entreleschiffres-valberg-02Ce week-end avait lieu l’EWS Portes du Mercantour, septième manche des Enduro World Series 2016. Une étape particulièrement relevée qui a vu, entre autre, s’affronter deux monuments de l’histoire du VTT.

Tout au long du week-end, Sam Hill et Nicolas Vouilloz se sont livrés à ce que beaucoup – nous les premiers – ont qualifié de bataille des légendes. Mais au delà des palmarès et des titres de chacun, en quoi ce spectacle avait-il tant de quoi nous tenir en haleine ?!

Analyse Entre les chiffres de ce week-end pour mieux cerner le déroulement de la course, et les instants clés qui ont écrit ce petit bout d’histoire…

Temps de lecture estimé : 10 minutes / Photos : Enduro World Series

 
The crowds lined the canyon section

Le format de la course

Pour un grand spectacle, il faut un beau cadre. Que dire des Portes du Mercantour, et de son enduro riche de 11 éditions d’expérience ?

Cette EWS Portes du Mercantour était attendue de tous, et redoutée d’un bon nombre. Au moins de ceux qui, ayant participé les années précédentes, savaient à quoi s’attendre. Distances, dénivelés, durées… Quand l’endurance prend part à la discipline dont elle inspire tant l’appellation !

Une épreuve que chacun sait proche et respectueuse, par de nombreux aspects, des racines de la pratique. Il ne pouvait donc en être autrement ce week-end. Et même si les menaces météos ont raccourci la course du samedi, les chiffres restent, d’une certaine manière, exemplaires…

Sept spéciales, réparties sur deux jours : 3 le premier, 4 le second. Mais surtout, deux jours qui s’appuient sur les caractéristiques propres aux secteurs parcourus, pour trouver leurs identités Enduro.

Un premier jour à l’assaut de la vallée du Var, sur les hauteurs de Guillaumes. De la pente (plus de 150m/km) et de longs chronos pour débuter le week-end. Dire que la seconde spéciale initialement prévue, victime des intempéries, aurait ajouté 15km de liaison, 4,3km de course, 800m de dénivelé et 10min de chrono pour couvrir l’autre versant de la vallée..!

Il n’en reste pas moins que le programme tenait toujours cette fameuse longue spéciale au départ du Pas de Trotte, à 2100m d’altitude, après 3h et 1300m de D+ à la pédale…

Un morceau de bravoure avant de finir la journée sur les Terres Grises emblématiques. Moins de pente, moins de dénivelé, mais la vitesse moyenne la plus élevée du jour ! Comme pour expliquer à quel point le spectacle était grandiose entre ces canyons et lignes de crêtes acérés.

 

Un second jour tout aussi influencé par le nouveau secteur couvert : les vallons si caractéristiques de Valberg, que les tracés exploitent à différents titres. Les spéciales 4 et 6, tracées de part et d’autre du télésiège des Eguilles- bien nommé puisque entouré de mélèzes… – démontrent toute l’attention des traceurs pour donner à chacune leur caractère. Large et rapide pour la première du jour, étroite et pentue pour la troisième.

Entre temps, nouvelle excursion en haute montagne, pour un run qui ne paie pas de mine. La plus faible pente du week-end, mais le plus long chrono du jour et une vitesse moyenne qui dépasse les 30km/h. Sur ce sentier de muletier particulièrement pavé de rochers, la puissance et le relâchement devaient donc faire bon ménage pour tirer son épingle du jeu.

Dernière spéciale courte et pentue pour terminer, à aller chercher entièrement à la pédale, sur les 420 derniers mètres de dénivelé positif du week-end. De quoi pousser les organismes à une certaine limite de fatigue, et exiger une extrême précision dans la gestion de ses efforts pour ne pas craquer si près du but.

 
An Australian setting the EWS alight this week

L’évolution du classement

Passons donc à la course, proprement dite. Et à la manière dont a évolué le classement en particulier.

L’occasion tout d’abord de constater à quel vitesse Nicolas Vouilloz et Sam Hill se portent en tête. Dès la seconde spéciale du week-end… C’est à dire à l’issue du juge de paix de 14min et 1100m de D- que tout le monde redoutait.

