Pour beaucoup un voyage au Canada c’est le pèlerinage classique, aller rouler des bike-parks de légende, des sentiers truffés de sauts et de relevés sans fin. Mais pour Tito et son pote Alexis, leur vision pour ce trip était bien différente. Les deux potes s’étaient fixés comme objectif de visiter la Colombie-Britannique à la sauce vélo de montagne et backcountry.

Dans les valises ils n’ont pas emmenés les classiques casques intégraux et autres plastrons mais plutôt des sacs de couchage, matelas, frontales et les gros sacs de trek ! Les repérages sur cartes sont faits, les infos collectées et tout est arrangé sur place pour que le voyage se passe dans les meilleures conditions.

 


Temps de lecture estimé : 16 minutes – Récit & photos : Tito Tomasi


 

 

Welcome to Vancouver

Alexis et Tito arrivent finalement à l’aéroport de Vancouver, le temps de récupérer l’énorme carton et le reste des bagages, les voila dehors dans le skytrain. Direction WickedVan le loueur de vans, c’est pas loin de l’aéroport mais ça sera quand même une petite épreuve. En effet dans le carton il y a l’altitude d’Alexis, les roues de Tito et le matos de trek, 30 kilos à porter sur 2 kilomètres et les poignées en carton qui s’arrachent… En plus, il y a un duff bag de 23 kilos, les sacs à dos, l’ordi, drone et matos vidéo !

Ils chargent le carton sur leur têtes et c’est parti, sûr que certains ont du rigoler depuis leurs voitures en les voyant passer ! Une fois le matos dans le van, direction les bureaux de Rocky Mountain pour récupérer un Altitude pour Tito. Ils arrivent tard et repartent rapidement. Le soir même ils dormiront dans les bois sur le parking d’un trailhead sur la route de Kelowna.

 

 

Kelowna

Paysage assez sec et vaste, les montagnes ne sont pas hautes mais c’est rocailleux et plein de promesses pour les sentiers. Nos deux compères décident de se dérouiller dans le coin de Rose Valley avec des sentiers variés pour rouler et prendre contact avec la terre canadienne.

 

Une sortie intense, car après avoir fait le tour du lac, il prennent de la hauteur et découvrent un feux impressionnant qui se propage à 50 kilomètres à l’Est. Une vision impressionnante et qui permet de visualiser la force de cette catastrophe, malheureusement très commune cette année dans l’Ouest. S’en suit une descente technique dans les blocs et finalement des sentiers rapides et fuyants sur la colline d’en face.

La prise de contact est totale, Alexis goûte au Canada à la dure avec une perte d’adhérence à pleine vitesse dans une courbe ! Résultat, un choc, pas mal de peau en moins, un trou dans la paume gauche et un bonhomme secoué.

Le soir même, ils mettent le cap sur une autre zone et dorment dans la pampa, mais au réveil la fumée est là ! Ce n’est donc plus le moment de jouer mais plutôt de changer de plan et aller à la prochaine étape…

 

 

Rossland et les 7 Summits

Après quatre heures de route à travers un paysage sec, de vallées, de collines et d’incendies plus ou moins récents, le van arrive dans des contrées plus agréables et plus vertes. Les voila à Rossland, une bourgade bien sympathique dominée par des pics et des stations de ski modestes.

Tito et Alexis se préparent en ville pour partir l’après-midi rouler sur le trail le plus connu du coin, les Seven Summits. Un parcours en traversée qui passe par sept sommets, la boucle fait dans les 75 kilomètres mais nos deux Français décident de le faire en deux jours et camper au plus haut pour profiter encore plus de l’expérience. Après quelques burgers cuisinés au van, ils prennent la route avec les sacs bien chargés.

Il faut d’abord rallier le départ du sentier et donc faire 25 kilomètres de route. Mais ça en vaut le coup ! Direct, le sentier se montre agréable à la montée et le paysage vraiment sympa. Après un petit moment, les deux potes décident de s’arrêter là où la vue claque le plus et où l’herbe parait plus confortable. Un beau spot de camping à 2200 mètres d’altitude, bien dégagé sur les montagnes environnantes. Alex et Tito savoure leur bière et leur repas froid avant d’aller se réfugier sous un sapin pour la nuit.

Le lendemain, le soleil offre son meilleur spectacle et pourtant connu, un magnifique lever de soleil. Les bikes se remettent en route sur ce sentier superbe, les deux potes se régalent, de trails, de virages et de myrtilles ! Ils enchaînent les sommets restants et la dernière descente qui vaut quelques points.

Puis retour au camion par la route. Grosse journée !

