De la Slovénie à Nice, le globe-trotteur Tito Tomasi (Rocky Mountain/Mavic) nous fait vivre sa traversée intégrale des Alpes à VTT. 1650 kilomètres, 58800 mètres de dénivelés, 21 jours de VTT, comme si vous y étiez…

 


Temps de lecture estimé : 9 minutes – Récit : Tito Tomasi – Photos : Tito Tomasi/Greg Germain


 

 

Le Projet

Voila des années que j’attendais ce départ, partir de Ljubjana direction l’Ouest sans regarder en arrière et aller le plus loin possible.

Pour cela il m’a fallu une bonne préparation, en trois points.

+ Préparer le bon vélo, un Rocky Thunderbolt en 120 fera parfaitement l’affaire. Ce vélo est très fun à rouler, efficace et solide.

+ Assurer la logistique, c’est à dire avoir tout le nécessaire et penser à tout. Préparer l’itinéraire et simplifier la navigation, avec l’utilisation d’un GPS pour le coup.

+ Dernier point, préparer le bonhomme, je me connais bien et mon point faible c’est que je roule trop. Même quand je suis fatigué, accumulant ainsi des blessures. Pour cet été, j’ai fait de longues coupures en hiver, beaucoup chargé en avril-mai (30000 mètres de dénivelé positif par mois) et j’ai été raisonnable en juin.

Le 27 juin, me voila en tenue de vélo dans l’avion, c’est parti. 14h, je touche le sol, sors le bike du carton. C’est parti, me voila dans la campagne Slovène.

 

 

Slovénie

L’épisode Slovène est très court, déjà parce qu’il y a peu de distance mais aussi parce qu’il pleut 90% du temps. Je roule la trace comme prévue et calcule le premier soir que je serai hors du pays en moins de trois jours.

Le jour 2, l’orage est d’une rare violence, avec des éclairs dans tous les sens. Vers 15h, je trouve un abri et fais une pause, réalisant à ce moment que mon téléphone et ma caméra sont hors service. On en déduira plus tard qu’il s’agit surement d’un courant de terre.

Le troisième jour, j’évite la foudre par les pistes et arrive en Italie après huit heures de vélo sous la pluie.

 

 

Italie

J’entre dans le pays par les sentiers, le dernier notamment est particulièrement bon. Il longe une rivière dans une gorge étroite, technique et magnifique. Je me régale et le soir j’arrive à Venzone.

Puis il y a une grande zone peu intéressante avant d’arriver dans la zone du lac de Sauris, porte des Dolomites.

Le paysage devient plus montagneux et c’est du bonheur. Je dors à plus de 2000 mètres en refuge à cause de la pluie mais ça me permet de goûter les spécialités locales ! Je rentre dans les Dolomites par des montagnes couvertes de forêts profondes et arrive au bord du lac Santa Caterina, avec les fameuses tours des Tre Cime en arrière plan ! Traverser les Dolomites fut un grand moment, je me régale des sentiers très variés. Les montées sont longues et difficiles, j’attaque donc la montagne pour du bon ! Bientôt je traverse la région de Alta Badia, une zone verte entourée de falaises blanches. C’est unique.

Puis je monte à Sasso Patto, une autre région qui marque le début du Tyrol du Sud. Le relief se calme à ce moment là, je passe au nord de Bolzano et traverse les Alpes Sarentine avant d’arriver à Merano le septième jour. Le lendemain la journée s’annonce peu intéressante car il faut remonter la vallée vers le fameux Stelvio pass, une soixante de kilomètres sur piste cyclable en fond de vallée. Heureusement le topo propose un détour avec un sentier en balcon, je fais donc le détour de 8 kilomètres et 500 mètres de dénivelé. Mais découvre là haut que le sentier n’existe plus, en redescendant vers la route, je tombe bêtement et m’ouvre le mollet profondément.

Passage obligatoire par la case hôpital, je gagne quatre points ! Ça me ralentit un peu mais le soir je suis quand même au refuge du col à 2300 mètres d’altitude.

Le lendemain je descends le fameux passage de Stelvio, un sentier perché au dessus de la rivière taillé dans la falaise. Grandiose ! Ce jour ça je rentre dans une très belle zone avec de long cols et des sentiers très agréables, il y a du monde en VTT. Bientôt je passe le lac de Livigno et me voila prêt à changer de pays.

 

 

Suisse

Ici les ascensions sont longues, des sentiers larges sur des kilomètres pour passer des cols à plus de 2000 mètres d’altitude. Les espaces immenses et de belles vues, vraiment géant ! Petit bémol après Livigno, j’arrivais dans la vallée de Saint Moritz, c’est donc une longue portion plate à remonter sur des dizaines de kilomètres avant d’attaquer dans le raide vers le col Septiner. Ça fait du bien de retrouver la belle montagne et les bivouacs.

Je fais mon chemin à travers les vallées, découverte d’endroits magiques comme le coin de Vals ou les lacs du col Maighels près de l’Oberalpass et arrive finalement à Andermatt avec l’orage. Je décide de sortir ici de l’itinéraire prévu pour aller voir les sources du Rhône et son glacier géant. Un endroit vraiment fort et plein de belles choses à rouler. Malheureusement l’orage me colle au pneu et rend la partie un peu plus dure. Mais le moral est bon, on approche de la deuxième semaine sur le vélo.