On commence à le savoir à force d’analyse Entre les chiffres, les longues spéciales ont toujours le mot à dire en compétition. Lorsqu’elles ne sont pas tout bonnement décisives, elles font au moins le tri. Révèlent les hommes forts du moment, et mettent sur la touche les autres.

Nicolas Vouilloz et Sam Hill le savaient très certainement, et avaient coché cette spéciale à leur plan de course, après un début prudent… Notamment de l’Australien, vu particulièrement sage au départ de la SP1.

C’est ainsi aussi que s’explique la relative contre-performance de Richie Rude et Jérôme Clementz. Le premier, malgré une petite erreur en SP1, occupait la 4ème place au scratch. Le second, après une entrée en matière réussie, le deuxième rang. Tous deux ont chuté dans la stratégique SP2, et abandonné toute chance de bien figurer ensuite.

Malgré leurs déboires, dont quelques cascades coûteuses à divers moment, Jesse Melamed, Damien Oton et Greg Callaghan semblaient bien capables de donner du fil à retordre aux deux légendes vivantes en plein combat. Mais la suite de l’analyse démontre bien qu’ils ne pouvaient que suivre la bataille à distance respectable…

 
The fans turned out for Nico Vouilloz todaya, he was always greeted by big cheers down the track! It was incredibly tight racing between him and Sam coming down to only 9 seconds in the end.

Évolution des écarts

Tout juste peut-on mettre en valeur la troisième place de Jesse Melamed ce week-end. Il suffit de se pencher sur l’évolution des écarts pour lui trouver toute sa valeur…

Jesse Melamed est tombé, beaucoup, ce week-end. Une fois par spéciale, en moyenne. Jamais rien de grave ou de très spectaculaire. Mais juste ce qu’il faut pour perdre les précieuses secondes qui le séparent de la gagne.

Était-il un peu entamé physiquement ? Ou bien à sa limite techniquement ? Un peu de mal à trouver la juste gestion des deux ? Toujours est-il que ses sursauts d’orgueil et d’enthousiasme lui ont permis de sceller sa troisième place.

Très certainement lors de la troisième spéciale, sur les emblématiques Terres Grises. Un run à couteaux tirés qui a fait mouche. Le scratch du week-end pour le Canadien, et la marge suffisante pour surnager au dessus de la concurrence.

Le premier jour, et les deux spéciales mythiques du week-end ont aussi été à l’avantage de Nicolas Vouilloz.  C’est clairement là qu’il a été en mesure de se hisser au sommet du classement. Scratch de la SP2 et second temps de la SP3 avec quelques trajectoires particulièrement bien senties…

De quoi faire remonter sa courbe vers le sommet, et espérer, à la fin du premier jour, qu’il puisse prendre l’ascendant sur Sam Hill…

 

 

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Rythme en spéciale

Il n’en sera rien. C’est du moins ce que l’on constate à la lecture des courbes d’écarts précédentes. La différence n’a de cesse de se creuser le second jour.

Le spectacle, et tous les espoirs n’ont pas pour autant été douchés d’entrée de jeu. Il suffit de se pencher sur les rythmes de chacun, en spéciale, pour voir que jusqu’au bout, Nicolas Vouilloz a donné ce qu’il pouvait pour tenter de s’imposer.

Il a d’abord laissé passé l’orage. Pas celui annoncé, qui n’est finalement jamais tombé du ciel… Mais bien Sam Hill, très à son avantage sur les larges traces de la première spéciale du dimanche :  pentue, humide, glissante, rapide, agrémentée de passage world cup level et de dévers à faire pâlir un dahu.

Puis, a bien tenté de hausser le rythme, dans les spéciales suivantes. Jusqu’à faire jeu égale avec l’Australien sur les pentes de la très technique spéciale 6. Étroite et pentue, comme on l’a dit. Peut-être la meilleure combinaison pour tenter de départager ces deux légendes vivantes de la Descente mondiale.