 

 

Nelson

Après une petite pause, les voila sur la route de nouveau. Sirotant du thé froid, ils regardent le paysage défiler, les rivières et les grands lacs, le tout entouré de grandes montagnes couvertes de sapins. Un paysage bien différent des Alpes, peu de falaises et de pics, mais des forêts gigantesques.

Ils arrivent finalement à Nelson, la ville des hippies skieurs. Mais aussi très connues pour le vélo, avec des trails variés et engagés qui plongent vers le lac. Tito est trop impatient d’aller voir cela et part seul pour une boucle de 1300 mètres sur les hauteurs de Nelson pour rouler le fameux trail “The Vein”. Des racines, des virages bien fous, des sauts naturels et un peu de pente. Ça file vers le lac au coucher du soleil. Magnifique !

Après avoir dormi sur l’autre rive, au calme sous les arbres, Alex et Tito partent pour un joli sommet et un col très réputé. Encore une petite mission, qu’ils décident de faire par les sentiers, malgré le portage. Vers le haut, le sentier est sauvage et se perd dans la garrigue !

Mais nos deux Français persistent, au détour d’une compression, ils ont une énorme surprise et tombent nez à nez sur une mère ours brun et ses deux petits !

Tito crie fort pour l’impressionner et elle part en trottant. Mais les deux petits sont juste au dessus dans les arbres, un endroit peu conseillé aux humains. Au bout de deux minutes la mère revient en chargeant carrément ! Alex et Tito détalent en vitesse laissant le champ libre pour que les petits descendent. Quelle rencontre intense !

Finalement ils retrouvent leur descente prévue et un peu de civilisation, cette descente proche de Baldface lodge est un vrai bijoux. Du flow, du technique et de la pente, mais le tout sur un terrain peu abîmé et très agréable, entouré d’une forêt épaisse et variée. Un pur régal, malgré la poussière. Aux trois quart de la descente la fumée est revenue, elle est devenue si épaisse qu’ils ont l’impression que le feu est juste à coté. La panique n’est pas loin, peur de se faire piéger, peur de se blesser ou de s’intoxiquer ! Ils accélèrent le pas et arrivent sur la route rapidement, pour constater que le feu est loin mais vivace. Il faudra une bonne baignade au lac pour faire descendre la température après ces émotions ! Ah le Canada, c’est un pays intense !

 

 

Revelstoke

Route au Nord, vers les hauts sommets et d’autres grands lacs. Un itinéraire magnifique coupé par une traversée en ferry d’où nos deux voyageurs regardent le soleil se coucher. Ils arrivent dans sur Revelstoke de nuit et vont se coucher dans coin tranquille, qui est en fait le départ des sentiers de Mc Pherson trail, parfait !

Après le petit-déjeuner, ils sautent sur les vélos et vont rouler les trails qui arrivent au bord du lac. Un régal mais leur envie de montagne les frustrent et les font regarder au loin… L’après-midi après le traditionnel burrito de pré-ride, ils partent rouler Frisby ridge. Un run montagne vraiment fun et intéressant qu’ils abordent à la dure depuis le bas de la montagne, un bon 1500 mètres pour la boucle de l’aprèm et qu’ils terminent au coucher de soleil sur un sentier engagé et raide.

Mais nos deux compères ne sont pas venus pour Frisby, ils sont venu pour le Mont Cartier. Un sommet culminant à 2600 mètres d’altitude et surtout qui offre un sentier du lac au sommet. Les voila donc au pied de la montagne pour la nuit, le réveil réglé sur 3h30 du matin, avec l’objectif de voir le soleil se lever depuis là haut.

Malheureusement le calcul n’incluait pas le facteur roulage, en effet cette montée n’est pas courte, elle comprend des plats, des descentes et tout ça prend un temps fou. L’évolution dans la forêt est longue et finalement les premiers hélicos déposent des riders alors qu’ils sortent des bois. En arrivant là haut la vue est grandiose, un paysage alpin rare au Canada. Des falaises, des lacs, des champs de pierriers. C’est un endroit super pour faire des plans au drone !

Mais place au ride, avec une descente rapide et incroyable sur le haut, puis des épingles ludiques dans la forêt avec des passages variés et certains défoncés. Sur le bas, le trail est incroyable, passant dans une forêt humide et épaisse. C’est énorme. Nos deux potes se régalent et retournent finalement au camion pour aller manger des glaces tranquillement en ville.

 

 

Kamloops

Vers la Mecque. Le vrai lieu de naissance du VTT Freeride, celui des vidéos Kranked, New World Disorder et autres Collectives, Follow Me, Rad Company… La liste est sans fin tant ce lieu est mythique. Alexis et Tito posent leur van sous les arbres dans un endroit calme loin de la ville mais entouré de trails, et c’est un local qui leur a conseillé l’endroit, un pote à Tito, Matt Hunter.

