Dans les travées de Finale Ligure cette année, Jérôme Clémentz étrennait une version singulière de son Cannondale Jekyll fétiche. Celui que le paddock surnomme Chuck Jérôme nous a bien habitué au soin du détail et au colormatching ces derniers temps, avec plusieurs versions personnalisées de sa monture.

Mais cette fois plus encore, un coup d’oeil attentif laissait présager un supplément d’âme. Un double sens certain pour ce Cannondale Jekyll Finale Countdown, nom de code de cette ultime version de compétition Enduro World Series.

Il était donc naturel de poser quelques questions, et offrir l’occasion d’en dire plus à celui qui reste, à jamais, le tout premier Champion du Monde Enduro VTT de l’histoire… Voici donc le Cannondale Jekyll Finale Countdown de Jérôme Clémentz, dans Les vélos des pros Endurotribe !

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes – Photos : Jérémie Reuiller


 

Au sommaire de cet article :


The Finale Countdown…

Ceux qui connaissent un tant soit peu Jérôme Clementz le savent amateur de Rock Métal. Assez naturellement, ses modèles personnalisés ont un lien avec des morceaux mythiques. Son jekyll Rainbow in the Dark l’année de son titre mondial en 2013 reprenait le nom du morceau de DIO. En 2015, Battle on the Hill était tiré des premières paroles de For whom the bell tolls de Metallica….

Et donc, Finale Countdown cette fois-ci, jeu de mot entre la destination de fin de saison des EWS et l’un des riff les plus célèbres du milieu des années 80. La petite histoire pourrait s’arrêter là et serait déjà belle, mais le jeu de mot va plus loin.

“En 2018 je ne souhaite pas m’engager sur les EWS. Ma saison et ma carrière seront faites de ce que je fais déjà depuis plusieurs années. Seulement l’ordre des priorités sera différent. Je m’axerai moins sur la performance et le résultat, mais plus sur la collaboration avec mes partenaires […] J’aurai un rôle plus important sur les événements des marques, des salons, plus de développement produit et aussi plus de temps pour des projets vidéos/photos. Si j’ai le temps et la motivation, je participerai à quelques compétitions.”

 

Récap’ !

Vu sous cet angle, le Cannondale Jekyll Finale Countdown, que Jérôme Clementz utilisait lors de sa dernière Enduro World Series en saison pleine, a donc une toute autre valeur. Les détails de sa déco, des plus personnalisées, prennent tout leur sens…

“Ca fait 5 ans que les EWS existent et j’ai toujours fini dans les 20 premiers de chaque manche dont j’ai pris le départ. L’idée c’était de mettre en valeur le chemin parcouru, célébrer les succès et me motiver pour la dernière manche de la saison. […] Ça ressemble à un décompte pour mes derniers moments en EWS.”

On comprend mieux l’état d’esprit dans lequel Jérôme Clementz pilotait donc ce modèle unique sur les chemins de la côte ligure en cette fin d’année 2017. Pas une fin en soit selon ses dires, nous parlerons donc d’un certain aboutissement…

 


Aboutissement ?!

D’ailleurs, Le Cannondale Jekyll Finale Countdown est un. Il suffit de jeter un oeil aux éléments qui composent ce vélo pour s’en convaincre. La plupart sont des éléments proviennent du très haut de gamme, et/ou sont des produits pour lesquels Jérôme a participé au développement, quand il n’a pas un modèle à son nom…

Une remarque croustillante pour marquer à quel point le Cannondale Jekyll va comme un gant à son pilote ?

“[Sur la taille M] j’ai tout juste la place pour mettre une tige de selle reverb en 150mm de débattement. Un luxe avec mes jambes courtes ;-)”

 

Choix maison…

Une boutade qui nous amène à parler plus en détail du montage. Au delà du sens, de la reconnaissance des partenaires et du soin apporté à l’esthétique, ce Cannondale Jekyll Finale Countdown n’est pas dénué d’intérêt en matière de mise au point. À commencer par quelques choix importants.

Pour ceux qui se demandent le kick-back et Anti-squat dont fait preuve le Cannondale Jekyll de Jérôme Clement, ses choix de plateau ont un certain sens : 34 dents pour l’étape de Finale et certaines de ses liaisons assez pentues, 36 dents la plupart du temps le reste de la saison ! Pour le reste, détails en images…

 


Côté roues…

Les choix techniques de Jérôme ne s’arrêtent pas là. On pourrait même se dire qu’ils ne font que commencer. En matière de train roulant notamment, ses expériences de développement lui ont permis de consolider certaines préférences.

On parlera bientôt dans nos lignes des pneus Michelin prototype à sa disposition. Mais avant, attardons nous sur les jantes qui les reçoivent.

