L’heure du verdict a sonné pour le Rocky Mountain Slayer 790 MSL à l’essai Endurotribe. Depuis sa mise en tuyaux début mai, de l’eau a coulé… Et c’est tant mieux, d’autant que certains concurrents aux dents longues ont été présentés depuis !

Cette période ne pouvait donc pas mieux tomber. Elle permet plus que jamais de profiter de l’actualité, et des expériences diverses pour affiner les jugements, et préciser les ressentis. Place au Rocky Mountain Slayer 790 MSL, place au terrain !

 


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Ordre et méthode

On l’expose dans les tuyaux de cet essai : le Rocky Mountain Slayer propose de choisir entre 4 nuances de géométrie différentes. Comment s’y retrouver ?!

Tout d’abord, en réduisant le champs des possibles. À mon sens, les positions 1, 2 & 3 sont les plus fidèles à l’esprit du vélo. Boitier haut, angles conservateurs, position centrale : la position 4 s’en éloigne. L’utiliser, c’est comme s’offrir une Porsche, mais refuser de passer les 3000 tr/min par peur de l’endommager…!

Ensuite, en saisissant la logique : plus on s’approche de la position 1, plus la géométrie pousse à la débauche ! Le boitier descend, l’angle de direction se couche. Le pilote est progressivement déporté vers l’arrière. il s’assoie de plus en plus au dessus de la roue.

 

 

Traduction directe !

À ce petit jeu, lever la roue avant pour bunny-upper, faire un manual ou décaler dans les sections trialisantes est de plus en plus facile. On tourne de plus en plus au dessus des bases, relativement courtes, du Rocky Mountain Slayer.

Pour autant, deux paramètres doivent permettre de définir jusqu’où aller dans cette démarche. Se rapprocher de la position 1 signifie, quoi qu’il en soit, d’abaisser le boitier de pédalier. Un essai sur ses terres de prédilection doit vérifier que la hauteur reste raisonnable pour ne pas flinguer les manivelles.

C’est ensuite une affaire d’homme ! La position 1 assoie le pilote, le repousse vers l’arrière et réduit l’espace disponible pour se mouvoir d’avant en arrière. Elle met ses cuisses, et la précision des gestes au défi. Si l’on pousse, ça peut aller vite et loin, très loin !

D’autant plus que dans le même temps, plus bas, plus racé, le vélo en devient plus stable et rapide… Alors qu’avec moins de poids sur l’avant, il gagne en maniabilité lorsqu’il faut tirer sur le cintre… Bref, de la position 3 à la position 1, le Slayer devient plus capacitif, et exigeant. À chacun ses limites ?!

 

 

Influence ou non ?

Bonne nouvelle en tout cas, les limites ne se situeront pas dans les réglages des suspensions. Si l’on met la position 4 de côté, passer de la position 1 à la position 3 ne demande pas de tout revoir. Dans un premier temps, on peut même éviter de toucher, c’est roulable. De quoi tâter le terrain, avant de s’y attarder.

C’est ensuite que quelques ajustements peuvent entrer en jeu. Après tout, qui dit différence de répartition des masses, dit assiette et dynamique quelque peu différentes. Mais premier bon point, les SAG ne sont pas remis en cause. Du moins, en statique, l’influence est plus faible que l’erreur de mesure elle-même.

À l’usage, on constate que l’on peut jouer finement : passer de la position 3 à la position 1 peut pousser à retirer 5Psi dans la fourche, en ajouter 5 à 10 dans l’amortisseur. Ou bien, retirer 2 clics de compression à l’avant, et les ajouter à l’arrière. Ou inversement, fermer de 2 clics en détente à l’avant, ouvrir de 2 à l’arrière…

 

 

Réglages optimaux

Voilà pourquoi le tableau qui suit préconise une configuration de base – valable pour la position 3 – avec des plages de réglage vers lesquelles tendre si l’on se rapproche de la position 1. Dans tous les cas, je préconise des réglages qui respectent et favorisent le caractère du Rocky Mountain Slayer.

À savoir qu’à l’usage, le ratio très élevé en début de course de sa suspension arrière implique une raideur très faible – donc une sensibilité au dessus de la moyenne – avant de compter sur une progressivité qui prend son temps pour se mettre en oeuvre.

En découle les 2/3 du débattement à la raideur très tolérante, avant que  la progressivité fasse véritablement, et bien, son oeuvre. Un très bon terrain pour jouer sur l’hydraulique et la laisser s’exprimer. C’est pourquoi, 30% de SAG suffisent, et que l’usage de compressions, hautes et basse vitesse, s’immisce ici.

 

RéglagesAvantArrière
SAG30%30%
DétenteMilieu de plage
(+2 clics fermés)
Milieu de plage
(+2 clics ouverts en BV)
Compressions20/24 (basse vitesse, -2 clics)
18/22 (haute vitesse)
20/24 (basse vitesse, -2 clics)
18/24 (haute vitesse, -2 clics)
Token / Spacersorigineorigine

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes.  SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaule à l’aplomb du guidon. 

 

 

Logique de gamme…

Ok. Mais quid des modèles plus bas en gamme que ce très élitiste Rocky Mountain Slayer 790 MSL ?! Ils ne disposent pas forcément de réglage(s) en compression… Effectivement. Et de toute façon, en un sens, cette usage reste marginal.