Ce dernier se pointe avec son enduro monté à l’arrière du pick-up le lendemain matin. Les deux petits frenchies ont la banane, honorés de partager un petit ride avec un pilote aussi cool que Hunter.

Le spot est vraiment incroyable, c’est sous les pins, sec et truffé de sentiers à jumps. Les trois se suivent et enchaînent les sauts et les relevés sur une piste vraiment cool. Quand on connait les capacités de Matt, il ne faut pas le chercher sur les gros sauts ! Le tour est court, Matt est trop occupé et nos deux potes sont cuits.

Ils reprennent la route vers l’Ouest.

 

 

Chilcotins

Le temple à ciel ouvert, le van fait route vers l’Ouest. Pour traverser la région de Lilouet et la Fraser river, vers les Chilcotins, un parc régional naturel unique au monde. Pour expliquer le contexte, ce parc est un endroit immense et très sauvage. Il y a des centaines de kilomètres de sentiers, ludiques, rapides et variés, des lacs, des sommets et d’immenses espaces ! Et particularité du lieu, aucune route en vue, aucune antenne ou construction. Rien que la nature, le vent et une intemporalité singulière. Une région, habitée par les grizzlis et les couguars, découverte par les chercheurs d’or et les cavaliers.

Alexis et Tito sont bien reposés, les vélos et les sacs sont prêts pour trois jours d’autonomie. Ils veulent aller aussi loin que possible et faire une boucle géante pour rallier les meilleures descentes. La première journée est une belle tranche de vélo de montagne, les deux copains ont dépassé la zone populaire et souvent roulée. Après plus de 2000 mètres de dénivelés positifs et 50 kilomètres, le camp est monté près de la rivière Tyaughton en bas de Peer pass.

Le deuxième jour c’est la nature et la splendeur. Les paysages sont incroyables, comme s’il n’y avait pas de temps et d’époque, un plaisir immense à rouler. Les deux vététistes pourraient paraître perdus et seuls, mais ils sont heureux et complets. Loin du monde et plus proche de ce monde.

Ce soir ils campent au bord de Lorna lake, lac à la couleur turquoise au pied d’un immense glacier. Douche glacée et spot de rêve.

La nuit est venteuse mais au petit matin, ils se remettent en route heureux de leur périple. Mais c’est leur dernier jour en itinérance, et pas le pire jour. Passage de Lorna pass et descente extraordinaire. Puis les deux redescendent la vallée sur des dizaines de kilomètres avant de recroiser des vététistes et enfin remonter au lac Spruce. Le spot central dans le parc. Après un dernier repas, ils retrouvent la vallée de Gun Creek et la redescendent à toute vitesse, ce trail est très roulé, c’est du bonheur !

Après la piste et la remontée, ils retrouvent le van pour un bon repas et du repos.

Le dernier jour dans les Chilcotins, ils le passent sur les sentiers de Camel et High trail, une belle boucle avec des parties freeride hors normes.

Avec chance, ils ont leur drone avec eux et font quelques images sur les crêtes et le long de la descente. Histoire de collecter des souvenirs.

 

 

Sea to Sky Valley

Les voila à Pemberton, après avoir parcouru la Hurley road. Une traversée connue et redoutée des locaux, mais la vue est super et l’expérience bien sympa.

Premier stop à “Pemby” pour rouler des sentiers secs, raides et variés. C’est toujours impressionnant de voir le travail qui est accomplit sur les sentiers au Canada. Après une montée sur piste, ils roulent quelques sentiers techniques et raides puis décident de s’éclater sur des sentiers ludiques. Ici le choix est possible, c’est assez fou et unique. Un régal jusqu’en bas !

Après ça, le van file à Whistler pour rouler avec Audric un pote à Tito qui vit au Canada. Un ride bien engagé sur les hauteurs de la station dans la partie Blackcomb, et surement pas une piste officielle… Des dalles, de la pente et des sauts, le tout sur un sentier bien engagé. Soirée en ville, bières IPA et burritos.

Les jours qui suivent Alexis et Tito roulent entre Squamish et Whistler, entre sentiers vélo ludiques, des dalles et des sauts. Mais aussi le fameux tour de Lord of the Squirrels. Ce “seigneur des écureuils” est un trail alpin tout neuf qui part du village de Whistler et mène en altitude. Un must dans la région car l’offre dans cette catégorie est rare et ce sentier vraiment intéressant.

