Le revoilà ! L’atypique Ace Wit 297 Joker E160 passe au verdict d’essai Endurotribe. Après une mise en tuyaux des plus techniques – la faute à une conception hors du commun – il est l’heure de passer à plus parlant : le ressenti terrain.

Une étape clé tant elle offre une opportunité rare : celle de goûter à un rendu très singulier, loin – à certains égards – des montures habituelles. À tel point qu’il justifie totalement l’intérêt de cet essai…

Le vélo en lui-même ne s’adresse pas forcément à tout le monde. Il n’empêche que l’essayer, et/ou en comprendre le caractère, ouvre les yeux sur certains points. Donne une autre valeur à l’existant. Met en perspective l’offre et le marché actuel… Explications !

 


Temps de lecture estimé : 10 minutes


 

 

Ace Wit 297 Joker E160

2500 euros (environ, kit cadre)
13,985kg (vérifié, taille L, pneus montés tubeless, amortisseur fox float pneumatique)

Ce vélo est-il véritablement suspendu ?! C’est drôle, mais cette question fait partie des plus répandues au sujet du Ace Wit 297 Joker E160. Comme si, boitier fixé au triangle arrière, ce dernier n’était pas isolé des aspérités du sol…

Il suffit pourtant de monter sur le vélo, faire quelques tours de roues et sautiller sur les pédales pour en avoir le coeur net : oui, le boitier de pédalier flotte bien dans l’espace, son mouvement dépendant du comportement de l’amortisseur.

Les deux roues à terre, l’ensemble des points d’appuis du pilote – cintre, selle, boitier/pédalier – profitent bien des suspensions pour débattre, et différencier leurs trajectoires des aspérités du sol. Pour les plus sceptiques, première bonne raison de monter sur ce vélo…

 

 

… Mais pas tout le temps !

L’intuition de certains n’est pourtant pas innocente. Il y a tout de même bien une limite à ce principe de triangle arrière unifié : Lorsque les deux roues ne sont pas plaquées au sol. Imaginons sauter pour survoler un rocher, ou un tronc d’arbre…

Et qu’au passage, la roue arrière morde l’obstacle. À cet instant précis, le pilote et le vélo sont en plein vol. Le ressenti est plus cinglant. On ressent l’impact au niveau des pieds, des jambes. Ça peut donc taper, là où les suspensions plus traditionnelles, à boitier au triangle avant, débattent davantage.

En clair, il faut peser sur le vélo, les deux roues au sol de préférence, pour que le vélo fonctionne pleinement. C’est presque contre nature ! Un pierrier ? Un champs de racine ?! Il ne faut pas chercher à alléger ou survoler, mais bien rentrer dedans, et laisser le Ace Wit 297 Joker E160 travailler.

 

 

Un rail !

Un autre cas de figure permet de se convaincre de cette nécessaire attitude : en courbe. La technique classique consiste à mettre le pied extérieur en bas, et charger l’appui pour conditionner l’adhérence. Cette méthode n’a jamais été aussi vraie que sur le Ace Wit 297 Joker E160.

Et plus le sol est défoncé, plus le vélo se régale, dévoile un capacité folle à encaisser tout ce qui lui passe sous ses roues. C’est bien simple > plus c’est sale, mieux ça passe. Le Ace Wit 297 Joker E160 s’assoie : l’assiette se stabilise, les angles se couchent, les appuis se posent.

Le vélo encaisse, et entremêle le sentiment d’un rail qui file avec celui d’un bateau qui survole les débats… On retrouve bien là cette idée qu’il faut charger, les deux roues au sol, pour tirer parti de l’engin. Légèrement assis sur la roue arrière, les bases courtes servent alors à faire carver de manière jouissive !

 

 

Stabilisateur intégré ?!

En un sens, le Ace Wit 297 Joker E160 pousse donc au crime, et certains choix s’y accordent bien. Celui des diamètres de roues différenciés. Dès que la vitesse augmente, on perçoit très nettement l’effet gyroscopique induit par la roue avant 29 pouces.

Il agit comme un stabilisateur de direction, qui limite les phénomènes de guidonnage et de louvoiement. Pour avoir essayé avec différents ensembles pneus et roues avant aux masses différentes, le Ace Wit 297 Joker E160 est particulièrement sensible à ce phénomène.

Voilà donc une marge de manœuvre à laquelle nous ne sommes que peu habitués, mais qui offre bien une vision décalée et enrichissante du fonctionnement de nos montures…

 

 

Franchiseur de l’extrême…

D’ailleurs, le Ace Wit 297 Joker E160 ne manque définitivement pas de domaines dans lesquels il se démarque du reste du marché. Ses prestations au pédalage n’y échappent pas. Ici aussi, les avantages de la roue de 29 pouces et de sa suspension particulière font parfois un malheur.

