Entre les chiffres – EWS 2017 Millau, des cailloux et de l’eau !

Le week-end dernier se déroulait la cinquième manche Enduro World Series de la saison, en un lieu particulier : Millau. D’un point de vue international, le “home soil” des pilotes français hauteurs d’une razzia sur les feuilles de classement.

C’est vrai qu’avec un top 5 100% tricolore et 12 français parmi les vingt premiers, la domination est sans partage, ou presque.  Mais on va le voir : ceux de nos frenchies qui sont aux avant-postes ont un dénominateur commun…

Et ont sû, à un moment donné, faire usage de leurs qualités pour marquer les esprits et la course. Comment la victoire s’est-elle dessinée ? À quoi la différence tient-elle ? Qu’est-ce que l’analyse d’après-course nous apprend-t-elle ? Analyse Entre les chiffres Endurotribe pour tout saisir !

 


Temps de lecture estimé : 7 minutes – Photos : Enduro World Series


 

 

Format de la course

L’analyse débute comme toujours par un coup d’oeil sur le format de la course. Ici, une épreuve sur deux jours : 5 spéciales pour débuter, 4 pour finir…

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Comme on l’évoquait au moment de présenter les lieux, Millau et ses contrefort des Causses offrent un terrain de jeu particulier : à quelque chose près, peu ou pas d’autres solutions que de dévaler les différents versant des gorges aux visages relativement proches.

Le terrain se révèle donc à la lecture des chiffres : durées et pentes moyennes des spéciales se situent dans un mouchoir de poche, entre 5 à 6 minutes pour dévaler les 400m de D-. Ce sont les pentes et vitesses moyennes qui dévoilent le mieux le caractère Enduro des lieux.

150m/km entre 20 et 30km/h : des valeurs typiques d’un terrain tortueux et sinueux, où les rochers et les arbres dictent implacablement leur loi ! Surtout, des valeurs exactement dans la moyenne annuelle des spéciales plébiscitées par les pilotes.

 

 

Les exceptions…

Le terrain a beau dicter une certaine uniformité, la course n’en a pas moins son caractère et ses exceptions. On note notamment la spéciale 3, qui fait figure d’OVNI au milieu du reste : plus courte, plus pentue, plus lente que toutes les autres… Idem pour la spéciale 7, à la différence du fait qu’elle se soit courue à une vitesse moyenne plus élevée de 10km/h.

À noter les spéciales 5 et 9, courues sur le même parcours. Outre les tolérances de mesure des systèmes Quark à l’origine des données, on remarque une vitesse et un chrono moyen logiquement à la faveur du second passage, l’accoutumance au terrain aidant…

 

 

Évolution du classement

Sur un tel terrain, où la différence a-t-elle bien pu se faire ? Et pourquoi ?! L’évolution du classement permet d’avoir quelques premières informations…

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Pour constater déjà qu’en ayant été en permanence dans le top 3, deux hommes ont clairement dominé les débats : Adrien Dailly et Alex Cure. La passation de pouvoir entre les deux opère à la faveur du second jour, dès la première spéciale, pour ne plus évoluer ensuite.

Avant ça, les deux ont composé avec la concurrence de Théo Galy, un temps en tête même, à la faveur de la spéciale 3. Dimitri Tordo, comme le vainqueur final, a su profiter du début de second jour, avant de perdre pied dans le dernier chrono décisif.

Troisième sur la boite, mais pourtant moins en verve durant le week-end, Damien Oton semble avoir particulièrement su tirer parti du parcours des spéciales 5 et 9 : dans les deux cas, il lui permet de faire un bon au classement, et bonifier la tendance progressive de son week-end débuté diesel.

Le tableau permet aussi de commencer à mesurer une certaine tendance : Alex Cure, Adrien Dailly, Dimitri Tordo, Florian Nicolaï, Jesse Melamed, Damien Oton, Sam Hill, Jérôme Clementz, Robin Wallner, Nicolas Quéré, Romain Paulhan, Lewis Buchanan… Que des pilotes à l’aise dans la pente, qui tirent parti de la spéciale 3…

 

 

Évolution des écarts

C’est d’ailleurs à la faveur de ce troisième chrono du week-end que les écarts au classement commencent à se marquer. Avant ça, l’indécision règne et les pilotes se tiennent encore dans un mouchoir de poche…

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C’est ici, au coeur des spéciales 3 et 4 qu’Alex Cure construit une bonne partie de l’avance qui lui permet de bien figurer tout au long de la course. Et il n’y a bien qu’Adrien Dailly, vainqueur final, pour suivre le rythme.