“En essayant des jantes en 30mm, j’ai de suite été fan du comportement vélo et pneus à l’avant, surtout avec des pressions plus basses. Concernant l’arrière je trouvais que c’était moins précis et plus pataud. De plus avec les pneus actuels, les jantes larges arrières font que tu as un profil plus plat et moins de hauteur pour absorber les chocs et donc plus de risque de crevaison. Les pneus évoluent et donc cela peut changer mais pour l’instant c’est sur ce format que je me sens le plus performant et le plus confiant!”

Un choix qui l’amène à retenir des pressions différenciées entre roues avant et arrière : 1,35bars là où le pneu s’assoit le plus, 1,75bars sur la jante la plus étroite. On parle ici des pressions utilisées avec carcasses renforcées, son choix favori.

 


Settings & style…

À décrypter le Cannondale Jekyll Finale Countdown, les suspensions mettent le style de Jérôme Clementz en évidence. Le vélo n’étant pas disponible de série en suspensions RockShox, Jérôme a eu le privilège de travailler sur ses propres réglages.

À l’arrière, sur un SAG de 30% – ressort de 300 à 350lbs – Jérome utilise le setting hydraulique nommé T chez Sram. Un clin d’oeil à Tim Flook, gourou des suspensions de la marque en Coupe du Monde, avec qui il a travaillé pour ses propres choix.

“L’idée était de ralentir un poil la compression et la détente haute vitesse pour garder plus de contrôle en fin de course, sachant que l’arrière du vélo est court et que le Jekyll est déja bien dynamique.”

Une initiative qui va de paire avec les autres réglages des suspensions dont il fait usage : détente basse vitesse arrière ouverte de 5/6 clics seulement, contre détente au 2/3 voir parfois presque toute ouverte à l’avant. Avec 3 tokens dans la Lyrik, on touche à ce style caractéristique dont Jey sait faire preuve…

Un arrière bien tassé sur lequel ses jambes prennent les appuis dont il a le secret. Un avant qui reste haut et dynamique… Ce qu’il lui faut pour engager comme on le connait : buste à plat et épaules qui traduisent toute sa détermination à aller de l’avant, tête baissée à l’aplomb du cintre…

 


Air ou ressort ?!

En matière de suspension, la question est dans l’air du temps. Le témoignage de Jérôme apporte une interprétation très intéressante à mettre en perspective avec notre publication Didactique Air ou Ressort ?!

“Je change en fonction du terrain et des sensations. Avec l’air, j’ai un vélo un peu plus nerveux, qui accélère plus vite et qui donne un comportement dynamique. J’ai tendance à l’utiliser quand ça va plus vite, quand je veux un vélo plus léger et quand le terrain est moins raide. Avec le ressort, le vélo colle plus au sol et absorbe mieux les petites aspérités, ça marche d’enfer dans la pente quand tu as peu de poids sur l’arrière, quand c’est lent et défoncé et quand tu as besoin de plus de confort, voir sur les longues spéciales ou l’amortisseur à air pourrait chauffer.”

On comprend ici que Jérôme est avant tout attiré et attentif aux prestations des différents types de ressorts en début de course.

 


L’astuce des cales…

Au sujet du ressort, les plus attentifs d’entre nous auront remarqué les deux cales plastiques sur lesquelles il repose. Là aussi, un détail intéressant qui peut en intéresser plus d’un lorsque la question du poids de l’hélicoïdal vient à se poser…

“j’utilise un ressort plus court en aluminium qui est aussi léger qu’un titane et qui garde ses propriétés en se comprimant. Les pièces en plastique sont là pour que la coupelle reste sur le pas de vis de l’amortisseur. Le ressort plus court me permet de prendre uniquement 200gr entre un amortisseur à air et un ressort.”

 


Not done Yet…

Sens, esthétique, montage, mise au point… Pas de doute, le Cannondale Jekyll Finale Countdown de Jérôme Clementz vaut le détour. Et comme si le message que constitue cette monture ne suffisait pas, Jérôme n’est pas avare en anecdote à son sujet.

On pourrait conter l’histoire qui accompagne la selle, une WTB Volt noire en lieu et place de sa préférée SL8 Carbon noire et dorée, oubliée à la maison au moment de partir du Finale. On mettra ça sur le compte de l’émotion…

Et on finira plutôt sur la tenue Alpinestars/Troy Lee Design assortie au vélo. Un détail y parachève l’oeuvre. Sur son D3, Jérome Clémentz affichait clairement l’état d’esprit qui accompagnait cet instant particulier. Ultime sursaut du pilote le plus régulier et combatif du circuit, qui ne se dit pas encore fini…

“Not done Yet !”

 

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