C’est le cas dès que le terrain est chaotique, défoncé. Ce genre de secteur trialisant où il faudrait habituellement se battre pour faire épouser le terrain au vélo, ne pas buter dans les obstacles, trouver et garder la motricité.

“Le Ace Wit 297 Joker E160 colle ses roues au sol !”

Là, assis sur la selle comme debout sur les pédales, le Ace Wit 297 Joker E160 avale le terrain, colle ses roues au sol, ne fait qu’une bouchée de ce qui se passe, offre une motricité sans pareil, un confort sans égal…

En un sens, c’est logique puisqu’ici, l’absence de kick-back et d’anti-squat, associé à une roue arrière qui part très en arrière en début de débattement, offrent toutes les garanties pour que la suspension reste pleinement active…

 

 

Au train !

Pour autant, ce qui est un avantage dans certaines conditions peut être un fardeau dans d’autres ! C’est le cas au pédalage, sur terrain lisse. Il suffit de quelques mètres en danseuse… Pour s’en passer l’envie ! Le pompage peut être très important si l’on ne pédale pas d’une certaine manière.

Le levier de blocage de la suspension n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue, sans quoi, on se condamne à rester assis, et à pédaler au train. Dans ce cas, suspension débloquée, l’équilibre des forces induites sur le triangle arrière peut effectivement entrer en compte pour assurer un certain rendement. Encore faut-il pédaler le plus rond possible, à puissance suffisante et constante…

 

 

Pas vraiment fait pour voler…

Autant les cas de figure évoqués jusqu’ici comptent leur bons, et leurs mauvais côtés… Autant il en reste un pour lequel le Ace Wit 297 Joker E160 ne semble pas vraiment fait : voler ! J’entends par là sauter. Une sensation tenace malgré plusieurs tentatives de réglages de suspension et d’adaptation de mes gestes.

D’une part, le Ace Wit 297 Joker E160 semble lourd, comme collé au sol, alors que certains concurrents au poids équivalent offrent de toutes autres prestations. D’autre part, la précision des appuis qu’il offre semble s’échapper au cours du mouvement, qu’il soit à l’appel d’un saut, ou à l’impulsion d’un bunny-up…

 

Reach inversé…

Quand la suspension débat, c’est dans ce domaine que la forte variation de reach  a un effet des plus sensibles. Plus la suspension s’enfonce, plus il augmente… Alors que sur les vélos auxquels la plupart d’entre nous sommes habitués, la tendance est inverse !

En matière de cabrage – premier geste pour initier un bunny-up – cet allongement va à l’encontre du mouvement. Plus on tire, plus le bras de levier boitier/cintre augmente, ce qui complique la tâche ! Le résultat n’est pas bien meilleur lorsque le terrain offre un appel pour s’envoler.

“À moins d’être un maître en la matière…”

Dans la compression de l’appel, le vélo s’étale. La distance entre axes de boitier et de roue avant varie, impliquant l’impression que la roue avant se balade dans l’appel, sans jamais vraiment savoir quand va-t-elle réellement franchir l’arrête du sommet…

En l’air, les péripéties ne sont pas finies, puisque à la détente de la suspension, le reach se raccourcit, via le boitier qui revient vers le cintre, propulsant le pilote vers l’avant du vélo… Bref, rien n’est fait pour rassurer. À moins d’être un maître en la matière…

 

 

Réglages préconisés

La lourdeur à l’impulsion trouve aussi son explication dans les réglages de suspensions. La présence du boitier sur le triangle arrière génère une certaine inertie de ce dernier, équivalent à un léger frein en compression basse vitesse. À la différence qu’ici, aucune énergie n’est dissipée…

En clair, il faut la dissiper à un autre moment : en détente. Intrinsèquement, les amortisseurs spécifiquement montés sur le Ace Wit 297 Joker E160 optent donc pour un frein en détente important. Ce à quoi la préparation Royal Suspension “eXtreme Shox” s’attelle visiblement bien.

“Caractère bien trempé gravé dans le marbre”

Cette détente plus freinée que de coutume a ses bons et moins bons côtés : elle participe à l’effet de lourdeur à l’impulsion, mais aussi à la stabilité et à la bonne adhérence globale du vélo. Le Ace Wit 297 Joker E160 doit donc être considéré pour ce qu’il est : un vélo sans compromis !

