Il y a quelques temps, Quarq – filiale électronique du groupe Sram – dévoilait le ShockWiz. Une solution de télémétrie grand public que l’on a, depuis, eu l’occasion de mettre à l’essai plusieurs semaines durant, couplée à différentes séances de test Endurotribe.

Usages, pertinence, sensibilité, précision, mais aussi astuces, limites et axes de développement… Autant de questions issues de notre première analyse, et des commentaires constructifs échangés ensemble. Voici désormais l’heure du verdict : le Quarq ShockWiz, à l’essai poussé et complet, à lire attentivement sur Endurotribe.

 


Temps de lecture estimé : 12 minutes


 

 

Au montage

Certains d’entre nous ont consulté les vidéos d’installation et de calibration fournies par la marque. Elles sont, en tout point, conformes à la réalité de l’atelier. Sans en faire la paraphrase stérile, coup d’oeil sur les quelques détails qui se révèlent plus importants encore une fois le produit en main…

Des détails qui permettent d’apporter quelques précisions sur la facilité et les limites de montage d’un tel système…

 

 

Calibration

Dans tous les cas, une précision a son importance ! Inutile d’avoir procédé au réglage du SAG avant d’avoir raccordé le système. Pour deux raisons.

La première, le risque de perdre le réglage. Les durites sont logiquement dépourvues de clapet. Si l’on connecte à la suspension, avant de connecter au boitier, l’air s’échappe. Adieu le réglage. Quand bien même on procède autrement, de l’air s’insère dans le tuyaux jusqu’au capteur. La pression lue et présente dans le système n’est plus la bonne.

“Étape clé, et indispensable au bon fonctionnement…”

Ensuite parce que le système nécessite une phase de calibration, qui demande de dégonfler totalement la suspension. La manœuvre permet d’actionner facilement la fourche ou l’amortisseur sur toute sa course pour que le système repère, successivement, les positions extrêmes – totalement détendue et totalement compressée. Il mesure les différences de pression à chaque stade et détermine les caractéristiques de la suspension – le ratio notamment.

C’est alors que le processus de calibration demande de procéder au réglage du SAG. On gonfle directement à travers le système, en recordant la pompe au boitier. Le Quarq ShockWiz indique la pression que le système détecte, en Psi. C’est une fois cette procédure complétée que le système est pleinement opérationnel.

 

 

Détections & Statistiques

Dès lors, le système est prêt à enregistrer et analyser le comportement des suspensions. La notion de SAG permet d’aborder deux onglets de l’application, qui n’avaient pas retenu notre attention au début de l’essai : Détections et Statistiques…

Le Quarq ShockWiz peut effectivement ainsi servir aux pilotes motivés et curieux d’en apprendre plus au sujet du fonctionnement des suspensions et de leur propre ressenti. Vérifier par exemple, sur des runs courts, que les phénomènes ressentis correspondent aux détections relevées par le système.

Le Quarq ShockWiz semble en tout cas scruter les bons, et sa fiabilité en la matière n’a pas été mise en défaut lors de nos essais répétés. Mais en soit, ces simples données ne suffisent pas. Le coeur de la meule est ailleurs…

 

 

Profils de pilote

Plus précisément dans la capacité du système à apporter les bons conseils et les bons ajustements ! Pour ce faire, il faut impérativement maîtriser les profils de pilote, ou Tuning Styles. Le système en propose 4 différents.

On les a mis à l’épreuve du terrain, pour en déterminer les caractéristiques : sur un même vélo, réglé successivement suivant chaque profil. Pour résumer :

> Efficient : réglages qui favorisent le rendement et l’efficacité au pédalage. Le système vise à maintenir le vélo haut dans le débattement et réduire au possible les phénomènes de pompage. Clairement un réglage pour les crosseurs qui veulent du rendement et n’ont pas l’habitude d’être perturbé par les mouvements de suspension.

> Balanced : le bon compromis entre adhérence, confort et efficacité au pédalage. Pour ma part, le profil qui me permet d’approcher les réglages pour piloter en compétition : peut de mouvement parasite, bon maintien, bonne réactivité du vélo pour agir vite et précis.

> Playful : met l’accent sur un vélo plus joueur, exploitant plus une notion de dynamique comme on a pu l’évoquer dans nos publications Didactiques. On libère un peu de confort et de mouvements de suspension pour avoir quelque chose de plus drôle, lorsque l’on veut avant tout profiter du flow des traces, tout en gardant une petite marge, au cas où.

> Agressiveappellation trompeuse parce que ce n’est pas fait pour rouler agressivement, mais l’inverse. Je dirais plush : le vélo est amené vers quelque chose qui exploite tout le débattement régulièrement. Quelque chose de très confortable, très tolérant, mais plus pataud et moins précis que les deux précédents.

