Le petit monde de l’Enduro est ainsi fait : les meilleurs pilotes du monde roulent sur des vélos disponibles dans le commerce. Du moins, en apparence. Non pas qu’il y ait tromperie sur la marchandise. Mais bien qu’en y regardant de plus près, tout ou presque, est optimisé, pour l’efficacité et pour la gagne.

Le Yeti SB6C de Richie Rude, double tenant du titre suprême, en est le meilleur exemple. Un de ces vélos qui respire le soin du détail au premier coup d’oeil. Qui trahit les heures de travail et d’entretien, avant et après les runs monumentaux que son pilote lui réserve. Et qui renferme quelques surprises… De taille !

 


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Soins particuliers

Shaun Hughes est un bonhomme remarquable. Short, t-shirt, tongs… Le mécanicien de Richie Rude n’est pas du genre à perdre de vue l’essentiel. Son apparence est aussi simple et détendue que son travail est méticuleux. C’est lui qui prend soin des montures du champion.

C’est donc lui qui, d’une certaine manière, est bien l’auteur de ces petits détails qui ne se voient pas dans l’action, mais qui attirent l’oeil lorsque le vélo trône sur le pied d’atelier…

Rien d’extra-ordinaire jusque là… Mais des détails qui démontrent une certaine sensibilité : ne rien laisser au hasard. Ne pas hésiter à prendre l’initiative et développer ses propres petites solutions. Et à bien y réfléchir, ils ont du sens : mine de rien, il faut du temps et du talent pour parvenir à ces petits détails pensés et finis ! C’est, entre autre, à ça que l’on voit le mécanicien de coupe du monde.

 

 

Petits oignons…

Pas étonnant donc que dans les allées de Finale, où il est photographié, le Yeti SB6C du Champion du Monde soit un des plus observés. La plaque de #1 y est forcément pour quelque chose, mais ceux qu’elle attire en ont pour leur intérêt.

Nul doute que les propos des membres du team soient pris au sérieux par leurs interlocuteurs. Une équipe Shimano, très à l’écoute ce week-end là, prend bonnes notes des retours d’expérience. En la matière, il y a de quoi, puisque le vélo du numéro un mondial dispose de quelques éléments remarquables…

 

 

Surprises de tailles…

Sous la toise, Richie Rude mesure 1m80… Et sur la balance, pèse plus de 90kg. Pas étonnant donc, mais tout de même, de trouver des mensurations particulières sur son vélo. En premier lieu, en matière de pression, dans les pneus comme dans les suspensions…

Pas de prise de risque de ce côté-là. Il faut avant tout que le matériel tienne, et encaisse sans sourciller. Pas une mince affaire sous un tel gabarit. D’autant plus que comme beaucoup d’entre nous, Richie Rude est entre deux tailles. 1m80, des mensurations qui le placent exactement entre M et L au tableau des tailles de la marque.

Et pour l’heure, il utilise la plus petite des deux opportunités qui s’offrent à lui. Le Yeti SB6c du Champion du Monde est donc une taille M. Mais en la matière, d’autres éléments dénotent aussi…

 

 

Approche conservatrice ?!

Petit vélo, potence longue et cintre étroit… On grossit le trait, mais la combinaison des trois facteurs va bien à contre-courant de certaines tendances. La comparaison avec le Giant Reign de Yoann Barelli a d’ailleurs du sens : gabarits proches, et deux approches diamétralement opposées entre les deux top-pilotes !

Un constat qui démontre qu’en matière de performance, il n’y a pas une voie unique, mais bien différentes combinaisons de facteurs.

La stabilité ? Il la tient de ses choix de débattement et de ses réglages de suspensions avant de la tenir de la géométrie du vélo. Au global, certains diraient qu’il s’agit de choix anciens auxquelles il s’attache. Un brin conservateur. D’autres y trouvent du sens et une certaine logique.

Celle d’un pilote de haut niveau qui peut se permettre de pousser le matériel dans ses retranchements, et ne pas hésiter à l’utiliser dans des plages où peu s’aventurent. Des corrélations de paramètres qui lui sont presque exclusivement réservées. Avec son gabarit, il ne sont pas beaucoup sur cette planète à se permettre de rouler aussi vite avec de telles pressions de pneu, des suspensions aussi fermes, une telle géométrie et un tel gabarit.

Mais Richie Rude redouterait plus son environnement que ses capacités de pilotage. On l’a vu accrocher une souche à Apsen. Il n’apprécie pas plus l’idée d’accrocher le guidon dans un arbre. Il veut donc avant tout s’affranchir de ces soucis pour se concentrer sur ce qu’il doit faire de mieux.

Puisqu’il sait faire avec ce matériel un brin étriqué, il tire parti du moindre encombrement pour naviguer sur la largeur de la trace. Et il use de la vivacité supplémentaire pour corriger dans l’instant, le moment venu. Sa carrure comme sa puissance lui permettent de tenir bon et d’aller vite.

Au final, une différence qui a du bon. Elle permet de cliver, de contre-balancer, de relativiser les tendances et courants d’idée prédominants. Et mettre une fois de plus en exergue toute la beauté du sport.  La performance, avant toute chose, tient à une parfaite cohérence entre les capacités du bonhomme, et celles du matériel…

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