Il y a, comme ça, des périodes plus riches que d’autres en matière de nouveautés. Ça semble être le cas chez Rocky Mountain. Après avoir renouvelé le Slayer, les canadiens se sont penchés tour à tour sur l’Altitude et sa version électrique, le Powerplay.

On aurait donc pu s’attendre à un peu de calme ensuite… Mais il restait, c’est vrai, un domaine à couvrir : celui des 29 pouces All Mountain et Enduro. C’est chose faite avec les Rocky Mountain Instinct et Pipeline présentés il y a peu.

Dans le lot, la version du Rocky Mountain Instinct BC a attiré notre attention. Qu’a-t-elle de particulier ? Quel est son caractère ? À quoi se destine-t-elle ? Et comment se positionne-t-elle dans la gamme canadienne et face à la concurrence ? Autant de réponses à trouver dans ce verdict d’essai Endurotribe…

 


Temps de lecture estimé : 8 minutes


 

Au sommaire de cet article :

 


Rocky Mountain Instinct BC Edition

6299 euros
13,520kg (mesuré, taille L, pneus d’origine montés tubeless avec préventif, sans pédale)

Il suffit d’un coup d’oeil au Rocky Mountain Instinct BC pour saisir ce qui fait la particularité de cette version. Certains choix de montage et de conception traduisent clairement les intentions qui lui sont prêtées

Considérations géométriques…

Quel est véritablement le rôle de cette version BC vis-à-vis de ses frères de gamme en 140mm de débattement ? Un coup d’oeil aux géométries permet de s’en faire une idée plus précise…

Sur le papier, le Rocky Mountain Instinct BC a donc tout d’un Rocky Mountain Instinct 29′ dans une 10ème position de géométrie, et doté de 15 à 20mm de débattement supplémentaire… À une différence notable : la hauteur du pédalier, plus importante ici. Est-ce un problème ? À l’usage, plusieurs éléments permettent d’en juger…

 


Filiation…

À commencer par les premiers tours de roues, puis la séance de réglage des suspension à laquelle je me prête. Ils permettent de balayer différentes configurations et se faire une certaine idée. Quoi qu’on en fasse, le Rocky Mountain Instinct BC tend à défendre une certaine filiation.

Dans l’esprit du Rocky Mountain Slayer, mais plus raisonnablement, sa suspension arrière parait sensible, avant de ne durcir qu’en fin de course. D’origine, le Fox Float DPX2 comporte un réducteur de volume bien calibré : on peut rouler avec et sans.

Il apporte un certain maintien en milieu de course, mais je lui préfère une autre configuration : sans réducteur, et jouer sur quelques clics de compression basse vitesse, ajustables en externe, pour peaufiner la chose. Quel intérêt ? Faire descendre et maitriser, en dynamique, cette fameuse hauteur de boitier…

Machine arrière ?!

Cette initiative fait ressortir un autre trait de caractère que je commence à considérer comme propre aux Rocky Mountain. Comme sur le Slayer, debout sur le pédales, tout pousse à y adopter une position relativement portée vers l’arrière. Comme assis au dessus de la roue de 29 pouces que l’on frotte au short.

Dans une dimension verticale, le Rocky Mountain Instinct BC est donc à son aise : lever la roue avant pour monter une marche, tirer un manual, déclencher un bunny-up, sauter une marche… Pour peu que les réglages adoptés laissent le boitier débattre un peu verticalement, le vélo s’y prête de bon coeur.

 


Pay for win ?

Mais alors, où se situe la différence avec le Slayer ? À plusieurs niveau. En premier lieu, le Rocky Mountain Instinct BC est un 29 pouces qu’il faut faire tourner. Et logiquement, la hauteur de boitier y joue un rôle important.

Il faut le faire descendre pour virer. En d’autre terme, le Rocky Mountain Instinct BC tourne véritablement quand on plante un appui. C’est pay for win : si je ne donne rien, je n’ai rien ! À se laisser aller, on sort large de la plupart des courbes.

En chargeant, en marquant les appuis, bref, en s’employant, le rendu devient drôle, amusant, et embellit la sortie quand les chemins eux, n’ont rien d’exceptionnel au premier abord. C’est à ce petit jeu aussi, que l’on finit par peaufiner le vrai caractère du Rocky Mountain Instinct BC…

 


Frères, mais pas jumeaux

Parce qu’à le solliciter sans cesse, on pousse certains éléments dans leurs retranchements. Les roues en premier lieu. Si on n’a pas grand chose à leur reprocher en 27,5 pouces, elles trouvent leur limites en 29. Par deux fois – avec les Asterion Edition One (Alu), puis les Santa Cruz Reserve (Carbone) – le Rocky Mountain Instinct BC y a gagné en dynamisme, à la relance, et en précision, en courbe.