 

 

Deux méthodes…

Il existe alors deux méthodes pour composer avec. Ceux qui ne se connaissent pas, ou très peu, et qui ne savent pas comment est réglé leur propre vélo, peuvent simplement en choisir un et passer à l’étape suivante.

Mais l’approche doit être différente pour ceux qui se connaissent un peu, ou se sont déjà fait une petite idée de leur profil. Installer le Quarq ShockWiz sur le vélo, réglé comme d’habitude. Faire un nombre de runs suffisant pour que le système enregistre le comportement de la suspension. Puis passer à l’analyse du score global…

 

 

Score global

On roule, puis, d’après ses analyses, le Quarq ShockWiz calcule un score global : une note qui tient compte de l’ensemble des comportements et détections scrutés par le système pour donner une première indication de la qualité des réglages.

Pour un même run, le score global varie selon le profil de pilote que l’on choisit. Il suffit, une fois l’enregistrement effectué, de changer de profil pour constater que l’application recalcule, et ajuste le score. Ponctuellement, sur un run, puis globalement, à la longue, on peut ainsi déterminer, confirmer, ou ajuster son propre profil.

“En dessous de 80, il y a mieux à faire…”

C’est ainsi que je pensais me situer centré autour du profil Playful en premier lieu, et qu’à force, j’ai constaté que j’obtiens les meilleurs scores entre Balanced et Playful, en fonction de l’attaque et de l’engagement que je mets dans mon pilotage.

Ce score global est aussi, et surtout, un bon indicateur pour valoriser les réglages du vélo. Par expérience, en dessous de 80, il y a directement mieux à faire. Notamment en suivant les suggestions de l’application…

 

 

Suggestions

Les suggestions, les conseils de réglages des suspensions. C’est bien là le coeur du système. Sa capacité à proposer des ajustements pour améliorer le comportement des suspensions, et in-fine, celui du vélo.

On l’a mis à l’épreuve dès nos premiers essais en s’amusant à modifier des réglages d’un run à l’autre. Sous 80 de score global, le système est très efficace. Jamais pris en défaut : il détecte quel réglage a été modifié, et dans quelle proportion.

C’est au dessus d’un score global de 80 que les choses se compliquent un peu. Dans ce cas, bien souvent, les curseurs sont au vert pour une part, jaune d’autre part. Il arrive alors, parfois, que le système suggère de modifier un réglage… Qui n’est pas disponible sur la suspension en question !

Quarq conseille alors de ne pas tenir compte de la suggestion, et d’influer seulement sur les réglages disponibles…

 

 

Les conseils sont-ils pertinents ?

Il n’empêche que ce constat soulève un question. Les conseils sont-ils vraiment pertinents ? Oui, en un sens. Jusqu’à un score global de 80/85, ils permettent véritablement de dégrossir le travail ; orienter le pilote vers les bonnes bases et ne pas, sans le savoir, être dans une zone critique d’un réglage.

Au delà, j’ai connu deux expériences diverses. La première, très satisfaisante, avec un Rocky Mountain Slayer, équipé Fox 36 et X2 ! Je procède d’abord aux réglages sans le système. Sur boucle test, comme j’ai l’habitude de faire. J’aboutis à une configuration cohérente : grip, réactivité, bonne assiette et usage du débattement. Je note mes réglages, reviens à la configuration de départ, et installe le Quarq ShockWiz. Je suis les recommandations du système à l’avant, puis à l’arrière et arrive très vite à… La même configuration ! Tout est au vert, parfait.

“Quelques marges de manoeuvre existent hors du système…”

La seconde avec un Transition Patrol C, équipé RockShox. Cette fois, passé de score global 85, le Quarq ShockWiz me suggère d’ajuster des réglages indisponibles. Je poursuis sans en tenir compte,  jusqu’à ne plus pouvoir faire mieux, à l’avant comme à l’arrière. Mais cette fois, le résultat est moins cohérent. J’ai beau faire des aller/retour successifs entre l’avant et l’arrière, il y a toujours un paramètre ou deux dans le jaune, que je ne peux manipuler.

Plus d’issue possible, je considère avoir fait de mon mieux avec le Quarq Shockwiz, mais le comportement du vélo ne m’apporte pas entière satisfaction. Quelques mouvements d’assiette parasites notamment…

 

 

Gestion d’assiette?!

Pourtant, j’arrive, sans le système, à peaufiner mes réglages et à ajuster le comportement du vélo à mes souhaits. On touche là aux limites du Quarq Shockwiz. On ne peut pas faire part de nos souhaits. Et puis, l’assiette d’un vélo est une notion clé dans les réglages de suspension. Pourtant, elle n’est que peu présente dans les analyses du Quark Shockwiz.

