Fut un temps, il n’était pas compliqué de trouver le pneu qui va bien pour une pratique Enduro. À cette époque, il n’y avait de toute façon pas trop le choix. Pour rouler fort sur les pires traces : seules quelques profils, et une carcasse, occupaient l’espace. C’était l’âge d’or de la gamme Maxxis « DH casing » best seller de toute une période…

À tel point qu’en un sens, ces références ont dicté une certaine lecture des produits du marché. Profils, volumes et gommes ont beau avoir tous leurs intérêts, on attend avant tout d’un pneu d’Enduro qu’il résiste aux pires traitements. En un sens, la performance n’a de sens qu’à une condition : celle d’être certain d’arriver en bas sans crever !

Sur cette logique, le marché actuel du pneumatique Enduro semble tout de même évoluer. Pour les avoir mis à l’épreuve tout l’hiver, et en compétition au printemps, les pneus Michelin semblent avoir quelque peu comblé l’écart. Après quoi, c’est au tour des pneus Continental d’entrer dans la danse, en passant à leur tour à l’essai Endurotribe. Voyons plutôt…

 

 

 

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Le défi du Baron…

 

La marque allemande n’en est pas à son coup d’essai en matière de pneus VTT. On la connait notamment pour toute sa gamme de profil allant du très lisse Race King de XC au très cramponné Der Kaiser de Descente.

Pour autant, ses tentatives d’introduction à la pratique de l’Enduro sont restées discrètes jusqu’à présent. Il n’est en effet par toujours évident de piocher parmi les technologies à disposition d’une gamme pour composer le produit qui réponde à toutes nos attentes de pratiquants avertis.

C’est le défi que Continental tente de relever avec l’introduction de l’unique Der Baron 2.4 Projekt. Unique puisque la marque entend proposer un pneu polyvalent, qui se veut être le bon choix, en toutes circonstances… Aussi bien à l’avant, qu’à l’arrière !

Une approche qui donne forcément de bonnes raisons d’éplucher les détails de conception d’un tel pneu ambitieux…

 

 

 

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… Et la réponse maison !

À commencer par la structure du Continental Der Baron 2.4 Projekt. Comme son nom l’indique, il est proposé en une unique section : 2.4 pouces. Une largeur mesurée à 57mm – de flanc à flanc – sur une jante de 23mm entre crochets. Pour faire simple, un seul et même sens de rotation, à l’avant comme à l’arrière.

C’est plus en profondeur que les détails se corsent et démontrent un certain niveau de développement. Heureusement, un simple schéma permet de saisir les principes particuliers qui s’appliquent au nouveau venu.

 

 

> Au coeur de la carcasse du Continental Der Baron 2.4 Projekt, 3 à 4 nappes de tissu nylon forment une structure riche en fils, pour une densité de 180 à 240tpi. En la matière, nous sommes plutôt habitués à des valeurs comprises entre 60 et 120tpi.

> Sur les flancs, là où les agressions rocheuses sont les plus vicieuses, un apport de gomme Apex veut réduire la vulnérabilité du pneu. Entre les plis de tissu nylon, la gomme veut apporter stabilité, et protection contre les pincements avec la jante.

> Pour assurer la cohésion de l’ensemble et le contact direct avec le sol, Continental compte sur sa fameuse gomme Black Chili. Une savante formulation sensée offrir un grip maximal, sans pour autant scotcher au pédalage et s’user prématurément.

Ce sont donc très certainement ces trois principes qui influent sur la première perception que l’on a du Continental Der Baron 2.4 Projekt. Au montage, au moment de déplier le pneu, pour le placer sur la jante.
Visuellement, la gomme brille, comme vernie pour être mise en valeur. Au toucher, elle semble grasse, là où certaines concurrentes collent déjà aux doigts. Entre les fortes présences de gomme et de tissus, c’est celle du nylon que l’on semble percevoir.

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La carcasse a un comportement rigide, comme cartonné. Loin de la souplesse et de la douceur de la gomme que l’on pourrait imaginer. D’autant que les flancs paraissent épais au touché, avec un renflement intérieur qui s’affine à mesure que l’on approche la tringle.

Le premier contact peut donc être déconcertant. En un sens, certains détails n’inspirent pas ce que l’on pourrait attendre d’un pneu : accrocheur, confortable… Et l’on sait à quel point le premier contact a son importance dans le choix d’un produit.

Pourtant, il ne s’agit là que de vues de l’esprit. La suite de l’essai me pousse d’ailleurs à dire qu’une fois de plus, il faut aller au delà de certains préjugés pour faire de bonnes découvertes. Après tout, ce n’est pas en main, mais sur le terrain, que l’on attend du Continental Der Baron 2.4 Projekt d’être à la hauteur.

 

 

 

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Cramponné !

C’est donc ce que j’ai pris un malin plaisir à vérifier. Un mois durant, et par n’importe où ! Partant du principe que la question première porte sur le degré de résistance à la crevaison, le Continental Der Baron 2.4 Projekt a eu droit à un traitement particulier.

Celui que je réserve à tout prétendant à être un bon pneu Enduro résistant aux pires traitements. Le Continental Der Baron 2.4 Projekt a donc pris d’assaut la caillasse du Sud !

Sur les pentes du Mont Ventoux pour commencer. L’occasion d’y croiser toutes les sortes de roches possibles et imaginables : fixes, mobiles, plates, proéminentes, rondes, acérées, lustrées et/ou abrasives. Un enchaînement de runs à tous les rythmes, jusqu’à celui de la compétition, en préparation des échéances à venir.

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L’occasion de mettre la carcasse à rude épreuve. À commencer par les pressions admissibles. Si le tableau du site web de la marque indique 45 à 58psi (3 à 4 bars), c’est bien sûr plus bas que le résultat est cohérent.