C’est là aussi que je positionne ce vélo par rapport à ses semblables et ses usages de prédilection. Le cadre me semble plus souple que celui du Slayer, d’un Santa Cruz Hightower LT ou d’un Intense Carbine 29. Attention : il reste dans de très bonnes proportions et à un niveau de prestation très haut de gamme.

Mais quelle que soit la paire de roues, on le sentira toujours plus limité s’il s’agit de se prêter au jeu de celui qui va le plus vite, et tient le plus longtemps. C’est sur ce terrain, certainement, que le Rocky Mountain Instinct BC gagne sa place. Frère, mais pas jumeau, du Slayer…

 


À l’aventure…

À quel usage se destine-t-il donc ? À celui de son appellation, au final très à propos ! BC, pour British Columbia ?! Je l’imagine effectivement bien à l’assaut de belles montagnes, à en embellir les moindres recoins. Quand l’occasion de faire étalage de son large bagage technique se présente.

Compagnon d’aventure qui pousse à faire preuve d’inspiration pour jouer avec le terrain. J’ai ainsi à plusieurs reprises osé tirer, sauter, m’engager dans des passages peu évidents sur un état de forme entamé, avec une certaine confiance.

J’ai aussi profité de sa capacité à savoir dire “oh fais moi tourner, tu t’oublies là” quand la fatigue se fait sentir. Une lecture qu’il faut avoir pour former un bon couple avec ce vélo, mais un bon repère pour espérer en tirer pleinement parti. Le Rocky Mountain Instinct BC ? Un bon vélo de montagne avant tout.

 


Étroitesse d’esprit ?!

J’en viens donc à conclure à son sujet. Et c’est au moment de le situer par rapport à la concurrence qu’un dernier constat me vient. De par sa conception décryptée ici, le Rocky Mountain Instinct BC s’avèrera toujours plus étroit, et fin à régler que certains de ses concurrents.

Il faudra faire preuve d’une certaine sensibilité et d’une certaine finesse pour l’exploiter pleinement. Notamment avec la clé de 3 et quelques pauses pour jouer des basses vitesses de l’amortisseur. D’où le tableau des réglages, que voici…

RéglagesAvantArrière
SAG30%30%
DétenteMilieu à 2/3 ouvertesMilieu à 2/3 ouvertes
Compressionsouverteouverte à 2/3 ouvertes
Token / Spacersoriginesans celui d'origine

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes. SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaule à l’aplomb du guidon.

Vis-à-vis de la concurrence ?

Je tiens ces derniers propos en ayant le Santa Cruz Hightower LT, à l’essai Endurotribe sur la même période que ce Rocky Mountain Instinct BC. Deux vélos sur le même segment, mais définitivement pas sur le même caractère.

Le canadien compte sur sa dynamique pour s’animer, quand le californien est de toute façon porté sur ses angles. Le premier est donc logiquement plus sensible à ses réglages que le second lorsqu’il s’agit de piloter. Les deux ne sont pas parfaits au pédalage, mais ont chacun leurs arguments : meilleure assise au canadien, meilleur rendement au californien…

Pour le reste de la concurrence, je vois tellement le Rocky Mountain Instinct BC comme un vélo de montagne, que je le place moins en concurrence des missiles Orbea Rallon, Norco Range et consort. Peut-être que parmis eux, le Yeti SB5.5C fait parti de ceux avec lequel il a le plus d’atomes crochus…

 


En conclusion

Reste qu’il me faut conclure. Si les échanges, presque infinis dans ce domaine, doivent se poursuivre, ils se feront volontiers en commentaires de cet article. Je conclus avant ça par l’habituelle question : pourquoi voudrais-je garder ce vélo ? 

“Sans aucun doute, je compterais sur le Rocky Mountain Instinct BC pour partir explorer les montagnes que j’aperçois au loin, de chez moi. Pour enfiler une veste, bourrer le sac de ce qu’il faut pour survivre, le prendre sur le dos quand il le faut… Et profiter à la descente, la plus longue possible, d’un vélo qui me pousse à faire corps avec la montagne, aiguiser ma lecture du terrain et en embellir certains traits, ou lignes, bien trempé(e)s.”

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraichir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparées à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > par rapport aux autres, qu’en penses-tu..? rendez-vous sur la page du Comparateur d’essais VTT Endurotribe pour en savoir plus >  http://www.endurotribe.com/comparateur-essais-vtt-2016/

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