Nous y voilà ! Un Objectif Epic est bouclé depuis quelques semaines à peine. Il est temps de livrer verdict sur quelques-uns des éléments clés qui ont pris part à cette démarche d’essai particulier. Le Canyon Spectral, à la base du projet, ouvre le bal.

Ce best seller du marché occupe une place à part. Positionnement, géométrie, montage, prix… Font de lui une des montures les plus convoitées du moment. Normal, finalement, lorsque l’on sait ce qu’il procure sur le terrain. Encore faut-il le préciser !

C’est tout l’objet de ce verdict d’essai Endurotribe. À travers le lien entre sa conception et les effets sur le terrain, voici ce qui, à l’usage, pousse à dire que le Canyon Spectral place la barre haute en matière de simplicité, de cohérence et… d’accessibilité !

 


Temps de lecture estimé : 12 minutes


 

 

Canyon Spectral EX

1999 à 5999 euros
11,4 à 13,2kg (annoncé, de série, sans pédale, taille M) 13,23kg ici (vérifié, sans pédales, pneus tubeless + préventif + huck Norris, taille L)

Avant d’entrer dans les détails, petit rappel utile sur les circonstances de cet essai. D’abord pour préciser que le Canyon Spectral fait partie des vélos régulièrement roulés depuis janvier 2015 : comme vélo perso, puis comme support utile lors des essais Endurotribe.

Dans sa version aluminium – Canyon Spectral AL EX 8.0 – puis dans sa version carbone – Canyon Spectral CF. De la pratique quotidienne à celle de la compétition : du rallye régional à la Mégavalanche, en passant par le Radon Epic Enduro et le montage spécifiquement pensé pour l’épreuve, à l’image ici…

Deux années de roulage lors desquelles les montages se sont succèdés. Du coeur des suspensions au bout des crampons, tous les paramètres ont varié. L’occasion d’en tirer des impressions plus certaines que jamais sur ce qui fait l’essence même de ce vélo. N’en voici pas les plus fins détails, la tâche en serait incommensurable. En voici plutôt le fruit d’un long, très long, travail de synthèse pour rendre l’ensemble facilement transmissible…

 

 

Sur le papier…

En matière de géométrie tout d’abord : pour ce qui est de la position, reach et stack du Canyon Spectral – dans sa version EX, fourche de 150mm de débattement à l’avant – sont bien dans la tendance actuelle… Des vélos d’Enduro ! 455mm de reach pour 621mm de Stack en taille L : dans les mêmes eaux que le Transition Patrol, le Cannondale Jekyll et le Rocky Mountain Slayer encore roulés il y a peu.

En matière de répartition des masses ensuite, le trio empattement, angle de direction et longueur des bases participants à asseoir le pilote sur ses jambes, bien planqué derrière le cintre. Avec 763mm d’empattement avant, il chasse sur les terres du Cannondale Jekyll et du Commençal Meta AM V4.2, tout en usant de bases plus courtes, 425mm contre plus de 430mm à ses rivaux…

“plus qu’un simple All Mountain…”

Finalement, il ne lui manque qu’un petit degré d’angle en plus, et la vingtaine de millimètres d’empattement total qui va avec, pour en faire l’égale de ses aînés. Ce à quoi certains s’adonnent avec une fourche 10mm plus haute et/ou un jeu de direction ajustable, au détriment du reach qui diminue cependant.

Reste tout de même une géométrie très grandement partagé avec le Devinci Troy, que l’on plébiscite déjà pour être de ces vélos à la croisée des mondes : plus qu’un simple All Mountain, pas tout à fait un Enduro… Diablement passe partout !

 

 

Au commencement…

Je me prête à la lecture de ces chiffres pour étayer ma toute première impression au guidon du Canyon Spectral. J’en faisais l’acquisition dans l’expectative : sans avoir essayé, sans avoir trop regardé les géométrie non plus. Presque par opportunisme…

Pourtant, dès les premiers tours de roues, j’ai trouvé des sensations proches d’un vélo d’Enduro : à jouer des jambes pour marquer les appuis de la roue arrière au sol, bras écartés sur cintre large – 780mm d’origine à ce moment là, et selon les montages – à pumper du terrain pour générer la vitesse et planter la roue avant au sol.