Entre 1,8 et 2 bars, les 2.4 pouces de section offrent le meilleur ressenti. Au milieu des rochers, sur les aspérités de la taille d’une boule de pétanque, la carcasse se comporte bien différemment de l’impression rigide et cartonnée du montage. Je la situerais entre les Michelins Reinforced – relativement rigides – et les Mavic XL – très souples. Un peu plus consistante que les Maxxis Exo.

Le rebond n’est pas le plus faible des pneus essayés jusqu’à présent, mais la stabilité du Continental Der Baron 2.4 Projekt a son intérêt. Surtout, le maintien des flancs – épais – en courbe est très intéressant. À l’opposé d’une carcasse EXO parfois dépassée, le Continental Der Baron 2.4 Projekt tient le cap et ne se dérobe pas sous l’appui.

 

 

 

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Mais alors ?

Il n’en reste pas moins que la caillasse du Sud, comme la roche des montagnes et les racines de certains des plus beaux massifs, sont sans pitié. Et donc, j’ai pu mesurer les limites du Continental Der Baron 2.4 Projekt en matière de résistance à la crevaison.

La performance est intéressante. Ce n’est qu’en fin de journée, sur la fatigue et l’imprécision de plusieurs runs à allure course que les limites se font sentir. Dans ces conditions, le Continental Der Baron 2.4 Projekt m’a sauvé une première fois, puis une seconde, sur des roches acérées abordées de biais.

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C’est finalement par pincement, sentant distinctement le contact de la jante avant avec la roche, à la jointure du talon et du flanc, que le pneu a montré sa limite. Une entaille minime engendrant une crevaison lente, et une réparation possible à la cyanoacrylate.

 

 

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Le profil dans tout ça ?!

L’occasion de continuer l’essai, toujours en tubeless, en compétition pure. À l’occasion de la Rider’Z du Luberon, et de ses conditions particulières.

Cette année, les reconnaissances se sont déroulées sous un soleil de plomb, par trente degré, sur un terrain archi sec… Avant que des pluies diluviennes ne s’abattent le jour de course et détrempent le terrain plus que de raison.

L’occasion de valider le profil polyvalent du Continental Der Baron 2.4 Projekt. Par temps sec, il suffit de quelques kilomètres pour que la gomme montre son vrai visage. fini l’aspect brillant et gras : la surface se mate et révèlent un niveau abrasif convaincant. De quoi tenir le pavé sur la multitude de dalles rocheuses du circuit.

Un grip similaire aux gommes Magic-X et Super Tacky notamment…. Mais une usure à première vue plus mesurée. Dans des conditions similaires, la Michelin Magic-X et la Mavic XL m’ont déjà montré plus de signes d’usure. Là, les crampons latéraux du pneu avant ne présentent aucune fissure à leurs pieds.

Seules les têtes de crampons du pneu arrière commencent à perdre de la gomme sous forme de particules entières. Signe que la gomme Black Chili n’est tout de même pas au niveau de la gomme des Maxxis EXO en la matière.

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À l’usage, les crampons carrés et acérés du Continental Der Baron 2.4 Projekt gagnent au fur et à mesure des passages. C’est lorsque la croûte de gravette s’est un peu transformée en poussière qu’ils mordent le sol et procurent un grip intéressant pour la confiance.

Un comportement de « mini mud » que j’ai particulièrement apprécié le lendemain, jour de course pluvieuse. Certains ont cogité : changer de monte vues les conditions météo délicate du jour… Ce n’était pas mon cas avec les Continental Der Baron 2.4 Projekt ! Déjà performants sur terrain sec, ils le sont plus encore sous la pluie.

Par la souplesse de la gomme qui accroche de manière intéressante sur la roche humide. Par le profil des crampons qui mordent dans la terre. Par l’espace qui les sépare, assurant un niveau de bourrage faible voir inexistant… Et par la stabilité du pneu au freinage : à l’arrière délesté notamment, où faire chasser est plus une affaire de volonté que d’imprévu.

 

 

 

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Si polyvalent ?

À n’en pas douter, le genre de pneu que j’aimerais embarquer sur une course par étape, itinérante. Une trans-Provence ou un Biivouac en Continental Der Baron 2.4 Projekt auraient tous leurs sens. Une Megavalanche aussi : run d’un jour propre et rapide, aux avant-postes, profitant du profil du Continental Der Baron 2.4 Projekt à chaque strate du parcours – neige, roche, alpage et poussière ?! Un terrain alpin où le niveau d’humidité et la texture des sols varient constamment, et de jour en jour…

À condition de rester propre et de ne pas trop jouer au jeu du hors piste hasardeux. À condition aussi de ne pas tout miser au pédalage. Car si le Continental Der Baron 2.4 Projekt se veut capable d’être monté à l’avant comme à l’arrière, c’est sur cette dernière position qu’il m’a montré le plus de limite.

Sur terrain dur et roulant, la sonorité des crampons du Continental Der Baron 2.4 Projekt est révélatrice de sa performance. Ils se font entendre… Et sentir, à la relance, absorbant une partie de l’impulsion et limitant la vivacité que l’on voudrait en tirer.

Comme j’ai pu le préciser en commentaires d’essais précédents, on peut distinguer deux types de pneus arrières : les roulants, et les cramponnés.

Le Continental Der Baron 2.4 Projekt peut se vouloir polyvalent. Il n’en reste pas moins que j’aurais tendance à le classer parmi les cramponnés. Performant en matière de rendement et de dynamisme pour un pneu de cette catégorie… Mais tout de même moins que les pneus roulants du moment.

En un sens, un constat finalement rassurant et qui n’enlève rien aux qualités de polyvalence intéressantes de ce nouveau venu dans la danse des pneus Enduro à considérer…

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