Pour les autres, il faut attendre le sursaut d’orgueil de la fin de journée, et la motivation retrouvée du second jour pour faire mouche. Mais à ce petit jeu, il est déjà trop tard. Les deux pilotes en verve du week-end sont devant, et ne lâchent plus les positions.

Tout juste constate-t-on un resserrement presque inattendu au cours de l’avant dernière spéciale : Adrien Dailly y abandonne du terrain sur la quasi totalité de ses rivaux. Pas suffisant pour autant, puisque à la faveur du nouveau passage dans la spéciale 9, il assure son nouveau triomphe.

 

 

Rythmes en spéciale

Un peu fouillis de prime abord, le graphe des rythmes en spéciale est pourtant très révélateur : il indique clairement qui a fait, et où, la différence !

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En l’occurrence, on remarque une nouvelle fois qu’à la lecture des chiffres du week-end, la spéciale 3 se démarque ! C’est là qu’Alex Cure et Adrien Dailly écrasent la concurrence. En pourcentage du meilleur chrono, Théo Galy, 3eme, est relayé à 5%.

C’est l’écart qui regroupe parfois les 20 premiers sur des spéciales très disputées. Et même si la spéciale est courte, ce pourcentage représente tout de même près de 10 secondes. Une belle moisson sur moins de 3 minutes de chrono !

C’est ici aussi que l’on confirme le passage en retrait d’Adrien Dailly dans l’avant dernière spéciale du week-end. Dominateur et instigateur du rythme de la journée jusqu’à présent, il laisse échapper la main mise sur la course à la faveur de Sam Hill, lancé dans une opération replacement indispensable en vue du général.

 

 

La spéciale 3, pinacle des débats…

À la lecture des chiffres, la spéciale 3 apparaît donc comme un tournant de la course. Pourtant, qu’avait-elle de si particulier ?! Sa position dans la course, pour commencer. Au premier tiers des débats, premier tournant où les choses peuvent et doivent se décanter.

Juste après la spéciale 2 ensuite : celle que les observateurs avertis jugent comme la plus physique du week-end. Une débauche qui a forcément des répercutions ensuite, et dont certains récupèrent mieux que d’autres.

Sur un terrain particulièrement marqué par la pluie les jours précédents. De son propre chef,  Chris Ball – Directeur de course EWS – déclarait en direct que c’était certainement “la spéciale la plus technique de toute l’histoire Enduro World Series. Une sorte de samba un peu tendue et paniquée, de haut en bas”. 

Et on touche là au coeur de l’analyse. Si cette lecture Entre les Chiffres permet de mettre le doigt sur une évidence, c’est bien celle des pilotes à l’aise dans ces conditions, et tout au long de la compétition en question.

Adrien Dailly, Alex Cure, Damien Oton, Florian Nicolaï, Théo Galy, Dimitri Tordo, Nicolas Quéré… Des pilotes du Sud de la France, habitués de la caillasse – Millau en regorge – et plus encore de la technique à déployer pour y rouler dans des conditions dantesque – le Sud, hors saison, sait distiller des rincées qui mouillent jusqu’à l’os…

 

 

Places en spéciale

Une spéciale 3 que l’on retrouve logiquement à la lecture des places en spéciale. Il suffit de noter la colonne sombre que les 9 premiers finaux constituent sur la 3eme colonne du tableau pour finir de s’en convaincre.

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Même observation quant à l’impact du format de compétition sur deux jours. Notamment quand les conditions météo sont particulièrement difficiles, et les organismes mis à rude épreuve. Ici, la couleur des cases et le contraste dessinent naturellement un trait qui sépare les SP5 et 6, dernière du J1 et première du J2.

Une logique implacable qui veut que dans de telles circonstances, et plus la saison avance, plus les performances sont impactées par ce répit de la mi-course : fatal pour l’état de forme de certains, régénérateur pour d’autres.

 

 

Conclusion

Une fois de plus, l’analyse Entre les Chiffres Endurotribe permet une autre approche de la pratique et de la discipline. Ici, elle met en exergue la corrélation de  plusieurs facteurs sur l’issue de la course. Ici, le tournant que la compétition a pris relativement tôt, dès la spéciale 3 finalement.

Instant à partir duquel certains facteurs – conditions météo et de terrain – se sont conjugués à d’autres – profils, état de forme et expression des qualités de certains pilotes – pour désigner les grands vainqueurs de la compétition.

Cette fois-ci, savoir rouler la caillasse du Sud de la France, qui plus est lorsqu’elle est sublimée par de bonnes rincées qui mouillent jusqu’à l’os, n’était pas un luxe, mais une nécessité. Bravo à ceux qui ont sû concrétiser et tirer parti de leurs qualités !

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