Je n’avais même pas encore réellement procédé aux réglages des suspensions : tout juste 30% de SAG avant/arrière, détentes en milieu de plage et pas de compression. Mais déjà, le caractère procuré par la géométrie décryptée ci-dessus s’exprimait.

 

 

Si bien taillé ?!

On touche là à une des qualités du Canyon Spectral : il est bien taillé. Je me permets une telle affirmation après avoir essayé le vélo avec divers sets de suspensions. Certains très performants, d’autre largement moins. Certains très portés sur les ressorts, d’autres sur l’hydraulique…

Lorsqu’ils marchent, nul doute qu’ils apportent leur pierre à l’édifice, et font entrer le Canyon Spectral dans une autre dimension… Mais lorsqu’ils fonctionnent bien moins, je peux constater à quel point, certains bons comportements de ce vélo ne sont pas conditionnés à un amortisseur finement ajusté.

Pour m’en convaincre, j’ai notamment utilisés de vieux amortisseurs – à air et à ressort – d’il y a dix ans. L’un gratte affreusement, l’autre manque cruellement d’hydraulique en haute vitesse. Qu’importe, prendre appui sur le boitier bas et tirer sur le cintre, tour à tour pour bunny-upper ou virer de bord reste un régal !

 

 

Dynamique intrinsèque…

En poussant plus loin l’analyse, certains éléments intrinsèques à la conception du Canyon Spectral me confortent. Notamment deux caractéristiques clés de la cinématique. En premier lieu l’usage d’un système à point de pivot virtuel, et la trajectoire de ce dernier : d’abord projeté vers l’avant, il se rapproche très vite du boitier de pédalier.

Dans les faits, cette position proche de l’appui des pieds, permet de solliciter facilement les mouvements du triangle avant que l’on souhaite. Petite traction des bras, léger coup de reins, impulsion qui vient des mollets. Il en faut peu, même en situation périlleuse, pour reprendre l’initiative et ré-instaurer une certaine dynamique : planter un appui, asseoir le vélo, lever la roue avant…

Une initiative bien aidée par la progressivité de la suspension arrière. Quel que soit l’amortisseur utilisé, même assis à en frotter le short aux crampons comme la géométrie y incite, le maintien se fait le plus simplement du monde… Et l’assiette globale du vélo n’en pâtit pas !

 

 

Cohérence et facilité

Géométrie conquérante et dynamique intrinsèque qui s’y accordent sans autre contrainte de réglage ou d’ajustement… Voilà pourquoi j’aime à dire que le Canyon Spectral est facile ! Tout est inclus. Il ne faut pas nécessairement chercher à en extraire quelque chose pour en tirer partie.

Bunny-upper un obstacle, mettre de l’angle pour tourner, s’asseoir et sortir le pied façon motocross, nose-turner un épingle, sortir d’un virage en manual, relancer en wheeling, sauter la moindre double qui se présente, pumper les mouvements de terrain, charger le cintre, s’asseoir et se faufiler sous les arbres…

“Il est drôle ton vélo…”

Tout un panel de gestes et de situations de pilotage dont on peut se délecter sans autre effort que l’initiative. J’en veux pour preuve tous les débutants que j’ai mis sur ce vélo et qui, en moins de 5 minutes, m’ont dit “il est drôle ton vélo. C’est fun le VTT.”

Le reach est important, la répartition des masses pousse à l’arrière. Les deux combinés procurent une sensation d’espace pour se mouvoir. Le Canyon Spectral n’est pas sur-exigeant dans le positionnement du pilote. Il faut s’appliquer, mais il laisse l’espace et la marge pour s’y prêter.

 

 

Cerise sur le gâteau

J’ai écrit que s’amuser aux mains du Canyon Spectral ne dépend pas de suspensions finement réglées. Je n’ai pas pour autant écrit qu’il y est insensible ! Au contraire, il offre un terrain intéressant pour se prêter au jeu des réglages. Chaque progrès en la matière ne fait alors qu’enjoliver plus encore le rendu sur le terrain.

La progressivité de la cinématique, en premier lieu, offre l’opportunité d’expérimenter différentes valeurs de SAG. De 30 à 35%, la limite se situant plus sur la hauteur du boitier. Passé 35%, il faut viser finement avec les manivelles en 175mm pour ne pas heurter le sol fréquemment.

