plutôt que le ralentir…

 

 


Propulsion !

Et ce n’est pas une blague ! J’ai fini par confirmer cette impression loufoque sur le terrain ! Il m’a suffit pour cela de rouler le vélo avec la chaîne, puis sans. Cette astuce permet de vérifier l’influence du fameux Anti-Squat sur le vélo.

Ici, pas de doute : avec la chaîne, la moindre réception de marche propulse le vélo vers l’avant… Sans, le vélo s’affaisse et attend qu’on le relance, tout simplement. Il y a donc très fort à parier que la tension et l’allongement du brin supérieur de chaîne, lorsque la suspension s’enfonce, soient suffisants pour entraîner la roue…

Motricité, assiette et ici propulsion sont en tout cas trois observations qui me poussent à croire que l’anti-squat élevé et maitrisé sur cette cinématique DW-Link soit à l’origine d’une grosse partie du caractère du Ibis Mojo HD4.

 

 


Enchainement

Bien… Mais qu’apporte cette caractéristique sur le terrain ? et qu’en faire ? Comme je l’évoquait en première impression, le Ibis Mojo HD4 ainsi conçu a une claire tendance à ne laisser aucun répit à son pilote.

Avec une telle propulsion à l’impact, c’est comme si l’on était en mesure de placer le premier quart de coup de pédale dès le contact des roues au sol, et non un mètre ou deux après. Dans la vraie vie, il n’y a guère que Sam Blenkinsop qui maitrise totalement cet art…

Dans les pierriers, champs de racines, enchaînement de dalles ou de secteurs trialisant, ce trait de caractère fournit une impression de facilité à la relance. Le vélo s’est comme chargé du premier coup de pédale. Le plus dur, celui qui demande parfois de déployer le plus de force pour repartir…

 

 


Entre BMX…

Le pilotage du Ibis Mojo HD4 est donc en partie inspiré du BMX. Lire la dimension verticale du terrain et en jouer comme sur une piste de race ou une pump-track est un régal tant le vélo en transforme la moindre miette.

Son cadre est de toute façon rigide pour répondre au mieux de ces initiatives. Sa cinématique propulse littéralement le vélo… Et sa géométrie, portant pilote sur l’arrière et usant de bases courtes ne demandant qu’à tirer des bunny-up à tout va. 

Mais attention, le vélo est si efficace dans cette dimension qu’un temps d’adaptation est nécessaire. Un simple geste à ici des conséquences importantes et immédiates. Le timing et la coordination ne sont pas habituels. Pilotes fins et athlètes en forme peuvent en tirer parti, d’autres y mettrons plus de temps, c’est certain !

 

 


… Et moto GP !

Il faut par contre faire un sacré distinguo. Si pumper est le dada du Ibis Mojo HD4 en verticale, ce n’est pas de cette manière qu’il fonctionne lorsqu’il faut tourner. Pour deux raisons : l’Anti-Squat et la cinématique très progressive d’entrée de jeu découragent la suspension de prendre du débattement sur la première moitié de course.

En courbe, tenter de presser le boitier pour le faire descendre est donc peine perdue. Rien ne se passe, le vélo se déporte à l’extérieur et l’embardée est certaine. D’autant plus si le sol fournit à la cinématique de quoi propulser le vélo… Non, en courbe, le Ibis Mojo HD4 s’inspire bien plus d’une moto GP !

Ceux qui aiment prendre de l’angle et le tenir vont adorer. Quelle que soit la courbure de la trace : s’asseoir sur la roue arrière, jouer des coudes pour incliner le cintre, faire mordre les cramons latéraux et profiter des bases courtes est un régal. D’où, au passage, ma remarque de début d’article à propos des carcasses de pneus 😉

 

 


Pointu !?

On l’aura compris, le Ibis Mojo HD4 est donc une machine à sensation… Très fine et pointue. Non pas à régler, le tableau des réglages livré ici en atteste… Même si, l’influence de l’anti-squat sur la détente peut parfois pousser à tatillonner au clic prêt… Mais le ratio et l’anti-squat sont de toute façon si marqués qu’ils prennent clairement le pas sur tout le reste et que s’en affranchir est une mission bien inutile.

Surtout, une machine pointue aussi de par son comportement au freinage. On l’a dit, le vélo propulse à l’impact. Les moins expérimentés d’entre nous peuvent avoir le réflexe de freiner pour contrer ce phénomène et garder le contrôle. Mais dans ce cas, l’anti-rise du vélo – phénomène de détente de la suspension dû aux forces de freinage – est de plus en plus élevé quand le vélo prend du débattement.

En clair : plus on tape fort, plus ça propulse, donc plus on freine pour contrer, et plus ça se détend et bringuebale le pilote…

RéglagesAvantArrière
SAG30%30%
DétenteMilieu de plage + 2 clics ferméMilieu de plage
Compressionsouverteouverte
Token / Spacersorigineorigine

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes. SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaule à l’aplomb du guidon.

 

 


Pour qui ?

Bref, sur le Ibis Mojo HD4, rien n’est fait pour se la couler douce. Ce vélo est une machine, une fine lame à réserver… Aux puristes, aux pilotes qui aiment le beau geste, la bonne mesure de chaque initiative, et la vitesse à laquelle tout peut s’enchaîner.

Quand on a saisi son fonctionnement, et que l’on est capable d’opter pour deux styles de pilotages en ligne droite et en courbe, l’affaire est dans le sac. Mais mon expérience de moniteur et coach m’en convainc, la tâche est aussi gratifiante quand elle est maîtrisée, que frustrante tant elle est chèrement accessible.

Quelque part, la représentation qui en est faite au plus haut niveau est à son image. François Bailly-Maitre et Robine Wallner, à l’origine crosseur pour l’un, descendeur pour l’autre, ne peuvent que tirer parti d’une telle machine.

 

 


Au rapport !

L’issue de cet essai est donc clair. Il est temps de conclure par l’habituelle question : pourquoi voudrais-je garder ce vélo ?!

“Le Ibis Mojo HD4 m’a surpris… Puis m’a mis au défi ! Celui de le comprendre, d’en prendre la mesure, et d’en tirer parti. C’est mon job certes, mais ce vélo a pris comme un malin plaisir à me challenger plus que de coutume. Sans conteste pour moi une sorte d’étalon : de ces machines que l’on sort pour voir soi-même où l’on en est, pour décupler le plaisir les jours de grande forme, ou se remettre en question les jours de moins bien. Lui en tout cas, ne manquera pas d’être au rapport !”

 

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraichir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparées à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > par rapport aux autres, qu’en penses-tu..? rendez-vous sur la page du Comparateur d’essais VTT Endurotribe pour en savoir plus >  http://www.endurotribe.com/comparateur-essais-vtt-2016/

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