En vain. 0,18% d’écart en bas. Une demi-seconde au chrono. Une nouvelle fois en faveur de Sam Hill. Fin des débats, alors que la dernière spéciale n’offre plus ce qu’il faut pour se départager. Tout juste l’occasion de commettre une erreur irréparable. Pas de quoi, à la régulière, combler 7,5s en 2min25s… La veille, 1,99s séparaient les deux hommes sur près de 14min dans la spéciale 2…

Jerome Clementz, focused and coming in hot

Tout juste l’opportunité d’observer une fois de plus la bataille dans la bataille : celle pour le podium final, qui tourne cette fois à l’avantage de Jérôme Clementz face à Damien Oton. Mais au bout de quel suspens. L’Alsacien connait littéralement un week-end en dents de scie. Un coup dans le coup, un coup pas ! Un profil qui en dit long sur les capacités de rebond et de détermination du bonhomme….

Tout comme celui de Damien Oton, dont on reconnait là le tempérament qu’on lui connait. Entier, généreux, à l’image de son bon début de week-end avant de subir davantage un contre coup bien compréhensible en cette fin de saison. À ce petit jeu, Finale risque fort de livrer un verdict passionnant. Deux tempéraments, deux approches, et un seul ordre à l’arrivée. Que le meilleur gagne !

 
Jessie's podium spot wasn't without drama. A crash on nearly every stage except for the one he won. 3rd place is certainly an exceptional result!

Places en spéciale

En parlant de gagne, l’analyse se conclue à la lecture des places en spéciale de ce week-end EWS Portes du Mercantour.

Une jolie mosaïque qui démontre une nouvelle fois tout le caractère exceptionnel de cette bataille des légendes que se sont livrés Sam Hill et Nicolas Vouilloz. Non pas parce qu’ils auraient écrasé la course de leur suprématie, éclaboussant la concurrence et l’humiliant de toute leur supériorité…

Mais bien parce que les deux champions se sont livrés à un duel où chacun a sû rester lucide et en total contrôle de ses propres forces. Capable de laisser sa propre nature tirer partie des tracés au programme du week-end pour jouer ses cartes. Capable de rester concentré sur sa propre tâche avant de chercher le spectacle, la gloire ou le coup d’éclat.

C’est pourquoi, en premier lieu, les deux hommes ne trustent pas les premières places en spéciale. Chacun s’en offre une, mais pas n’importe laquelle. Nicolas Vouilloz, en fin stratège que l’on connait, coche la plus longue, celle qui, mathématiquement, a le plus de probabilité de faire la différence. Sam Hill, talentueux et redoutable duelliste que l’on connait, se paie celle qui sonne le glas de la bataille, sur le terrain le plus propice au duel entre les deux hommes.

Une certaine classe, et une certaine forme de respect envers la concurrence qui permet à l’épreuve de se constituer un palmarès particulièrement riche. Autant de vainqueurs que de spéciales différentes. Que des noms qui s’imposent d’eux même :

Greg Callaghan, vainqueur d’étape par ailleurs cette saison. Jesse Melamed, troisième homme du week-end. Martin Maes et Richie Rude, eux aussi auteurs de duels plus tôt cette saison, et l’avenir même de la discipline. Et Florian Nicolaï, l’enfant du pays, pour conclure en beauté devant son public.

 
As the sun creeps above the hill Carles Barcons works his way up to 2nd in the Masters Men category

En conclusion

Même après quelques jours de recul, il n’y a pas de doute. La bataille des légendes a bien eu lieu lors de cette EWS Portes du Mercantour 2016. Une course loin de l’ordre établi jusqu’ici, et un plateau plus ouvert que jamais.

De bon augure si l’on se projette déjà vers l’ultime étape, à Finale Ligure. Sam Hill peut-il poursuivre et qui sait, ouvrir une nouvelle ère de domination ? Nicolas Vouilloz peut-il, pour ce qui doit être sa dernière course de pilote à plein temps, finir en beauté ? Qui peut-être le troisième larron que l’on attend pas, ou plus ? Quelle peut-être l’issue du duel Clementz vs Oton pour le titre de vice-champion ?

Vite, vite, La Grande Finale ! 

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