Mais en glissant vers cette valeur sans risque de talonner en bout de course, le Canyon Spectral permet aussi d’explorer ce qu’offre l’hydraulique des suspensions. Compressions hautes et basse vitesse notamment, que l’on peut exploiter pour poser le vélo sur l’huile, plus que sur le ressort.

 

 

Réglages préconisés

C’est ce à quoi je me suis prêté dans le cadre d’Un Objectif Epic, avec le Fast Holy Grail. C’est ce à quoi amenait aussi le montage du CaneCreek Double Barel Inline de série, fut un temps. Ça reste encore, de manière plus simple et moins directe, ce sur quoi peut jouer le montage d’amortisseur haut volume ou non, en fonction des version EX -Endurisé – ou SL – pur All Mountain – de la gamme actuelle.

Dans tous les cas, cette progressivité pousse à une seule véritable préoccupation : celle d’accorder le comportement de la suspension avant. En premier lieu pour stabiliser l’assiette du vélo et procurer encore plus de capacité au vélo, encore plus de confiance au pilote.

C’est pourquoi, deux solutions s’offrent à ceux qui veulent se prêter au jeu : 2 tokens dans les RockShox Pike s’accordent bien avec la progressivité de la suspension arrière. Un troisième si l’intention est à l’attaque ! Ou bien ne pas en utiliser, et charger en compression haute vitesse si l’idée est de se poser sur l’huile plus que sur le ressort.

Voilà pourquoi, au final, le tableau des réglages ci-dessous propose différentes solutions…

 

RéglagesAvantArrière
SAG30%30 à 35%
DétenteMilieu > 2/3 ouvertMilieu > 2/3 ouvert
Compressionspeu de basse vitesse / peu à beaucoup de Haute vitessepeu de basse vitesse / peu à beaucoup de Haute vitesse
Token / Spacers2 à 3 sur RockShox / 0 en privilégiant compression haute vitesse sur Fox & Formula. inutile, progressivité de la cinématique suffisante.

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes.  SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaule à l’aplomb du guidon. 

 

 

Contrepartie ?!

Mais alors ?! Le Canyon Spectral est-il parfait à ce point ? N’existe-t-il pas une contrepartie à ce profil somme toute très flatteur ?! Et bien si, il y en a une, qui trouve sa justification au sein même des détails apportés précédemment.

Au pédalage, l’adhérence et la motricité en font un vélo facile à emmener en côte, sur terrain scabreux. Mais en matière de vivacité, le Canyon Spectral se situe dans la moyenne. À la relance, le point de pivot qui se rapproche du boitier peut avoir tendance à faire plonger un peu ce dernier. Si on se joue facilement de ce mouvement qui dynamisme le vélo en courbe, il offre moins de maintien lorsqu’il faut pédaler fort.

“Bonnes roues exigées”

On sent qu’avec plus de débattement, la donne serait plus compliquée. Heureusement, le Spectral reste un All Mountain à 140mm de débattement, dans la moyenne sur ce point. On ne peut pas dire qu’il soit mauvais, mais un Orbea Occam, par exemple, fait mieux, pour d’autres raisons, c’est indéniable.

C’est pourquoi, je n’hésite pas non plus à dire que certains bons Enduro pédaleurs font aussi bien, voir mieux que lui : Mondraker Dune, Transition Patrol C, SantaCruz Hightower… C’est pourquoi, aussi, on note que de bonnes roues bien vivaces, ont toujours été montée sur le Canyon Spectral à partir d’un certain niveau de gamme : Mavic Crossmax et XA Pro Carbon, DT Swiss XMC1200 et EX 1501, Sram Roam 50…

 

 

AL ou CF ?!

Le Canyon Spectral est en tout cas plus sensible à la qualité de ses roues, qu’à la matière qui compose son cadre. Pour avoir longuement usé des deux, la version aluminium offre des prestations de précision et de vivacité proches du carbone, ou bien la version carbone n’est pas si exclusive et raide que l’on pourrait le craindre…

Dans les deux cas, la robustesse des armatures n’ont pas à rougir. Mon cadre de Canyon Spectral AL de 2015 a subit des affres d’amortisseurs mal en point, d’une semaine de la Megavalanche, quelques essais pneumatiques particulièrement cassants… Et s’est finalement montré très compréhensif avec les impacts de pierre sous le tube diagonal !