La vallée de Sea to Sky est un must, on y trouve tous types de sentiers avec une diversité unique au monde. Des jump trails très engagés, de la pente, du freeride, des trails de Cross Country ludiques et techniques, des sentiers faciles, des tours de lacs. On y trouve de tout et c’est un endroit très agréable pour quelques jours et voir le petit monde du VTT Gravity bouillonner.

 

 

Vancouver

La veille de leur dernier jour de vélo, Tito reçoit un email de Wade Simmons pour aller rouler. Par chance, il est disponible le lendemain ! Les voila en route pour Vancouver Nord, vers le spot mythique qui à vu naître le VTT à la canadienne et les fameux North Shore.

Au point de rendez-vous, Tito se prépare pour le ride, la pluie aussi est là et Wade arrive bientôt. Une rencontre mémorable et assez drôle. Tito est honoré et intimidé, rencontrer Wade est un moment important pour lui et Wade semble super heureux de rencontrer celui qu’il considère comme un grand explorateur à vélo. Tito est surpris et touché ! Malheureusement Alexis est trop fatigué, le pneu arrière crevé. Tito ira seul avec Wade. Sur des sentiers de Cypress mountain, alors que la pluie tombe et sublime la forêt. Une forêt primitive magnifique, des sentiers joueurs et techniques au début puis des passages plus acrobatiques avec des dalles et des sauts en tous genres. Les deux ont la banane, Wade est heureux de montrer son jardin et ce lieu qui ont fait de lui le pilote de légende qu’il est. Et quel plaisir de le suivre, de le regarder jouer avec style sur le sentier truffé de pièges. Le dernier sentier est engagé, de la pente, du technique et encore de la pente ! Hallucinant ! Tito se régale même si certains passages le mettent un peu en difficulté.

C’était un ride final mémorable, ils le terminent au restaurant indien, évoquant des souvenirs délirants et parlant projets ensemble. Wade et Tito se reverront, non pas parce qu’ils roulent tous deux pour la marque canadienne emblématique Rocky Mountain mais parce qu’ils partagent une vision de l’aventure et du vélo commune.

Après tout cela c’est l’heure d’aller aux bureaux de Rocky Mountain pour rendre l’Altitude de Tito, qui n’a pas souffert ou presque ! C’est un moment intéressant de pouvoir échanger après un tel voyage mais aussi à propos des vélos et de la marque. Ils passent la soirée sur les hauteurs de Vancouver chez Tomi, l’ingénieur en chef. Le lendemain c’est la journée des corvées, tout ranger, nettoyer et aspirer le van, empaqueter le vélo et les roues, rendre le van et finalement prendre l’avion pour rentrer en France !

Le voyage est long mais il laisse le temps de réfléchir et se remémorer les bons moments, de réaliser comme le vélo de montagne est un sport enrichissant et dépasse les limites du sport pour devenir un style de vie. Le vélo pour voyager, pour apprendre et découvrir…

 

 

Matériel

Alexis roulait un Altitude 2016, équipé Fox 36, roues Mavic Crossmax XL. Tito roulait un Altitude 2017 nouvelle génération, équipé fox 36, Mavic XA pro alu 2018.

Ils portaient les tenues Mavic XA Pro et XA Elite, spécialement conçus pour la pratique montagne et trail. Casques Mavic Crossmax enduro et sac crossmax 25L.

 

Quelques conseils techniques

Pour beaucoup d’endroits, le campement à la belle étoile convient, mais pour les zones les plus sauvages, il faut une tente à cause des grizzlys. Lors de ce trip Tito utilisait la tente de son partenaire Topeak, la Bikamper qui utilise le vélo comme piquets. C’est une tente une personne, trois saisons pour 1,4kg. Pratique et bien conçue.

Comme la plupart du temps, la technique utilisé pour ces périples en montagne est le bivouac ultra léger. Pour privilégier le pilotage au confort, donc voyager léger et rester agile.

Hors des Chilcotins néanmoins, il y a peu de portage. Les spots sont bien organisés avec des climbing trails qui permettent de monter facilement. Les sentiers sont dessinés pour utiliser la pente au mieux et pouvoir tout passer sur le vélo.

 

Organisation

Pour la location des vans, les tarifs proposés par Wicked van sont intéressants. L’aménagement est rudimentaire avec un réchaud, un lit, une table et des placard. Pas de douche ou vraie cuisine. Les rivières et les lacs servent pour les douches et les “lavomatic” pour les tenues !

Pour trouver les sentiers et la navigation, tous les sentiers sont disponibles gratuitement sur l’application Trailforks, avec assez d’informations pour choisir son itinéraire parfait. On y trouve la pratique, les obstacles, dénivelés, longueurs et intérêt. Rien de plus facile !

 

 

Le film de l’aventure

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