Un caractère bien trempé aux traits gravés dans le marbre au point que quelques clics ne suffisent pas à en faire tout autre chose. C’est pourquoi le tableau des réglages ci-dessous ne compte rien d’exceptionnel, si ce n’est un SAG tout de même un peu plus raisonnable que les 35% préconisés, vraiment très, très plush à mon sens…

RéglagesAvantArrière
SAG30%30%
DétenteMilieu de plageMilieu de plage
Compressionsouverte3 positions utiles du levier
Token / Spacersorigineorigine

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes.  SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaule à l’aplomb du guidon. 

 

 

Qu’apprend-t-on ?!

Bref, que retenir de cet essai ?! Très bien suspendu, mais pas tout le temps… Un vrai missile, si l’on n’hésite pas à taper dedans… Survole tout de lui-même, si l’on pèse sur lui… Pédale bien assis, mais pas debout… Motrice comme jamais, mais peut pomper comme pas deux…

S’il fallait résumer, le Ace Wit 297 Joker E160 excelle dans certains domaines, au détriment d’autres. Il ne manque pas de caractère, bien au contraire. À l’inverse même, à son contact, l’évidence saute aux yeux. On en apprend sur le marché d’aujourd’hui : la plupart des autres vélos semblent finalement être dans le compromis…

Ses concurrents grèvent certaines qualités pour ne pas en perdre d’autres. Pas forcément excellent partout, mais pas mauvais en tout. Effectivement, d’un modèle à l’autre, on parle de nuances, là où l’on parlerait de fossé vis-à-vis du Ace Wit 297 Joker E160.

On comprend donc qu’il faille parfois grossir le trait pour dégager des différences, que l’on entende dire qu’il n’y a plus vraiment de mauvais vélos aujourd’hui, ou bien encore qu’ils se ressemblent un peu tous. Tout est effectivement une question d’échelle. Et le Ace Wit 297 Joker E160 n’est définitivement pas sur le même barreau que les autres !

 

 

Pour qui ?!

Mais alors, à qui peut s’adresse une telle monture ? À y regarder de plus près, ses prestations ne sont pas dénuées de sens si l’on prête attention à l’attitude qu’il faut avoir à son guidon : rester assis pour pédaler rond, tranquille, et tout franchir. Garder sagement les deux roues au sol et ne pas sauter. Compter sur le vélo pour faire une bonne partie du travail quand ça tabasse…

Finalement, moi qui suis moniteur VTT par ailleurs, j’entends parfois ces propos : je n’aime pas sauter. De toute façon, je ne sais pas faire. Je ne fais pas du vélo pour faire la course. Je ne vais pas monter vite, je ne suis pas pressé, je reste assis. Et puis, je n’ai pas spécialement envie de progresser, juste envie de profiter… 

Si certains d’entre nous se reconnaissent dans ces propos, qu’ils montent sur le Ace Wit 297 Joker E160, pour essayer. Il se pourrait bien qu’ils s’en réjouissent ! Les autres aussi d’ailleurs, par curiosité…

 

 

Conclusion…

Parce qu’aussi paradoxale que ça puisse paraître, j’ai beau donner le sentiment de me détacher du public cible du Ace Wit 297 Joker E160, je n’en garde pas moins un excellent souvenir de l’expérience à son guidon.

Par excès d’enthousiasme peut-être, mais ses prestations sont si impressionnantes dans les domaines où il excelle… En spéciale, sur mes terrains de jeux favoris, j’ai d’ailleurs tenu certaines lignes que je ne tentais pas ou plus, depuis des lustres. J’en resterais presque pantois si je n’avais pas trouvé les explications livrées ici.

J’en viens maintenant à exiger autant des autres modèles du marché… Sans pour autant qu’ils en revêtissent les travers ! Bref, autant dire qu’après cet aperçu, quelque chose me dit qu’il y a encore des progrès à faire côté matériel. Tant mieux ?!

“Très bon par moment, bien moins dans d’autres, le Ace Wit 297 Joker E160 se situe clairement dans une autre dimension. Celle d’où l’on perçoit que la plupart des vélos du marché font dans le (bon?!) compromis. C’est pour cette perspective intéressante, pour l’attrait d’une conception qui ose sortir des sentiers battus, et les quelques très bons moments passés à son guidon, que je retiendrais le Ace Wit 297 Joker E160 parmis les essais Endurotribe hors du commun, à plus d’un titre..!”

 

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraichir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparées à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > par rapport aux autres, qu’en penses-tu..? rendez-vous sur la page du Comparateur d’essais VTT Endurotribe pour en savoir plus >  http://www.endurotribe.com/comparateur-essais-vtt-2016/

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