C’est la valeur initiale du ratio de suspension qui me fait dire ça. Et la forme de sa courbe ensuite. Très élevée, puis relativement plate au départ avant de plonger… Qu’on le veuille ou non, le Rocky Mountain Slayer aura toujours tendance à être souple, plush, pépère, confortable, canapé…

En un sens, on peut comprendre que certains pilotes du team Enduro World Series aient mis la main avec succès sur le nouvel Altitude, dévoilé au printemps 2017. Le Rocky Mountain Slayer se destine au gros, à l’engagé, à la pente, pas nécessairement là où ça relance et virevolte le plus.

 

 

Papa poule !

Les paramètres évoqués ci-dessus prennent donc clairement le dessus dans la perception du comportement. Ils s’accordent notamment avec le faible anti-rise du vélo : comprenons qu’au freinage, la suspension arrière du Rocky Mountain Salyer se détend très peu. Si le vélo est assis, il le reste, l’adhérence est folle à l’arrière.

Sensible en début de course, pas chahuté au freinage, le Rocky Mountain Slayer laisse clairement percevoir tout le débattement dont il dispose, sans pour autant faire la saucisse ou chahuter son pilote devant en arrière. Le rendu final est particulièrement sain, homogène et cohérent. Il facilite les choses.

C’est ce qui me donne envie de gratifier le Rocky Mountain Slayer du titre de Papa poule ! Il se pilote presque comme un vélo de descente ou un 29 : dans un timing plus serein et posé. On simplifie et on arrondie les trajectoires. On étale les appuis. On se calme, on se pose. On laisse faire en partie, et l’on se consacre à l’essentiel.

 

 

Rouleur ? Un peu…

Dans tous les cas, une dernière précision s’impose pour bien saisir le Rocky Mountain Slayer. Croire qu’en insistant sur la tranquillité d’esprit qu’impose le Slayer endort le pilote est trompeur. Il n’est pas lourd, ou soporifique. Au pédalage notamment, cette version Rocky Mountain Slayer 790 MSL se défend, avec ses arguments.

Deuxième vélo équipé de roues NoTube Flow après le Transition Patrol, je commence à en cerner le comportement. Elles limitent ici l’inertie et apporte ce qu’il faut de dynamisme pour maintenir cette version haut de gamme 790 MSL dans de bonnes considérations.

Mais un point, commun à tous les niveaux de gamme du Rocky Mountain Slayer, attire mon attention : les jantes en 30mm de largeur interne sont des éléments clés. Elles permettent d’utiliser les carcasses Maxxis Exo dans leur version à plus gros volume 27,5×2,5WT sans gros risques…

 

 

Dans le bon sens

Plus gros volume mieux déployé et assis sur jantes larges, les carcasses Maxxis Exo ont démontré de bonnes prestations que je ne leur connaissais pas jusqu’à présent… Et que j’ai depuis confirmé à la prise en main du Santa Cruz Nomad 4.

Je n’irais tout de même pas jusqu’à dire que les compétiteurs s’en satisferont, mais force est de constater qu’ainsi, les carcasses EXO peuvent remonter dans nos estimes. Ici, comme pour le concurrent californien, l’emploi de ces pneus à faible inertie participe à une bonne prestation au roulage.

 

 

En aparté…

D’ailleurs, l’usage des deux vélos sur la même période me conforte dans la perception de chacun. J’ai le sentiment que la suspension du Santa Cruz Nomad fige un petit peu plus au pédalage, notamment après le SAG. Il se pourrait que les valeurs d’anti-squat soient plus élevées à ce stade précis.

C’est l’impression qui me conforte dans l’idée que le Rocky Mountain Slayer est définitivement Papa Poule… Et que le Santa Cruz Nomad ne pédale pas si mal que ça ! En clair > le haut de gamme californien pédale mieux que le haut de gamme canadien !

Dans les deux cas, les prestations des deux modèles sont intéressantes. Quand on y pense, les vélos dotés de 170mm de débattement ne pédalaient pas si bien il y a encore 5 ans… Ces gros vélos, dont le coeur de métier ne se joue pas au sprint, progressent dans leurs segments. Pour peu que l’on compare ce qui est comparable, on tient là deux bons repères…

 

 

Conclusion

D’ailleurs, au delà de ce rapprochement avec le Santa Cruz Nomad 4, un autre n’échappera pas aux plus assidus de nos essais. D’une certaine manière, le Rocky Mountain Slayer et ses quatre positions de géométrie fait un peu le même job que le Canyon Spectral, disséqué il y a peu.

En partant d’une position raisonnable, et en permettant d’expérimenter facilement et progressivement quelque chose de plus pointu, le Rocky Mountain Slayer fait lui aussi la passerelle entre les différents niveaux et bagages techniques.

Mais alors, où se situe la différence ? Dans la vitesse de croisière, et dans la nature des terrains dont le Rocky Mountain Slayer se délecte. Ce n’est pas une fine lame, mais un sabre à proprement parlé. Il se nourrit de plus, et de plus gros…

Logique pour un Enduro à fort débattement, vis-à-vis d’un All Mountain qui vise un peu au dessus de sa classe… Début de réponse à la question fatidique : pourquoi voudrais-je le garder ?! 

“Papa poule, le Rocky Mountain Slayer est aussi dynamique et racé à l’oeil, que sain et sage à l’usage. Le genre de monture sur laquelle on peut toujours compter de manière facile et généreuse. De la randuro technique et réputée, à la journée navette endiablée, pas de doute : ça va passer… Facile ! D’autant que si l’on commence à jouer des positions de géométrie, j’en connais qui vont finir par se lâcher, et franchir un cap, un gros !”

 

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraichir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparées à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > par rapport aux autres, qu’en penses-tu..? rendez-vous sur la page du Comparateur d’essais VTT Endurotribe pour en savoir plus >  http://www.endurotribe.com/comparateur-essais-vtt-2016/

 

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