Il n’inclut pas directement l’assiette dans ses analyses. Il part du principe que si chaque suspension se comporte bien, l’assiette et l’équilibre du vélo doit être bon. Or, on a constaté à plusieurs reprises dans nos essais Endurotribe, que quelques clics de détente et/ou un token peuvent faire une bonne différence et améliorer le comportement global d’un vélo.

“Ne pas tomber dans la politique de la rustine…”

Parfois aussi, un mauvais comportement d’une suspension, provient d’un mauvais fonctionnement de l’autre. Tenter d’influer directement sur la suspension que l’on incrimine relève alors de la politique de la rustine : boucher les trous sans se soucier de ce qui les cause…

Il faut alors avoir la présence d’esprit d’analyser l’autre suspension, plutôt que s’acharner sur la première. Or, le Quark SchockWiz n’indique pas clairement quand changer… Par expérience, passé 80 à 85 de score global, et dès que des réglages indisponibles dans la réalité apparaissent dans les suggestions, il faut switcher.

Dans le même esprit, on peut avoir la chance d’utiliser deux boîtiers. L’application permet de switcher de l’un, à l’autre, de manière quasi instantanée. Il faut tout de même avoir la présence d’esprit de passer de l’un à l’autre. Même démarche que précédemment, les étapes de démontage/re-montage/calibration en moins… On double la facture, mais on divise presque d’autant le temps passé à régler..!

 

 

Choix multiples

Il s’avère donc que cette première mouture du Quarq Shockwiz vise un certain compromis. Faire en sorte qu’un maximum de réglages soit dans la meilleure zone de réglage. Or, en matière de suspension, il existe parfois plusieurs solutions face à un même comportement : des compromis différents qui apportent un même résultat, en générant des effets secondaires différents.

C’est ce que l’on fait chez Endurotribe, pour tirer la quintessence des vélos essayés, et suggérer certains choix de réglages dans nos compte-rendus ou lors de nos ateliers. Force est de constater que dans les détails les plus poussés, le Quarq ShockWiz peut donc encore progresser.

“Le Quarq ShockWiz, un potentiel bon vecteur de communication…”

Rien de grave. Tout comme une version française de l’application, il s’agit là de considérations qui peuvent entrer en compte dans une prochaine mise à jour logicielle. Après-tout, l’application et les algorithmes ne sont pas gravés dans le marbre et peuvent évoluer en ce sens.

Pour l’heure, on ne renseigne ni les suspensions, ni le vélo que l’on règle. On pourrait très bien, à l’avenir, imaginer renseigner ces informations afin que le système en tienne compte et ajuste plus encore ses suggestions… Après-tout, les bons chefs produits en charge du développement de nos montures n’ont-ils pas des suggestions de réglages à nous faire parvenir pour tirer au mieux parti de leurs travaux ?

Le Quarq ShockWiz peut être un bon vecteur à ce sujet ! Reste à voir comment le milieu peut composer avec les enjeux colossaux de base de données que cela représente, entre concurrents notamment…

 

 

Qu’en penser ?!

D’ici là, le Quarq Shockwiz est un système viable : pour dégrossir le travail, partir dans la bonne direction et aboutir à une première configuration cohérente. Il permet de faire 80% du travail, laissant les 20% qui restent aux fins conseillers et préparateurs en suspension. Une première configuration qui peut convenir à une bonne partie d’entre nous. Ceux, du moins, qui se sentent aptes à faire usage du dispositif.

Pour le rôle que l’on prête au Quarq ShockWiz en club ou en magasin, ça a du sens. Il peut effectivement apporter une dimension cartésienne non négligeable dans les échanges entre pratiquants et conseillers. Des repères qui doivent permettre de minimiser les approximations et améliorer les résultats. Reste qu’il faut tout de même maitriser l’outil et savoir en expliquer le fonctionnement pour être pertinent… Comme il faut en être capable avec les vélos au sujet desquels on apporte du conseil finalement.

“On a tous à en apprendre à l’usage du Quarq ShockWiz”

En un sens donc, le Quark ShockWiz déplace le problème, en règle pas mal et en créé quelques autres moins évidents… Mais n’est-ce pas là, la définition même du progrès ?! On ne va pas bouder le plaisir : pour son universalité, son accessibilité relative et son potentiel d’évolution, le Quarq ShockWiz est une avancée qui en appèle d’autres.

Notre conclusion peut paraître prétentieuse, mais on se l’autorise parce que l’on en est convaincu : on a tous à en apprendre à l’usage du Quarq ShockWiz, et c’est une bonne chose ! Notamment si l’on prend le temps de bien saisir les moindres nuances livrées ici 😉 Enjoy !

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