“La différence se situe sur la balance…”

Même si, dans ce domaine, le carbone réputé plus vulnérable aux impacts, n’a pas à rougir. Quelques-uns auraient pû compromettre mon Objectif Epic s’ils avaient eu une influence plus néfaste sur le cadre du Canyon Spectral CF. Vernis craquelé mais résine et fibre intactes, le Radon Epic Enduro est passé par là sans autre effet dessus !

Au final, la différence entre les deux se situe plus sur la balance. Les 400g d’écart offrent certaines bonnes opportunités : soit en gagnant de précieux grammes en moins à transporter à montage identique… Soit en profitant d’un montage plus économique sans s’offrir une enclume… Soit en profitant des grammes sauvés pour renforcer certains points sur lesquels on se sait particulièrement exigeant.

 

 

À la croisée des mondes…

Géométrie qui emprunte certains codes du monde de l’Enduro à proprement parlé… Cinématique intrinsèquement accordée à ces choix délibérés… Terrain propice à jouer des réglages de suspensions pour peaufiner le visage du vélo… Robustesse…

Quelques constats majeurs qui me permettent de préciser une intuition qui m’habite depuis le premier jour au guidon de ce vélo. Je le place à la croisée des mondes. Plus qu’un simple All Mountain, presque un véritable Enduro. Intrinsèquement sain et incitant aux bonnes initiatives. Au point d’être le vélo tout aussi capable d’initier un débutant, que de satisfaire un exigeant.

“Rando tranquille ou rallye sauvage ?!”

Mieux, de faire la passerelle entre les deux au fur et à mesure des progrès réalisés en terme de réglage des suspensions et de technique de pilotage. Pas étonnant qu’il ait été, et soit encore, décliné à toutes les sauces de montage pour couvrir une large plage de la gamme Canyon. Chacun doit y trouver son compte.

Maintenant encore, je me surprends à ne jouer que sur les pneus, et l’usage des blocages sur mon amortisseur à ressort, pour me prêter tout aussi bien à une randonnée tranquille qu’à une compétition sauvage !

 

 

Conclusion

C’est en tout cas la large plage de manœuvre que j’ai eu l’occasion d’explorer au fur et à mesure de ces expériences au guidon de ces vélos. Au point d’en arriver au sentiment que le Canyon Spectral CF issu de cet Objectif Epic fasse partie des vélos les plus aboutis, si ce n’est le plus abouti vis-à-vis de mon tempérament.

Un constat très personnel et professionnel à la fois. Il explique pourquoi j’aurai encore tendance pour un petit moment à prendre cette monture en guise de référence. Aussi bien d’un point de vue purement comportemental, que sur un plan plus financier… Lorsque l’on pense que la toute première version utilisée, déjà bien aboutie, n’était autre que le montage AL 8.0 EX de 2015… à 3200€ !

Une somme raisonnable, du moins au regard de certains vélos essayés par ailleurs et qui valent allègrement le double, presque le triple..! J’ai donc envie, non pas de répondre à l’habituelle question de conclusion tournée au conditionnel, mais bien à sa version au présent de l’indicatif, plus catégorique quand au devenir de ce vélo au sein de mon activité : Pourquoi dois-je garder ce vélo ?!

“C’est plus fort que lui, c’en est même intrinsèque, le Canyon Spectral pousse à prendre les bonnes initiatives. Celles qui procurent les sensations et l’ivresse des bons gestes. Presque déconcertant quand on pense que ce n’est pas conditionné à de fins réglages de suspension. Ils ne sont que la belle cerise sur le gâteau ! Avant ça, géométrie et cinématique sont accordés sans fausse note. D’où un vélo facile à prendre en main, et tout aussi sain lorsqu’il s’agit d’aller plus loin. La passerelle idéale, à la croisée des mondes, pour faire un joli bout de chemin dans la carrière de pilotes qui se respectent…”

 

Positionnement & usage

En synthèse, le tableau de positionnement et d’usages permet, en un seul coup d’oeil, de saisir les capacités du vélo. (rafraichir la page si le tableau ne s’affiche pas)

Comparées à celles des autres vélos à l’essai permettra de répondre à l’éternelle question > par rapport aux autres, qu’en penses-tu..? rendez-vous sur la page du Comparateur d’essais VTT Endurotribe pour en savoir plus >  http://www.endurotribe.com/comparateur-essais-vtt-2016/

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