J’arrive à Grindelwald pour voir le fameux Mont Eiger mais aussi les sommets aux alentours comme le Wetterhorn qui m’a impressionné. Ici les cols se traversent d’Est en Ouest, imposant des montées obligatoires de 1200 mètres de dénivelés, c’est pas très ludique et sous la pluie pas franchement encourageant. Mais je continue d’avancer vers l’Ouest et passe bientôt Abdelboden puis Lenk. A cet endroit dans le canton de Berne, je sais que je ne suis plus loin de la France. J’organise pour que ma femme me retrouve à Martigny afin de réaliser une petite assistance sur le vélo. Mais avant cela il me reste quelques vallées à traverser.

Le profil est assez impitoyable, longues montées sur pistes ou route et descente brutale ! Les sentiers sont bien sympa et le paysage surprenant, au détour d’un village ou au croisement d’une autre vallée, on voit des immenses forêts profondes surplombées par des falaises et des pics rocheux magnifiques.

J’arrive finalement dans le Valais par Les Diablerets, une station construite au pied du glacier de Tsanfleuron. J’y suis assez tôt donc je décide de filer vers Martigny, ce jour là apparaît une douleur très forte dans la cuisse. L’ascension des prochains cols est difficile, je dois couper une dernière partie pour être à temps à Martigny et pouvoir voir ma femme. Je rate donc la partie du Portail de Fouly mais je peux profiter de la soirée pour bricoler le vélo. Le lendemain je remonte le val Ferret par les sentiers et les pistes et monte le grand col Ferret pour redescendre coté italien. A ce moment je suis sur le classique du Tour du Mt Blanc que je connais très bien, mais ça ne m’empêche pas d’être émerveillé par les paysages de haute montagne et de glaciers. Quel paradis cet endroit ! Je suis le parcours et passe le col de la Seigne.

 

 

France

De retour au pays, les descentes autour du Mont Blanc sont géniales et dénotent un peu de ce que je trouve dans le Beaufortain. Col du coin, col des Génisses… beaucoup de troupeaux et résultats les sentiers sont en piteux état. Mais c’est le prix à payer pour avoir du très bon Beaufort !

Je traverse la Tarentaise où je suis logé chez des potes et puis m’attaque à la Maurienne. Ascension géante du Télégraphe et Galibier, grosses montagnes, paysages plus secs et glaciers au loin, j’arrive dans le Brianconnais. Prêt à en découdre avec le plus classique de tous les classiques, le Queyras. Par expérience je sais qu’à partir de maintenant je n’aurai que du très beau vélo. C’est le cadeau final. Quelques jours de ride dans le sud. Quel régal ! Malgré la cuisse gauche qui me fait terriblement souffrir je monte l’Izoard et m’élance. Ces sentiers sont secs mais toujours top à rouler. Je franchis quelques classiques, me saoule de l’ivresse des descentes et campe en pleine nature.

Dans l’Ubaye, je suis bloqué par le passage de l’étape du Tour, mais cet incident de m’arrête. Je perds un peu de temps et finalement arrive dans le Haut Verdon par les montagnes. Le paysage change de nouveau avec des vallées vastes, moins d’arbres, du minéral et des sentiers entourés de mélèzes. C’est beau et je suis ému d’arriver dans les Alpes-Maritimes, mon département natal.

L’avant-dernière journée est la plus longue avec presque 4000 mètres de dénivelés au compteur, mais ce jour là c’est aussi le jour où je n’ai plus mal à la cuisse. On va dire que j’ai fêté cela avec un itinéraire géant et magnifique. Succession de cols et de descentes majeures, traversées de villages et de vallées. J’arrive à Valberg et monte au col de la Couillole pour ma dernière nuit en camping. Mon père me rejoint pour me soutenir et partager ce moment. Le lendemain le soleil se lève et me montre la voie vers la mer. Pour le plaisir je choisis de prendre un itinéraire différent de la Vésubie. Je vais droit au sSd par le Lauvet d’Ilonse, traverse le Var et remonte le Mont Vial, cette montagne où j’ai appris le vélo de montagne il y a presque vingt ans. Quel beau moment ! Je m’élance pour ma dernière descente avant de rejoindre les bords du Var et d’entamer la dernière ligne droite avant la mer.

Je me faufile dans la circulation, réalisant pleinement la force d’un tel moment, lorsque j’arrive sur la plage l’émotion et la joie me submerge. Voila 21 jours que je suis sur le sentier. 21 jours seul à gravir et à descendre, dans le plaisir pur et la découverte mais arriver ici me fait un bien fou. Une délivrance après les épreuves et une fierté de réussir un beau projet personnel.

Ma mère et mon ami Greg sont là. Les larmes de joies coulent sur mes joues, je regarde la mer. Comme un défi.

Je suis arrivé.

Tito

 

 

Les chiffres de la traversée

+ 58800 mètres de dénivelés.
+ 1645 kilomètres.
+ 50 à 60 cols franchis.
+ 21 jours.
+ Une crevaison, par clou, réparée avec une mèche.
+ Une paire de plaquettes et un pneu arrière changés

 

 

Le film complet de l’aventure

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